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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 02:28

Au coeur de la nuit, aux toutes premières heures d'un nouveau jour, j'ai téléphoné au standard de la radio Ici et Maintenant (1) pour intervenir à l'antenne dans l'émission Pensées Positives animée comme chaque vendredi soir dès 23 h par Laurent Fendt. Le thème était cette fois-là une question : "Que dites-vous là maintenant à l'enfant que vous étiez ?" Je ne m'attendais pas à prendre le téléphone pour passer sur les ondes mais touché à fond par ce sujet inattendu et très original, je n'ai pu résister, poussé par une injonction intime. Pourquoi était-ce aussi important que je décroche le combiné et veuille intervenir dans l'émission ? Je ne le savais pas au moment de le faire mais je l'ai compris soudainement, et malgré moi, au cours de mon passage.

RIMAprès que le standard m'ait mis en ligne, Laurent Fendt me fait patienter quelques secondes et me prend à l'antenne. Il me pose LA grande question beaucoup plus profonde et moins ludique qu'on ne pourrait le croire au premier abord. Je commence à peine en disant "Eh bien, voilà, je dirais à l'enfant que j'étais..." qu'aussitôt l'animateur me coupe : "Je DIS à l'enfant que j'étais, pas 'je dirais', c'est là maintenant que tu te retrouves avec l'enfant que tu étais." Un peu secoué, je souris de l'autre côté de la ligne, j'apprécie le tutoiement de Laurent et toute la chaleur qu'il met dans son propos. Je me sens comme avec un ami, un bon ami. Je reprends donc le fil de ma pensée et continue à parler. A cet enfant, je lui dis combien la liberté d'être soi importe et que c'est même ce qui prime avant toute chose. Sans liberté intérieure, le respect de sa personne est impossible : on est alors soumis au regard et à l'influence des autres. Ce qui a été mon cas jusqu'à mon effondrement intime en 2008. Et je poursuis en développant sur l'acquisition d'autres qualités fondamentales comme la persévérance, l'honnêteté, la loyauté vis à vis de soi, l'humilité, la simplicité et le courage. J'insiste aussi sur l'importance d'éradiquer la peur du changement et du risque de sa vie parce que vivre, c'est aller de l'avant sans vraiment savoir ce que demain sera au fond. C'est d'ailleurs essentiellement ça. Puis je parle de ma mère dont je sais justement qu'elle n'a pas eu la vie qu'elle voulait : elle vit une existence par défaut selon le code strict bien intériorisé des conventions sociales. Je n'en veux pas à Maman : elle a fait ce qui lui semblait correct. Par contre, elle représente à mes yeux l'être que je veux surtout pas devenir : celui qui passe à côté de sa vie et rate sa cible définitivement. Mais à près de 50 ans, n'est-ce pas déjà trop tard ?

Du coup, je reviens vers mon enfant intérieur et reprends mon dialogue avec lui. A nouveau, je mets l'accent sur la liberté intérieure, garante fondamentale du respect dû à soi-même : je veux lui prodiguer les conseils bienveillants et nécessaires que je n'ai jamais eus de mes parents ni d'aucun autre adulte d'ailleurs lorsque j'étais très jeune. Mais tout à coup, en parlant à ce petit garçon à la tête pleine de rêves, de couleurs et de beauté irréelle, mon coeur se serre et les mots me restent à la gorge. Ma voix s'éraille, se casse, et des larmes me montent aux yeux subitement. Je ne peux plus parler tellement ressort l'évidence : j'ai passé tant d'années à trahir l'enfant que j'étais... et que je suis toujours. Le petit Laurent-Pierre (vous saurez maintenant mon vrai prénom) n'a jamais eu gain de cause et droit à la parole : je l'avais négligé, c'est tout. Je l'avais rangé sur une étagère dans le placard des souvenirs. Je ne l'avais pas oublié, non, mais il restait là dans un coin de ma vie, au loin, comme un objet dont on ne sert plus, dont on ne voit plus l'utilité mais dont on ne parvient pas à se séparer parce que sa valeur affective est trop importante pour soi : j'étais un adulte aux prises avec un monde d'adultes et des problèmes d'adulte et l'enfance appartenait au passé, exclusivement. Je n'ai pas perçu clairement la nature des liens qui me reliaient à mon enfance : elle n'était pas qu'affective mais aussi de chair. Oui, c'est vrai, on reste à jamais l'enfant que l'on était malgré les transformations physiques dues au temps. A chaque instant de sa vie, soit on vit en bonne entente avec lui, soit on le délaisse et même s'oppose à lui. Je comprends alors mieux pourquoi Laurent Fendt a tellement insisté sur le présent pour que je m'adresse au petit garçon qui vit encore en moi : le conditionnel est trop attaché au souhait et signifie que l'on considère la chose dont on parle comme appartenant au passé révolu ou inatteignable, bref extérieure à soi. On est moins concerné. On se désinvestit.

