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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 00:00

Récemment, j'ai regardé pour la troisième fois le film d'Ang Lee Le secret de Brokeback Mountain d'après la nouvelle d'Annie Proulx du même titre. Il était diffusé sur la chaîne française NRJ 12. Quand je pense que pendant des mois et des mois après sa sortie, j'ai refusé obstinément de voir ce long-métrage par crainte de devoir assister à une accumulation de clichés sur les homosexuels. De plus, comme je n'avais alors aucune estime de moi et donc de confiance en moi côté amoureux, je rejetais l'idée même d'avoir devant les yeux deux beaux garçons qui représentaient alors tout ce que je désirais et ne pouvais obtenir vivre une histoire d'amour exclusive. En effet, cette exclusion symbolisait à mes yeux tout ce que j'abhorrais : la superbe et ce mépris arrogant des hommes gays au physique si parfait qui, se sachant objets de désir aux multiples opportunités sexuelles, repoussent clairement sur les côtés les individus lambdas qui auraient l'audace de les aborder. En fait, je projetais sur cette oeuvre toute la souffrance due à une vie amoureuse personnelle insatisfaisante et remplie d'illusions. En outre, ce film avait, comme on s'en doute, un large support de la communauté gay, comprendre par là d'un certain milieu (surtout urbain) où les hommes homosexuels se consomment allègrement les uns les autres sexuellement, confondant amour et désir, courant perpétuellement après le premier mais tombant sans arrêt dans les filets du second. Et comme dans ce ghetto social où fête et plaisir sont la base des relations et où la valeur d'une personne n'est jugée que d'après son physique, le fait même d'envisager de regarder Le secret de Brokeback Mountain plébiscité par la population de ce milieu me hérissait et me rendait encore plus hermétique à l'idée de voir un jour cette oeuvre. Bien sûr, tout ça, c'était avant, au moment de la sortie en France du film en janvier 2006 et jusqu'en 2010.      

 

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Et puis un soir où l'oeuvre a été diffusée sur Arte, je me suis laissé aller : j'avais commencé un cheminement intérieur m'amenant à entamer une réconciliation avec ma vie, et surtout mon passé amoureux. Du coup, j'ai regardé Le secret de Brockeback Mountain... et j'ai été emporté, subjugué, par la finesse et la beauté des sentiments des personnages principaux, deux jeunes cow-boys amoureux l'un de l'autre dans un environnement social très hostile, comme j'ai été émerveillé par les superbes paysages de forêt et de montagne nord-américains. Je suis tombé amoureux de ce film dont l'histoire loin de la mienne dans le vécu amoureux était cependant très proche dans le ressenti et la conquête d'une identité réprouvée par son environnement relationnel direct.

BBM 9 - French billL'histoire est somme toute assez simple : une romance nait dans le coeur de deux jeunes hommes, Ennis Del Mar (interprété par Heath Ledger) et Jack Twist (interprété par Jake Gyllenhaal), cow-boys de leur état, en 1963 dans le Wyoming au nord des Etats-Unis. Les deux garçons sont en pleine montagne environnés par un paysage d'une beauté stupéfiante qui sera le berceau de leur amour. Ils sont là pour garder un énorme troupeau de moutons et au bout de quelques semaines, leur lien au départ distant va se transformer jusqu'à devenir un amour aussi intense que profond, un sentiment qui trancendera le temps et les années jusqu'au meurtre de Jack sous les coups d'un groupe d'individus homophobes bien plus tard au Texas. Tout le film montre une relation aussi belle que tragique qui essaie de se maintenir dans un environnement qui lui interdit d'exister au grand jour et comment cet ostracisme va peu à peu éloigner les deux amants. Ennis issu d'un milieu fruste a intériorisé les tabous sociaux à l'excès et est incapable de laisser libre cours à son sentiment alors que Jack est au contraire épris de liberté et prêt à tenter l'aventure de la vie en couple au mépris des conventions sociales de l'époque. Cette distorsion qui ira en s'accentuant mènera les deux hommes à ne se voir que très épisodiquement en cachette dans le lieu qui aura vu naître leur amour : Brockeback Mountain qui peu à peu deviendra le sanctuaire de leurs sentiments. Au bout du compte, l'histoire finira mal faisant beaucoup de dégâts collatéraux chez les proches d'Ennis et Jack, leurs femmes respectives notamment, Alma (interprétée avec brio par Michelle Williams) et Lureen (interprétée par Anne Hathaway). Et ce sont bien sûr, les non-dits et les secrets jugés honteux menant au mensonge perpétuel, qui blesseront le plus les êtres, condamnant chacun à une solitude intérieure remplie d'amertume et de souffrance, surtout pour les deux épouses dont l'une finira par divorcer étouffant sous le poids insupportable d'un douloureux silence des coeurs entre elle et son mari. 

