Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 16:03

NOTE : Cet article est dédié tout spécialement à Anne-Béatrice. 

 

¤

Il y a quelques jours, Anneb, une amie de longue date, m'a avoué ne pas avoir beaucoup apprécié mon article précédent  38. UNE REFLEXION PAS TRES CATHOLIQUE - La religion loin de la spiritualité. Elle l'a jugé après lecture anti-catholique. Grosse surprise de ma part car évidemment, telle n'était pas mon intention première de publier un texte à charge contre l'Eglise, son clergé et ses ouailles. Aussi, l'envie d'écrire un nouvel article où j'éclaircis ma position vis à vis du catholicisme m'a pris soudainement. A mes yeux, c'est important que je m'explique car je suis en lien avec des personnes catholiques, pratiquantes ou non-pratiquantes, auxquelles je tiens beaucoup (clin d'oeil à Laurence et Vincent entre autres) et qui ont peut-être mal pris mes propos. De plus, pour moi, le terme "catholique" n'est absolument pas un gros mot. 


Le catholicisme : conscience morale collective incontournable

Dans le très long texte qui constitue le 38è article publié sur ce blog , je fais une critique sans concession mais ouverte et respecteuse de la religion en général lorsqu'elle s'égare sur les routes toutes tracées et bien dessinées du dogme qui l'éloignent du même coup du chemin tortueux et exigeant mais si beau de la spiritualité. J'évoque dans cet article l'écueil principal des religions, surtout les grands monothéismes, qui se sont enfermés depuis longtemps dans le formalisme oubliant l'aspect essentiel et fondateur de toute foi authentique : l'individualité. Car croire est avant tout un choix, et en ce sens un acte éminemment personnel, autonome.

Un véritable croyant quelle que soit son obédience ne se contente pas de suivre un courant philosophique, il l'interroge, le met à l'épreuve, à un moment donné. En somme, il exerce son libre-arbitre, exprime sa liberté inaliénable d'être et de vivre avec l'exigence d'être respecté pour ce qu'il est et non ce qu'on voudrait qu'il soit. C'est TOUTE la différence avec le croyant dogmatique qui est l'exact opposé : un suiveur, un paresseux de la réflexion, un consommateur d'idées (et de rites) qui se contente de se soumettre à l'usage parce que c'est comme ça, préférant les facilités du conformisme à la rigueur de la recherche personnelle et à l'exigence du questionnement légitime. Le croyant formaliste choisit délibérément l'ignorance et l'illusion à la lucidité et la clarté ; il atrophie sa curiosité et aliène complètement son intelligence pour au final étouffer sa créativité, pourtant nourriture fondamentale de toute démarche interrogative vis à vis de la vie et de tout mouvement vers l'avant, l'expression même du désir de vivre et d'être. La créativité est certainement l'une des plus belles aptitudes humaines. Et une foi créative est une foi qui se réinvente sans cesse, questionne, échange, s'oppose, s'accorde mais ne juge ni ne se ferme jamais. Une telle foi ne se sclérose pas et demeure vivifiante : elle oblige le croyant à rester vigilant et droit non pas à partir de principes mais en se basant sur le concret c'est-à-dire l'attitude en société qui place l'accueil et le respect de l'autre quel qu'il soit comme aussi important que le respect envers soi-même. Une foi spirituelle véritable conçoit NATURELLEMENT le doute comme élément moteur et dynamisant et ne le craint pas le moins du monde : c'est un simple fait, rien de plus, qui montre que la vie n'est que rarement voire jamais linéaire et prévisible.

