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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 01:13

Je viens de passer 2 semaines de vacances qui ont été reposantes physiquement et moralement. Cette parenthèse professionnelle m'a permis de me concentrer sur mon objectif d'émigration. Mais j'ai dû et dois encore affronter une appréhension incroyable. Et pour cause ! La réalité administrative avec laquelle je dois composer est tout simplement inhumaine et met sérieusement en péril mon histoire d'amour avec mon ami. L'Australie fait une ségrégation importante sur l'âge et à un degré moindre selon les origines sociales. Le pays a bâti tout un système législatif de contrôle de l'immigration qui est l'un des plus durs au monde et qui est régulièrement mis à jour et raffermi sur ces bases. L'éthique affichée est très simple et très brutale : après 44 ans, une vie humaine n'a plus de valeur économique, donc elle n'a plus de valeur tout court. D'un point de vue moral et humain, c'est un raisonnement assez simpliste, choquant et très contestable voire douteux. En effet, en rejetant l'âge civil d'une personne, on rejette aussi son âge physique et par conséquent son corps comme on le ferait si on recalait toute personne selon la couleur de sa peau ou de ses yeux. L'âge est à l'inverse des qualifications et des compétences une qualité non choisie, qui s'impose naturellement comme le fait d'avoir telle ou telle caractéristique physique : sexe, taille, couleur de cheveux, morphologie générale, etc... On est tout de même assez proche d'idéologies de type eugéniste ou raciste et très coercitives peu conformes aux droits de l'Homme. D'ailleurs, les rubriques en lien avec la santé exigent par exemple de si sérieuses garanties qu'elles en deviennent moralement discutables. Ce n'est pas pour rien que des associations australiennes aident les personnes étrangères séropositives ou ayant des pathologies sérieuses et incurables (diabète, asthme sévère...) mais n'affectant en rien leur vécu social et leurs capacités de travail dans leur parcours pour émigrer au pays des kangourous. Si ces acteurs sociaux existent, c'est que l'admininistration fédérale australienne a tendance à privilégier une attitude systématique de suspicion voire de rejet à l'égard des individus concernés. C'est évidemment une affaire de préjugés, particulièrement pour les migrants séropositifs. La raison en est bien sûr claire : l'argent et encore une fois la rentabilité. La personne avec une pathologie chronique est d'emblée perçue comme une charge financière éventuelle : elle peut potentiellement coûter plus qu'elle ne rapporte au pays accueillant sur un plan économique. Ce qui est inacceptable pour une nation ultra-capitaliste comme l'Australie. Un tel mode de pensée est bien sûr erroné : à travers le monde, de nombreux citoyens séropositifs ou souffrant de pathologies chroniques plus ou moins graves sont des employés aussi compétents que tout autre et qui demeurent compétitifs dans leur rapport de rentabilité sociale, puisqu'il s'agit bien de ça ! C'est plutôt horrible, non, d'envisager une société où l'homme du quotidien n'est plus qu'une donnée quantifiable de productivité au service de la collectivité. Mais c'est la logique essentielle du capitalisme.

Nous sommes dans l'entretien d'une philosophie violente et la consolidation d'une idéologie sociale profondément discriminatoire. il s'agit d'exclure radicalement certains et d'accueillir d'autres tout en les rendant conformes à un groupe dont on décrète ARBITRAIREMENT quels seront les points forts principaux à imposer à tous. C'est la fabrication artificielle, utilitaire, d'une identité sociale autour de laquelle la population d'un pays doit se retrouver toute entière. Les notions de jeunesse et de productivité appartiennent désormais aux fondements soutenant la mise en place d'une idéologie collective en Australie. Les préjugés envers certains décrétés moins acceptables que d'autres demeurent toutefois à la base de la construction de cette identité nationale. Après, restent à choisir et à désigner ceux qui seront dorénavant les moins acceptables... en concevant et en renforçant un système de sélection des individus selon des critères et un schéma de société préétablis. La notion de CHOIX de valeurs par les autorités publiques compétentes est donc prééminante. Et dans le domaine de l'éthique sociale, l'importance donnée à l'argent via la productivité économique individuelle est cruciale en Australie.

