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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 00:22

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En voyant les derniers évènements qui ont illustré l'actualité sociétale en France où certains catholiques ont montré une opposition virulente sinon violente contre le projet de loi socialiste instituant la reconnaissance par l'Etat du mariage homosexuel à l'égal du mariage hétérosexuel, le souvenir de Soeur Emmanuelle, la religieuse catholique au fort tempérament starifiée par les médias, m'est revenu en mémoire. Je ne sais pourquoi, subrepticement, l'image de l'alerte nonne franco-belge nonagénaire est venue s'implanter dans mon cerveau alors même que je ne cessais d'entendre de (trop) nombreux discours tous plus homophobes les uns que les autres venant du milieu catholique français. C'est surtout en voyant les très égocentriques Frigide Barjot et Philippe Ariño ou encore l'intraitable Christine Boutin, tous trois très médiatisés, avec quelques autres, distribuant leur "bonne parole", une conception très personnelle de la vérité, entre certitude arrogante et verve outrancière, avec parfois pour certains intervenants une parfaite mauvaise foi, à longueur de lignes ou de phrases dans les médias, que j'ai pris conscience malgré moi d'une réalité des plus objectives : le monde catholique est divers et intimement contradictoire. J'ai vu concrètement combien les notions de religion et de spiritualité étaient différentes et pouvaient ne pas se rejoindre voire s'opposer. J'ai vu ce qui pour moi est le Mal à l'oeuvre dans les consciences, le Mal dans ce qu'il a de plus redoutable : l'apparence de la légitimité, l'apparence de la vertu et du Bien, la dictature du dogmatisme uniquement soutenue par la majorité et le poids des ans alors qu'un individu peut avoir raison seul contre tous et que toute idéologie même admise pendant des siècles peut se révéler erronées en quelques minutes d'une observation neutre de la réalité. Copernic et Galilée qui ont tous deux subi les foudres de l'église catholique en leur temps me semblent de parfaits exemples de l'obscurantisme religieux remis en cause par de simples faits scientifiques constatés puis avérés depuis lors.

En quelques semaines, en ce début de XXIè siècle, je n'aurais jamais imaginé voir autant d'égoïsme, d'aveuglement, de conservatisme, de rejet de l'autre s'exprimer aussi ouvertement. Non, je n'aurais jamais imaginé être forcé de constater que la peur de la différence et la ségrégation entre humains sur de simples critères subjectifs et arbitraires continuent à avoir autant d'impact dans le coeur d'une multitude de gens. Je n'aurais jamais imaginé voir les germes de la haine et de la guerre aussi vivaces dans les coeurs de tant de personnes qui pourtant se proclament des disciples du Christ, des messagers de paix. Le refus de ce que l'on est par tant d'autres blesse et fait inévitablement s'interroger sur ce qui se passe, d'autant plus quand ça dure. Cependant ma réflexion ne s'est pas opérée du côté événementiel, très superficiel en soi et simple conséquence d'une réalité plus profonde, mais sur un plan plus essentiel : le plan de nos croyances, le plan de l"éthique et plus intimement le plan de la foi que nous plaçons en la vie quel que soit le médiateur, Dieu ou tout autre divinité, l'Homme, l'univers ou rien.

 

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Sister Emmanuelle 1A une journaliste de l’Express qui, en juin 1995, l’interrogeait sur sa vocation religieuse, Soeur Emmanuelle avait répondu :

 « Je n'ai jamais choisi la voie de l'Eglise, jamais de la vie! J'ai choisi Dieu, ce n'est pas pareil ! Les structures de l'Eglise ne m'intéressent absolument pas. Lorsque j'avais 20 ans, il n'y avait qu'une voie pour servir Dieu totalement: la vie religieuse. (…) aujourd'hui, je n'aurais probablement pas suivi la voie que vous appelez l'Eglise, j'aurais choisi une cause et je m'y serais dévouée. Je voulais faire de ma vie quelque chose qui ne meure pas, quelque chose d'absolu, parce que j'avais le sentiment que tout passe, tout coule, et qu'au milieu il y a un être qui ne coule pas, c'est Dieu. J'ai voulu entrer dans ce fleuve très limpide qui va droit à l'essentiel : l'Homme.»

Je trouve très intéressant qu'une chrétienne authentique et dont on pourra difficilement contester la pureté et la profondeur de la foi fasse bien la DIFFERENCE entre Dieu, la croyance en lui qu'il entraîne et les institutions CENSEES les représenter tous deux. L'adjectif "censées" prend vraiment tout son sens. Qu'y a-t-il de commun effectivement entre une femme qui a prouvé par son action prolongée et constante qu'elle était du côté des plus souffrants et des plus nécessiteux, et par conséquent du Bien, et une haute hiérarchie catholique enfermée dans ses murs entre beaux parquets cirés, livres et meubles précieux, dorures et tentures de velours, en tout cas toujours bien loin des lignes de front. Et pourtant, ces prélats protégés par des couches de préjugés et de certitudes ont toujours un avis à donner sur les questions qui concernent des milliers ou des millions de personnes dont ils ne connaissent ABSOLUMENT RIEN de la réalité quotidienne. Si ce n'est pas le summum de l'outrecuidance, qu'est-ce donc ? 

Personnellement, je pense comme Soeur Emmanuelle et j'ai adopté la même conduite qu'elle vis à vis de ma propre religion, le bouddhisme, où là aussi, organisations diverses dont celle par laquelle je reçois un enseignement bouddhique et institutions plus ou moins officielles, incluant les plus célèbres comme celles du Tibet, tendent à se présenter comme les seuls garantes d'une foi authentique en lien avec les enseignements du bouddha historique Shakyamuni. Or, ce dernier a pourtant dit : "Suivez la Loi, pas la personne !" Il faisait là nettement la distinction entre l'engagement personnel du croyant et l'enseignement donné par un maître ou une institution, un clergé quelconque. En ce qui me concerne, j'ai pris acte de cette phrase et l'applique chaque jour dans ma vie.  Au sein de mon mouvement, j'ai souvent été vu comme le trouble-fête, l'empêcheur de tourner en rond. Mais je ne regrette rien puisque ma foi, elle, est toujours bien présente. Et nombre de choses que je critiquais ont été revues dans mon sens : les instances dirigeantes ont bien compris à la longue que moi et les gens qui partageaient mon opinion sur certains thèmes ne contestions pas par égoïsme mais bien parce que certains points soulevaient des interrogations légitimes. Ainsi, dès la fin des années 1990, j'ai commencé à discuter le fait d'avoir matin et soir des pratiques méditatives longues qui obligeaient les gens à se lever fort tôt et à ne plus vivre que pour la pratique bouddhique. C'était épuisant et pas forcément toujours très efficace. De plus, ça faisait "esprit de secte". Mais n'obtenant aucune réponse sur une possible réforme du gongyo (nom japonais pour la méditation bouddhique), je décidai d'appliquer à la lettre la phrase de Shakyamuni. En fin de compte, ma propre foi comptait plus que les conservatismes officiels. J'ai alors décidé seul, au lieu des deux gongyo longs habituels (surtout le matin), de faire en début et fin de journée un gongyo court appelé gongyo de cérémonie et récité lors d'occasions particulières (mariages, enterrements, réceptions diverses). Ce n'était pas l'esprit de facilité qui me menait mais bien le respect authentique de ma foi. J'ai voulu tester... et bien m'en a pris car trois ans plus tard, les deux méditations quotidiennes ont été réformées dans mon sens, sans même que j'intervienne. Ce sont des croyantes japonaises qui ont longuement défendu une révision de la pratique afin de l'adapter à la vie moderne. Elles ont été entendues et dorénavant, les deux méditations journalières sont deux gongyo de cérémonie avec autant de temps de récitation du mantra essentiel (daimoku) qu'on veut. C'est plus simple mais surtout plus efficace. La foi se nourrit aussi de la liberté accordée à l'individu, et c'est vrai pour toute religion.

Il est, à mes yeux, absolument nécessaire que les institutions de tout mouvement spirituel fassent leur autocritique et adoptent une véritable attitude d'humilité envers leurs croyants. C'est incontournable sinon c'est le règne du dogmatisme et de la dictature extrémiste... qui peut prendre un visage très tolérant, du moins en surface. Tout adepte d'une religion est alors amené à s'adapter à un cadre précis et à adopter les mêmes idées que les autres croyants de manière plus ou moins rigide. C'est tout simplement un nivellement des consciences et l'institution de la médiocrité spirituelle. Je dirais même que c'est le degré zéro de la foi authentique. Croire librement et fidèlement n'a que fort peu à voir avec les carcans idéologiques, et en particulier religieux. La foi authentique est rarement celle de celui qui adopte le prêt à croire, ce que personnellement, j'appelle la "take-away faith" (la foi à emporter), à l'instar de celui qui consomme régulièrement les plats tout prêts à ramener chez soi au lieu de faire l'effort de cuisiner lui-même. La véritable foi doute, questionne toute autorité spirituelle voire s'y oppose, diminue, remonte, peut même partir pour mieux revenir. Une telle foi VIT tout simplement et n'est JAMAIS linéaire. La véritable foi est essentiellement, incomparablement, vicéralement HUMAINE... même si elle est mise au service d'une supposée divinité. Et c'est très bien ainsi.

 

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En ce qui concerne les catholiques en France, les derniers évènements sociétaux ont largement montré qu'il existait deux sortes de croyants, ceux qui prétendent que c'est en ne suivant que l'Eglise qu'on demeure dans le chemin de la parole de Dieu, et ceux qui affirment que les intitutions peuvent être interrogées voire contestées sur certains sujets donnant par là plus d'importance au lien personnel avec le Créateur qu'à l'intermédiaire obligatoire que personnalise le clergé. Pendant un moment, ça m'a troublé mais en fait, j'avais oublié que de très grands chrétiens tels Soeur Emmanuelle ou l'abbé Pierre avaient aidé le plus les gens en s'opposant parfois avec raison tout de même à leur autorité de tutelle. Ainsi, Soeur Emmanuelle, si elle a obéi à contre-coeur à l'ordre de quitter les chiffonniers du Caire, n'en a pas moins dans certains livres mais aussi propos tenus à la télévision, comme ceux cités plus haut, discuté le bien-fondé de certaines attitudes de l'Eglise romaine.

