Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 21:29

Ce 10è article inaugure une nouvelle rubrique intitulée J'observe en direct où je vais poster des écrits brefs relatant des petites scènes du quotidien prises sur le vif par mes yeux bien sûr mais décortiquées à 100 à l'heure par mon coeur afin d'en retirer l'essentiel pur et dur. Souvent, l'objectivité permet de bien mieux traduire la réalité intrinsèque d'une situation que la subjectivité qui entraîne l'interprétation des faits selon les convictions de celui qui décrit ce qu'il a vu. Les explications de telle ou telle réalité sociale, même si la personne qui les donne s'attelle à rester la plus objective possible, demeure par essence des VISIONS INDIVIDUELLES d'évènements. Et les citations, chiffres et autres diagrammes cités en renfort n'y changeront RIEN. On peut faire dire tout et son contraire à bien des données quelle que soit leur nature, scientifique, économique ou autre. Après tout, on peut très bien amalgamer ensemble plusieurs faits distincts rattachés à une même problématique sociale ou sociétale pour entraîner son interlocuteur dans une direction prédéterminée. L'objectivité d'un fait n'en interdit pas la réinterprétation ultérieure.

C'est pourquoi je choisis la voie difficile et exigeante de la description NEUTRE mais précise . Et vous allez voir que loin des grands discours et laïus au service d'une pensée voire d'une idéologie particulière, la simple et modeste réalité en dit toujours beaucoup plus que les justifications fleuves des politiques, des philosophes, des sociologues et autres soit-disant spécialistes trop souvent déconnectés du quotidien de Monsieur Tout-le-Monde. Si on a un esprit qui va d'emblée au coeur des choses, relater un fait objectivement avec profondeur, c'est à dire en faisant ressortir l'essence même de la situation (là où se niche la problématique), se fera naturellement. La question de fond sera induite d'elle-même et sautera alors aux yeux. C'est TOUJOURS le cas si on observe l'extérieur avec son coeur et non avec des idées préconçues, si on sort des limites de l'ego, construction psychosociale qui altère si grandement notre vision du réel. Toutefois, je pourrai de temps à autre introduire une pensée subjective exprimée par moi ou un tiers présent si elle est en relation avec le fait observé comme une remarque quelconque qui surgit face à la situation. La subjectivité brute peut devenir un élément objectif dans le déroulement de l'action. C'est la subjectivité ultérieure, l'analyse avec sa thèse, que je refuse dans cette rubrique.

Les scènes que je relaterai seront interrogatives voire dérangeantes et peut-être choquantes mais aussi drôles et certainement cocasses pour certaines. Et parfois d'autres revêteront une apparence des plus banales. Ce sera selon... C'est la vie qui décidera.


Je débuterai cette nouvelle rubrique avec 2 scènes observées cet été. Elles m'ont sauté aux yeux et ont interpellé mon coeur... comme le feront toutes les scènes qui viendront plus tard. Les voici :

 

Scène 1 : début août 2011

Une fin d'après-midi au mois d'août en région parisienne : un air lourd, étouffant avec un soleil dont on apprécie les rares apparitions. Il est un peu plus de 18 heures. Je quitte mon travail en retard comme souvent. Je me dirige vers le carrefour dit "des 4 routes" qui est un croisement utilisé comme limite cadastrale entre les villes de Bois-Colombes (où je travaille), Colombes et Asnières-sur-Seine. Ce carrefour est tout près de la Maison d'Accueil Spécialisé (MAS) où je suis employé. Il est situé dans une zone fortement urbanisée très populaire et à forte population d'origine immigrée. Cette zone est partagée entre les 3 communes précitées. On ne voit absolument plus les délimitations géographiques : on a l'impression d'être dans une seule et même ville. 