Et moi, je suis là à parler, à ME parler, à haute voix, au milieu de la nuit, prenant soudain conscience du traître que je suis vis à vis de moi-même. Jamais, je crois, je ne l'ai autant réalisé qu'à cet instant. Car malgré mon changement intérieure en cours, je continue à me trahir encore chaque jour. Si je fais bien des efforts pour me réaliser et accomplir certains rêves qui me tiennent à coeur et en lien avec moi et le petit Laurent-Pierre, je sais au fond que je ne me donne toujours pas avec toute l'intensité dont je suis capable, qu'il me manque encore l'énergie du gagnant, ce feu qui anime chaque action et fait progresser ses objectifs plus vite. Mes larmes en cette nuit disent ça tout simplement : bilan soudain et un rien angoissant d'une moitié de vie où j'ai raté bien des choses et marché souvent à côté de mon chemin. Non, effectivement, je n'ai pas su me respecter toutes ces années durant. Mais j'y parviens un peu mieux depuis fin 2008.

 

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Laurent Fendt à l'antenne (capture vidéo)

 

Je ne prononce pas une seule fois les mots "trahison" ou "trahir" à l'antenne. Je n'y pense même pas mais j'en sens cependant le poids confusément. Tant que je suis en ligne avec lui, Laurent, l'animateur me réconforte : il est doux, amical et même un peu intime avec moi. Il est touché par ma sincérité. Après un bref silence de ma part qui semble durer une éternité et tandis que je pleure discrètement, il ajoute sobrement que je viens de faire une rencontre avec moi et que ce face à face est beau, touchant. C'est LE moment de vérité, l'absolu en bien ou en mal que seul le présent peut apporter. C'est tout ça qui vient de me sauter à la figure : une bulle de lumière au parfum délicat qui m'éclate au nez comme un avertissement mais aussi comme un signe que je me suis vraiment retrouvé cette nuit... et qu'il était temps ! Car je dois encore progresser : la tâche sur laquelle je travaille est immense et elle n'est q'un élément d'un ensemble titanesque. Vu mon âge, je ne peux plus me permettre de gaspiller autant de temps... et pourtant je le fais toujours. Je dois accélérer un peu plus le mouvement même si ça m'en coûte actuellement (c'est une violence pour moi vu mon épuisement mental (2)). Désormais, certaines décisions cruciales s'imposent à moi dont une liée à mon emploi actuel qui met tant en péril ma santé, ma vie et mon projet australien. J'ai un choix à faire très vite, dans les semaines qui vont venir.

Quelques minutes plus tard, je salue Laurent et quitte les ondes. C'est à ce moment précis que surgit alors dans mon esprit tel un éclair la phrase "Laurent-Pierre, je t'ai trahi !". Je mets enfin un mot sur ce que je ressens confusément depuis plusieurs minutes et que je ne parviens pas à nommer. Les larmes me reviennent aux yeux. Le poids de ma vie me semble lourd et le temps qu'il me reste à vivre bien court. C'est alors que l'envie soudaine d'écrire cet article s'empare de moi : je me laisse aller spontanément comme un hommage rendu à celui que j'ai un peu trop délaissé et avec lequel j'ai tant de mal à me reconnecter.