Dans mon texte, j'ai évoqué ma propre attitude au sein du mouvement bouddhiste auquel j'appartiens et de mon refus du formalisme religieux à travers un exemple concret de réforme du rituel quotidien dans lequel je m'étais engagé sur un plan très intime. J'ai également rappelé en fin d'article que ce danger de la sclérose pouvait toucher tout croyant de toute confession. Je l'ai fait à dessein afin de rester objectif. Cependant, mon discours s'est davantage fondé sur une critique du catholicisme. C'est logique : cette religion demeure encore la première de France et certainement celle qui de nos jours reste à l'origine des fondements culturels et psychologiques de la majorité des Français, y compris ceux qui se disent laïcs et très à gauche politiquement. En effet, des siècles de conditionnement socioculturels ne s'effacent pas ainsi : ils appartiennent comme nos traits de caractère particuliers à notre psyché et fondent comme ces derniers certaines de nos attitudes de vie. C'est un héritage commun à un groupe d'individus qui en signe les croyances et les valeurs les plus fondamentales, ce que Carl Jung désignait fort justement par l'appellation d'"inconscient collectif". Ainsi, quelles que soient les idées des uns et des autres, que l'on soit de droite ou de gauche, d'esprit religieux ou laïc, les fondements du judéo-christianisme ont modelé l'identité collective de la France qu'on l'admette ou non. De ce fait, le catholicisme demeure encore aujourd'hui la religion de référence du pays des Lumières. Et son statut de guide éthique, que ce titre soit dans les faits adéquat ou non objectivement, n'est pas usurpé : il a été construit par l'Histoire.

D'ailleurs, même à gauche de l'échiquier politique, les valeurs catholiques sont souvent à la source de grands choix éthiques comme l'aide aux plus démunis ou aux plus faibles comme les personnes handicapées. En outre, question morale, le débat houleux sur le mariage dit pour tous a montré que même à gauche, la morale catholique restait un fondement solide de l'opinion de beaucoup. Ainsi, le catholicisme détient toujours une grande responsabilité vis à vis de la collectivité nationale. Cette caractéristique peut être contestée, honnie, il n'en demeure pas moins qu'elle est réelle. Et l'ensemble des croyants catholiques les plus actifs, traditionnalistes ou plus modernes, savent bien marquer leur territoire et se faire entendre. Là encore, l'actualité l'a clairement montré.

Fort de cette position morale dominante, pour le moment encore du moins tant l'islam commence à lui faire concurrence, le catholicisme est INCONTOURNABLELes partisans d'une laïcité absolue prouvent souvent en brandissant leur argumentation anticléricale et antireligieuse qu'ils sont ignorants des fondements culturels et sociologiques qui ont créé l'Histoire de France et que leur réflexion sur les faits est ainsi rendue gravement infirme. Mais il est évident que si on écoute la seule parole distillée par l'Education Nationale et dans les médias majoritairement à gauche, la vision que l'on a de l'Histoire est forcément biaisée, édulcorée voire mensongère. En réalité, la contribution du catholicisme au patrimoine national français qu'il soit idéologique ou matériel demeure largement plus imposante que celle de la laïcité, ne serait-ce qu'en raison du temps : le christianisme a implanté sa marque sur la Gaule puis sur le royaume des Francs bien avant que n'apparaisse la moindre idée prônant des valeurs laïques. Cette position de lointain aîné joue forcément en faveur du catholicisme. Ce que je veux dire, c'est qu'on ne peut se contenter de dire aux millions de catholiques français de se taire parce qu'on se trouve dans un état laïc. C'est trop facile et c'est infondé au regard de l'Histoire. Ceux-ci sont des citoyens à part entière comme chacun et ont droit à la parole. Les partisans du mariage homosexuel et les esprits anticléricaux doivent souffrir d'entendre s'élever la voix catholique. C'est le jeu démocratique. C'est aussi la justice... et l'égalité de traitement des opinions. Ne sommes-nous pas dans revendications égalitaires actuellement ? Alors, accordons ce principe à tous, y compris nos adversaires. Et c'est justement parce ce que je reconnais le catholicisme dans ce rôle de guide et de conscience morale de la nation française que je me suis permis dans mon article 38 de le secouer un peu et de lui demander des comptes avec raison.

En effet, après des mois de discussion où chacun s'étripait à coup de mots et de concepts contradictoires, le ton a brusquement monté en janvier dernier, et la parole homophobe et raciste s'est brusquement libérée. L'extrême-droite et surtout sa frange catholique se sont affichées au grand jour, sans gêne aucune, profitant de la liberté des débats pour jeter toute une catégorie de la population, les homosexuels, leurs familles et leurs proches, en pâture à l'opprobre public. Et c'est en voyant la clémence voire l'absence de rappel à la mesure de la part de l'épiscopat catholique face à tant de haine décomplexée que j'ai fini par être dérangé. Un tel laxisme m'a profondément choqué. A quoi sert de se revendiquer comme disciple du Christ si dans les faits, notre action contredit ouvertement l'essence même de son message ? Ne supportant plus cette complaisance et pour tout dire cette connivence d'idée, j'ai alors commencé à rédiger Une réflexion pas très catholique, le texte incriminé par mon amie Anneb. J'ai mis de longues semaines à l'écrire, le retouchant encore et encore, essayant de me documenter au mieux. Cet article a fini par être le plus long jamais publié sur L'Observatoire du Coeur et celui qui m'a certainement demandé le plus de recherches et de réflexion, exception faite de mon article  24. QUELQUES MOTS DE PLATON... EN ECHO qui lui aussi m'avait obligé à adopter une grande rigueur rédactionnelle.