Soeur Emmanuelle et son homologue français dans la lutte contre la misère et la pauvreté, l'abbé Pierre, n'étaient pas des révolutionnaires mais ils ont demandé au clergé, et surtout le haut clergé, de questionner leur rapport avec le monde de temps à autre, en particulier au sujet de la justice sociale, les moeurs et la condition féminine. Ces deux personnes étaient bonnes. A l'inverse, de nombreux catholiques qui se sont enfermés dans le dogmatisme du principe de vérité (cf.  29. PENSEES DU NOUVEL HOMME - VI ) n'ont que des jugements de valeur dans le coeur ou une tolérance, juste une simple tolérance, remplie de condescendance, cette horrible attitude si hypocrite et tellement bourgeoise. Ce n'est pas un hasard si beaucoup de catholiques parmi les plus coincés et obtus appartiennent à la bourgeoisie : le respect des convenances plutôt que le respect de la vie avec cette vision étriquée et duelle du monde si caractéristique en permanence. La réalité n'est envisagée que sous un angle d'opposition et de pouvoir : dominants/dominés, employeurs/employés, riches/pauvres, méritants (comprendre "bien nés")/tous ces autres-là (la plèbe quoi !), etc... Cette vision duelle du réel se marie à merveille avec le manichéisme fondamental du judéo-christianisme qui divise le monde en deux groupes essentiels : les vertueux et les pécheurs. Il est assez aisé de comprendre pourquoi la bourgeoisie et un certain catholicisme très traditionnel voire ultra se fondent si bien ensemble depuis longtemps : ils partagent une vision du monde exclusive et extrêmement hiérarchisée qui se formalise peu de l'injustice sociale environnante. Si l'injustice est considérée, c'est sous l'angle moral essentiellement avec des thèmes vedettes tels que l'avortement, la moralisation des moeurs ou l'euthanasie, et vus bien sûr selon une interprétation toute arbitraire et très convenue.

 

nest-toujours-raisonnable-chercher-avoir-rais-L-Sja2nf

Trad : " La vérité" -

Quand est appelée vérité l'obligation de tous à en revenir

à une vision unicentriste de l'univers et de la vie

 

Avec de telles références, l'ouverture à l'autre est évidemment soit rendue impossible, soit soumise à conditions, avec un contrat moral plus ou moins avoué dont le fond est "je t'accepte si tu modifies ce qui est hors du discours de l'Eglise." (sous-entendu "ce qui me déplaît."). C'est toute la subtile distinction qui existe entre tolérance et acceptation. La première est limitée et partiale, la seconde est inconditionnelle dès lors qu'il s'agit d'humanité. La première est intellectuelle, morale, la seconde est l'acte d'amour par excellence dès qu'on s'ouvre à l'autre si différent et qui heurte pourtant nos convictions. Et à bien y regarder, je constate que si la tolérance est répandue (et encore, on pourrait mieux faire !) parmi les chrétiens, l'acceptation, elle, est rarissime. Ce qui signifie tout bonnement que nombre de croyants chrétiens et surtout catholiques ignorent complètement ce qu'est l'Amour, celui avec un grand A, sans conditions, éminemment empathique, altruiste, qui n'établit aucune échelle de valeur spécifique, un état d'esprit élevé bien différent du sentiment duel entre deux êtres amoureux, puisqu'ils ne le vivent jamais. Par contre, ils en parlent ! Mais c'est connu : revenir sans cesse sur un sujet signifie qu'il nous attire parce qu'il brille par son absence concrète dans notre propre vie. Quand on vit les choses, on n'en parle même plus : ça se voit. Ca devient banal et naturel. Tous ces croyants hors du chemin de l'Amour vivent et suivent scrupuleusement le dogme, vont à la messe et autres activités paroissiales, mais demeurent loin intérieurement de ceux qu'ils jugent trop différents d'eux, surtout quand ça concerne les moeurs. Réalité plutôt glaçante, non ? Du coup, les débordements verbaux ou écrits constatés lors des dernières manifestations contre l'ouverture du mariage aux couples homosexuels et sur de multiples plateformes sur le Net opposées au projet de loi du même nom s'expliquent parfaitement. Et évidemment, cette homophobie ouvertement exprimée que tentent de réguler dorénavant les institutions religieuses chrétiennes françaises afin de moins choquer et de montrer un visage plus avenant a déclenché l'ire et la violence verbale dans l'autre camp. Classique : on récolte toujours ce qu'on sème. Nous sommes bien loin de la grandeur de coeur de Soeur Emmanuelle ou de l'abbé Pierre.

Ces dernières semaines, J'ai souvent pensé à la religieuse franco-belge ainsi qu'à un vieux couple de catholiques français que je fréquentais épisodiquement lorsque je vivais près à Nantes. En pensant à ces personnes, je me suis souvenu de valeurs humaines fondées d'abord sur l'expérience de terrain et non l'idéologie religieuse. Ce que je voyais alors était l'accueil simple de l'autre TEL qu'il était SANS CONTREPARTIE, sans attente d'un changement, loin de l'étouffante et hypocrite gentillesse remplie de condescendance prête à se muer en rejet froid et méprisant si aucune modification de l'attitude considérée comme mauvaise n'intervient. Quand je pense à Soeur Emmanuelle ou à ce couple de vieux croyants, je revois aussitôt ce qu'est le vrai message du Christ : la gratuité, L'INCONDITIONNALITE... et c'est tout ! Ni plus, ni moins ! Ah c'est sûr, ça nous change ! On se situe à un niveau de spiritualité bien plus élevé que chez la plupart des croyants catholiques lambdas.

Cette multiplicité si contrastée voire contradictoire de vivre une foi à la base identique questionne la raison. Sans remettre en cause le message de fond initial,  elle interroge toutefois sur l'interprétation et toutes ses variantes qui en ont été dispensées au cours des siècles. Par conséquent, l'argument rebattu qui place la prétendue universalité de la Bible comme source de référence absolue et sans tache pour promouvoir une idéologie planétaire fondée sur l'Amour devient difficilement recevable : il est tout bonnement improuvable ! Se croire guidé par la pensée de Dieu et être effectivement guidé par elle lors de la rédaction de textes dits sacrés sont deux choses bien différentes qui se rejoignent cependant sur un point : elles sont invérifiables concrètement. Tout repose sur l'explication très personnelle que fait le rédacteur de son action d'écriture. Nous sommes donc bien dans le domaine du postulat et de la simple affirmation. Tout n'y est que pure subjectivité. Autant dire que l'on peut écrire tout et son contraire en pensant ainsi.

La Bible, comme tous les textes religieux, est avant tout une construction HUMAINE avec tout ce que ça sous-entend d'interprétations, de manipulation, d'erreurs et d'influences culturelles au moment de la rédaction de certaines parties. Je l'avais déjà constaté à l'université alors que le Saint Livre était au programme de ma seconde année de lettres modernes. Récemment, j'ai entendu sur la radio alternative Ici et Maintenant un chrétien non catholique qui contestait fortement la fiabilité de la Bible sur nombre de points : le poids de l'Ancien Testament lui-même calqué en grande partie sur la Torah et rempli d'influences culturelles juives (on parle bien de judéo-christianisme dans nos sociétés occidentales) était trop important pour rendre le fond du message biblique aussi universel et inclusif que le prétendent depuis des siècles les autorités ecclésiastiques du Vatican. En son temps, le Christ s'était frontalement opposé aux pouvoirs en vigueur dans son pays, les désignant sous le terme fortement péjoratif de "pharisiens". L'homme expliquait qu'est resté de ce passage de Jésus sur Terre le Nouveau Testament dont l'esprit a été toutefois complètement dénaturé par les interprétations personnelles des différents rédacteurs, Saint Paul en tête, en raison de leur culture juive et des conditionnements sociaux contemporains : ils ne pouvaient être neutres, tout disciples qu'ils étaient pour la plupart. Et si on rajoute les traductions ultérieures, où là aussi influences diverses et interprétations individuelles ont corrompu le fond des paroles du Christ et certainement déformé les faits, taisant tout ce qui dérangeait la pensée officielle ou les convictions des rédacteurs successifs, je pense qu'effectivement l'authenticité de la Bible qu'on lit de nos jours et surtout sa valeur morale sont de nature hautement douteuse

 

Interdit

Trad : "Ne le faites pas !"

 

Quand je discute avec des catholiques mais aussi des protestants attachés au formalisme dogmatique, le détail qui me frappe à chaque fois est cette affiliation quasi inconsciente à l'interdit sous ses multiples formes, l'attachement vicéral aux préjugés (même édulcorés par des bribes de tolérance) et à la condamnation gratuite sur l'apparence des faits et non les faits eux-mêmes. C'est le règne absolu de la subjectivité ayant usurpé la place de l'objectivité et qui a édicté depuis plus de 2000 ans sous le masque de celle-ci un code moral séculaire violent, agressif intérieurement pour l'individu. Et tous les thèmes reliés à la sexualité sont ceux où l'opprobre et l'exclusion se font toujours le plus sentir. Ce qui est logique car c'est le domaine où l'être humain est sans doute le plus en contact avec sa liberté fondamentale d'être et d'agir et donc le plus apte à exprimer une force créative qui peut se révéler rebelle voire opposante. Ce que les religions exècrent par-dessus tout. En tant qu'homosexuel anciennement catholique, je sais de quoi je parle. Ce qui prouve que le christianisme n'a pas du tout évacué ses démons mortifères d'annihilation de la différence dès lors qu'elle est opposante et surtout revendicatrice d'une pleine liberté d'expression ET D'ACTION. L'attitude de l'Eglise de Rome est sans appel sur ce sujet : là encore, l'actuel débat sur le mariage pour tous le montre clairement. Mais d'autres questions comme l'avortement, la procréation médicalement assistée (PMA), l'adoption par des couples gays ou la simple reconnaissance de l'homosexualité ont cristallisé ou cristallisent toujours beaucoup d'opposition chez les chrétiens mais surtout les catholiques. Seule la pression sociale a permis ou permettra certains changements nécessaires pour plus de respect humain.