Plus que la naissance de l'amour entre Ennis et Jack, c'est la vie de celui-ci et surtout sa fin qui m'ont particulièrement touché. Une phrase m'a traversé le coeur comme une flèche, celle que Jack exaspéré par les sempiternels atermoiements de son ami lance un jour à pleine voix à ce dernier : "Tout ce que nous avons, c'est Brokeback Mountain !" C'est d'ailleurs ces quelques mots qui vont marquer le basculement définitif du film vers la tragédie : le fossé intérieur qui sépare les deux amoureux apparaît dans toute son immensité. Les deux hommes s'aiment mais ne parviennent jamais à se rejoindre complètement à l'intérieur : les tabous d'Ennis sont si bien ancrés en lui qu'ils l'empêchent de prendre la décision qu'il a tant envie de suivre pourtant, celle de vivre à deux avec Jack. D'ailleurs, lors de la violente discussion dont est tirée la phrase ci-dessus, Ennis révèle sa jalousie : il a eu vent que son ami allait voir des prostitués au Mexique et menace clairement de le tuer si cette information s'avérait vraie. Quelques minutes plus tard, Ennis s'effondrera à genoux sur le sol avant de pleurer à gros sanglots dans les bras de Jack tant il ne parvient pas à gérer l'énorme contradiction interne dans laquelle le place cette liaison. Cette scène intense est remplie d'une violence sourde et d'un profond désespoir : on comprend qu'un point de non-retour a été franchi et que désormais, les deux hommes vont chacun aller vers leur destin séparément... mais malgré eux. Car ce n'est pas un choix, ni une rupture : c'est l'aveu d'une impuissance, le constat implicite de l'échec d'un amour qui s'est trouvé mais qui ne parvient jamais à se réaliser pleinement. Très clairement, Ennis et Jack ne réussiront jamais à transformer l'essai en coup gagnant. Et c'est logique, trop d'obstacles se dressent entre eux : les règles du jeu social dans lequel ils sont des joueurs involontaires sont trop coercitives et ne leur laissent aucune chance d'aboutir, en tout cas pas à cette époque et pas dans le milieu dans lequel ils évoluent, celui de l'Amérique profonde où la haine de l'homosexuel est aussi forte que la foi dans le Christ.

Ang Lee, en se basant sur la nouvelle d'Annie Proulx, rappelle de manière discrète le parallèle inévitable entre le poids des traditons familiales et l'exclusion de l'homosexualité aux Etats-Unis mais aussi dans le monde en général : plus les deux amants suivent le chemin du conformisme social, plus ils signent la fin de leur histoire à leur insu. Leurs mariages respectifs, les naissances de leurs enfants, la routine de la vie familiale entre factures à payer, ennui et désillusion, et même le divorce d'Ennis et Alma, illustrent la triste comédie humaine que jouent nombre de couples hétérosexuels emprisonnés dans des normes qui finissent par tuer les rêves personnels de chacun et annihiler toute tentative d'émancipation et tout désir d'épanouissement individuel, tant les codes qui distribuent les roles dévoués à l'homme et à la femme sont rigides et surtout arbitraires pour la plupart. Curieusement, c'est au moment de découper la dinde de Thanksgiving, que le lien de crise qui relie Jack et Ennis à leurs propres familles va apparaître au grand jour, alors que tous deux sont à des milliers de kilomètres de distance l'un de l'autre. Chacun va pouvoir régler une partie de ses comptes avec ses proches.

Le réalisateur Ang Lee a dit lui-même que c'était également la phrase dite par Jack et que je cite plus haut qui l'avait le plus marqué en lisant la nouvelle d'Annie Proulx tant pour lui, elle représentait la quintessence de l'intrigue qui soutient toute l'histoire : un amour non pas impossible mais rendu impossible parce que réprouvé. Et je suis d'acord avec lui. : ces quelques mots exprimant tout le désespoir d'un coeur en souffrance résument à eux seuls le film. L'amour entre Ennis et Jack vit pleinement à Brokeback Mountain... et seulement là : il est enraciné à cet endroit et nulle part ailleurs. Les montagnes et les forêts environnantes offrent leur protection aux deux amants face à l'hostilité d'une société tant qu'ils restent là. Brokeback Mountain, lieu retiré et éloigné de la société humaine, symbolise à merveille la nature profonde de la relation affective entre Ennis et Jack : leur amour est circonscrit à la marge.

 

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BBM 11 - Flashback sceneLa première fois que j'ai vue le film d'Ang Lee, j'ai été ému et j'ai pu constater combien mes préjugés avaient été vains. C'est la seconde fois surtout, que l'émotion m'a encore plus submergé. Et cette troisième fois, en plus de l'émotion, c'est tout à coup l'universalité du message qui m'a sauté aux yeux, et en particulier son lien évident avec ma propre vie d'homme homosexuel. Bien sûr, dans les faits, j'ai un vécu différent mais par contre, beaucoup d'autres choses me sont communes avec l'histoire d'Ennis et jack : l'ostracisation de l'homosexualité dans les petits bleds de campagne, la mise à l'index parce qu'on n'est pas tout à fait comme les autres, la culpabilisation et la diabolisation de cette manière d'aimer autre, ce sentiment perpétuel de vivre dans la faute, d'être un paria sur le fond, et ce poids phénoménal des conventions sociales nourries par un discours religieux omniprésent, lourd, intolérant, qui impose sa vision du droit chemin dans les esprits ne laissant aucune chance d'être soi pour tout individu hors-normes... s'il déroge à la norme justement. Et c'était mon cas, malgré moi.