Une conscience morale incontournable... mais discutable

Le coeur de mon texte Une réflexion pas très catholique est bien la différence essentielle entre spiritualité et religion. Rien d'autre. Pour ceux qui auraient compris autre chose, c'est-à-dire la défense du mariage gay ou une attaque en règle contre les dogmes catholiques ou toute autre question, vous êtes hors-sujet. Vous avez confondu les thèmes annexes qui servent d'illustrations et de support avec le thème principal voire vous avez même oublié ce dernier. Au vu des réactions que j'ai pu glâner ici et là, j'ai constaté que beaucoup de lecteurs n'ont finalement perçu le texte qu'à travers les problématiques qui les concernaient personnellement et leur propre opinion, négligeant de LIRE et D'INTEGRER mon point de vue particulier éminemment consensuel malgré sa sévérité. Si vous lisez ou relisez mon article 38 avec soin, vous verrez que j'y dénonce principalement comment le dogmatisme a tué toute spontanéité et fraîcheur dans la foi de nombreux chrétiens. Et j'y rappelle que le formalisme religieux écarte malgré lui le croyant du chemin exigeant et épanouissant d'une authentique spiritualité. Je mets en exergue l'abus idéologique ou l'ignorance qui mettent d'emblée côte à côte deux concepts exprimant chacun une idée bien précise et particulière, concepts que je fusionne ensuite. Je montre que religion et spiritualité peuvent se rejoindre mais aussi s'opposer et se contredire au sein d'une pratique religieuse personnelle. L'union concrète des deux concepts dans la vie d'un croyant est bien loin d'être systématique. Prétendre l'inverse est vraiment un signe d'illusion et de grande confusion. Par conséquent, je ne vois aucun mal à rétablir une vérité aisément vérifiable.

J'ai ensuite largement concentré mon analyse sur les catholiques parce qu'ils sont comme je l'ai dit plus haut les héritiers des grands principes moraux qui ont fondé l'éthique des lois et règlements nationaux qui régissent la France. En outre, ils le revendiquent et pas toujours sur un ton poli et respectueux. De plus en plus de croyants de l'Eglise romaine mûs par un sentiment de légitimité historique et morale ont manifestement débordés verbalement et laissé leur coeur se remplir de haine depuis la fin 2012. Au cours des discussions parlementaires interminables autour du mariage étendu à tous, beaucoup d'entre eux n'ont cessé de juger les citoyens homosexuels comme perdus, déviants et suppôts de Satan, déniant à l'amour lesbien ou gay la même valeur humaine universelle que l'amour hétérosexuel afin de le réléguer au rang d'unique satisfaction sexuelle. C'est alors que je me suis levé pacifiquement... mais fermement en prenant l'écriture pour défendre une dignité commune à tous les gays et lesbiennes et remettre quelques pendules à l'heure.

Et oui, j'ai écrit mes propres mots et manifestés mon sentiment... au risque de déplaire. Face à tous les propos éructés un peu partout sur la Toile ou dans les médias, je n'ai pu que constater ma blessure et beaucoup d'injustice. S'opposer à une loi qu'on juge inique ou injuste pour nombre de motifs personnels est fondé mais la manière de le faire, elle, ne l'est pas d'emblée : tout dépend comment cette expression va exister. Or, l'indécence a fini par se substituer à la mesure et la justesse de ton pour clairement aller vers l'outrance. L'objectif était bien de rabaisser, stigmatiser, dénigrer, la population lesbienne-gay-bi-transexuelle (LGBT) et de la rendre illégitime dans ses prétentions d'accéder à un droit qu'il soit réel ou autoproclamé. Tous les catholiques qui n'ont eu de cesse depuis des mois (et continuent encore d'ailleurs) de salir l'amour homosexuel et sa sexualité belle et naturelle comme l'est l'hétérosexualité ont-ils une seule fois réfléchi au mal qu'ils faisaient à ceux qu'ils visaient dans leurs propos désobligeants ? Certainement pas ! Car derrière les attaques envers le président Hollande et ses ministres, c'est bien le public LGBT qui a été constamment visé et maintenu dans une position de citoyen hors-normes, en marge de la société. Assez d'hypocrisie !

