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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 23:40

NOTE : le présent article est dédicacé à la Fée Carabosse.

 

La belle histoire qui compose l’essentiel de cet article n’est absolument pas un conte de fées ou philosophique au départ : elle s’inspire d’un fait réel qui s’est déroulé à notre époque, d’une anecdote qui m’a été racontée par une amie devenue très intime. Les principaux protagonistes en sont cette dernière et ses enfants, enfin deux de ses trois fils, Thomas et Corentin, plus exactement. Et même si c’est une histoire de maintenant, ça reste un joli conte des temps modernes. Alors la narration prendra la forme d’un conte, ainsi qu’il se doit.

 

Ò

 

Il était une fois dans une contrée du beau pays de France située à l’ouest non loin des rivages de sable et de vase où se rejoignent les eaux royales de la noble Loire et les flots rebelles de l’indomptable Atlantique, une petite ville où vivait une famille comme il en existe beaucoup de nos jours : un papa, une maman qui ne s’entendent plus et des enfants témoins de l’amour qui s’en va. Arriva un jour où les deux parents se séparèrent. « C’est comme ça… et c’est mieux ainsi !», pensèrent Maxime, Corentin et Thomas, les trois frères qui composaient la fratrie. Aucun mélodrame inutile : les trois garçons avaient compris que le plus important était d’avancer. Tout ce qui comptait, c’était que papa et maman fussent heureux à nouveau et que la paix revînt dans les cœurs.

Le jour effectif de la séparation, il fallut déménager une partie des meubles et autres objets dans le nouveau domicile de la maman situé à plusieurs kilomètres de l’ancienne maison familiale. Evidemment, comme à chaque fois, en pareilles circonstances, un tri fut nécessaire : que gardait-on ? Que jetait-on ? Pour Maxime, Corentin et Thomas, ce fut l’occasion de conserver leurs objets favoris et de mettre les autres au rebut. Mais quand la mère vit ce qui allait à la poubelle, son sang ne fit qu’un tour : plusieurs jouets et jeux offerts ou achetés quelques mois plus tôt se retrouvaient dans un état lamentable destinés à la décharge. Comment tant d’objets pouvaient-ils être aussi abîmés en un temps si court ? Comment ses enfants pouvaient-ils prendre aussi peu soin de leurs affaires ? N’étaient-ils pas trop gâtés en définitive ? La maman, très fâchée, réfléchit en voyant la désinvolture de ses trois fils. Elle voulait leur donner une bonne leçon. Elle leur dit alors, ferme et décidée :

« J’ai vu de quelle manière vous traitiez vos jeux et jouets. Apparemment, ils ne semblent pas avoir grande valeur à vos yeux vu ce que vous en faites ! Vous pensez sans doute qu’aussitôt cassé, c’est aussitôt remplacé et que rien ne vaut le neuf ! Et bien soit, je prends note de tant de négligence ! Mais je vous préviens que cette année pour son anniversaire, aucun de vous ne recevra de cadeau de ma part. Trop, c’est trop ! »

Les trois frères se regardèrent éberlués. Mazette ! Leur mère était vraiment furieuse. « Ce n’est pas possible ! Elle ne va tout de même pas oser nous faire ça ! », pensèrent-ils dépités. Les garçons se rassurèrent en pensant que c’était juste des mots prononcés sous le coup de la colère et qu’elle ferait comme chaque année : elle les couvrirait de cadeaux. De toute manière, si elle ne leur offrait rien, le papa, lui, le ferait de son côté. Mais quand même, ce serait bien mieux de recevoir des présents des deux parents : ils en auraient drôlement plus ainsi !

Quelques mois plus tard, la famille avait trouvé son nouveau rythme de vie. Les deux parents se partageaient la garde des enfants ainsi que le font nombre de couples séparés : une semaine chez l’un, une semaine chez l’autre. Banale partition des amours modernes. Le premier anniversaire à fêter dans la fratrie approchait et Mathilde, la maman, était un peu inquiète. « Comment vais-je m’en sortir maintenant ? Quelle solution trouver pour tenir ma promesse ? » Elle avait conscience que pour être une éducatrice crédible, la parole tenue était primordiale auprès d’un enfant. Enfin, le jour de l’anniversaire de Thomas, le plus jeune des trois fils, arriva. Mathilde le prit à part de ses frères et lui dit :

« Aujourd’hui, c’est ton jour. Comme je te l’ai dit il y a quelques semaines, cette année, je ne t’offrirai aucun cadeau. Je n’ai en effet vraiment pas apprécié la manière dont toi et tes frères vous traitiez vos affaires. Comme si ce n’était pas si important après tout… Or, c’est important à mes yeux. Votre père et moi, nous ne vous achetons pas des cadeaux pour les retrouver en morceaux à peine quelques jours ou semaines plus tard. Respecter les affaires que l’on vous offre, c’est aussi respecter celui qui vous les a achetées. Et je tiens à être respectée. Tu comprends Thomas ? »