Tout comme les deux héros malheureux du Secret de Brockeback Mountain, j'ai du affronter les énormes et intenables tensions intérieures dues aux contradictions ingérables entre ma véritable identité et celle qu'on me demandait d'avoir pour entrer dans le moule tout près qu'on m'imposait. A l'instar d'Ennis Del Mar, je voyais se développer en moi quelque chose dont je ne pouvais endiguer la croissance : j'étais triste, souvent désabusé (à l'adolescence !), renfermé. Je fuyais les gens et ne me sentais bien qu'avec mes livres ou au plus profond des bois loin de toute présence humaine. Et si j'allais dans le monde des hommes, ce n'était que par obligation : les études et des petits boulots pour gagner mes tout premiers revenus personnels. Je me suis totalement identifié à Ennis tant j'aurais pu être lui et lui être moi sur de nombreux plans : taciturne, mal à l'aise, mélancolique, en retrait intérieur permanent, ne laissant aucune chance à l'attirance amoureuse d'un ou d'une autre. La grande différence, c'est que moi, je suis né plus tard et que j'ai pu goûter à une réalité sociale mieux disposée envers les gays. Les années 1980 et 1990, décennies où je traversais la même période de vie qu'Ennis au moment de son aventure amoureuse, ont vu l'homosexualité sortir du ghetto social où on voulait la maintenir.

Mais tout de même, Ennis Del Mar, tel un double cinématographique, m'a renvoyé en pleine face le quotidien intérieur de milliers de personnes homosexuelles à travers le monde dont le mien, en tout cas à un moment donné de mon existence. Tous les gays et les lesbiennes n'ont pas la chance de vivre dans de grands centres urbains occidentaux où vivre son homosexualité est mieux tolérée ; beaucoup d'entre eux sur la planète doivent se contenter d'une vie intérieure misérable et passent leur temps à faire semblant, distribuant à leur entourage des tartines de mensonges et de temps à autre des miettes d'authenticité. Tout est faux, truqué, et bien sûr fait le lit de la souffrance pour l'individu homosexuel mais aussi pour ses proches. En fait, ce n'est jamais l'homosexualité qui est un problème comme aiment à le prétendre tous ceux qui la rejettent ou la jugent négativement mais bien le regard qu'on porte sur elle. Changer l'angle de vision sur ce comportement et vous verrez beaucoup de gays aller mieux, encore faudrait-il que ce soit dès l'enfance. Après, une fois adolescent ou adulte, c'est trop tard : les clichés, les tabous, les schémas socioculturels sont emmagasinés dans la mémoire, provoquant un décalage constant entre la vie rêvée tout au fond de soi et celle effectivement vécue. Cette intériorisation d'un type de structure sociale spécifique maintient durablement sinon toujours l'individu homosexuel dans une tension permanente : il doit intégrer en lui un schéma relationnel qui n'est pas lui mais qui en plus le déprécie voire l'avilit aux yeux d'une majorité de citoyens. Epurer l'identité des personnes homosexuelles déjà formées intellectuellement est donc presque impossible : les conditionnements sociaux sont comme de vieilles plaques de tartre qui se décollent avec difficulté de l'émail.

En ce qui me concerne, je me souviens parfaitement que mon identité ne me posait aucun problème particulier jusqu'à ce que je sois confronté à la structure de notre société aux fondements judéo-chrétiens, surtout en Bretagne, terre catholique par excellence. Tout à coup, le petit garçon que j'étais a rapidement saisi mais lentement appris qu'il existait un chemin préétabli qu'il valait mieux suivre s'il voulait rester aimé, considéré et respecté par son entourage. S'en écarter prédisposait immédiatement au rejet et à la solitude. Or, un enfant ne demande rien d'autre que de rester choyé et apprécié par ses parents. Pendant des années, il m'a fallu composer avec cette réalité : me faire accepter tout en ne m'acceptant pas moi-même. C'était l'équation impossible. C'est durant cette longue période que j'ai appris la souffrance de vivre. Oui, je le dis : la société m'a enseigné tout ce temps-là la détestation de moi-même, le rejet de mon unicité, la haine de mon être. Dans ma petite enfance, j'étais en harmonie avec moi-même. Quelques années plus tard, c'était fini : j'avais mémorisé que j'étais une créature anormale et vile... puisqu'on me le disait implicitement ou explicitement. Je ne pensais même pas que je méritais de vivre. Mais comme j'avais trop peur de la mort, le suicide était inenvisageable. Du coup, je me voyais rester vivre comme un malade mental, un homme sexuellement handicapé, qui devrait des années durant dissimuler ses tendances amoureuses et son "ignominie". Cependant, l'ostracisme familial sur les désordres mentaux et l'univers de la psychiatrie faisait que de toute manière, je n'aurais jamais été voir un psy quelconque. Non, j'avais décidé de vivre seul, en vieux garçon, réfrénant au maximum mes pulsions. J'avais alors 19 ans. Je m'en souviens encore. J'étais appuyé contre la porte de ma chambre au premier étage de la maison familiale tandis que mes parents, mon frère et ma soeur riaient en bas avec des invités. C'était l'été. Mais le soleil ne brillait pas dans mon coeur.