 

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Lorsque je vois l'état présent de la société occidentale, je reste perplexe, pris dans la contradiction. D'un côté, des évolutions sont intervenues afin d'offrir à l'individu plus de liberté et de respect de lui-même et en même temps, l'égoïsme n'a jamais été aussi fort. C'est comme si nous détruisions d'une main ce que nous avons eu tant de mal à bâtir de l'autre. Je ne cautionne pas tous les changements sociaux qui sont intervenus depuis les années 1970 en occident les yeux fermés : un tri est indispensable. Je m'en suis longuement expliqué dans mon article  24. QUELQUES MOTS DE PLATON... EN ECHO. Je pense que la gauche politique a une énorme responsabilité dans le dévoiement de certaines valeurs qui ont été très mal interprétées mais je ne soutiens par pour autant l'attitude ultraconservatrice de toute une frange des politiques et électeurs de droite dont nombre de catholiques. Si à gauche, l'individu a pris trop d'importance et est désormais systématiquement placé CONTRE le groupe, à droite, la notion de morale collective demeure encore et toujours la dimension sociale principale OPPOSEE sans cesse à la personne, et particulièrement la personne qui veut s'émanciper psychologiquement et philosophiquement. D'un côté comme de l'autre, aucun équilibre n'existe. Et la raison en est simple : le dogmatisme qu'il soit politique, philosophique ou religieux, règne en maître absolu. Consternant : c'est le signe le plus évident de la dictature de l'Ego sur l'esprit humain. Partout, l'égoïsme s'étale tout-puissant. Et surtout dans le monde des idées. C'est la corruption des valeurs à laquelle l'Eglise et de nombreux catholiques participent également tout en pensant bien évidemment faire l'inverse. Le "progrès" social effréné de la gauche socialiste est aussi mauvais que le conservatisme souvent nauséabond de la droite. La sagesse dicte comme à l'accoutumée que le meilleur réside dans une solution médiane. Mais l'homme est ainsi fait : chacun croit et veut avoir raison et le dialogue est plus souvent apparent que réel. Si les bouches s'ouvrent facilement, les coeurs demeurent fermés. Chacun campe sur ses positions. Exit l'échange et l'empathie. Dehors l'humilité ! Les débats sont frelatés et ennuyeux. Et là, en ce moment, avec le projet de loi relatif au mariage homosexuel, nous sommes servis en matière de discussions aussi tonitruantes qu'inutiles ! Mais les thèmes de l'avortement ou de l'euthanasie entraînent aussi la même radicalité de parole rendant tout débat improductif.

Abbé PierreAlors que j'écris ces mots, j'ai soudain dans les oreilles la célèbre aria de la Suite n° 3 en ré majeur de Bach, un summum d'élégance et de raffinement. J'écoute la playlist en ligne sur mon blog. Et je ne peux m'empêcher de penser à ce que serait l'esprit humain s'il daignait laisser la beauté l'habiter plus souvent et être le terreau de ses idées. Et je repense à Soeur Emmanuelle et à l'abbé Pierre qui n'ont pas hésité à se lever contre l'ordre établi, avec clarté, courtoisie et parfois, pour le second, véhémence, afin de faire bouger les institutions politiques et religieuses quand la situation l'exigeait. L'appel de l'abbé Pierre pour obtenir des logements pour les plus démunis lors du terrible hiver 1954 reste une référence en la matière mais le curé des pauvres n'a jamais trop mâché ses mots pour parler de l'attitude des pouvoirs publics comme des autorités religieuses qu'il jugeait constamment beaucoup trop en retrait ou figée par rapport aux grandes questions socio-économiques et sociétales. C'est cette noblesse de coeur, cette exigence d'une spiritualité élevée parce que COHERENTE, mettant réellement en action un coeur et un esprit aimants, respectueux des autres intrinsèquement, qui manque cruellement à tant de croyants catholiques et plus largement chrétiens à travers le monde. Avec Soeur Emmanuelle et l'abbé Pierre, tout était sujet à discussion, jamais à rejet et jugement de valeur, et surtout, l'autre était vu en tant qu'être autonome avec SON éthique propre et donc les conduites qui en découlaient. Et il n'y avait rien à redire. Quand on voit à l'opposé autant de catholiques crispés sur toute question en lien avec la sexualité, une leçon d'humanité et d'humanisme a été donnée par l'intermédiaire de ces deux grandes âmes. C'est malheureusement une leçon que beaucoup se contentent de constater en encensant nos deux religieux d'exception mais en se gardant bien d'en appliquer l'enseignement dans leurs propres vies tant elle exige d'aller contre ses tabous, ses certitudes et surtout ses préjugés. Du coup, beaucoup sont incapables d'opérer un examen de conscience approfondi et s'enlisent dans le statu quo jusqu'à défendre leurs valeurs avec fermeté voire violence en place publique et à vouloir les imposer à tous. La foule compacte majoritairement catholique qui a défilé lors de la dernière manifestation contre le projet de loi socialiste sur l'égalité conjugale homo/hétéro ou les commandos anti-avortement qui mènent des actions très agressives contre les lieux et leur personnel pratiquant l'IVG sont de parfaits symboles de ce conservatisme très dur et intransigeant.

Soeur Emmanuelle et l'abbé Pierre étaient authentiquement, profondément, humains. Et du coup, très naturellement, ils mettaient l'homme au centre de leurs préoccupations. Dieu, la divinité du dogme, n'était que la référence à laquelle tous deux revenaient sans cesse certes, mais leur lien avec lui était bien différent de celui qu'ont nombre de croyants catholiques avec lui en général où le formalisme et le conformisme dominent. Soeur Emmanuelle et l'abbé Pierre se donnaient à leurs causes, vivaient leurs convictions et surtout ACCEPTAIENT l'autre même très différent dans son mode de vie voire opposé aux principes de leur foi catholique SANS CONDITIONS. Jamais ils ne leur serait venu à l'esprit d'exiger de l'autre qu'il change afin de convenir à leurs propres valeurs, à l'image idéale qu'ils se faisaient du monde tout simplement parce qu'ils respectaient la vie dans toute sa diversité d'expression, la vie telle qu'elle est au-delà des notions extrêmement arbitraires de Bien et de Mal. Ce que la plupart des catholiques aujourd'hui sont incapables de faire. Et c'est là, TOUTE la différence entre ces deux vrais chrétiens et les autres plus attachés au décorum et aux textes qu'à sonder la pureté même de leur foi, ces autres qui confondent qualité de l'engagement spirituel avec suivi scrupuleux de règles au risque de tuer toute spontanéité, toute nuance personnelle fut-elle en désaccord avec l'autorité ecclésiastique mais toujours en harmonie avec Dieu. Soeur Emmanuelle et l'abbé Pierre ont su différencier l'existence de leur Créateur de celle des institutions censées représenter ce dernier sur Terre. Ce qui nous ramène aux propos prononcés par Soeur Emmanuelle et que je cite en tout début de mon article : suivre la voie de Dieu et non celle de l'Eglise. C'est en fait deux façons de vivre sa foi chrétienne très différentes... et qui peuvent s'opposer frontalement. Pour la célèbre religieuse franco-belge, l'acte suprême d'amour est de reconnaître l'homme dans sa valeur la plus essentielle qui ne peut exister que par une acceptation totale de ce qu'il est puisque son existence même résulte de la volonté de Dieu. C'est ce qui explique pourquoi Soeur Emmanuelle s'est toujours montré plus ouverte sur les questions de moeurs que sa hiérarchie catholique :

"Pour beaucoup, Sœur Emmanuelle a su réconcilier les gens avec l’Église. Patrick Poivre d’Arvor a mentionné qu’elle donnait l’envie à tout le monde de croire et de se convertir. Elle était pour la contraception, elle ne condamnait pas le mariage homosexuel, ni l’avortement. En Égypte, alors qu’elle avait vu des enfants mourir, elle avait envoyé une lettre au Pape lui demandant l’autorisation de faire venir des femmes gynécologues pour prescrire la pilule aux femmes chiffonnières. Le Pape ne lui avait jamais répondu. Ce fut pour elle une réponse positive.

Elle était une religieuse extrêmement moderne qui avait aussi su choquer et provoquer. Elle avait suscité des controverses lorsqu’elle avait révélé dans ses mémoires posthumes le plus vif de son intimité.

Oui, elle ne désirait sûrement pas être trop louée et idéalisée après sa mort. Dans ses confessions, Sœur Emmanuelle avait raconté comment elle succombait au plaisir en étant enfant : « Soudain, à l’âge où l’enfant n’a pas encore la conscience de la force brutale de la sexualité, éclata en moi la première manifestation d’un des instincts les plus violents de l’homme et de l’animal. Comment et à quelle occasion ai-je commencé à me masturber, je ne m’en souviens pas.»(www.feminix.com)

Je me souviens d'avoir entendu ou lu les réactions interloquées de croyants catholiques face à la liberté avec laquelle la célèbre nonne parlait avec honnêteté et simplicité des plaisirs de l'onanisme qu'elle avait beaucoup pratiqué dans sa jeunesse. En outre, elle n'y mettait absolument aucune dose de culpabilité. Evidemment, ça a fait tout de suite tache dans le monde feutré et un rien empesé du catholicisme bourgeois : l'image de la Soeur que beaucoup auraient voulu idéale selon des préceptes particuliers en a pâti. Comment ça ! Une religieuse qui affirme que s'envoyer en l'air seule n'est en rien un péché mais juste un acte normal et simple, aussi naturel que de respirer, boire ou manger. Je peux vous dire que l'auréole de la religieuse est tombée dans le coeur de certains croyants catholiques qui sans même chercher à comprendre le cheminement spirituel de cette femme ont préféré restés accrochés à leurs illusions et leur représentation du réel au lieu d'aller à la rencontre de l'autre, au lieu d'aimer l'autre tel que le Christ, le Bouddha et divers êtres éveillés l'ont enseigné.