N'en déplaise à Anneb, l'amie qui m'a objecté son désaccord sur l'esprit de mon 38è article, le respect que je me dois et que je dois à mes propres valeurs m'a obligé à un moment donné à intervenir et à participer afin de rétablir à l'instar d'autres personnes un équilibre de justice. Quitte à parler des turpitudes vraies ou imaginées des personnes LGBT mille fois dénoncées par quantité d'homophobes, j'ai répondu en me concentrant sur toute la partie corrompue et bien nauséabonde de l'héritage catholique. Mais au lieu de fantasmes, j'ai pris soin de mettre en avant des faits avérés qui interpellent : position morale douteuse des hautes instances de l'Eglise face au viol, rôle trouble de l'Opus Dei, force occulte des autorités vaticanes, dans le monde et son soutien constant à des régimes politiques dictatoriaux ou corrompus, oppression morale et culpabilisation des plus pauvres ou des citoyens appartenant à des minorités. Et encore, j'ai choisi d'éviter la facilité : j'ai tu volontairement tout rappel aux scandales pédophiles liés à plusieurs prêtres. Depuis des siècles les autorités ecclésiastiques catholiques se réclament être les détentrices de la seule morale valable en France, en Europe et ailleurs dans le monde. Il me semblait donc intéressant de montrer que dès lors qu'on tient un rôle éthique majeur surtout si on prend comme référence la parole du Christ et qu'en plus, on prétend suivre le seul chemin vers une vérité absolue, LA Vérité universelle, on se doit d'être COMPLETEMENT IRREPROCHABLE sur le plan de l'honnêteté qui est, je le rappelle, une VERTU CARDINALE. Lorsqu'on livre à la vindicte publique (souvent implicitement par allusions et images) toute une partie de la population dont la seule faute est d'avoir un mode de vie différent de sa propre norme (en dehors des questions d'éthique sur l'adoption et les méthodes de procréation artificielle), on détient une haute responsabilité morale sur toutes les conséquences négatives qui en découlent : la parole vaut modèle. C'est cette incohérence profonde et injuste que j'ai aussi pointée du doigt dans mon 38è article.

En outre, un tel rôle de guide des consciences n'implique pas que la justesse et la justice existent absolument dans le dogme et le discours délivrés par le catholicisme : le nombre des années s'il instaure progressivement une autorité sur les esprits dans la société ne fait cependant pas la valeur d'une idéologie ou d'une théorie. Seuls les faits le peuvent. J'ai rappelé très brièvement cette vérité dans Une réflexion pas très catholique. Mais aujourd'hui, je développe. C'est exactement la même équation que les relations entre une majorité et une ou quelques minorités au sein d'un groupe commun : ce n'est pas parce qu'un nombre plus important d'individus croient en la véracité de quelque chose que c'est forcément vrai. Une erreur, une aberration scientifique ou philosophique, peut très bien être partagée et entretenue au cours des siècles en dépit du bon sens et d'une réflexion rigoureuse. C'est la logique du rapport de force : celui qui est majoritaire en nombre impose sa vision des choses à celui qui appartient à la minorité et tolère très mal en retour que ce dernier puisse contester l'opinion dominante, c'est-à-dire la sienne évidemment, et encore plus lorsqu'elle semble validée par le temps. C'est ce qui se passe actuellement sur l'épineuse question du mariage étendu à tous lorsque des associations et des croyants catholiques désignent par le terme "lobby" devenu péjoratif en français l'ensemble des associations qui défendent les droits des homosexuels, bisexuels et transexuels à être respectés en tant que citoyens ordinaires. Représentant une minorité, elles n'ont à leurs yeux aucune valeur et surtout aucun bien-fondé dans leur action de réforme sociétale. Ce déni de légitimité renforcé par le poids des ans explique aussi pourquoi l'opposition est aussi violente et surtout durable en France. Or, je réfute justement les liens autodéclarés entre le temps et la validité d'un discours ou d'une théorie. Admettre une telle relation est contraire à tout esprit scientifique et n'est vraiment pas sérieux. Alors, oui, en pensant ainsi, je rue dans les brancards et bouscule quelque peu mes liens amicaux. Mais qu'y puis-je ? L'amitié est par définition un rapport entre deux personnes fondé sur l'authenticité et l'honnêteté. Tout peut être échangé ou presque, tant que le respect y est. Or, selon moi, et après relecture de mon 38è article, je n'ai pas du tout dérogé aux règles si fondamentales dans ma vie de l'amitié véritable. 