Je me préparais déjà à mener une existence terne, complètement ratée, enlisée dans une solitude profonde et amère avec au bout la mort comme ultime délivrance. Et là, tout à coup, je revois le personnage d'Ennis Del Mar juste avant l'annonce du décès de son ami Jack (alors que les deux hommes ne se voient plus depuis des mois déjà) puis après : un homme seul, très seul, complètement en marge, au coeur rempli de tristesse et enkysté dans la pauvreté. En un mot : un raté ! Les dernières vingt minutes du film sont certainement les plus pathétiques. Emouvantes certes mais glaçantes : Ennis symbolise parfaitement l'attitude idéale à adopter pour devenir et rester un citoyen de seconde zone. Toutefois, l'homme, dans son malheur, montre aussi sa valeur et le respect qu'il a vis-à-vis de lui-même et de son amour pour Jack. Car aussi incroyable que ça puisse paraître, Ennis demeure complètement fidèle à son sentiment pour son défunt ami en dépit de toutes ses résistances à une vie homosexuelle au grand jour. D'ailleurs, lors de sa visite aux parents de Jack, s'il ne reçoit que du mépris de la part du père, il gagne instantanément la considération de la mère qui se montre très courtoise et accueillante avec lui : l'amour toujours vivant d'Ennis pour Jack rend ce dernier comme toujours présent, d'une autre manière.

BBM 13Ennis est un homme taciturne, renfermé, déclassé, presque marginal, mais il est honnête et droit. Et de ce fait, il peut encore compter sur l'amour et l'estime d'une seule personne, sa fille aînée Alma Jr (jouée par Kate Mara, très touchante), qui, à la fin du film, l'invite à son mariage. Ce qui fait ressortir encore davantage la relégation sociale dans laquelle se trouve Ennis désormais. Quand la voiture de sa fille disparaît de sa vue et que l'homme retourne dans le modeste bungalow qu'il loue dans un endroit isolé, il se retrouve tout à coup seul avec ses souvenirs et la présence fantôme de son ancien amant symbolisée par une chemise ayant appartenue à ce dernier. Ce sera d'ailleurs la dernière scène du film : Ennis contemple en larmes la chemise posée sur un cintre accroché à la porte de sa penderie avec une carte postale montrant Brokeback Mountain collée au-dessus. Nous sommes en 1983, vingt ans après la toute première rencontre entre Ennis et Jack. Vingt ans ! C'est très long à l'échelle d'une vie humaine. Particulièrement lorsque les possibilités d'une existence plus épanouie, plus respectueuse de soi, sont apparues et qu'elles ont été gâchées.

C'est drôle parce que là encore, et bien que ce soit de manière plus globale dans ma vie, le parallèle entre le personnage d'Ennis Del Mar et moi est assez saisissant. Toutes les opportunités d'un accomplissement de soi à travers une relation amoureuse plus épanouie que le jeune cow-boy a laissé filer répondent en echo à toutes les opportunités amoureuses, professionnelles et de vie dont je n'ai pas su profiter et dont la fuite a eu des conséquences négatives importantes sur mon développement intérieur. Mon épanouissement personnel en a été retardé de plusieurs années, me reléguant doucement mais sûrement à la marge sans que cela se voit forcément à l'oeil nu. Exactement comme Ennis, toujours inséré, du moins en apparence, appliquant très bien les codes sociaux au quotidien, mais peut-être trop bien justement, qui ne laisse voir aucun signe de marginalisation mais dont la solitude désormais bien ancrée en lui le place tout de même en position d'être une personne à part, à côté des autres, observant la vie de ceux-ci qui s'accomplit tandis que la sienne a déjà perdu une multitude de possibilités. L'immense solitude de celui qui voudrait mais ne peut pas décider à cause de multiples blocages intérieurs ou qui craint d'agir à cause d'inhibitions et de peurs, je connais merci !

Tous ces chemins que l'on veut prendre seul, à deux ou plus, mais qu'on va passer les laissant derrière nous à jamais sont autant de signatures de notre incompétence à nous créer la vie qui nous ressemble dans le fond. Nous nous contentons alors de mener une existence un rien automatique, dans le rail, mais pauvre intérieurement, entre frustration, désillusion, tristesse et un peu de joie fugace. Nous devenons sans nous en rendre compte un marginal intérieur : notre socialisation n'est qu'apparente ou que très partielle. Au fond, tout au fond, c'est l'instabilité et parfois la débâcle ; nous vivons dans un univers de solitude peuplés par des fantômes et colorés par des souvenirs en hologrammes. Combien de gens sont ainsi ? Beaucoup, j'en suis sûr, dans nos société modernes dites de communication. La marginalisation n'est pas forcément un phénomène visible : l'exclusion n'est pas toujours décelable au premier coup d'oeil et n'est pas obligatoirement une réalité circonscrite aux individus désocialisés habituels, sans-logis, clochards, drogués ou autres personnes en détresse matérielle ou psychologique voyante. Nous aurions de sacrées surprises si nous étions plus attentifs et empathiques à la souffrance autour de nous : un visage avenant, un collègue de travail ou la vendeuse que nous croisons peuvent dissimuler derrière un sourire une détresse intérieure inimaginable.