Cette question financière va d'ailleurs hanter rapidement tout le parcours de l'émigrant, en particulier pour simplement obtenir l'un des nombreux visas temporaires ou permanents dont la grande majorité sont payants... et souvent très chers. Si le candidat migrant est de condition modeste, la privatisation presque totale du processus de traitement des dossiers de demande de visas le dissuadera également très vite de continuer ou le mènera inévitablement à bien peser sa décision avant de persévérer : les agents agréés par l'Etat australien sont à 80 % des avocats et des juristes spécialisés dans les questions migratoires. Et la plupart officient dans des cabinets juridiques. Peu sont à leur compte. Autant dire que les tarifs s'envolent et que tout un commerce très lucratif s'est développé autour des flux de migrants en demande de visas. Des agents aux services gratuits existent parallèlement mais ils sont soit bénévoles, soit employés par des associations et se tournent vers des populations ciblées : réfugiés, personnes en situation humanitaires ou très particulières (ex : population musulmane, séropositivité ou les questions de partenariat homosexuel avéré depuis longtemps). L'administration australienne, quant à elle, n'intervient qu'en tout dernier ressort pour honorer ou rejeter les candidatures à l'expatriation. Merveilleux exemple du capitalisme tout-puissant qui s'enrichit sur l'espoir et parfois la détresse des gens.

Tout le monde ne décide pas d'émigrer aux antipodes pour le soleil et les paysages de l'Australie. Ce qui est mon cas. Ma motivation principale est ma relation avec Derek, mon ami. Je l'ai souvent dit : ce pays ne m'avait jamais attiré auparavant. C'est mon amitié devenue amour qui a créé un pont vers lui. Je suis blessé, sincèrement, profondément. Je vois une nation qui prétend afficher des valeurs humanistes mais dont une partie de son système administratif est conçue de telle sorte qu'elle rabaisse la vie humaine : on tente de quantifier la valeur d'un individu par des tests à points soit-disant objectifs mais toujours dirigés dans la même direction : EXCLURE. Les tests une fois bâtis sont neutres effectivement dans leur fonctionnement mais ils ne le sont pas du tout quant aux motifs qui les ont fait naître et dans leur conception. Les critères de sélection sont bien issus d'une réflexion subjective puis normalisée, ce qui ne la rend pas plus objective pour autant. En tout cas, le but ultime est toujours le même : séparer les prétendus "meilleurs", comprendre "les plus rentables"... ou "plus malléables" aussi. Un jeune accepte plus facilement d'autres les nouvelles idées surtout quand elles revêtent des apparences flatteuses. Une personne d'âge mûr a une expérience de vie plus longue, des opinions et des arguments plus appuyés, un esprit critique plus développé. Le formatage des esprits est une donnée à prendre en compte dans la conception du processus qui mène à l'obtention d'un visa australien. En effet, les gens ayant pu faire une formation diplômante en Australie sont privilégiés. Pour les autres, s'ils ont fait des études conséquentes à l'étranger, mieux vaut qu'elles aient été dispensées en anglais et qu'ils échappent à la limite d'êge qui finit toujours par vous rattrapper à un moment ou un autre ! Eh oui ! Même si certains visas temporaires me sont accessibles avec une limite d'âge plus élevées (49 ans) ou sans, s'ils peuvent m'amener vers un visa permanent, ce dernier est assujetti aussitôt à la limite d'âge la plus basse (44 ans) ou à des conditions d'études EN Australie largement privilégiées par rapport aux autres (même en milieu anglophone). Ces critères s'imposeront à moi bien que j'aurais déjà travaillé un ou 2 ans dans le pays. Ce qui revient à dire que malgré une expérience professionnelle conséquente (hors du et sur le territoire), un niveau d'anglais devenu très bon, je pourrai me voir obligé de quitter mon travail et le pays pour laisser la place à quelqu'un d'autre de plus jeune même s'il est beaucoup moins expérimenté.