Certains, y compris également dans mes amis catholiques pratiquants ou non auront sans doute été dérangés par mes idées (pourtant exprimées avec contenance) mais ils auront alors été aussi indisposés que j'ai pu l'être face au déferlement homophobe qui a pollué la Toile particulièrement sans que cela n'émeuve le moins du monde les autorités morales de ce pays. Alors que tout propos ouvertement raciste, antisémite ou xénophobe, aurait été sanctionné par les modérateurs des divers sites concernés, ces derniers se sont révélés bien timorés face à l'avalanche verbale qui vouait les citoyens LGBT aux gémonies.

Oui, effectivement, je me suis senti BLESSE et DEPOUILLE du droit élémentaire à conserver ma dignité humaine, pourtant qualité intrinsèque de ma condition d'homme, par d'autres qui estimaient que ce qu'ils percevaient comme le bien-fondé de leur colère justifiait à lui seul tout moyen de parvenir à leurs fins au mépris de la morale la plus fondamentale, d'autres qui estimaient qu'en fait leur opinion valait plus que celle de leurs opposants parce qu'ils se voyaient systématiquement, et en toute subjectivité, du côté du "bon droit" et de la norme, une norme vue comme la seule acceptable. Alors que je ne voyais que tensions exacerbées et violence verbale, je me suis résolument posé du côté de l'équilibre et du consensus FERME et HABITE. Je n'ai fait en cela que suivre mon caractère empathique et entier. La rédaction de mon 38è article s'est faite A JUSTE TITRE.

 

Une position personnelle complexe : entre opposition et référence

Je ne renierai jamais Une réflexion pas très catholique. Au contraire, je suis fier de ce texte : il est clair, profond, humain et porté par une intention pacifique. Je l'ai publié pour éclaircir ce que je ressentais mais aussi par respect envers moi-même : simplement rester digne face à tant d'ignominies jetées comme autant de pierres sur certains parce qu'ils ne sont que ce qu'ils sont, des citoyens homosexuels qui en ont assez d'être relégués sur le bas-côté et qui disent "Maintenant, ça suffit ! Nous ne voulons plus cacher nos amours et voulons les vivre comme vous, au grand jour !". Parce qu'au fond, tout au fond, je le dit et le répète, le code civil et les enfants ne sont que des alibis trompeurs pour la plupart (et je dis bien la plupart, pas tous, ok ?) des opposants au texte de loi socialiste. Le véritable enjeu est ailleurs : le rejet pur et simple de l'homosexualité comme comportement social admissible. Sinon aucun débordement n'aurait eu lieu : on en serait resté aux effets de manche, aux tournures ampoulées devant les caméras ou dans la presse et quelques échanges vifs pour amuser la galerie et donner un peu de piquant pour les médias. En fait, le débat autour du mariage homosexuel est, autant pour les opposants que pour leurs adversaires qui eux-mêmes ont bien manié la langue de bois et usé de la manipulation, un gigantesque bal des hypocrites qui a laissé se libérer les forces les plus négatives de l'âme humaine, celles de la volonté de destruire l'autre parce qu'il est autre justement ou pense différemment. Le pire en somme. L'Histoire a toujours montré ce que donnait une telle attitude : l'oppression, la guerre et des massacres gratuits selon les seules normes des dominants évidemment, selon le "bon droit" en vigueur. Et ce "bon droit" officiel, l'exemple à suivre, demeure essentiellement fondé sur la morale catholique, ce qui explique pourquoi l'opposition à une redéfinition de la famille nucléaire traditionnelle est aussi importante en France. Comme je l'ai dit plus haut le catholicisme est aux sources de notre culture et de notre droit malgré toutes les oppositions laïques ou les dénis athées qui ont tenté de lui faire barrage depuis le XXè siècle notamment. Et cet état de fait n'est au demeurant ni bien, ni mal en soi.