Le jeune garçon acquiesça. Sa tête était pleine de conjectures. Qu’allait-il se passer ? Comment sa mère allait-elle régler cette situation inédite dans la famille mais qu’elle-même avait créée ? Thomas était un peu déçu de ne recevoir aucun cadeau, aussi espérait-il une brusque volte-face de la part de sa mère. Soudain, Mathilde reprit, le regard inspiré :

« Ce jour est ton jour Thomas. Cette journée t’est dédiée. Aussi, je te propose une idée originale. Au lieu de t’offrir un cadeau matériel, je t’offre un souvenir. Ce que tu accompliras aujourd’hui sera ton présent. S’il y a quelque chose que tu aies jamais eu envie de vivre, c’est aujourd’hui que tu dois le décider. C’est à toi de me dire ce que tu comptes faire de cette journée, mon chéri ! »

Le garçonnet était stupéfait. Quelle responsabilité ! Lui seul devait définir le contenu de ce jour si spécial. Thomas était très surpris, un peu décontenancé du rôle que sa mère lui demandait d’endosser mais il était aussi très fier. Quelle confiance ! L’enfant n’hésita pas longtemps. S’il y avait bien une chose qu’il rêvait de faire, c’était de visiter un musée. Eh oui, un musée ! Pas un zoo ou un parc d’attractions avec jeux et animations tonitruantes et colorées à la clé, non, non, un vrai musée avec des peintures et des tas d’objets bizarres pour les grands ! Mais le clou de la journée, c’est qu’il ferait cette visite avec sa maman. Et ça, c’était irremplaçable. Ca valait tous les cadeaux du monde !

musee-des-beaux-arts-de-nantesAlors, dans l’après-midi, Thomas et Mathilde allèrent visiter le musée des Beaux-Arts de la grande ville voisine. Ils y passèrent de longues heures à admirer des toiles et des sculptures. Thomas avait les yeux écarquillés. Quand Mathilde connaissait une information sur une pièce exposée, le petit garçon ouvrait grand ses oreilles et écoutait tout content. Jamais, il n’avait eu de moment aussi intime et en même temps aussi public avec sa maman. En outre, il avait sa mère pour lui tout seul pendant plusieurs heures sans ses frères. Et vraiment, c’était troooop « cool » ! Quel privilège ! Thomas était avec SA maman… pour lui TOUT SEUL ! Le rêve ! Et devant tous ces gens alentour en plus, comme s’il était fils unique. Finalement, c’était lui qui permettait à sa mère d’avoir une jolie sortie à deux comme un grand, comme un homme ! Oui, le petit garçon était très fier. Alors que la mère et son fils quittaient le musée, Thomas se tourna brusquement vers Mathilde, levant bien haut les yeux. En une seconde, il offrit à sa maman un regard rempli d’amour enveloppé dans l’écrin étincelant d’un sourire radieux. Mathilde frissonna. Tous les deux étaient sur un nuage, ciel bleu et soleil dans le cœur. C’est à cet instant que Thomas se serra tout contre sa mère et redressant la tête, lui dit les yeux dans les yeux :

« Maman, c’est mon plus bel anniversaire ! Merci ! »

Très émue, Mathilde eut du mal à contenir une larme. Mais bien vite, elle s’aperçut que son fils commençait à ressentir la fatigue d’avoir tant marché dans les couloirs interminables et les salles immenses du musée. Elle lui proposa d’aller s’asseoir à la terrasse d’un café et de lui offrir une glace. Thomas se mit à rire en faisant remarquer que ce n’était plus lui qui composait la trame de la journée mais ELLE ! Mathilde s’aperçut de sa bévue et s’en excusa aussitôt. Mais le petit garçon n’en avait cure : seul comptait d’être avec sa mère et d’avoir visité un vrai grand musée avec elle, seul importait d’avoir fait COMME les adultes et de n’avoir pas eu une animation d’enfant.

Finalement, Mathilde et son fils déambulèrent plusieurs minutes main dans la main dans de vieilles rues pavées puis s’installèrent à la terrasse d’un joli café non loin du château de la ville. Thomas se vit offrir une énorme coupe glacée couronnée de chantilly, de vermicelles en chocolat et de deux cigarettes russes, un dessert chic où se mêlaient les arômes puissants et la saveur corsée du cacao aux arômes doux et la saveur subtile de la noix de pécan et de la vanille bourbon. C’était la note qui acheva avec goût (c’est le moins qu’on puisse dire !) le triomphe du petit garçon.

Un peu plus tard, Mathilde et ses trois fils se retrouvèrent autour de la table familiale pour un dîner joyeux et chaleureux. Thomas, enthousiaste, décrivit à ses deux frères ce qu’il avait vu et particulièrement apprécié lors de cette journée spéciale. Au moment de se coucher, le petit garçon se repassa encore une fois en tête le film de cet anniversaire pas comme les autres : il ne regrettait rien. Tout avait été parfait. Et lorsque sa mère vint lui souhaiter une bonne nuit, il lui dit qu’il n’oublierait jamais ce cadeau si original. Mathilde adressa à son fils un sourire mi-tendre, mi-amusé : le souvenir de ce jour était à jamais gravé dans la mémoire de son enfant comme elle l’avait voulu. Et le temps ne le rendrait que plus précieux. Elle était fière de Thomas : il avait compris la leçon et déjà l’intégrait.