Alors même que j'atteins le carrefour, je constate une effervescence à son comble. Le Ramadan vient de commencer il y a quelques jours. Autour des boutiques toutes rachetées et tenues par des musulmans désormais, la foule se presse pour les achats destinés à préparer le dîner qui va rompre le jeûn quotidien durant un mois. A chaque fois, je souris quand j'entends les cris, les gens qui parlent haut et fort : je me sens ailleurs. Les terrasses des 2 cafés avoisinants sont bondées. Je me faufile avec agilité parmi la foule des clients du Café des 4 Routes attablés dehors. J'aime beaucoup ce bar : le patron maghrébin montre toujours un grand respect et une extrême courtoisie envers les résidents handicapés que mes collégues ou moi accompagnont lorsqu'ils viennent parfois dans ce lieu. Et la clientèle n'est pas en reste : même attitude générale, aucun rejet, aucun regard scrutateur et malsain qui dévisage les personnes handicapées. Ces dernières sont pleinement acceptées et respectées. Un jour, je ne pourrai jamais l'oublier, un client a même payé les consommations des 2 résidents que j'accompagnais et la mienne... discrètement, sans rien dire à personne. C'est le patron qui m'a désigné de la tête l'homme qui avait eu ce geste de bonté. J'ai voulu remercier l'inconnu qui d'un geste de la main m'a fait sobrement comprendre que c'était inutile tout en poursuivant sa conversation avec d'autres clients assis à la même table. Oui, j'aime toujours passer près du Café des 4 Routes pour cette raison.

Je dépasse la terrasse et sa foule dense. J'arrive près d'un taxiphone en face d'un passage pour piétons. Le feu passe au vert pour moi et j'avance sur la chaussée. Je vois alors un homme à la barbe fournie au volant d'une voiture moyenne. Il est vêtu à la mode orientale. Il attend quelqu'un (sa femme ?) parti faire des courses à l'évidence. Son auto est garée en double file en plein virage au risque de provoquer un accident grave. Je suis sur le trottoir opposé du même côté que le conducteur imprudent. L'homme au volant regarde devant lui, attend. C'est tout. Les voitures et les 2 roues motorisés qui viennent de droite sont obligés de faire un léger écart pour éviter son véhicule. Certains conducteurs qui arrivent par le virage doivent ralentir brusquement pour éviter une collision. Je regarde encore un bref instant cet homme qui à l'évidence montre les signes extérieurs d'une pratique religieuse assidue et très codifiée. Plusieurs collègues de travail musulmans m'ont encore décrit le matin même le Ramadan comme un temps de purification du coeur et d'attention apportée autant à soi qu'aux autres. Je finis par tourner la tête et je continue mon chemin vers la station de métro la plus proche à 8 mn de marche. Je reste perplexe et un rien mal à l'aise.

 

Scène 2 : 12 août 2011

Un après-midi de semaine, début août, je vais au magasin Baboo de ma ville pour acheter un petit vase type soliflore. Arrivé sur place, je monte à l'étage où se trouve le rayon que je recherche. La foule des clients est clairsemée. Pourtant l'étage est bruyant. Une petite fille noire d'environ 3 ou 4 ans court dans les rayons, crie, chamboule tout ce qu'elle touche et tente d'interpeller son père en boubou coloré concentré sur ses achats. Ce dernier lui fait signe de se calmer. Elle obtempère pendant quelques minutes puis reprend de plus belle sa course et ses cris dans les rayons. Autour les gens ne semblent pas trop dérangés hormis une ou 2 personnes. Personnellement, je suis pris dans ma recherche d'un petit vase et j'ai du mal à le trouver. Alors, je ne prête pas trop attention à la fillette... sauf quand elle hausse vraiment le niveau sonore et se rue comme un bolide dans le rayon où je me trouve au risque de casser quelque chose. Je m'éloigne un peu. La petite fille continue de courir dans les travées, glisse plusieurs fois, tombe, cogne et recogne contre les rayonnages les plus près du sol : tasses, soucoupes, théières, assiettes, plats, vases, bougeoirs et bougies tremblent tous de bas en haut sous les assauts répétés de cette boule d'énergie. A un moment donné, le père intervient : l'enfant crie tellement fort qu'il sent que les autres clients commencent à être indisposés et les observent. Les regards aux alentours sont soit simplement étonnés ou carrément effarés. Mais peine perdue, la fillette ne se calme que quelques secondes. Dès lors, le père n'intervient plus et se désintéresse complètement de ce qui se passe. La petite fille continue alors sa course, ses rires et ses cris librement. Ce manège dure encore un bon quart d'heure. Puis, plus rien. Mais je ne m'en suis pas aperçu trop concentré à rechercher ma perle rare... que je trouve au rayon salle de bain ! J'ai déniché un porte-brosse à dents vert anis joli et sobre qui peut très bien faire office de soliflore.