Laurent-Pierre, c'est à toi que je m'adresse aujourd'hui. Oui, je t'ai trahi, je m'en rends compte. Non, je n'ai jamais été à la hauteur de tes souhaits ; je t'ai déçu et je t'ai fait souffrir. Mais sache que notre rencontre en cette nuit de mars 2014 me renvoie vers toi comme jamais. Laurent Fendt avait raison : nous nous sommes retrouvés. Et maintenant, je dois continuer ce que j'ai commencé voici 5 ans déjà : marcher et me développer sur la voie de l'éveil intérieur et le chemin de mon accomplissement humain. Peu importe les formes que prendront les choses et les nouvelles sinuosités de la route : j'irais le coeur vaillant avec lucidité et honnêteté. Je n'abandonnerai pas ; je ne T'Abandonnerai pas cette fois.

Petit Laurent-Pierre, mon enfant intérieur, mon moi pur et éternel, voici en quelques lignes poétiques et spontanées, l'engagement que je prends vis à vis de toi :

 

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Toi, l'enfant fragile et rêveur

Dont on se moque,

Celui qu'on houspille ou raille

Pour sa lenteur songeuse

Ou sa discrétion féminine,

Lève-toi de la table du fond

Où tu te caches

Pour échapper au regard inquisiteur

D'une maîtresse marâtre

Méchante et perverse

Qui peut battre sa fille adoptive

Devant la classe

Sans même penser à mal...

Et pourtant ose faire la morale

Parce que c'est elle la GRANDE, l'adulte,

L'autorité !

Lève-toi de la table du fond

Où tu t'ennuies

De te voir réduit à te conformer

aux rôles imbéciles que l'on veut te faire jouer

Et prends ta liberté à plein bras,

Serre-la bien fort

Devant tous les élèves "comme il faut",

Tous ces idiots utiles

Du système qui n'attend et n'espère

Que de te broyer,

Que de te consommer,

Que de te digérer

Puis t'expulser

Lorsque tu es vieux, usé,

Inutile pour lui.

Oui, lève-toi

Parce que c'est TOI qui as raison

De n'être que ce que tu es.

Affranchis-toi du regard pesant

Des proches et des mauvais amis

Puisque tu n'as aucun bon ami.

N'écoute personne

Sauf si tu sens dans sa voix

la gentillesse et la compassion

 Et y vois le cadre rassurant et bienveillant

Auquel tout jeune a droit.

Pour le reste, barre-toi ! Fuis !

Les adultes ont aussi tort

Et se trompent bien souvent.

Bien malgré eux, ils corrompent les enfants

Et ne leur inculquent que limitations,

Perversité, jeux déviants et duplicité

Voire idéologie et manipulation.

Oui, lève-toi, affranchis-toi

De la tutelle des autres sur ta vie,

Ce joug auquel tu accordes trop d'importance.

Et surtout dis à ta maman

Qu'elle te laisse en paix,

Qu'elle cesse de reporter sur toi

Toutes ses frustrations...

Et toutes ses attentes :

Ta vie n'est pas une procuration.

Sois courageux, persévérant !

Reste aussi créatif que tu l'aies aujourd'hui

Et avance sans peur !

JE T'AIME

Je veux cesser de te trahir.

Et te promets de ne plus te décevoir.

Moi aussi, je ferai ma part

Bien mieux que je ne le fais actuellement.

Nous sommes "UN" toi et moi,

Ce même indivisible

Original et unique,

Joyau universel, fragile et infime.

Je t'embrasse petit Laurent-Pierre

Et t'envoie toute ma tendresse, toute mon estime.

 

Signé Ellypso (l'identité "lumière" qui nous unit à jamais, là où début et fin n'existent pas)

 

Copie de bigstock Man with balloons flying in bl 14018837

 

(1) :  Radio Ici et Maintenant est un média alternatif aux programmes très originaux. Elle émet sur 95.2 FM à certaines heures de la journée en Île de France et vers certains départements limitrophes. Elle émet en continu sur son site internet  : link.

(2) : Au moment où j'édite cet article, je suis cliniquement en état de burn-out (syndrome d'épuisement professionnel)... mais continue pour l'instant à travailler.