En fait, et contrairement au discours affiché, les autorités australiennes cherchent d'abord des gens jeunes et ensuite seulement des gens vraiment très compétents. La preuve en est que pour les tests de sélection à points, pour une personne de 20 à 35 ans, le critère de l'âge rapporte à lui seul en général plus de points (en plafonnant à 30) que celui des niveaux de langue, de qualification ou de compétences réelles qui au maximum plafonnent chacun soit à 20 ou 25 points. Il y a sans doute une adaptation aux exigences du marché de l'emploi local mais ça ne peut être l'unique motif sans quoi, le critère d'âge ne serait pas autant valorisé par rapport à tous les autres dont aucun n'atteint un maximum de points identique. On est bien comme je le disais plus haut dans la construction d'une société centrée principalement autour de la jeunesse et moins autour de la valeur intrinsèque réelle de chaque individu. On est plus dans l'élaboration d'un fantasme social où jeunesse et contribution effective à la collectivité sont réunies de manière quasi-exclusive, totalement arbitraire autant qu'abusive.

Il y a bien une linéarisation culturelle et sociale : le schéma de civilisation anglo-saxon est imposé sans partage. Mieux vaut être jeune et anglophone ou de pays bien perçus car dociles devant la puissance culturelle anglo-saxonne ou vus comme plus proches culturellement (pays scandinaves et germaniques notamment). Les pays ou régions francophones en raison de leur attachement à leur langue et à leur identité sont très pénalisés. Ainsi pour le Canada, les ressortissants québécois bien que parfaitement bilingues grâce à leur adaptation pragmatique à un environnement anglophone ont parfois une procédure spécifique. Ils doivent pour obtenir certains visas prouver l'acquisition d'un niveau d'anglais suffisant au cours de leurs études surtout s'ils ont choisi de suivre entièrement ou la majeure partie de leur scolarité dans des établissements francophones. Ce qui est plutôt insultant.

Je ne suis pas contre des restrictions dans les processus d'immigration à la condition que la valeur de chaque être humain soit dûment respectée en ne voyant pas sa vie et son expérience rabaissées et que les procédures de sélection évitent de prendre en compte des facteurs involontaires en relation avec son vécu et son corps. On entre là tout de même dans la notion solemnelle du respect de l'intégrité morale personnelle. J'accepte l'existence d'une immigration choisie et très contrôlée si seulement elle prend en compte des critères essentiellement objectifs et liés aux choix individuels : études, emplois occupés, situation maritale... Les principes discriminatoires quels qu'ils soient violent toujours de fait les droits de l'Homme. Et on peut parler de discrimination "positive" ou choisie, ça ne change rien au fait qu'on établit une échelle de valeur SUBJECTIVE parmi les êtres humains : certains sont plus acceptables que d'autres et tout sera fait pour les faire entrer plus facilement sur un territoire et intégrer une communauté donnée. Et puis promouvoir sa culture en privilégiant particulièrement l'héritage anglo-saxon au détriment de l'héritage originel australien aborigène, surtout du point de vue linguistique, m'interroge toujours.


En cherchant à entamer le processus administratif d'immigration australien, je me trouve malgré moi confronté à un rapport de force. Le monde politique et économique anglophone et surtout anglo-saxon impose son poids culturel au reste de la planète aidé en cela par la puissance idéologique et symbolique des Etats-Unis. Par conséquent, il est totalement illusoire de croire que les valeurs humaines et la dignité de la vie soient la base des échanges migratoires pour les pays concernés. L'intérêt est ailleurs : purement économique. C'est froid, calculé, pragmatique.