Pour de très nombreux croyants, la réalité par essence instable de la vie est tout simplement intolérable : ils lui préfèrent une interprétation, un ersatz, qu'ils prétendent légitime parce qu'elle existe depuis plus 2000 ans... sauf que ce n'est pas la quantité d'années et de siècles qui fait la validité d'une théorie fut-elle religieuse et même scientifique ! La remise en cause de ce qu'on croyait vrai un temps existe et permet de rectifier certains errements, même anciens, de l'esprit humain. En dehors de la naissance, de la maladie, du vieillissement et de la mort, peu de choses sont réellement aussi confirmées naturellement. Les dogmes sont institués afin de créer une image de la vie en tant que phénomène stable aux repères intangibles, un faux la plupart du temps qu'on affirme vrai et qu'on impose avec une violence le plus souvent sourde car répétée un nombre incalculable de fois doucement, sans en avoir l'air. C'est la manière la plus efficace d'enfermer durablement le coeur humain dans une prison où l'Amour n'a pas sa place tout en affirmant bien sûr que chacun est libre et l'objet du respect le plus absolu. C'est également la manière la plus sûre de créer la division à l'intérieur d'un individu et de l'amener à rejeter des parties entières de lui-même qu'il finira par exclure chez les autres ensuite. On ne condamne jamais mieux chez autrui que ce qu'on refuse inconsciemment chez soi. C'est connu. Au-delà du simple désaccord idéologique exprimé actuellement sur le mariage gay, la plupart des catholiques ne ressentent en général aucune réelle empathie envers les personnes homosexuelles puisque la promesse d'une possible rémission de leur "mal" (comprendre leurs tendances sexuelles) est implicitement envisagée si un lien est entamé avec l'une d'elles. C'est l'élément principal qui soutient toute la relation entre nombre de catholiques formalistes et ces autres aux moeurs par trop dérangeantes. Les bons vieux clichés sur l'homosexualité ont la vie dure : ils rassurent. Au mieux, les personnes "Lesbiennes-Gays-Bi-Transgenres" (LGBT) peuvent-elles espérer une écoeurante condescendance, cette commisération opportuniste si confortable pour se racheter une conscience à peu de frais, même si bien sûr, parmi les catholiques et y compris parmi le clergé, quelques vrais chrétiens de coeur sont capables de les accueillir sans attendre une contrepartie morale et sans plaindre leurs pauvres âmes "perdues".

Et vous pouvez décliner ce schéma de pensée pour l'avortement ou d'autres questions sociétales où le manque d'empathie rend la victime coupable aux yeux de nombreux catholiques d'agir d'une manière supposée incorrecte et fait se focaliser l'attention du croyant sur un sujet annexe ou lié : la vie du foetus est ainsi perçue comme prioritaire par rapport à celle de sa mère enceinte par défaut et prête à avorter. Le message sous-entendu est clair : la femme est responsable de ce qui lui arrive et n'avait qu'à savoir se contrôler si elle ne voulait pas se retrouver dans un tel embarras. Et même des situations dramatiques comme une grossesse issue d'un viol ne trouve aucune compassion aux yeux de ces croyants à la foi dogmatique et inflexible : la vie du bébé importera toujours plus que celle de sa mère. Les médias se sont fait le relais de quelques cas tragiques dont celui, en 2009, d'une fillette brésilienne de 9 ans enceinte de son beau-père qui l'avait violée plusieurs fois. Malgré l'acte pédophile évident, la décision de l'Eglise du pays avait alors été sans appel : le bébé devait naître coûte que coûte au prix de la vie de l'enfant-mère le cas échéant. Je n'ose imaginer comment une femme, et encore plus lorsque c'est une enfant ou une adolescente, peut recevoir en elle un être qui symbolisera toute sa vie durant l'outrageant calvaire qu'elle aura subi. La posture psychologique doit être intenable tant elle est contradictoire... et IMMORALE ! Imposer une telle obligation à un individu meurtri dans sa chair et son esprit est tout simplement cynique et tellement cruel. Mais le chemin de l'absolutisme moral et dogmatique n'est pas, loin s'en faut, la voie de l'Amour. C'est même son opposé. Et à mes yeux, c'est carrément un sentier qui rejoint l'autoroute du Mal.


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Et pourtant, s'ils savaient, les croyants catholiques, que la foi belle et authentique est essentiellement inclusive et NON DIRIGISTE. Mais encore faut-il qu'elle soit juste et intelligente, en un mot SAGE et éclairée. C'est tout cela que personnalisaient les deux célèbres personnes pratiquantes que j'ai pris en référence dans cet article. C'est de manière tout à fait inattendue que j'ai beaucoup pensé et repensé à Soeur Emmanuelle dont l'attitude générale constitue pour moi une base vers laquelle j'aime me retourner lorsque je perds pied confronté aux aléas de la vie. En effet, ces derniers temps, j'ai entendu et lu tellement de propos clairement homophobes, d'une incroyable violence, dignes du fascisme le plus dur, et dits par des gens se proclamant dans la droite ligne du Christ côté foi (Ah, Civitas et son horrible leader, Alain Escada, au discours rempli de suffisance et de mépris haineux !), que je n'ai pu m'empêcher de faire la comparaison. Et très honnêtement, très concrètement, qu'y-a-t-il de commun entre une religieuse dévouée aux plus pauvres et empreinte d'un véritable amour de son prochain, vivant authentiquement sa foi chrétienne, et ceux qui ne font que l'affirmer tout en lisant les textes officiels et suivant les rites, qui confondent compassion et condescendance et laissent s'exprimer leur dégoût sinon leur haine de l'autre lorsque ce dernier s'oppose malgré lui à leurs valeurs ? Oui, quel lien concret commun existe entre ces deux pôles de la foi catholique, et de la foi tout court ? Car bien évidemment, bien que je me sois focalisé sur le catholicisme, mes propos auraient pu prendre en compte les musulmans, les juifs et certains courants bouddhiques ainsi que ceux d'autres religions.

C'est toute la différence cruciale, essentielle, fondamentale, qui existe entre religion et spiritualité. Si beaucoup confondent ces deux concepts, par inculture ou paresse intellectuelle, ces derniers décrivent chacun pourtant deux réalités bien spécifiques qui peuvent se rejoindre, certes, dans le meilleur des cas, mais aussi s'opposer, et parfois frontalement. Et c'est tout le fond implicite de ce 38ème article de l'Observatoire du Coeur.

 

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La religion est un ensemble de rites qui s'appuie sur un dogme central pour fonder sa véracité et sa légitimité. Elle a parfois un clergé, souvent quelques gourous : elle a toujours des intermédiares qui sont censés représenter le lien entre les fidèles et une réalité ésotérique donnée comme incompréhensible au commun des mortels. L'idée de religion est toujours rattachée aux notions de hiérarchie et de structure. Le Petit Robert en donne d'ailleurs une définition très claire : "système de croyances et de pratiques, impliquant des relations avec un principe supérieur et propre à un groupe social." La religion est une discipline de vie, une attitude morale, qui est considérée comme vous mettant en contact via un suivi scrupuleux de rites particuliers à chaque confession avec une ou plusieurs divinités. Et bien entendu, elle peut être appliquée au quotidien avec plus ou moins de sérieux, de motivation... et d'ouverture tant du coeur que de l'esprit.

Et là, j'en arrive à la notion de spiritualité qui est beaucoup plus difficile à déterminer. Plus floue, elle ramène à une dimension plus individuelle de la relation avec le divin pour ceux qui y croient ou en tout cas du lien avec l'extérieur. Et qui dit individualité dit bien sûr plus de liberté, d'ouverture : c'est le droit de croire de manière personnalisée. Le croyant ne se contente plus de s'adapter au dogme qui l'attire mais il adapte également ce dernier à la réalité de sa vie. La foi devient ainsi beaucoup plus transcendante : elle nourrit concrètement le quotidien de la personne. Ce qui est sûr, c'est que la notion de spiritualité se centre autour de l'existence de l'esprit, notre esprit, et se fonde sur la notion de l'immatérialité. Le Petit Robert la définit d'ailleurs comme le caractère de ce qui est "indépendant de la matière". Le célèbre dictionnaire lui donne aussi le sens d'un "ensemble de croyances", ce qui la fait être une simple émanation d'un système religieux dans ce cas. Cette signification provient du fait qu'autrefois, la spiritualité était l'apanage des religions institutionnalisées tel le christianisme en Occident. Et c'est sans doute là que se trouve l'origine de la confusion sémantique courante entre les mots "spiritualité" et "religion" qui sont souvent assimilés à tort comme synonymes. Or, la notion de spiritualité retrouve graduellement à notre époque son sens plein et entier :

"L'ouverture à la spiritualité à grande échelle en dehors des structures religieuses est un phénomène entièrement nouveau. Autrefois, cela n'aurait pas pu se concevoir, surtout en Occident, la culture la plus dominée de toutes par le mental, culture où l'EgIise chrétienne avait une franchise virtuelle sur la spiritualité. II etait foncièrement impossible de discourir sur la spiritualité ou de publier des livres dans ce domaine à moins d'avoir été approuvé par l'Eglise. Si vous ne l'étiez pas, on vous réduisait illico presto au silence. Mais de nos jours, il y a des signes de changemenrs, même dans certaines confessions et religions. (...).

En partie à cause des enseignements spirituels issus des religions établies, mais aussi grâce à l' arrivée des anciens enseignements orientaux, un nombre croissant d'adeptes des religions traditionnelles peuvent désormais se détacher de leur identification à la forme, au dogme et aux systèmes de croyances rigides pour découvrir la profondeur cachée originale propre à leur tradition spirituelle. Par la même occasion, ils découvrent cette profondeur en eux. Ces adeptes réalisent ainsi que le degré de spiritualité n'a rien à voir avec ce que vous croyez, mais tout à voir avec votre état de conscience. Et cette prise de conscience détermine la façon dont vous agissez dans le monde et avec autrui." (Nouvelle Terre - Eckhart Tolle)

En somme, l'attitude authentiquement spirituelle se caractérise avant tout par un esprit de recherche aux aguets et entretenu. C'est une démarche qui place celui qui la suit dans une RECHERCHE CONSTANTE, un TRAVAIL INTERIEUR PERMANENT, même sous des dehors détendus. C'est personnellement ce qui nourrit ma propre foi bouddhique qui si elle se réfère à des écrits religieux précis n'en est pas moins libre. Je ne cautionne pas tout et ne suis pas toujours d'accord avec ce qui est dit ou rapporté. Ma foi est complètement AUTONOME, VIVANTE, LIBRE... et du coup, BELLE autant que PROFONDE. Elle est surtout le reflet exact de ce que je suis : un homme qui cultive du mieux qu'il peut ses qualités et tente de contrôler ses défauts. J'essaie en tout cas de placer pensées, paroles et actes dans une dynamique de coordination et de cohérence. Et doucement, avec le temps, les choses se mettent en place. Je deviens l'homme que je suis au fond de moi : mes qualités ressortent (les gens les remarquent davantage) et j'attire à moi des personnes avec une éthique de vie plus élevée. Marcher sur un chemin spirituel signifie principalement que l'on est dans une attitude introspective mais pas inactive. C'est une démarche qui est résolument liée à la notion d'engagement. Pour être authentique, un vécu spirituel doit être mené avec implication : on ne se contente pas d'accroître sa connaissance de nouveaux savoirs sur la réalité et sur soi, on agit également en cohérence avec ce qu'on pense et dit.