Published by ELLYPSO WARATAHS - dans MON CHEMIN SPIRITUEL
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commentaires

Françoise 28/03/2014 15:01


Plusieurs fois que je lis et je relis ce post ,je reste sans mots ...trop d'émotions , et là je réalise que j'ai envie de lui dire à ce petit Laurent Pierre , qu' il nous rapelle cet enfant que
l'ont a essayé de faire taire souvent , pour les autres au nom de la sécurité , mais ses cris et ses pleurs sont les plus forts , pour peu que l'on écoute sont coeur et son vrai soi Merci pour ce
très beau post tellement parlant et sincère


 

ELLYPSO WARATAHS 28/03/2014 16:11



Comme mon intervention à cette émission radio, la rédaction de cet article a été complètement spontanée : rien n'était prévu. C'est d'ailleurs souvent ainsi que j'écris et publie les textes qui
touchent le plus les gens. Je ne suis donc pas étonné des réactions très émues de certains lecteurs, enfin certaines lectrices surtout ! LOL !


 


Pour le reste, oui, mon cas est loin d'être une exception : tant d'adultes ont non pas oublié l'enfant qu'ils étaient mais l'ont remisé dans le placard des souvenirs, se disant que maintenant,
ils allaient passé aux choses sérieuses, la vraie vie (supposée) d'un grand, celle qu'on n'a jamais cessé de leur montrer comme la référence valable : rationnalité extrême, préjugés montés en
valeurs et mensonges et illusions érigés en vérités collectives. Ce mélange sournoisement délétère empoisonne jusqu'à leur mort nombre de coeurs qui s'égarent ainsi sur des chemins bien loin
d'eux-mêmes. Notre environnement violent, agressif, pollué, aliénant témoigne magnifiquement du mal intérieur que la majorité d'entre nous nous nous faisons. Ce mal extérieur qui nous blesse
n'est ni plus ni moins que le reflet des souffrances que nous nous infligeons chaque jour à nous-mêmes. Et si le témoignage de mon expérience personnelle peut aider les gens à aller vers
eux-mêmes en tout lucidité et bienveillance, alors oui, j'ai atteint mon but. L'Observatoire du Coeur n'a d'ailleurs pas d'autre objectif que de permettre à d'autres de s'éveiller à leur
prodigieuse beauté intérieure. Et vu comment mon blog évolue, je suis sur la bonne voie. Tant mieux pour nous tous alors !


 


Bien à toi Françoise ! 



Eléonor GOSSELIN 25/03/2014 13:35


Bonjour,


Je suis si sensible devant les larmes des hommes. Votre vérité vous honore et vous révèle. Vous êtes noble et authentique.


Merci d'exister et de continuer à progresser sur la voie de l'éveil intérieur. Votre évolution est mienne également car nous SOMMES UN !


Cordialement

ELLYPSO WARATAHS 25/03/2014 22:58



Merci Eleonor ! Vos mots gentils et enthousiastes me touchent. Oui, nous sommes UN comme vous dites. Un mouvement général de recherche intérieure s'est mis en branle depuis 20 ans. Beaucoup après
avoir essuyé les revers de fortune d'un chemin essentiellement matérialiste ont ainsi été poussés à aller voir de l'autre côté du miroir s'ils n'y étaient pas. Et c'est là que tous ont commencé à
se retrouver et à comprendre que l'illusion n'était pas dans le miroir mais bien dans le réel, une réalité trafiquée, trompeuse, qu'on nous donnait à voir comme l'unique référence de notre monde
afin de toujours nous maintenir loin de notre vérité intrinsèque et mieux nous manipuler.



Miche 24/03/2014 04:10


La petite voix, en chacun de nous...

ELLYPSO WARATAHS 24/03/2014 20:05



C'est ça. Juste ça. Et parce que c'est simplement ça, beaucoup ne l'écoutent pas, captés puis entraînés par le brouhaha ambiant. Au bout du compte, ils finissent par s'oublier... pour parfois,
s'en rappeler un jour, comme moi.



L'auteur Du Blog : Ellypso Waratahs

  • ELLYPSO WARATAHS

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