Mon 38è article m'a permis de reprocher à une partie du monde catholique français certaines prises de position pour le coup iniques même si je les comprenais. Toutefois, la critique de mon amie Anneb m'a vraiment étonné. Au tout début de son argumentation, elle a employé l'adjectif "anti-catholique" à l'égard de mon texte. J'avoue être resté un peu interloqué tant j'étais loin d'imaginer qu'un tel ressenti aux antipodes de ma démarche de fond puisse surgir chez mes lecteurs d'obédience catholique. Et encore plus quand ceux-ci sont non pratiquants comme Anneb. Mais au moment d'écrire mon texte, j'avais complètement oublié combien le dogme catholique avait imprégné notre propre psyché. Qu'on me reprochât d'y être allé un peu fort ou d'exagérer, je l'aurais compris tout de suite mais qu'on m'accuse (même gentiment) d'avoir signé un écrit s'opposant au catholicisme ou le dénigrant, là, je suis moins d'accord. D'où, ce nouvel article qui est une sorte de droit de réponse indirect si on veut.

Ce n'est pas parce qu'on désavoue et rejette certains aspects d'une doctrine qu'on la refuse complètement. Au contraire, j'admets tout à fait que le catholicisme a influé et influe toujours sur ma psyché et ma spirituallité. Je le rappelle d'ailleurs avec tendresse dans mon article 27. Ô ROUANEZ KARET AN ARVOR où je célèbre ma région natale, la Bretagne, sa culture si imprégnée du catholicisme et mon enfance où le souvenir de ma mère chantant des cantiques bretons dont un en particulier dédié à Sainte-Anne reste prégnant. Je dois en plus y être convaincant et émouvant car cet article caracole en tête des visites sur Google sur le thème des chants bretons catholiques. Il a été recommandé par plusieurs lecteurs. Ce texte éminemment intime est sans doute mon préféré de tous ceux que j'ai publiés jusqu'à présent sur mon blog. Alors, anti-catholique, moi ? Oh, la bonne blague ! Je rejette effectivement de toutes mes forces un certain comportement extrémiste montré par des croyants zélés et la toute-puissance dogmatique mais reste ouvert à l'esprit chrétien fondamental qui transcende les différentes écoles de la pensée catholique comme réformée. Certaines valeurs prônées par le Christ sont miennes indissolublement. Et ce n'est pas parce que je remets en cause l'authenticité factuelle et la valeur morale de la Bible que j'exclus toute l'éthique chrétienne. Ma foi personnelle est toute en nuances, très complexe, et s'appuie sans problème sur des gens de valeur venus d'horizons très différents, certains bouddhistes, chrétiens, athées, etc... Je me sers de modèles humains qui ont fondé leur existence sur des valeurs et des objectifs de vie que je partage. Ces personnes m'inspirent chaque jour, me portent. Je pense à elles très souvent. C'est pourquoi j'ai autant parlé de Soeur Emmanuelle dans Une réflexion pas très catholique : la religieuse franco-belge représente à mes yeux sans doute le mieux la quintessence du comportement authentiquement chrétien. Ni plus, ni moins. En tant que bouddhiste, j'ai toujours vu cette femme de conviction à la foi forte et solide comme un véritable boddhisattva, terme sanskrit qui désigne une personne intègre et d'une immense compassion. C'est un très grand compliment qui reconnaît la valeur profonde de cette femme extraordinaire qui a laissé derrière elle une empreinte durable avec beaucoup d'efficacité. Je ne pouvais imaginer meilleur modèle pour m'aider à avancer dans la vie. Elle a donc toute sa place dans mon panthéon spirituel.