Mais s'impliquer ne suffit pas, encore faut-il discerner. Et cette claivoyance passe par une attitude d'ouverture vis à vis du monde qui nous entoure. Pénétrer dans le monde sans limite de la spiritualité vous oblige à accepter un fait indiscutable : la réalité qui vous entoure n'est que le fruit de vos perceptions et de vos croyances. Ce qui est autour de vous n'est que le résultat de ce que vous êtes au fond de vous. Et il est fort probable que le mal (supposé) que vous voyez chez d'autres non criminels ou non coupables d'atrocités objectivement vérifiables n'est que le reflet de ce que vous jugez mal en vous et que vous refusez de reconnaître. L'éthique spirituelle n'établit aucune hiérarchie entre vous et les autres, ni aucun être vivant non humain. Tout a sa valeur. Et cette valeur est équivalente quelle que soit la manière dont chaque être ou chose s'incarne sur terre. Les fonctions peuvent différer, mais au fond, tout a son importance dans l'étonnant processus de la vie universelle. Le minuscule colibri vaut autant que l'imposant aigle royal, la tortue autant qu'un guépard et ainsi de suite. Les animaux ou les plantes sont les égaux des humains sur le plan cosmique. La célèbrissime phrase de Gandhi nous invitant à devenir chacun le changement  que l'on veut voir dans le monde n'est ni plus ni moins que l'application concrète de ce principe intangible. En tant que bouddhiste, la relation d'inséparabilité entre soi et l'environnement est un pilier de ma croyance. Je l'expérimente chaque jour. Notre environnement social nous renvoie à chaque seconde la valeur que non seulement nous nous accordons mais que nous lui acccordons également. Si vous avez une relation difficile avec des aspects de la vie constatables autour de vous, regardez d'abord en vous : il est fort probable que ces mêmes aspects vous posent problème au plus intime de vous même si vous le déniez. Respecter l'autre tel qu'il est même dans les parties de sa personnalité qui nous déplaisent, c'est simplement se respecter soi-même. Et c'est aussi la même chose quand on respecte le règne animal, végétal ou minéral. Ce que nous envoyons à la Terre nous sera renvoyé avec la même intensité à travers ce lien d'inséparabilité qui réunit tous les phénomènes et les êtres vivants animés ou non.

 

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Trad : "La religion est pour les gens qui craignent d'aller en enfer,

la spiritualité est pour les gens qui s'y sont déjà rendus."

 

Cette relation d'interconnexion entre tous les êtres et leur environnement rappelle aussi une évidence : l'instabilité des convictions et des systèmes de croyance humains. En somme, la plupart des vérités auxquelles nous nous référons sont partielles et nous enferment dans une vision erronée du réel : elles nous maintiennent éloignés d'une vision globale, universelle et juste du monde qui nous entoure. Qu'elles soient issues de conditionnements sociaux et sociétaux divers ou de notre expérience personnelle, ces vérités devenues croyances nous poussent à n'interpréter la réalité qu'à l'aune de nos convictions et propres certitudes, ce que nous avons vécu et éprouvé. Nous voyons alors, comme on le dit communément, midi à notre porte. Et du coup, nous nous enfermons dans une vision étroite, parcellisée, du monde. La religion est coutumière du fait en montrant qu'il existe en son sein autant de vérités autoproclamées que de courants qui la constituent. Et c'est bien là, le problème, la question essentielle. Au fil des siècles, les religions se sont écartées, et parfois, sans espoir de retour, de la dimension spirituelle : elles ne sont plus qu'un empilage de dogmes et de rituels automatiques auxquels on se réfère parce que "c'est comme ça". La spiritualité est alors plus un simple emballage au lieu d'être le fondement de la croyance individuelle. Mais cette manière de croire est sans conteste la plus répandue. La sécularisation a tué toute spontanéité et personnalisation chez nombre de fidèles avec le temps. Mais il faut aussi reconnaître que les religions se sont montées en système avec une forte influence sociale et sociétale : des pouvoirs personnels étaient également en jeu. N'oublions pas qu'au cours de l'Histoire humaine, beaucoup de membres du clergé chrétien, bouddhique, juif ou musulman se sont souvent acoquinés avec les autorités politiques en place pour raffermir de façon inique leur stature sociale face au peuple. Mazarin et Richelieu sont des exemples connus en France mais il en existe bien d'autres ailleurs.

Et puis l'état du Vatican où réside le pape est devenu sans doute plus un lieu de force politique que de réelle spiritualité, tant au cours des siècles les Saints Pères se sont bien souvent compromis dans des jeux de pouvoir où l'ambition la plus démesurée, la manipulation et la mauvaise foi corrompent les coeurs. En outre, l'Eglise de Rome a aussi un bras armé philosophique autant que politique qui pèse grandement sur les instances publiques de beaucoup de pays, en particulier ceux du continent sud-américain, tel le Brésil par exemple : l'Opus Dei. Cette organisation créée par le Vatican en 1950 est surtout connue pour son message ultraconservateur et ses pratiques occultes peu enclines à promouvoir la démocratie, l'épanouissement individuel de l'homme et la justice sociale. Je n'oublierai jamais cet ancien reportage de la télé publique (quelle chaîne, quelle émission, j'ai malheureusement oublié tant c'est vieux) tourné au Brésil et centré sur un prêtre qui tel un abbé Pierre local tentait de redonner dignité et respect aux plus pauvres de sa paroisse. Et la pauvreté en Amérique du sud n'est pas celle en France : le tampon de la sécurité sociale n'existe pas, en tout cas pas aussi fortement qu'en Europe de l'Ouest. Je ne sais plus quels moyens cet homme bon et courageux utilisait pour redonner espoir à ses ouailles les plus faibles mais en tout cas, il a fini par fortement déplaire aux autorités politiques locales autant qu'aux autorités ecclésiastiques, et surtout le Vatican dirigé alors par Jean-Paul II. En effet, par son discours novateur et humaniste, le curé en question apprenait à ses fidèles les moins fortunés à penser, réfléchir et à prendre en main leur destin, en un mot à être autonomes et à moins dépendre de puissances extérieures dont celles des notables de la région et de l'Eglise. Ces deux puissances ne trouvaient une légitimité à exister que parce que d'autres étaient maintenus dans la souffrance et le dénuement matériel ainsi que l'ignorance, ce qui les rendaient malléables et particulièrement dociles. Quoi qu'il en soit, le prêtre réformateur au grand coeur a été rapidement évincé de sa chaire et sa paroisse a été confiée à un prêtre au message plus conservateur prônant à chacun de se prendre en charge et de ne pas chercher à évacuer sa condition sociale. En gros, le nouveau venu disait aux plus pauvres : "Vous êtes nés ainsi. Il n'appartient qu'à vous de vous en sortir sans l'aide de quiconque sinon celle de Dieu par vos prières." Le fond du propos était limpide : chacun à sa place, celle que le Créateur lui a allouée et faites avec. Très encourageant quand on n'a pas de quoi manger chaque jour, ni de lieu décent pour vivre et dormir ! Dans ce cas, les solutions concrètes en restent la plupart du temps sinon toujours au stade de l'espoir.

La recherche du Bien n'est clairement pas l'intérêt principal de l'Opus Dei : il s'agit seulement de garder à tous prix un certain ordre social qui permette à l'Eglise de conserver sa prééminence morale sur les esprits. D'où les liens si profonds et privilégiés que la curie, et surtout le haut clergé, a toujours entretenus avec les hautes classes sociales, aristocratiques ou bourgeoises, à travers les siècles... Ceci explique cela. Ce qui en dit long sur l'état de corruption morale des autorités vaticanes et catholiques en général. Le cas que j'ai relaté plus haut montre la collusion évidente entre les autorités catholiques et les instances politiques en place quelque part dès lors qu'elles servent une certaine vision du monde, même si la justice au sens noble et absolu du terme doit en pâtir : l'Opus Dei n'a d'ailleurs jamais hésité à soutenir les pires régimes politiques dès lors qu'ils servaient ses intérêts comme le rappelle en détails cet article du Monde Diplomatique (link). Le nazisme, le franquisme mais aussi d'autres juntes d'Amérique Latine ont toutes dû leur exceptionnelle influence grâce à l'aide précieuse et toujours occulte de l'organisation secrète catholique.  Dans ce cas, comment parler de sagesse et de spiritualité ? Ce n'est pas parce qu'on croit être sur le bon chemin que l'on y est effectivement. De plus, les apparences de la vertu sont trompeuses, particulièrement quand elles sont parées d'or et croulent sous les honneurs. Nous le savons. La richesse matérielle et l'authenticité morale sont très rarement conciliables en ce monde.