 

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BBM 12Ennis Del Mar est un homme ô combien touchant. Ses choix, sa souffrance, ses contradictions intenses, émeuvent. Ma vie aurait tellement pu être, tout contexte gardé bien entendu, semblable à la sienne sur le fond. Mais quand je me vois encore aujourd'hui à un âge où l'on n'est plus jeune sans être vieux, cette fameuse quarantaine qui est la réalité d'Ennis à la fin du film, je constate combien je suis à la frontière de l'exclusion sociale intérieurement : j'ai le coeur rempli de visages aimés et disparus à jamais, d'histoires inabouties, de rêves morts faute d'avoir osé, osé être moi, d'être présent là au bon moment, au bon endroit, et souvent à cause du conformisme social qui m'a englué dans la paresse tuant dans l'oeuf toute audace, tout courage. J'ai aussi quelques points communs avec Jack, l'autre protagoniste de l'histoire, dont le romantisme exacerbé le rapproche de moi mais dont énergie volontariste, la révolte permanente contre les conventions, l'absolutisme excessif ne me ressemblent pas, en tout cas sur le thème de l'amour. Non, je me retrouve plus dans la discrétion d'Ennis et sa silencieuse acceptation de ce qui est malgré l'envie de sortir du chemin déjà tracé.

Par contre, ayant eu l'opportunité de vivre ma jeunesse à une époque où l'on questionnait les schémas sociaux préétablis, où la personne humaine pouvait davantage affirmer sa différence par rapport à la multitude, je refuse de me complaîre à suivre la voie toute tracée pour être un homme selon le modèle collectif patriarcal imposé à tous, tout comme je ne cesse d'interroger avec constance par mon mode de vie et de penser le schéma du parfait citoyen bien installé dans son confort matériel entre métro, boulot, dodo et sacro-saintes vacances annuelles. Je suis un individu conscient de son unicité et de ce qui en fait la valeur intrinsèque. Je bouge intérieurement. J'évolue... mais rien n'est encore gagné. Le danger de complètement rater le coche et d'échouer dans l'accomplissement de mon être est toujours très présent. Si à l'intérieur, je suis très proche du personnage d'Ennis Del Mar aujourd'hui, je m'en détache cependant tout en constatant dans le même temps que je suis en plein dans la zone critique. Cette identification naturelle, inopinée, m'a révélé le chemin que j'avais accompli depuis la reconnaissance de ma prope homosexualité il y a des années mais que sur bien des tableaux, le destin triste et morne du cow-boy taciturne pouvait devenir le mien de façon plus permanente et poussée si je capitulais devant les circonstances contraires. J'ai beau apprécier ce cher Ennis, je n'envie pas sa vie et ne désire nullement me retrouver la cinquantaine passée avec des tas de regrets et des larmes versées en regardant des photos défraîchies, à refaire le passé à coups de "Si j'avais su", "J'aurais dû", etc...

Ce que je partage le plus avec le personnage d'Ennis Del Mar, et ce sera mon dernier point, est certainement la sympathie que j'attire de la part de l'entourage dès qu'il me connaît un peu. Souvent dans ma solitude, le retrait social partiel qui est devenu le mien, je rencontre des gens qui me témoignent un respect, une véritable estime, comme Alma Jr peut l'avoir vis à vis de son cher père aussi médiocre et âpre que soit son quotidien. Je sais que ça vient en grande partie du fait que je suis un homme droit, loyal, qui se donne les moyens de ses ambitions. Les autres sentent une cohérence entre mes propos, mes actes et leur finalité même si je peux rencontrer de grosses difficultés dans mes projets. Ma persévérance joue pour moi : c'est d'ailleurs ma carte maîtresse pour rester crédible aux yeux des autres... comme aux miens ! Au bout du compte, ma seule et unique richesse, c'est moi tout simplement, tel que je suis, peu importe où je vive et avec qui.