En parlant de Soeur Emmanuelle comme de l'abbé Pierre d'ailleurs, j'ai voulu montrer justement que je n'étais nullement en opposition avec le catholicisme puisque je prenais deux de ses icônes comme modèles. J'ai même pleinement reconnu la valeur de coeur et d'âme d'un homme catholique, Vincent, rencontré sur Facebook. Je n'en ai parlé qu'en positif, rappelant son érudition et son extrême attention à mon égard, bien que nous soyons lui et moi en grand désaccord sur la reconnaissance sociale de l'homosexualité et que certains de ses propos concernant le sujet laissés sur son blog m'aient heurté. C'était un moyen de montrer que tout en critiquant des aspects négatifs que je rejetais dans le catholicisme officiel, j'en acceptais concrètement d'autres tout à fait positifs, qu'en somme, j'étais capable de faire la part des choses, de rester dans la nuance sans condamner. Je pensais en tout cas avoir réussi à faire passer mon intention clairement. Je croyais que ma pleine conscience de la diversité de manières de penser et pratiquer le catholicisme au quotidien paraissait évidente. Force est de constater que non. Ceci dit, Anneb m'a tout de même avoué qu'au moment où elle a pris connaissance de mon texte, elle traversait un moment très difficile, la mort de son père, et que l'enterrement a eu lieu selon le rite catholique. Or, ces derniers instants passés avec le défunt est aussi solemnel qu'affectif. La cérémonie sert aussi de catharsis aux proches pour évacuer une partie de leur chagrin et accepter de laisser partir la personne aimée vers le monde des mort. C'est le temps de la séparation définitive, du point zéro avant d'entamer son deuil. Un tel moment n'est jamais neutre et confère au rite et donc à la religion dont il est tiré une aura particulière, ineffaçable, tel un parfum entêtant qui nous suivrait partout. C'est en quelque sorte la dernière empreinte visible (le cercueil) qui nous restera du défunt. Aussi, je saisis mieux en quoi mon amie a mal réagi face à mon texte ; elle a d'ailleurs admis que le souvenir de cet enterrement avait joué un rôle dans son malaise.

Quant aux autres catholiques pratiquants ou non qui auront inévitablement été dérangés par mes propos, qu'ils ne m'en veuillent pas : je ne l'ai pas fait exprès. Et si c'est le cas, j'en suis navré. Mais sans doute, n'avez-vous lu mon texte qu'à travers votre propre prisme sans pouvoir vous mettre réellement à la portée de mon discours à l'instar de mon amie Anneb ? Avec l'ambiance surchauffée qui plane en France depuis janvier, ça ne m'étonnerait pas. Après tout, une lecture est un point de rencontre entre un état de vie ponctuel livré par l'auteur et celui du lecteur au moment où il prend connaissance du texte. Parfois, le message passe cinq sur cinq car le lecteur est dans un état suffisamment calme et élevé pour recevoir les informations de manière claire et neutre. Et d'autres fois, c'est l'inverse : une émotion négative ou positive trop intense rend l'absorption du message difficile voire impossible. Et le lecteur comprend surtout ce qu'il veut et interprète le propos de l'auteur avec partialité. Rassurez-vous, ça m'arrive aussi ! Surtout ce qui m'amuse un peu, c'est de voir que parallèlement à ce procès d'intention anti-catholique qui m'a été fait, d'autres internautes ont pris mon texte comme étant essentiellement un écrit d'indignation avec dénonciation des abus de croyants catholiques et promotion du mariage pour tous : je n'étais plus anti-catho mais pro-mariage gay ! Là aussi erreur de compréhension et interprétation. Dans mon texte, je rappelle que j'étais plus pour un contrat d'union civile revalorisé à l'égal du mariage (avec adoption simple uniquement) que le mariage lui-même. Mon soutien final très tardif au projet de loi socialiste n'est intervenu que lorsque j'ai vu la déferlante homophobe se lever et tout balayer sur son passage sans aucune résistance institutionnelle, médiatique ou juridique ou si peu. J'ai suivi plus par réaction que choisi par conviction. Mais là, vraiment, je n'en pouvais plus de voir une intolérance aussi violente s'afficher et salir l'image de mon pays natal à l'étranger.