 

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Voilà où j'en arrive de mon observation sur la réalité catholique en France de nos jours. Les croyants de cette religion qui a fondé pour une large part l'inconscient collectif du pays où je vis actuellement forment un ensemble pas si uniforme, diversifié et complexe. Cependant, je trouve qu'on entend finalement toujours les mêmes parmi eux : ceux à la conscience asservie aux dogmes du Vatican, qui ne les discute plus ou jamais, et qui se font le relais inflexible voire impitoyable d'une certaine interprétation de la Bible (il en existe tant !). Heureusement, je connais aussi des catholiques plus enclins à l'ouverture et à un authentique accueil de l'autre sans contrepartie. J'ai ainsi rencontré dans un lointain passé le vieux couple d'instituteurs vivant à Vertou près de Nantes et que je citais plus haut mais aussi, plus récemment, quelques autres (rarissimes) dont la foi est réellement respectueuse de la différence et plus dans la lignée d'une Soeur Emmanuelle ou d'un abbé Pierre. En fait, je suis vraiment dérangé par le fait que la parole ne soit systématiquement donnée qu'à la frange la plus conservatrice des catholiques, celle qui dans son esprit divise et hiérarchise tout, les êtres, les choses, sans réellement tenir compte de leur vraie valeur sinon celle qu'elle leur attribue selon certains critères arbitraires sinon fallacieux. Je ne suis pas contre la hiérarchisation, bien que je conçois qu'elle ne soit qu'une architecture mentale due à l'ego destinée à se rassurer et à légitimer une pseudo-supériorité humaine dans l'ordre des choses, mais encore faut-il qu'elle se fonde exclusivement sur la réalité et non des a priori. Or, ce n'est pas le cas.

Les questions de moeurs sont évidemment comme à chaque fois les plus sujettes aux interprétations et réflexions les plus intolérantes, étroites, où toute sagesse et compassion sont évacuées. Et ce n'est pas les argumentations qui soutiennent les opinions qui y changent quelque chose. En effet, comme je le répète souvent, les idées développées ne sont illustrées que par des exemples qui vont dans leur sens (logique !). De cette manière, chacun trouve surtout midi à sa porte. C'est pourquoi je n'accorde qu'un crédit très limité aux "fameuses" études qui semblent prouver ou infirmer la légitimité de tel ou tel fait sociétal. Tout ce qui concerne le comportement humain et l'anthropologie est hautement discutable tant les données impermanentes liées aux différences de culture, de périodes historiques, de lieux, rendent les exposés peu fiables sinon caducs au fil du temps parce que les sociétés humaines changent. Ce qui était vrai ou faux hier ne l'est plus forcément aujourd'hui.

Tout ce que je demande, c'est que même en cas de désaccord, au minimum, le respect soit de mise et que l'empathie soit la base de l'échange. Beaucoup de choses peuvent être alors dites sans blesser l'autre. Voici comment l'abbé Pierre réagissait lorsqu'il était vivant face à la question devenue épineuse du mariage homosexuel :

"L'abbé dit "comprendre" le désir de ces couples de se faire reconnaître par la société et rappelle que son secrétaire, le père Péretti, a contribué à fonder l'association d'homosexuels chrétiens David et Jonathan. La personnalité préférée des Français, qui a aujourd'hui 93 ans, n'est en revanche pas favorable à l'ouverture du mariage aux couples de même sexe. Il suggère plutôt de parler d'"alliance" car le terme "mariage [...] créerait un traumatisme et une déstabilisation sociale forte". Sur l'adoption d'enfants par des homosexuels, l'abbé Pierre souhaite s'assurer que les enfants ne subissent pas de préjudice psychologique ou social: "ce serait à mes yeux la meilleure raison qui pourrait interdire l'homoparentalité. Car pour le reste, on sait tous qu'un modèle parental classique n'est pas nécessairement gage de bonheur et d'équilibre pour l'enfant." (www.tetu.com 25/10/ 05)

L'expression pondérée d'une telle pensée me met soudainement en mémoire un ami catholique récent que j'apprécie beaucoup et avec lequel j'ai eu l'occasion d'avoir de beaux échanges d'idées il y a quelques temps sur des thèmes socioéconomiques comme sociétaux. Nous nous rejoignions sur beaucoup de sujets. Bien qu'il voue une dévotion sans bornes aux enseignements les plus traditionnels de l'Eglise catholique, et que finalement, nous pourrions nous révéler des adversaires vu ce que je viens d'écrire ci-dessus, je le tiens en grande estime. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'avec moi, ses propos ont toujours été mesurés : il a touj

ours pris soin tout en défendant ses convictions réelles, authentiques, de ne pas me blesser. Bien sûr, j'ai été froissé par certaines de ses opinions, surtout lorsqu'il m'a avancé que l'homosexualité était obligatoirement issue d'une souffrance, d'un manque, d'une carence, dans le développement psycho-affectif d'une personne homosexuelle. Je sais que nous serons toujours en désaccord sur ce thème et que j'ai trouvé un peu "gonflé" de ne voir toute une part de mon identité que perçue comme un résultat d'un dysfonctionnement psychologique. Mais je ne lui en veux pas. Et même par ailleurs, il me manque parfois. Vincent est un homme absolument charmant, érudit et, je le sens, avec du coeur. Il sera certainement déçu de ne jamais me voir épouser la même foi que lui mais nous pourrons trouver de multiples terrains d'entente autres que le mariage gay. Vincent n'est d'ailleurs pas opposé à une reconnaissance officielle des couples homos : un contrat spécifique avec beaucoup de droits, sans procréation médicalement assistée (PMA) ni grossesse pour autrui (GPA) et ni adoption. Ca peut sembler un peu sec mais ça a été longtemps ma propre position également.

J'ai évolué parce que ma foi n'est pas catholique et parce que j'ai écouté les personnes LGBT qui voulaient se marier et fonder une famille. Mais ce qui m'a fait vraiment basculer du côté des "pro-mariage" est l'expression croissante et aussi dégoûtante que révoltante d'une homophobie exacerbée, décomplexée et très violente. Ce rejet vicéral de l'autre dans sa particularité provient avant tout de nombreux catholiques qui forment le gros du bataillon des adversaires au projet de loi sur l'égalité maritale homo/hétéro. J'ai donc fini à la longue par me lever non pas pour le mariage gay en tant que tel mais plutôt CONTRE l'expression de la haine de la différence et de la diversité qui est devenue récurrente depuis des mois maintenant. Personnellement, que les unions homosexuelles soient reconnues officiellement via le mariage ou un autre type de contrat civil plus développé que l’actuel PACS m’importe peu. Cependant, si l’attribution du mariage aux personnes LGBT peut devenir un moyen de faire la nique à tous les homophobes de service qui s’expriment désormais ouvertement et sans aucune gêne sous couvert d’échange démocratique, eh bien j’avoue, je ne serai pas contre.  Ce ne serait que justice. Ce serait une manière de montrer à beaucoup les limites de l’indécence et qu’à un moment donné, l’Amour impose sa voie avec ses règles et un engagement éthique de qualité fondé sur l’honnêteté et la compassion, loin des sentiers obscurs de la peur, de l’orgueil, de la mauvaise foi et de l’opportunisme.

Il est vrai que des propos aussi mensongers qu'humiliants et blessants mille fois rebattus ont été tenus. La désinformation et la propagande marchent à plein régime côté droite fasciste avec les catholiques intégristes en première ligne ! Hier encore, lors de la manifestation du 27 janvier soutenant le projet de loi socialiste, j'ai vu s'afficher le pire en toutes lettres à la télé.  Juste avant d'être délogés par les CRS, de très jeunes adultes montés sur le toit du presbytère de l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnay, fief très connu du pire du dogmatisme chrétien et de l'endoctrinement idéologique, ont longuement brandi une grande banderole aux termes volontairement offensants : "Et demain, j'épouse ma chèvre ? Révolte contre le monde moderne - Renouveau français."  Comparer au final l'amour homosexuel dont on nie l'existence pour le rabaisser au rang du coït animal est bien entendu un raccourci abusif et une pure escroquerie morale. Et ici, le lien se fait d'emblée avec le régime collaborationniste de Vichy qui sur les mêmes bases (im)morales mêlant catholicisme rigide et patriotisme exalté a mené l’une des politiques sociales les plus dures envers les homosexuels en son temps : ceux qu'on qualifiait d'invertis et les autres accusés de subversion politique se retrouvaient souvent dans le même panier, réquisitionnés pour le Service du Travail Obligatoire (le fameux STO !) dont beaucoup ne revenaient pas car tués (au sens propre) à la tâche.  Eh bien, la Bête, le fameux Satan, n'est pas du tout du côté qu'on croit : elle s'exhibe dans le rang des opposants à ce projet de loi du mariage gay parce que beaucoup parmi eux mentent depuis le début. Le bonheur des enfants, la conservation du Code Civil ne sont que des leurres, un alibi : le fond du problème, la vraie raison du rejet de la future loi par ceux qui n’hésitent pas à déformer la réalité et à exagérer les conséquences négatives éventuelles voire à en inventer, est le refus de voir reconnaître la relation amoureuse homosexuelle comme pleine et entière socialement. On est bien dans un langage de haine pure et de mépris appuyé même s'il se pare des apparences du dialogue.

 

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Trad : "Prenez garde aux dogmes !"

 

Ce qui ressort nettement de l'incident de la banderole pendant la manifestation du 27 janvier 2013 est le refus d'avancer et le refus de se mettre en phase avec un mouvement de rencontre de la diversité d'expression de la vie. C'est aussi l'expression du rejet de donner le droit à l'individu à disposer de sa vie y compris quand ce droit ne nuit à personne. C'est proclamer que certains peuvent être libres de s'accomplir tandis que d'autres non, et uniquement parce que les premiers font prévaloir des critères définis par leurs seules valeurs. Ce qui est non seulement le summum de l'injustice mais également de l'arrogance. Car il en faut une sacré dose d'orgueil (pourtant péché capital, il me semble) pour se prétendre supérieur à d'autres sur la seule base d'une différence dans leur mode de vie amoureux. C'est carrément l'antithèse parfaite de l'Amour universel, y compris divin, si on le conçoit comme tel. J'ai toujours su que la France était un pays extrêmement conservateur, plus centré sur le passé que le présent et l'avenir (l'Hexagone est d'ailleurs un vrai musée en plein air ou dans les médias et on y est toujours plus prompt à mettre en valeur les traditions séculaires et les châteaux plutôt que de déterminer de futurs objectifs socioculturels ou économiques sérieux). Oui, c'est vraiment là que réside une énorme part de la différence entre des croyants catholiques de la trempe de Soeur Emmanuelle ou de l'abbé Pierre et des croyants ordinaires, y compris dans le haut clergé, à la foi aussi étroite et appliquée que déviante dans le coeur. Et c'est un abîme qui sépare ces deux types de fidèles. Les premiers sont honnêtes, empathiques, pragmatiques et.... VISIONNAIRES ! Les seconds sont souvent de mauvaise foi (l'hypocrisie qui permet de s'arranger avec sa conscience et le regard de l'entourage), EGOÏSTES, perdus dans un idéal suranné et HERMETIQUES au changement en général. Ce sont deux vécus de la foi, et du coup, de la foi catholique, qui s'opposent et même se contredisent. Soeur Emmanuelle et l'abbé Pierre sont des esprits spirituels parce qu'ils incluent l'humanité telle qu'elle est dans leur conception de la foi. Les autres ne sont, quant à eux, que de bons petits exécutants, de parfaits soldats religieux, des croisés des temps modernes. Rien de plus. C'est comme comparer un diamant blanc à un cristal ordinaire : les deux brillent de mille feux certes et semblent avoir la même clarté mais le premier scintille davantage et est surtout d'une solidité et d'une pureté à toute épreuve.