Si c'est le propre de tout être humain d'être essentiellement sa ressource essentielle, à l'évidence, il l'a oublié préférant chercher les solutions à ses problèmes hors de lui-même principalement sinon exclusivement. Je trouve par conséquent que l'histoire malheureuse d'Ennis Del Mar et de Jack Twist illustre à merveille la nature de nombreuses destinées humaines où le pression inexorable de l'extérieur écrase peu à peu la personnalité originelle expulsant l'énergie créative intérieure, un peu comme le fait l'eau inondant un navire qui coule et désagrégeant la structure du bateau par l'implosion des poches d'air qui restent. On dit souvent "Oh, celui-là, il a l'air 'explosé' !" en parlant de quelqu'un épuisé après un soir de fête ou qui a trop tiré sur la corde sur le plan de ses ressources physiques et psychiques et semble avoir une tête décomposée avec les cheveux en bataille. Personnellement, je rajouterais que la plupart du temps, je côtoie plutôt une majorité de gens "implosés", écrasés à l'intérieur par l'étau des conventions sociales, un cadre rigide, dont tout la plupart d'entre eux voudraient bien s'affranchir, du moins en partie, mais qui n'y parviennent pas, en tout cas pas autant qu'ils le désirent. Ces personnes n'affichent aucun comportement malheureux visible extérieurement mais montrent leur mal-être à travers de nombreuses conduites dérivées : addictions diverses (sport, jeux vidéo, internet, pornographie, sexe, alcool, drogue...), comportements agressifs ou au contraire apathiques, attitudes négatives systématiques ou très fréquentes (médisance, plainte, auto-dépréciation...), idées fixes voire obsessions (spiritualité déviante avec attitude sectaire, réflexions philosophiques, politiques ou de toute nature fondée sur l'absolu avec le risque d'extrémisme) ou à l'inverse l'absence de convictions fermes et solides avec le maintien dans un consensus mou délétère menant à l'indifférence face à la souffrance d'autrui. Et à côté ou à la place de ces comportements négatifs, peuvent intervenir de véritables troubles mentaux dont des phobies telles que les troubles obsessionnels compulsifs (les fameux TOC !) capables de bien vous gâcher la vie.

Bien sûr, on m'objectera que les conventions sociales ont bon dos et que sans elles, la société serait un véritable chaos. Aussi, je préfère préciser que si vous avez bien lu mes propos ci-dessus, les normes sociales ne sont pas en elles-mêmes le sujet de cet article : elles n'interviennent qu'en thème annexe mais sont forcément présentes dans mon discours parce que traiter de l'homosexualité impose encore de nos jours d'évoquer les notions de schéma social, de coercition et d'exclusion simultanément. Par conséquent, ce sont des questions complémentaires incontournables lorsqu'on veut parler de l'amour homosexuel, que ce soit sous un angle général ou particulier : les gays et les lesbiennes appartiennent aux populations minoritaires les plus atteintes par certains préjugés et tabous en raison d'un cadre social prédéfini et toujours prégnant dans les mentalités quoique plus faible que dans le passé. C'est un peu comme si vouliez traiter le thème du jardinage et obligatoirement, vous seriez amené à parler de la qualité de la terre destinée à recevoir vos plantes. C'est indispensable. Certains sujets ont des liens évidents et sont indissociables.

 

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De toute manière, l'essentiel est exprimé : la difficulté de vivre la relation amoureuse homosexuelle lorsqu'elle se présente en raison principalement d'un l'environnement social aliénant est une question quasi-universelle pour tous les gays et lesbiennes de la planète où qu'ils se trouvent. Et cette pression constante de l'entourage explique le mal-être de beaucoup de personnes homosexuelles face à l'image perpétuellement dévalorisante qui leur est renvoyée d'elles-mêmes. Il faut une force incroyable que toutes n'ont pas pour s'affirmer et vivre tel qu'elles sont ou s'engager dans une relation homosexuelle partagée. Et je peux étendre, en outre, l'objet de mes propos aux personnes bisexuelles qui sont également pleinement concernées. D'ailleurs, dans le film d'Ang Lee, l'orientation sexuelle d'Ennis demeure floue alors que celle de Jack est claire très rapidement. On ne sait jamais en fait si Ennis a un problème avec son identité qui serait seulement homosexuelle ou avec le fait d'aimer un homme aussi fort voire plus qu'une femme, sans exclure aucun sexe.

Le secret de Brokeback Mountain reflète en filigrane la vie de millions d'homosexuels à travers le monde et le temps. Peu importe la période, l'ostracisme entourant l'inversion (rien que le mot déjà en dit long quant au jugement de valeur qui y est contenu !) est toujours présent, même s'il tend à diminuer doucement. La plupart des gays traversent les affres d'une grande souffrance morale pour pouvoir vivre leur différence érotique et affective au grand jour ou même plus basiquement sur un mode privé tant le DECALAGE d'image avec la société demeure important y compris de nos jours. Répétez sans cesse à un Copie de homophobie garcongamin qu'il est un bon à rien, un incapable, dévalorisez-le en le comparant constamment à d'autres jugés meilleurs ou plus respectables que lui, il en restera toujours quelque chose. Bien loin de créer une émulation (selon votre seule perspective), vous finirez tout bonnement à la longue par détruire son estime de lui et vous le découragerez d'entreprendre quelque chose à force, ou alors il le fera mais avec un potentiel de confiance en lui déficitaire ou nul. C'est exactement ce que fait la société, le "parent collectif" avec la population Lesbienne-Gay-Bi-Trans (ou LGBT) quand bien même un gay ou une lesbienne serait élevé(e) avec amour au sein de sa famille. Le choc relationnel avec l'extérieur blesse souvent la personne homosexuelle tant lui est rappelé que son existence même pose problème, et je ne parle même pas ici de reconnaissance officielle du lien de couple (mariage, contrat d'union civile et compagnie), non, je parle du fait même d'être ce qu'elle est. Le judéo-christianisme et plus récemment l'islam n'ont de cesse de rappeler aux citoyens LGBT occidentaux par le biais de leurs institutions et de leurs doctrines séculaires qu'ils ont un comportement "désordonné" issu d'une souffrance intrinsèque (donc inhérente à leur manière d'aimer, super pour le respect de soi !) ou pire que leur conduite amoureuse est tout simplement un péché, une faute. Avec ça, veuillez vous développer en harmonie M'sieurs dames ! Concrètement, l'être humain homosexuel est respectable tant qu'il ne fait pas de vague, reste bien à sa place dans un placard et demeure fidèle à certains clichés (l'individu efféminé à outrance, le "baiseur" impénitent, l'artiste ou l'écrivain subversif, l'opposant farouche à toute normativité...) aussi réducteurs voire dégradants pour lui que rassurants pour tous ces autres qui ont une opinion sur lui sans trop rien lui demander... tout de même !

