Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 20:35

Partout, les physiques sans défaut s'étalent, impudiques et culpabilisants, sur papier glacé, sur affiches géantes ou dans des spots aseptisés. Ils constituent clairement une des expressions les plus insidieuses et surtout les plus abouties de la violence psychologique. Nul besoin d'être torturé par un pouvoir extérieur : l'immense majorité d'entre nous nous blessons nous-mêmes tous seuls sans aucune intervention externe directe. C'est le fin du fin côté emprisonnement de l'esprit : la victime est son propre bourreau à l'infini. Et même si nous nous en rendons compte plus ou moins confusément, nous nous faisons nous-mêmes du mal... jusqu'à en mourir parfois lorsque le désamour de soi est devenu dégoût et qu'un sentiment d'échec domine la relation avec soi et les autres. Notre miroir intérieur est alors complètement déformé et le reflet que nous voyons de nous-mêmes n'est pas la réalité mais nous sommes alors impuissants pour modifier seuls le cours des choses : une aide extérieure est souvent nécessaire... si bien sûr, nous l'acceptons. L'orgueil est en effet un des principaux obstacles à l'investissement ou au réinvestissement de sa propre image corporelle et de son identité sociale. La vanité est une conseillère toxique et nuisible, nous le savons, mais l'aveu de notre propre faiblesse nous semble encore plus "bas", si médiocre, alors que nous n'avons échoué qu'à être nous-mêmes emportés que nous étions par le tourbillon fou des modèles sociaux et des schémas consuméristes obligatoires. Nous avons le droit à l'erreur vis-à-vis de nous-mêmes : nous ne sommes que des êtres humains. Mais c'est peut-être là que le bât blesse justement : nous ne sommes que des humains... et nous ne l'acceptons plus.

 

 

Notre nature humaine ne nous suffit plus : nous voudrions être comme des machines ultra-performantes, pouvant fonctionner, avancer, sans fatigue et ainsi agir sans perte de temps. Tomber, échouer, se tromper, ne nous serait plus aussi intolérable puisque nous pourrions nous relever aussitôt et repartir sans même un regret, avec aplomb et une énergie retrouvée de suite. Que ce soit physiquement ou moralement, nous voulons être... PARFAITS et qu'on ne regarde que nous : l'enfermement égotique dans toute sa splendeur. Au fil du temps, nous aliénons notre liberté d'être QUI nous sommes RÉELLEMENT au profit d'un être social souvent insignifiant qui a besoin d'être entouré d'un tas d'objets inutiles et d'amis d'apparat ou de vivre des situations flatteuses juste pour légitimer une valeur dont nous devinons toute la fausseté. Beaucoup constatent et dénoncent les règles d'un jeu truqué d'avance mais peu font vraiment l'effort de questionner honnêtement ce cadre pervers toujours admis par le plus grand nombre.

 

Les femmes ont été pendant longtemps largement les plus concernées par une avalanche de règles sociales coercitives. Mais de nos jours, à cause d'un féminisme très agressif et radical en vogue depuis la fin des années 1960, un féminisme très masculin et revanchard plutôt que constructif et vraiment féminin paradoxalement, les hommes sont aussi touchés par de multiples comportements déviants et irrespectueux à l'encontre de leur personne et en particulier de leur corps. Aussi, voir certains, ou plutôt certaines assez nombreuses, élever ce fait comme une avancée vers l'égalité de reconnaissance sociale des deux sexes est d'un cynisme sinon une preuve d'authentique sottise... et même de franche connerie ! C'est surtout du totalitarisme idéologique, et juste idéologique car entre les faits et leur interprétation, les mouvements féministes et leurs portes-paroles sont passés experts en tromperies et manipulations de toutes sortes afin d'amener là où bon leur semblait la société : un monde où l'égalité des sexes ne se fonde pas sur la valeur humaine individuelle intrinsèque mais sur la sexualité grâce à une sexualisation de plus en plus outrancière des corps. L'individu n'est pas mis en avant en tant qu'être/sujet mais en tant que corps/objet essentiellement. C'est là toute la différence : l'autonomie particulière a dû céder la place à l'assujettissement globalisé. Celui qui réfléchit et se perçoit comme conscience créatrice est écarté au profit de celui qui base toute relation avec l'extérieur sur son apparence physique et la possession de biens matériels d'abord. Bien sûr, l'importance accordée au statut social sur la valeur réelle d'une personne n'est pas nouvelle mais force est de constater qu'elle atteint des sommets à notre époque où la nature des objets possédés et les apparences dictent à qui doit être accordé tel ou tel degré de reconnaissance par la collectivité.