Le plus amusant dans cette histoire idéologique et morale autour du mariage homosexuel est que des croyants convaincus s'affrontent face à face. Selon un lecteur du site homosexuel Tetu.com, "Christiane Taubira est d'autant plus remarquable qu'elle est catholique pratiquante." Or, l'actuelle Garde des Sceaux est opposée à d'autres comme elle tout aussi assidus pour fréquenter les églises mais qui tirent un tout autre enseignement de la Bible et de ses dogmes. Et si en plus, vous ajoutez les quelques cathos de droite favorables au texte et ceux de gauche qui le rejettent, la situation devient très complexe, limite ridicule. Ce qui achève de démontrer que la foi est d'abord une affaire des plus intimes et qu'ensuite la pratique d'une religion peut totalement se vivre hors d'un authentique esprit spirituel qui naît de l'union de la liberté et de l'autonomie. Je le rappelle encore une fois, la spiritualité se caractérise essentiellement par une profonde attitude de recherche personnelle intérieure et un détachement face aux dogmes qu'elle peut ou non questionner à la différence de la religion qui se bâtit autour d'un cadre qui devient préétabli et s'impose à tous.

 

¤

J’arrive à la fin de ce très long article qui m’a demandé  beaucoup de réflexion et de rigueur. Je voulais au départ ne me centrer que sur la personnalité de Sœur Emmanuelle, personne publique très célèbre dont la foi catholique m’a toujours inspiré un profond respect en raison de l’unité entre son discours et ses actes. Mais inévitablement la comparaison avec les catholiques ordinaires n’a pu s’empêcher de se faire en moi : il est aussi évident que l’actualité autour de la reconnaissance du mariage homosexuel par l’Etat français a joué un rôle dans ce parallèle qui n’était pas voulu au départ. Mais j’aime laisser s’exprimer mon être intime et être mené par lui sur des chemins que je n’ai pas forcément prévus d’emprunter. Chacun de mes articles ici a de toute manière une part de spontanéité qui se mêle à la part de contenu issue de la réflexion pure. Et cette partie spontanée est bienvenue car elle permet à mon écriture de rester vivante. En laissant s’élargir mon idée de départ, je me retrouve avec un texte dont les thèmes principaux sont la différence entre religion et spiritualité et la qualité de la foi de chaque croyant de tout mouvement spirituel ou religieux avec les dangers du dogmatisme tournant au formalisme.

J’espère que les lecteurs catholiques qui auront lu mon article jusqu’au bout ne me tiendront rigueur de rien car je n’ai voulu froisser personne. J’ai simplement mis en exergue un contraste saisissant inhérent à la pratique religieuse de nos jours mais sans doute établi depuis fort longtemps dans le coeur de nombreux croyants de toutes obédiences : des idéaux hautement spirituels constamment contredits par une foi recluse dans l'antre si confortable du dogmatisme. Bien sûr, cette opposition perpétuelle entre l'esprit originel et l'esprit acquis au fil du temps a rendu de plus en plus inaudible le discours des religions, et en particulier celles dites du Livre, pour une majorité de gens en Occident. Ma démarche m'a mené de suite à prendre naturellement en référence le vécu spirituel d’une femme exceptionnelle. Et c'est ainsi que j'ai pu exprimer mon opinion sur la foi en général puis établir une comparaison inévitable avec la manière dont la plupart des catholiques vivent leurs convictions religieuses, en tout cas autour de moi.

Cependant, même si je parle davantage des catholiques, tout ce qui est dit plus haut peut tout à fait convenir à d’autres religions y compris le bouddhisme qui semble souvent intouchable pour nombre d’occidentaux qui le sacralisent un peu trop à mon goût. Et vraiment, je peux vous dire en tant que bouddhiste que le clergé de ma religion n’est absolument pas exempt de pensées viciées et d’usages très discutables, et quels que soit le courant… même chez les Tibétains, sans doute les plus idéalisés en Occident. En fait, l’intérêt d’insister sur les croyants catholiques est indéniablement qu’ils sont en relation avec l’actualité de mon pays natal, du pays où je vis actuellement, la France. Les évènements sociétaux qui secouent fortement l’Hexagone en ce moment révèlent à eux seuls mieux que n’importe quel autre exemple combien la foi dogmatique et formaliste est dangereuse car pernicieuse. Totalement implantée dans les esprits, elle n’est même plus discutée. Elle est appliquée sans réflexion. Elle est devenue certitude absolue. Et comme tout absolutisme, elle est intransigeante, violente, coercitive, intolérante. Son rôle est juste d’annihiler tout ce qui ne la reconnaît pas et s’oppose à elle. D’où cette explosion de postures et d’attitudes parfois caricaturales, souvent excessives et extrêmement blessantes pour la population LGBT et leurs familles. La foi dogmatique et formaliste est un rouleau compresseur qui veut juste niveler les esprits : la seule liberté autorisée est celle de penser et d’agir à l’intérieur du cadre moral fourni.

 

Copie de compassion (1)

A quand l'expression d'une authentique compassion

pour cet autre si différent mais également si proche

dans les coeurs de millions de catholiques ?

 

Evidemment, les idéologies non religieuses type dogmes politiques sont également concernées par la problématique que j'ai soulevée. Car les partis les plus connus comme le PS, l’UMP, le FN ou encore d’autres formations (écologistes, centre droit, etc.) ont une forte tendance à façonner les esprits selon des schémas bien établis et difficilement contestables en leur sein. Il est évident que nous touchons à l’une des conduites humaines les plus profondes : la  tendance à se conformer à des règles y compris les plus aliénantes qui soient. C’est bien sûr l’un des multiples avatars de notre nature humaine. L’homme est un animal social, ne l’oublions pas.

Mais l’homme est aussi une créature éminemment contradictoire. S’il apprécie d’avoir un cadre partagé et d’en accepter les contraintes consécutives, il aime sans doute encore plus la liberté, et surtout la liberté d’être. C’est ce qui explique ce balancement permanent entre le besoin d’avoir un espace délimité et aliénant et la nécessité de conserver une partie de sa vie hors du contrôle de règles données. C’est en fait tout ce que décrit mon article dans le fond : la merveilleuse et si singulière caractéristique qui fait que l’être humain est ce qu’il est, c’est la contradiction. C’est sans doute la raison à tant de malentendus et de quiproquos. L’homme ne pourra jamais s’empêcher de détruire aujourd'hui ce qu’il a mis tant de temps à bâtir dans le passé et de supprimer demain les fruits si durement acquis de ses efforts présents parce que c'est sa logique comportementale intrinsèque. Il est créatif et destructeur simultanément. Et cette opposition fondamentale s’exprime dans tous les domaines de la vie humaine bien entendu.

En conclusion, l’homme aura toujours besoin de règles pour se construire et se rassurer mais également d’espaces intérieurs et extérieurs pour laisser libre cours à sa créativité. La question essentielle sera sans doute qu’il puisse enfin un jour trouver l’équilibre entre ces deux instances de sa personnalité qui lui sont aussi nécessaires l’une que l’autre, particulièrement dans le domaine des idées et encore plus quand il concerne la religion et la politique. C’est une problématique fondamentale : l’homme devra bien un jour s’y intéresser en profondeur s’il veut éviter que réapparaissent certains conflits susceptibles de tendre les rapports sociaux et de scinder la société en parties adverses prêtes à en découdre coûte que coûte à l’instar de ce que nous vivons en ce moment.

Published by ELLYPSO WARATAHS - dans QUESTIONS D'ETHIQUE
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commentaires

Eve Océane 28/06/2013 00:27

Je n'ai pas réussi à lire ton (très long!) article en une seule fois. Il m'a fallu y revenir et prendre quelques notes au fur et à mesure pour ne pas trop m'y perdre.

Personnellement, je suis en quelque sorte née dans l'Eglise catholique et n'ai pratiquement connu que ça pendant toute mon enfance et mon adolescence.
Beaucoup d'eau est passée sous les ponts et je suis maintenant profondément agnostique.
Contrairement à ce que beaucoup pensent ce n'est pas une inaptitude à me déterminer mais, au contraire, la conviction profonde qu'il est fondamentalement impossible à un être, humain ou non,
d'avoir une quelconque science sur la cause et la finalité de son existence.
Je connais très peu le Bouddhisme (je n'ai toujours pas réussi à saisir à quoi peut correspondre l'éveil !…) mais je m'en approche peut-être un peu quand je me dis qu'il n'y a aucune évidence
à ce que l'Homme soit au-dessus des autres êtres vivants ni à ce que, si dieu(x) il y a, ce(s) dieu(x) soi(en)t personnel(s) et/ou sexué(s)…
Je ne fais aucun prosélytisme et conçois que, pour des tas de raisons, les autres aient des convictions différentes. Ce qui me dérange, c'est le manque d'authenticité, beaucoup trop fréquent, que
je pointerais peut-être là où tu vois plutôt de l'égoïsme.