Et ce n'est pas parce que l'environnemant social est (ou semble) devenu plus ouvert que les choses ont beaucoup évolué : des siècles d'homophobie ne vont pas s'envoler comme ça ! Nous sommes imprégnés de la culture dans laquelle nous vivons même si nous sommes en désaccord avec elle : l'homme est un animal grégaire et une part de notre identité s'adapte aux règles environnantes en lente et constante mutation. La société occidentale est certes plus tolérante, mais elle n'est que tolérante : l'acceptation n'est pas encore au programme. De nos jours, si la nature humaine de l'être homosexuel est mieux reconnue pour qu'on parle de ce dernier comme d'une personne, dans le discours catholique particulièrement, et qu'il soit davantage invité dans la sphère publique, sa singularité amoureuse demeure un sujet de réprobation pour beaucoup. Ce qui installe l'homosexualité de l'homme ou la femme concernée dans un rapport désagréablement paradoxal : d'un côté, on lui octroie une reconnaissance légitime et d'un autre, on lui signifie que l'élément sans doute le plus constitutif de son identité est invalide du point de vue moral. C'est violent et offensant. C'est extrêmement irrespectueux. Une caractéristique psychologique forte, non criminelle, naturelle, est au final mise au même niveau qu'un véritable vice pouvant nuire à la personne mais surtout aux autres. Cette tolérance est un trompe-l'oeil. Elle se fonde sur un marché : l'individu homo n'aura aucune reconnaissance intégrale de son être tant qu'il n'aura pas décidé de se réformer, de corriger son "désordre", ou tout au moins de le contenir. Il ne sera pas accepté, simplement, entièrement, sans discussion, pour ce qu'il est intrinsèquement dans cette vie : une personne, certes, mais AVEC un désir homosexuel et son vécu consécutif, les trois étant indissolublement liés en lui.

En tant qu'homme aimant les hommes, je n'ai pas à me sous-estimer pour ce que je suis et qui je suis. JE SUIS. Point ! Et je vis à ma manière mon désir homosexuel. Cette dernière partie de moi-même est une grosse pierre à l'édifice de ma vie. Sans elle, je ne serais pas ce que je suis. Cet élément de mon identité est beau, profondément, intrinsèquement beau et pur. Mon homosexualité personnelle nourrit toutes mes qualités les plus évidentes : l'empathie, l'honnêteté, le courage, la persévérance, la créativité et l'authenticité. Sans elle, je ne serais pas l'homme que ma famille et mes amis connaissent. Sans elle, je serais autre et certainement bien moins enclin à la compassion et à l'ouverture d'esprit. Mon gay-hand-holding-3homosexualité, c'est comme mes yeux bleus, ma peau blanche, mon 1m73 de taille, etc... Certains parlent de l'homosexualité comme d'une inclination et non d'orientation comme si on pouvait choisir et qu'on pouvait s'en débarasser à coups de thérapie ou simple volonté. Mais au même titre que je n'arracherai pas mes yeux bleus (ou mettrai des lentilles), ni n'essaierai de changer ma couleur de peau ou ma taille pour vous faire plaisir, je garderai mon homosexualité même si ça vous déplaît. Elle n'est pas amovible, ni transformable. Elle est là, pleine et entière, inséparable du reste de mon être. Et elle me rend unique, beau dans et pour l'univers. Elle me permet d'accomplir la mission qui est la mienne ici, sur Terre. Je suis satisfait d'être ce que je suis. Je suis heureux d'être un homme homosexuel. Et j'en découvre chaque jour tout l'intérêt, toute la beauté, toute la singularité... et ce n'est certainement pas fini. Bref, être gay est à mes yeux un véritable trésor à faire fructifier, une aubaine dont je dois profiter, une compétence à exploiter. Pour moi, pour les autres, pour le monde entier.