 

Les faits le prouvent : l'inhumanité assumée devient désormais une option crédible pour notre société occidentale. C'est si concret... et tout simplement effrayant. Cher George Orwell (1), cher Aldous Huxley (1), mon dieu, nous marchons vers le cauchemar que vous avez décrit ! L'unique paravent devant un changement aussi préjudiciable reste plus que jamais l'éducation... parentale. Exit, l'éducation formatée dispensée dans les établissements publics d'état où sont relayées toutes les théories, réflexions, réformes et autres expériences les plus fumeuses, inutiles et parfois dangereuses pour le bien-être collectif : l'école publique n'a jamais été un lieu où l'ouverture d'esprit et le respect de l'autre étaient des priorités, son objectif principal étant de former les esprits à rentrer dans le moule social déjà apprêté pour chaque écolier. D'ailleurs, le rejet de la différence est tel que la triste réalité du harcèlement scolaire existe depuis des lustres même si on feint en France de ne la découvrir que depuis peu en toute hypocrisie.

De nos jours, le conformisme n'a jamais été aussi fort sous des dehors trompeurs de tolérance et d'acceptation de la différence : les filles pré-pubères s'habillent maintenant comme des femmes à 12 ans et aguichent les garçons comme le ferait une prostituée avec parfois la complicité ou le laxisme de beaucoup d'adultes alentour. En effet, aujourd'hui, laisser une adolescente ne plus s'accepter telle qu'elle est pour se conformer aux canons arbitraires dictés par d'autres dans un but essentiellement consumériste est perçu comme "in". Les concours de mini-miss qui se multiplient à travers le monde reflètent cette tendance et leurs règles sont peu différentes des concours pour adultes : parader en robe de soirée ou en bikini avec des déhanchés suggestifs reste la coutume. Les gens en arrivent à confondre émancipation et permissivité, liberté légitime et laisser-aller égoïste. Aussi, les réactions officielles contre la pédo-pornographie en hausse sur le Net me semblent bien hypocrites tant ce fait suit le mouvement sociétal en cours. On pousse des cris d'orfraie, on prend des postures indignées de façade mais au fond, on ne remet rien en cause réellement.

 

Mais laisser un jeune esprit dans l'illusion que la liberté est l'absence de limites au lieu de lui enseigner la vraie nature de la liberté qui se fonde en partie sur le contrôle de soi est tout simplement irresponsable : c'est bien mal aimer son enfant ou ne pas respecter la jeune personne dont a la charge professionnellement. Eduquer, c'est avant tout guider, soutenir, aider à discerner. Ce n'est pas flatter l'ego et ses plus bas instincts ; ce n'est pas faire ami-ami avec le jeune. Eduquer, c'est mettre des limites et montrer que chacun a sa place bien définie : l'adulte se tient aux côtés du jeune mais dans son rôle cadrant et protecteur.

L'éducation est un lien d'échange et de transmission qui prend source au sein de la cellule familiale d'abord : l'enfant agit essentiellement par imitation et prend en exemple immédiat les adultes qui l'accueillent en tout premier, à savoir ses parents qu'ils soient biologiques ou adoptifs. C'est un réflexe d'adaptation et de survie élémentaire. Ce n'est qu'ensuite que l'enfant se trouve confronté à d'autres adultes qui lui enseignent une éthique qui infirme ou confirme plus ou moins celle des parents. C'est alors une continuité dans la complémentarité ou au contraire, c'est l'opposition qui peut être parfois frontale et violente. Certains décident alors de retirer leurs enfants de tout circuit éducatif officiel, public ou privé, afin de les protéger de toute influence qu'ils jugent néfaste et contraire à leurs valeurs les plus intimes : l'enseignement obligatoire et l'éducation se font à domicile. Cette démarche absolue se voit particulièrement dans les familles ayant adopté un mode de vie alternatif basé sur une approche très écologique et spirituelle du monde. D'autres continuent à placer leur progéniture dans un établissement public mais veillent à contrecarrer l'influence absolue et totalitaire de l'Education Nationale dès le retour des enfants au domicile par la transmission de valeurs plus traditionnelles (souvent avec un fond religieux) voire opposées afin de permettre un équilibre éducatif et éthique. Puis enfin, des familles placent leurs enfants dans des établissements privés confessionnels ou dispensant une éducation alternative souvent réputée (méthodes Montessori ou Steiner par exemple) en relation directe avec les valeurs parentales.