La réalité du rapport de force que j'évoque n'existe pas qu'à travers l'américanisation plus ou moins rapide de la plupart des pays du globe et par l'imposition de l'anglais comme langue véhiculaire presqu'incontestée dans les échanges internationaux. Elle est également perceptible de manière plus subtile mais tout aussi éloquente : la considération apportée aux cultures non anglophones. L'Australie donne un merveilleux exemple de la vision du monde selon le point de vue anglo-saxon. C'est une vision de la société éminemment capitaliste et conquérante : seules la productivité et la rentabilité comptent, et pour ce faire, mieux vaut des esprits plus immatures car plus aptes à recevoir les valeurs utiles à la pérennisation du système chez soi et ailleurs. Voici 3 faits dont j'ai eu connaissance récemment. Les 2 premiers sont assez cyniques quand on y pense : ils dévoilent un pan de la mentalité australienne, et plus largement anglo-saxonne, vis à vis des pays culturellement différents. Ainsi, le gouvernement fédéral australien actuel pourtant de gauche n'a de cesse de durcir les lois sur l'immigration depuis son avènement au pouvoir en 2008. Qui a dit que la gauche était plus sociale et surtout plus humaine pour le citoyen lambda ? Ensuite, lors d'un reportage en juillet dernier sur LCP la chaîne parlementaire, j'ai pu voir des travailleurs australiens vivant en France depuis quelques temps s'exprimer en anglais face à la jeune journaliste qui les interviewait en français. C'était d'autant plus agaçant vu les règles imposées aux candidats à l'immigration en Australie que ces gens étaient issus de milieu éduqué. Il y avait même une grande journaliste australienne en France depuis... 2 ans ! Ca fait un rien méprisant ou condescendant tout de même à l'égard de la culture francophone. Et enfin, j'ai aussi appris récemment à la télé que l'Australie était l'un des pays sinon le pays qui avait le plus fort contingent d'expatriés à travers le monde proportionnellement à sa population. Faites ce que je dis, pas ce que je fais...


Je finirai mon article en disant que mon expérience actuelle est intéressante par ce qu'elle m'apprend. Mieux vaut éviter les fantasmes ! L'Australie n'est pas un pays de cocagne : derrière la carte postale avec les surfers, les kangourous et l'opéra de Sydney, se cache une autre réalité beaucoup moins idyllique et très contraignante.

commentaires

Brigitte 04/11/2011 19:24


Coucou Elypso, ça y est cette fois je laisse ma trace. Je ne connais pas beaucoup ce pays mais d'après ce que tu dis je n'en aurai sans doute pas l'occasion. Je n'ai pas intérêt à vouloir immigrer
là bas avec mon diabète insulino dépendant la question est réglé. C'est du n'importe quoi, on a l'impression de vivre à une autre époque, dans le passé, pas du tout dans l'avenir. Il y a plusieurs
choses qui m'interpellent mais la première c'est cette culture de la jeunesse (que l'on retrouve sous une autre forme chez nous) au détriment de la compétence.Je ne suis pas persuadée qu'un pays
gagne économiquement de cette manière. A court termes peut être mais il n'évolue jamais. Enfin moi, ce que je retiens de ton écrit c'est que tu es malheureux mon ami, et que c'est injuste. Tu te
heurtes à un mur de considération raciale (car comme tu le dis ce n'est rien d'autre) alors que tu voulais juste vivre ton histoire d'amour et être heureux. Il y a sans doute une solution, pour
l'instant ton horizon obscurci ne te la montre pas, mais je suis intimement persuadée qu'elle existe. Courage mon ami.


ELLYPSO 04/11/2011 19:29



Oui, Brigitte, la solution pour l'instant est invisible.  Mais comme tu le dis si bien, elle est là quelque
part dans l'univers. J'en suis également convaincu. Pour l'instant, je dois bien me "farcir" le reste du chemin.


Sinon merci pour la carte numérique ! 



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