Nous sommes bientôt en 2013. Nous traversons une période des plus troublées où se confrontent les schémas du passé y compris spirituels marqués par l'hégémonie du contrôle collectif sur les esprits, l'aliénation individuelle face à tout type de pouvoir (religieux, politique, philosophique, médiatique, commercial...) et de nouveaux schémas laissant plus de place à l'être tout en l'inscrivant dans un Tout, un ensemble. Ceux qui résistent critiquent ce changement de société, de monde, en le rejetant d'un bloc au prétexte qu'il est fondé sur l'apologie de l'ego. Or, la réalité est plus complexe. Un tri est certainement nécessaire. Mais cette critique est avant tout éminemment subjective : elle se fonde davantage sur l'interprétation des faits que les faits eux-mêmes. Tous ceux qui dans nos sociétés ont actuellement le pouvoir de quelque nature qu'il soit ou qui ont trouvé un équilibre avec les anciens paradigmes qui mènent notre monde depuis tant et tant d'années dévalorisent tous les changements de mentalité qui interviennent et les mettent en perspective de façon essentiellement négative. Ils sont dans la résistance et vivent selon un mode de défense. Leur attitude dominante est la REACTION. Leurs propositions ne sont que des CONTRE-PROPOSITIONS. Ils ne sont absolument PAS dans une dynamique d'ACTION ni d'initiative. Et comment le pourraient-ils ? Ils défendent avant tout leurs avantages acquis (même modestes) quelle que soit leur nature et une vision de la collectivité qui leur a toujours été bénéfique jusqu'à présent, dans laquelle ils se sentent bien sans trop se demander au demeurant si ces structures sociales séculaires sont vraiment respectueuses de tous. Il est intéressant de noter que la critique essentielle que ces esprits résistants font des nouvelles structures sociales, mentales et spirituelles qui s'installent autour de nous est qu'elles ne sont pas valables pour tous, qu'on les leur impose et que par là, c'est injuste. Sauf que... leur argument est à double-tranchant et peut aisément leur être retourné. Ces personnes qui n'acceptent pas de voir d'autres formes de pensée et de vivre prendre place dans la sphère publique, se sont-elles, elles-mêmes, au moins une fois, honnêtement, demandé si les règles régissant leur mode d'existence, leurs valeurs, depuis des années, étaient réellement partagées par tous intérieurement ? Si d'autres individus de la société n'étaient pas spoliés de leur créativité, de leur intégrité morale, de leur essence, en se voyant imposer des us et coutumes qu'on a toujours qualifiés globalement d'intangibles de manière arbitraire ? Sans doute, le moment est-il venu d'interroger non pas l'ensemble de ces usages et repères sociaux mais au moins partiellement afin d'établir plus de justice et de respect de chacun.

Cette histoire de balancement de valeurs et de déséquilibre (temporaire) que nous vivons tous présentement sonne un peu comme un juste retour des choses. On dirait comme une sorte de justice céleste qui redistribue les cartes afin de rétablir un équilibre. D'ailleurs, la vie a horreur que ce soit toujours les mêmes qui aient la meilleure part du gâteau. A un moment donné, elle passe le plat à ceux qui sont opprimés ou simplement un peu plus désavantagés. Je ne dis pas que ceux soumis hier acquièrent forcément un pouvoir social important ou un rééquilibrage parfait des forces en leur faveur mais ceux qui étaient à leur avantage doivent en tout cas renégocier leur position et souvent perdent une partie de ce qu'ils avaient. L'Histoire l'a mille fois montré. Et les périodes de crise sont toujours les temps où un nouveau partage des influences intervient. Toutes les révolutions ou les grands désordres socio-économiques le prouvent. Et actuellement, nous y sommes !

 

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C'est amusant de voir comment en partant d'un simple film où j'ai vu des liens évidents d'identification personnelle, je suis graduellement passé d'un niveau particulier à un niveau général et de la psychologie à la sociologie et même à un rien de métaphysique. Mais c'est logique. Le secret de Brockeback Mountain porte un message universel : chaque homme homosexuel ou bisexuel peut s'y reconnaître. En effet, au moins une part des évènements qui arrivent aux deux personnages principaux a été, est ou sera vécue par de nombreuses personnes LGBT sur Terre. Et parmi celles-ci, beaucoup ont connu, connaissent ou connaîtront des destins similaires à celui d'Ennis Del Mar ou de Jack Twist, entre misère intérieure et/ou matérielle et désapprobation de l'entourage, où renoncements et capitulations répétés dans le temps font ou feront le lit d'une souffrance morale tour à tour sourde ou intense selon les heures et les jours. C'est aussi ce qui fait toute la valeur de ce long-métrage qui me rappelle avec force ce que ma vie a été (beaucoup), est (moins) et ne sera plus du tout. Car le passé déficient, je n'en veux plus ! Mon homosexualité est l'une de mes clés vers le bonheur. Elle est une opportunité de développement et d'enrichissement personnel extraordinaire. Et je dis un grand merci à l'univers, la vie, Dieu (?), d'être né ainsi. De la simple gratitude ! Voilà, ce que je ressens à être homo. Et maintenant, qu'on me laisse m'accomplir pour aller jusqu'au bout de l'objectif existentiel que je me suis fixé : la vie n'attend pas, ou juste un peu, et me l'impose.

Namaste ! 

 

Published by ELLYPSO WARATAHS - dans MES LIENS INTIMES
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