L'éducation devient plurielle en France et en Occident. Toutefois, cette tendance à choisir pour ses enfants des méthodes d'apprentissage originales ou de nature confessionnelle exclusivement ne s'implante que très progressivement malgré l'existence de nombreuses propositions pédagogiques parallèles depuis des décennies, ce qui montre l'importance de la force de persuasion de l'appareil étatique afin d'imposer ses idées de pseudo-égalité et son formatage agressif des consciences. Même si elles ne sont guère encouragées et fréquemment sujettes à caution par les instances publiques, surtout en France, ces méthodes pédagogiques différentes s'implantent de plus en plus, lentement mais sûrement, qu'elles soient laïques ou basées sur un substrat religieux. L'éducation s'autonomise. Certains citoyens veulent reprendre la main sur les valeurs qu'ils veulent transmettre à leurs enfants. Les demandes de création d'écoles coraniques dans notre pays sont le reflet évident de ce mouvement de réappropriation du lien éducatif et d'une défience claire envers l'appareil d'état accusé de niveler les différences culturelles et de déshumaniser l'homme. Les profonds désaccords qui existent autour des questions du genre et de la laïcité en sont une claire expression.

 

Bien entendu, dans ce mouvement d'interrogation régulier et déterminé de l'enseignement public à qui des comptes sont à juste titre demandés (tout contribuable le finance y compris contre son gré et ses valeurs), l'éducation dispensée à domicile doit elle-même éviter certains écueils notables dont celui du repli identitaire. Elle ne doit pas être le prétexte à exclure les cultures et autres façons de vivre différentes des siennes. C'est d'ailleurs là tout l'enjeu d'une véritable éducation à l'humanité et à un humanisme éclairé : éveiller intérieurement, semer des graines d'indépendance et susciter la curiosité mais sans se soumettre aux influences extérieures de manière irréfléchie, gratuite, docile. De plus en plus de familles s'engagent sur la voie d'une réforme éducative interne tant telles ont compris combien l'école ne servait que la matrice et ses créateurs. Ces familles sont d'obédience chrétienne, juive, musulmane, bouddhiste, adeptes de spiritualités alternatives, athées ou autres, mais toutes ont en commun de vouloir RESISTER face au rouleau compresseur de l'uniformisation culturelle et de proposer une issue plus respectueuse des différences qui contituent la richesse même de l'humanité et plus respectueuse de la personne humaine même. Ces familles ont décidé de replacer l'individu dans un système où liberté ne rime pas avec agir comme je veux quand je veux sans rien devoir mais avec agir comme je veux quand je veux en tenant compte des autres et de leurs désirs propres. L'éducation donnée par ces familles est loin d'être parfaite, c'est vrai, et peut porter à réfléchir mais elle a au moins le mérite d'exister, et c'est bien là ce qui compte. Car ne proposer comme horizon de développement personnel à des jeunes que le recours au régime minceur, au fitness et à la musculation voire à la chirurgie esthétique, c'est à coup sûr bâtir le cadre restreint d'un monde barbare sous un vernis de civilisation. Et en ce qui me concerne, je refuse une structure sociale aussi décadente et violente. Je veux seulement que la Terre reste peuplée d'humains et non d'êtres déshumanisés... et inhumains, fussent-ils les plus beaux du monde et de l'histoire de l'humanité.

 

 

(1) : George Orwell (1903-1950) et Aldous Huxley (1894-1963) sont deux auteurs américains de science-fiction. Chacun est célèbre pour avoir écrit un roman où il décrit une société futuriste complètement déshumanisée, assujettie à un consumérisme généralisé devenu la culture collectiive et soumise à la domination d'un pouvoir politico-médiatique totalitaire sous une apparence illusoire de liberté individuelle. Ces deux romans sont :

- 1984 (de George Orwell) paru initialement en 1949

- Le meilleur des mondes (d'Aldous Huxley) paru initialement en 1932

Lorsqu'on voit les années de parution, l'étonnement est de mise. Ces deux livres sont complètement visionnaires, presque prophétiques, tant les situations qu'ils décrivent se mettent en place de nos jours. Ils sont on ne peut plus actuels. L'expression "Big Brother" qui désigne désigne désormais un pouvoir politique intrusif auprès des citoyens d'un pays est tirée de 1984.

George Orwell a aussi écrit un livre La ferme des animaux (1945) où il décrit à travers une allégorie animalière les rouages de la politique : la démagogie, la manipulation et la confiscation systématique du pouvoir par une minorité qui a pu être différente voire ennemie de la précedente à la direction d'un état. L'auteur insiste sur la corruption des valeurs et des esprits apportée par l'attrait du pouvoir et que souvent les anciens opprimés qui accèdent aux plus hautes fonctions deviennent eux-mêmes de nouveaux bourreaux sans pitié envers leurs anciens congénères.