Les mois passèrent. Ce fut l’anniversaire du cadet, Corentin. Mathilde fit la même proposition à son second fils qui, lui, préféra passer sa journée dans un parc de loisirs à jouer au paintball. Autre caractère, autre activité : cette fois, exit le calme du musée au profit de l’action et du jeu. A l’issue de son animation, Corentin tout heureux d’avoir pu s’amuser et se dépenser adressa à sa mère les mêmes mots que son jeune frère :

« Maman, c’est mon plus bel anniversaire ! Merci ! »

Mathilde fut aussi touchée que la fois précédente. Elle était satisfaite : la leçon prenait bien. Comme avec Thomas, elle se promena un moment avec Corentin. Tous deux prirent le temps de parler de choses et d'autres, d'être ensemble tout simplement, de s'aimer comme un fils aime sa mère et une mère son fils. Puis ils se rendirent dans un café où Mathilde laissa son fils cadet choisir une boisson et un dessert parmi ceux qui lui faisaient le plus envie. Plus tard, quand il fut de retour chez sa mère, Corentin partagea sa joie avec ses frères lors du dîner familial comme Thomas quelques mois auparavant. Et au moment de se coucher, Corentin se remémora également le film entier de sa journée d’anniversaire.  Lui aussi dit à sa mère qu’il n’oublierait jamais ce qu’il avait vécu ce jour-là. Mais Corentin avait surtout compris qu’il pouvait faire bouger dans sa tête dès que l’envie le prenait la suite colorée de belles images qui composaient le contenu de sa journée d’anniversaire : c’était un cadeau éternel, impérissable, indestructible.

Mathilde venait de faire mouche avec ses deux plus jeunes enfants. Par contre, l’histoire ne dit pas ce qu’il advint pour l’aîné, Maxime, ni quelle activité, il choisit. Mais est-ce vraiment si important ? Après tout, l'essentiel est déjà dit, non ? A chacun de le vivre dans sa vie maintenant : offrir un moment de rêve à un être cher, offrir un souvenir du coeur, offrir en cadeau... l'amour. Et SEULEMENT l'amour.

 

Ò

 

Published by ELLYPSO WARATAHS - dans CONTES PHILOSOPHIQUES
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commentaires

La Fée Carabosse 19/11/2013 02:20


C'est avec autant d'émotion que la première fois, que je relis ce conte... Merci ♥

ELLYPSO WARATAHS 19/11/2013 03:56



 Merci La Fée ! Mais un conte, tu sais, c'est fait pour être lu, relu... et raconté !



Olivier Murmures 25/08/2013 08:31


Merci pour cette belle histoire, aux justes résonances... Belle journée !


livier

ELLYPSO WARATAHS 25/08/2013 12:25



Merci de ton passage Olivier ! Oui, c'est une belle histoire qui s'ancre complètement dans le réel vu que je connais la maman qui l'a vécue et qui me l'a racontée... à peu près comme ça, LOL !



ERIC 22/08/2013 17:21


Merci Laurent-Pierre de ce joli conte, et merci à la Fée Carabosse  

ELLYPSO WARATAHS 22/08/2013 21:08



Ca ne m'étonne que tu sois dans les tout premiers à réagir sur ce conte, Eric : tu marches depuis si longtemps sur le chemin de l'amour toi-même (même si je suis sûr que tu prétendras l'inverse).
Tous les efforts que tu as déjà accompli pour t'améliorer, élargir ton état de vie et ton mode de pensée, sont des preuves de ce parcours où tu dois exploiter tes plus belles qualités.


 


Tu es aussi parent, je le sais. Je me souviens d'avoir vu une photo de toi avec ta fille (ou l'une de tes filles) : tu y étais rayonnant, calme, HEUREUX. Comme Mathilde, tu as, j'en suis sûr,
souhaité inculquer à ta progéniture de belles valeurs et leur indiquer la voie de l'essentiel au lieu de celle si aisée du superficiel et de l'accessoire... mais sans rien imposer certainement
sauf si les circonstances l'exigeaient. Car en effet, aimer, c'est aussi sanctioner ou reprendre de manière parfois abrupte mais toujours bienveillante. Oui, aimer, c'est indiquer la bonne
direction tout en laissant l'autre rester libre de son choix et de sa décision. Aimer, c'est faire confiance. Et le conte ci-dessus ne dit pas autre chose.


 


Je t'embrasse M. Tao ... TRES fort.



L'auteur Du Blog : Ellypso Waratahs

  • ELLYPSO WARATAHS

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