Sœur Emmanuelle et l'abbé Pierre, dont l'action force le respect, n'étaient en fait pas très catholiques (c'est curieux comme cette expression a une connotation négative !…). Comme l'évoque Sœur
Emmanuelle, leurs choix de vie ont été faits, en un lieu et à une époque où vivre selon leurs idéaux était pratiquement synonyme d'un engagement au sein de l'Eglise. Cependant l'abbé Pierre, tout
particulièrement à la fin de sa vie, a été amené, pour, je crois, ne pas trahir l'Eglise, à prendre des positions qui ne lui ressemblaient guère.

Je suis pour l'essentiel en accord avec ce que tu écris. Quelques petites remarques cependant :
- Quand tu écris : « Se croire guidé par la pensée de Dieu et être effectivement guidé par elle lors de la rédaction de textes dits sacrés sont deux choses bien différentes… »
Plutôt que « se croire guidé », j'écrirais « s'autoproclamer guidé »
- Tu écris aussi:
« le dogmatisme qu'il soit politique, philosophique ou religieux, règne en maître absolu. »
j'écrirais
« le dogmatisme qu'il soit politique, philosophique ou religieux, attache une telle importance à régner en maître absolu qu'il n'hésite pas à aller jusqu'à renier ses fondamentaux. »
- Quant aux crispations autour de l'homosexualité, je pense avoir dit l'essentiel de ce que j'en comprends dans mes 5 articles intitulés "sexes en tous genres" même s'ils sont
« synthétiques » lol

ELLYPSO WARATAHS 13/07/2013 17:41



Merci Eve pour ta réponse étoffée. J'aimerais avoir + souvent des commentaires aussi détaillés.


 


Je suis complètement d'accord avec toutes tes précisions personnelles qui reprennent certains de mes propos : tu exprimes de façon personnelle ce que sans doute j'évoque de manière + implicite.
L'inauthenticité est toujours une des formes de l'égoïsme. "Se croire guidé" = "s'autoproclamer guidé". Le dogmatisme éloigne toujours des fondamentaux sinon, c'est même une trahison morale par
rapport à ceux-ci en définitive : une spiritulaité de pacotille, dénaturée aux apparences de vertu mais complètement corrompue au fond.



Brigitte 02/03/2013 21:39

Tu as bien raison sur le dogmatisme laïque qui est aussi dangereux que n'importe quel autre et je suis entièrement d'accord avec toi quand tu dis que certains partis de gauche et écologiques ont
des oeillères au point de sortir totalement de leur mission. Certains sont si fermés à toute discussion qu'ils font du mal à la cause qu'ils défendent. Et d'écologistes n'en ont que le nom.
Bon cette fois je te dis bonne nuit. Pour moi c'est l'heure. Bises

Brigitte 02/03/2013 18:38

Il y a dans toutes religions monothéiste une partie obscure qui au lieu d'aider l'homme l'asservi et le fait vivre dans toutes sortes d'interdits qui l'entraînent à la frustration et souvent à la
violence pour imposer son point de vue. on le voit dans l'islam radical qui n'a rien à voir avec l'islam du Coran. Je ne vais pas te suivre sur le terrain de la religion, je suis athée et
profondément laïque, je ne connais pas assez les religions pour pouvoir en discuter sans dire des bêtises.
bonne continuation et merci pour tes blogs toujours plein de sagesse

ELLYPSO WARATAHS 02/03/2013 19:03



Oh tu sais Brigitte, la laïcité a aussi sa perversion idéologique, un bras armé dogmatique et très dangereux : le laïcisme. Ce dernier tend à corrompre les concepts d'égalité et
de neutralité en les faisant dévier vers l'égalitarisme, la dictature de l'égalité et un refus de la diversité de penser notamment. Chez certains partisans socialistes comme écologistes, c'est
très marqué : bonjour, le retour au stalinisme dans les esprits ! Dans ma conclusion, je le rappelle : les déviances mortifères ne sont pas que l'apanage des religions mais sont aussi des
caractéristiques intrinsèques des partis politiques qui fonctionnent tous comme de véritables sectes. Les outrances verbales de certains viennent aussi de là.


 


Et pour le reste oui, tu as bien compris le fonctionnement de l'asservissement religieux dogmatique : insister en permanence sur les interdits afin de créer un état total de soumission
par la crainte du châtiment. La conséquence est inévitable : la frustration permanente qui conduit à jalouser et à vouloir réduire au silence par tous les moyens possibles y compris la mort celui
qui a décidé de vivre ce que l'on se refuse à soi-même. 



Brigitte 02/03/2013 11:11

Bonjour Elypso. J'aimerais réagir sur ton blog très intéressant et si vrai. Notamment au niveau du mariage pour tous. Les mises en scène de l'église m'ont beaucoup révoltée. Mais pour moi on marche
sur la tête dans ce sujet. Pour moi, il ne devrait pas y avoir de débat, c'est un sujet naturel. L'amour et l'envie de fonder un couple sont naturels. Que ce soit deux personnes du même sexe ou
bien de sexe différent ça ne devrait engager aucun débat ni sociétaire, ni religieux. C'est naturel, ça fait partie de la vie. Pourquoi être obligé de faire une loi pour cela? Les hommes ne
naissent-ils pas égaux en droits? tout au long de ces semaines où nous avons entendu chaque partie, avec de la part des journalistes un réel besoin de montrer les plus extrémistes des deux camps,
j'ai été très en colère, car pour moi aucune discussion n'est nécessaire, une personne homosexuelle a les mêmes droits que moi qui suis hétéro. Basta, dans ma tête la discussion est close. Les
positions de l'église sont extrémiste mais ne m'ont pas surprises. Ce qui m'a vraiment choqué ce sont les positions de certains maires, élus de la République, qui refusaient de marier deux
personnes du même sexe. Ils font honte à leur position d'élus et honte aux électeurs qui ont mis leur confiance en eux. Qu'ils soient chrétiens traditionalistes ou autres c'est leur choix et je
m'en fiche, ils sont, durant leur mandat avant tout élus de la République, leurs convictions religieuses passent après et si ils ne peuvent le supporter ils n'ont pas leur place dans leurs
mairies.
Je te souhaite une bonne journée mon ami et je t'embrasse

ELLYPSO WARATAHS 02/03/2013 12:23



Bonjour Brigitte !


 


Je ne m'attendais pas à une réaction aussi rapide de ta part. En fait, dans mon article, le thème du mariage pour tous est une question annexe : elle me sert de support pour montrer toute la
différence entre une foi religieuse réellement alimentée par une recherche d'amélioration personnelle et le désir de construire AVEC l'autre, différent, TEL QU'IL EST et une foi dogmatique
uniquement fondée sur un strict respect des écrits et du décorum, une soumission totale à des codes moraux extérieurs qui rejette d'emblée celui qui ne les reconnaît pas.


 


Le thème du mariage homo est en fait ici un exemple permanent me permettant de montrer le contraste saisissant entre 2 manières de vivre sa foi : l'une vivante et changeante, vivifiante,
INCLUSIVE, comme Soeur Emmanuelle et l'abbé Pierre l'ont si bien incarnée, l'autre stratifiée, sclérosante et d'une violence sourde, EXCLUSIVE, telle que le vivent des millions de catholiques, en
tout cas une bonne part de ceux qui ont défilé le 13 janvier dernier. D'ailleurs, la plupart des maires qui refusent de célébrer des mariages homos sont tous de fervents catholiques (...de la
vieille école) ! CQFD. La clause de conscience est surtout un confortable alibi pour (mal) dissimuler une homophobie primaire et très violente : les faits l'ont depuis amplement
prouvé. Le catholicisme pratiqué par une majorité de Français n'est pas du tout une religion d'amour : il n'est que le support pour exprimer la peur et la haine sous des dehors policés
qui s'effacent bien vite dès que l'occasion se présente. C'est le constat de cette réalité qui m'a poussé à réagir et qui n'a cessé de me remettre l'image aimante de Soeur Emmanuelle en
tête par comparaison et contraste permanent. Jamais la religieuse n'aurait cautionné les manifestations et les débordements verbaux qu'on y a entendus vu sa position ouverte sur la question. Et
qui oserait contester la pureté de la foi d'une si grande dame ? Et pourtant, une amie catholique me l'a rapporté : certains croyants (de type traditionnel ultra) n'ont de cesse de vilipender la
célèbre religieuse pour son attitude si tolérante. Mais ils lui font surtout payer son honnêteté : avoir OSE dire que la masturbation lui avait procuré un grand plaisir, bref d'avoir montré
qu'elle était tout simplement HUMAINE. Quel orgueil de leur part !


 


Pour Soeur Emmanuelle et l'abbé Pierre, la foi ne pouvait se concevoir hors du monde et de sa réalité tourmentée : l'Homme était une créature de Dieu et ils devaient faire avec !
Point. A l'inverse, les cathos dogmatiques ne visent que leur idéal qui est ailleurs et rejettent constamment notre réalité qu'ils ne cessent jamais de critiquer. Pour Soeur
Emmanuelle et l'abbé Pierre, une profonde REVOLUTION intérieure et sociale était à accomplir ICI ET MAINTENANT sur Terre. Et avec intelligence, ils la rattachaient à la notion de
PROGRESSION. Pour les croyants dogmatiques, la révolution n'existe pas tout simplement : seul un chemin intérieur linéaire prime. Ce qui compte, c'est uniquement de SE CONFORMER aux
rites et au fond de textes anciens en excluant toute réflexion interrogative. Pour Soeur Emmanuelle et l'abbé Pierre, le meilleur pouvait exister au PRESENT, ICI dans ce monde
imparfait. Pour les autres croyants formalistes, le meilleur est forcément ailleurs, dans ce Paradis Terrestre (bien mal nommé du coup) aussi fameux que fabuleux.


 


En tout cas, comme je l'écrivais hier à une amie intime, un autre constat plus amer celui-là s'impose : les forces obscures qui ont mis Hitler au pouvoir en 1933 et fondent les grandes
dictatures sont bien vivantes en France de nos jours. Et la foi religieuse dogmatique quelle que soit son obédience y est toujours l'une des sources principales ou le ciment
unitaire , même en cas d'opposition avec le régime en place au départ. Les régimes
communistes finissent toujours par s'allier aux autorités religieuses, en tout cas en partie : leurs intérêts de soumettre les masses sont communs.


 


Merci pour ta contribution Brigitte. Je t'embrasse aussi. 



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