J'ai lu ces trois livres : ils sont d'un réalisme glaçant tant le fond qu'ils décrivent est malheureusement avéré. Après leur lecture, notre vision de la politique et de ce qui constitue la structure de nos sociétés occidentales est certainement plus juste et plus réelle. Que ce soit dans une monarchie ou une république, personne en Occident n'a jamais concrètement vécu dans une authentique démocratie, avec une mention spéciale pour les USA qui sont sûrement le plus grand totalitarisme expansionniste existant actuellement sur terre... sous couvert d'un vernis libertaire et humaniste (très superficiel) toutefois).

Published by ELLYPSO WARATAHS - dans FAITS DE SOCIETE
commenter cet article

commentaires

Anne 16/02/2015 14:11

Bonjour LP :)

Comme d'habitude, tu décortiques, et analyses et développes formidablement ton propos...Ton regard est parfaitement juste...En tout cas, c'est mon ressenti, ma vision sur ce monde....Tu as oublié "Farenheit 451 " que j'ai ressorti de ma bibliothèque, et relu il y a quelques mois....

N'arrête pas le blog ! Tu excelles dans ce type d'article....

Mille choses à toi....Je t'embrasse :)

ELLYPSO WARATAHS 17/02/2015 02:13

Merci Anne pour ton compliment et surtout ton soutien indéfectible.

Pour ce qui est du blog, en effet, j'ai pensé et pense encore beaucoup à arrêter d'alimenter un espace pour lequel j'ai pourtant toujours un profond attachement : il a été créé à une époque (4 ans déjà... l'impression d'une éternité) où mon grand rêve australien était au plus fort de sa beauté : Derek, notre amour et l'Australie coloraient mon cœur et tous mes amis d'alors me soutenaient de leur mieux. Les choses ont bien changé depuis : des heures d'efforts et au bout du compte, un échec (relatif toutefois... car je n'ai pas été jusqu'au bout de mon action qui est bloquée faute de nouvelle direction claire). Relire des articles où transparaît un espoir fort et intense de réaliser un objectif clair me serre le cœur : cette image n'est plus moi. J'ai l'impression que je trahis les lecteurs en continuant à tenir ce blog où beaucoup de ce qui y est écrit n'est plus aussi vrai : je veux juste resté honnête avec moi-même pour le rester avec les autres. Actuellement, je ne sais toujours pas ce que je vais faire. Je suis simplement perdu, un peu triste d'être empêtré une nouvelle fois dans une situation inextricable malgré moi et d'avoir perdu beaucoup de temps à courir après un rêve... peut-être chimérique et du coup inutile, dangereux, ou d'avoir suivi une voie sans issue à mon insu. Je ressens même un peu de honte d'être à nouveau renvoyé du côté des perdants alors que je me suis donné les moyens de concrétiser mon projet. J'ai l'impression d'un mauvais sort dont je ne me déférai jamais.

Cette histoire me renvoie au principe de réalité dont je parle dans l'article 70 de ce blog et m'amène à reconsidérer mon écriture sur le web. Je n'ai plus envie de publier des écrits aussi autocentrés que ceux que j'ai pu rédiger dans le passé. Quelque chose a profondément changé en moi depuis novembre 2014. L'échec temporaire que je vis actuellement me force à tout reconsidérer et à creuser encore davantage : Je m'occupe plus de mon présent en France et moins de mon futur hypothétique en Australie. je ne sais absolument plus où je vais. C'est le brouillard total. Je fais les choses au jour le jour. Du coup, la rédaction d'articles relatifs à la progression de mon projet australien et de mon évolution intérieure m'intéresse beaucoup moins. Je me sens de + en + attiré par la publication d'articles développant des thématiques + collectives, sociales ou sociétales, voire professionnelles. Ce n'est pas pour rien que j'ai ouvert un compte FB pro. Aussi, je me demande si je ne vais mettre en ligne sous mon véritable nom un nouveau blog davantage axé sur une vision du monde en tant que professionnel social. Car apparemment, j'ai de la ressource de ce côté-là vu tes propos et vu comment j'ai envie d'évoluer. A suivre donc...

Et pour en revenir à l'article 71 en lui-même, effectivement, j'ai oublié de citer dans les notes de bas de page "Fahrenheit 451" de Ray Bradbury, livre ô combien prophétique lui aussi.

L'auteur Du Blog : Ellypso Waratahs

  • ELLYPSO WARATAHS

Information légale

Le blog L'Observatoire du Coeur et son contenu

sont protégés contre la copie et le plagiat.

Si vous souhaitez utiliser tout ou partie d'un article,

merci de m'en avertir au préalable

afin que je donne ou non mon accord

selon le contexte de publication.

 

sceau blanc

© N° 00051365

Tous droits réservés - 2012 / 2013

Pour Retrouver Une Info Sur Ce Blog