Muni de mon produit, je redescends au rez-de-chaussée vers la ligne de caisses. Tout à coup, je m'aperçois que dans la file où je suis le père avec sa bruyante petite fille sont à 3 places devant moi. Il y a une femme devant eux qui passe en caisse. L'homme fouille dans son panier, il se prépare à poser ses achats sur le tapis roulant. Il ne regarde presque jamais son enfant et tourne plutôt son regard vers la caisse limitrophe située à sa gauche. Pendant ce temps, la fillette échappe à la surveillance de l'adulte et se dirige vers la caisse d'à côté, à droite, qui est fermée. Elle commence à fouiller dans la multitude de produits exposé en gondole : confiseries diverses et petits jouets de toutes sortes (mini-poupées, hélicoptères riquiquis et autres babioles). En caisse, le père vide son panier devant l'hôtesse : la cliente précédente est partie et c'est son tour. Devant moi, il y a 4 femmes toutes perdues dans leurs conversations. Aucune ne remarque que quelque chose se passe à côté. La fillette à genoux est en train d'admirer un oeuf creux en plastique d'environ 12 cm de hauteur en partie rose et en partie transparent rempli de minuscules figurines. Le jouet est emballé dans une boîte en carton au rose vif décoré de fleurs au jaune criard et avec une fenêtre en plastique fin. Doucement, l'enfant ouvre l'emballage et en retire l'oeuf. Manifestement, elle est captivée par le jouet : elle le tourne et le retourne délicatement avec ses 2 mains, l'admire longuement. Puis soudain, un coup d'oeil à droite, un coup d'oeil à gauche, subrepticement, la fillette glisse l'oeuf dans la poche de son pantalon et l'enfonce le plus possible au fond. Elle n'a pas remarqué que je la regardais. Et personne d'autre n'a vu le vol.

Entretemps, le papa termine son passage en caisse. Il paie puis commence à ranger ses achats dans un grand sac à provisions. La fillette se rapproche alors de lui, silencieuse, se faisant tout sourire et enjôleuse. Une fois que le père a fini de remplir son sac, il prend la main de sa fille et tous deux quittent le magasin tranquillement, l'enfant bien droite et assurée noyant l'adulte qui se tait sous un flot de paroles insignifiantes. Les portes coulissantes automatiques se referment. Le duo disparaît de ma vue.

 

Voilà ! C'étaient les 2 faits qui débutent la rubrique J'observe en direct. J'espère que vous avez pris plaisir à les lire. Nhésitez pas à commenter. 

 

 

NOTE : si vous voulez commenter cet article, cliquez sur "écrire un commentaire" en bas à droite et non pas dans le cadre qui apparaît après avoir cliqué sur "j'aime".

commentaires

L'auteur Du Blog : Ellypso Waratahs

  • ELLYPSO WARATAHS

Information légale

Le blog L'Observatoire du Coeur et son contenu

sont protégés contre la copie et le plagiat.

Si vous souhaitez utiliser tout ou partie d'un article,

merci de m'en avertir au préalable

afin que je donne ou non mon accord

selon le contexte de publication.

 

sceau blanc

© N° 00051365

Tous droits réservés - 2012 / 2013

Pour Retrouver Une Info Sur Ce Blog