¤

Voilà, j'arrive à la fin de ce 39è article qui je l'espère vous aura éclairci sur ma position morale et intellectuelle à l'égard du catholicisme. Et au moment où j'achève ce nouveau texte, je repense tout à coup à certains mots qui sont revenus sans cesse dans la bouche ou sous la plume de croyants catholiques homophobes au sujet des homosexuels : "êtres en souffrance", "l'homosexualité est une souffrance"... Tout un baratin condescendant, culpabilisateur et surtout pathogène. Je n'ai jamais souffert à cause de mon identité homosexuelle à laquelle je dois sans doute mes plus belles qualités. Par contre, j'ai beaucoup souffert du poids de la culpabilité posée sur mes épaules par la morale catholique pendant mon adolescence. Et j'en ai bavé, je vous assure. Là réside la source principale de la souffrance intérieure qui m'a miné pendant tant d'années et de mes échecs amoureux. Comment créer des relations affectives équlibrées et normales lorsque vous-mêmes, vous ne vous êtes pas trouvé parce que vous en avez été empêché ? C'est là aussi qu'est née cette douce et fidèle mélancolie qui me caractérise. Et c'est parce que j'accepte désormais ce vécu difficile que je peux voir ce que le catholicisme m'a apporté en positif également. J'ai intégré la leçon. Mon coeur ne condamne plus mais il n'est pas non plus naïf. Si je ne renie pas les valeurs catholiques qui fondent ma personnalité, je ne suis pas du tout disposé à tout recevoir. J'essaie de bâtir un équilibre intérieur et d'incarner une complémentarité entre ma foi bouddhique et mon héritage chrétien. C'est ce qui explique la rédaction de mon article 38. Et si c'était à refaire, j'agirai exactement pareil, sans regret. Par respect pour ma vie. Et c'est ce qui importe D'ABORD.

Published by ELLYPSO WARATAHS - dans QUESTIONS D'ETHIQUE
commenter cet article

commentaires

Eric 31/05/2013 10:36

Bonjour Laurent-Pierre,
j'ai voulu poser sur ce fameux précédent article (que j'ai beaucoup apprécié, dans la neutralité et le respect), mais le temps m'a manqué... Certes, j'aurai pu laisser un petit mot ;)
... Cette semaine, via FB, j'ai lu un partage que j'ai beaucoup aimé également, partage provenant de Mediapart (je t'avoue, je n'ai pas vérifié les sources ni le avant)... En lisant ce partage,
j'ai aussitôt pensé à toi, ton article, et je me demandais si tu l'avais lu... Dans le doute, je te le dépose ici... je pense qu'il aborde certains points que tu as voulu faire passer...
Bise Laurent Pierre et bonne lecture,
à bientôt ....
Eric

ELLYPSO WARATAHS 31/05/2013 18:07



Merci Eric pour ton passage ! 


 


Peux-tu me donner les références de l'article et du partage auquel il a donné suite sur Médiapart ? Ca m'intéresserait d'en prendre connaissance.


 


Pour le reste, oui, c'est ce que j'ai essayé de faire dans ces 2 articles 38 et 39 mettant en exergue mon opinion sur le catholicisme : rester objectif tout en étant conscient de
l'influence de cette dernière religion sur ma vie et sur la population française. Evidemment, je réalise que les derniers évènements sociétaux ont aussi apporté leur couleur puisque j'étais
directement concerné en tant qu'homme homosexuel. La finalité de la publication des articles 38 et 39 était de montrer clairement la distinction que je fais entre une pratique religieuse
exigeante et donc ouverte à l'autre et une pratique religieuse essentiellement dogmatique et littérale. Je n'ai jamais rejeté le catholicisme : je n'en ai critiqué et n'en refuse qu'une version
où le jugement de valeur sur celui qui est différent est permanent. Et comme ce sont surtout les croyants de ce catholicisme poussiéreux et intolérant qui se sont fait entendre au cours des
derniers mois, je tenais à remettre quelques pendules à l'heure.


 


Si j'ai compris la réaction de mon amie Anneb sur le texte précédent, elle m'a cependant surpris. Car les valeurs chrétiennes au sens originel du terme, l'éthique de Jésus, m'inspirent dans mon
cheminement spirituel tout autant que celles du bouddhisme et d'autres philosophies. Et ça, personne ne peut le remettre en doute. Du coup, je m'autorise à écrire sur les déviances idéologiques
du christianisme et encore plus lorsqu'elles ont été légitimées au fil des siècles par une officialisation.



L'auteur Du Blog : Ellypso Waratahs

  • ELLYPSO WARATAHS

Information légale

Le blog L'Observatoire du Coeur et son contenu

sont protégés contre la copie et le plagiat.

Si vous souhaitez utiliser tout ou partie d'un article,

merci de m'en avertir au préalable

afin que je donne ou non mon accord

selon le contexte de publication.

 

sceau blanc

© N° 00051365

Tous droits réservés - 2012 / 2013

Pour Retrouver Une Info Sur Ce Blog