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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 01:13

"... Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants,

lorsque les fils ne tiennent plus compte de leur parole,

lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves 

et préfèrent les flatter,

lorssque finalement les jeunes méprisent les lois

parce qu'ils ne reconnaissent plus au-dessus d'eux

l'autorité de rien ni de personne,

Alors c'est là en toute beauté et en toute jeunesse

le début de la tyrannie..."

(La République, Platon)

 Platon

Platon (427 av. JC - env. 347 av. JC)

 

Ces mots de Platon ci-dessus écrits il y a pourtant des siècles se passent de commentaire. Ces propos de l'un des plus célèbres philosophes de l'humanité rappellent une réalité sociale que nous affrontons aujourd'hui : une jeunesse qui s'impose d'office à une place dominante qui n'est pas la sienne dans sa relation avec la collectivité. Mais ils sous-entendent aussi une évidence que l'Histoire a toujours confirmé : la décadence d'une société signe toujours tôt ou tard le retour de régimes politiques autoritaires voire de dictatures. Et nous y sommes.

 

UN CONSTAT

Oui, nous y sommes... Je regarde autour de moi et ce que je vois me déplaît. Toute cette violence qui s'étale et s'immisce partout. Une violence essentiellement psychologique qui pollue l'ensemble des rapports humains. Dans les livres d'histoire, il est des époques qualifiées de "barbares" mais quand j'observe la nôtre, je trouve que rien n'a fondamentalement changé dans le fond. Au bruit des armes qui se cognent les unes aux autres et meurtrissent la chair se sont substitués le choc des mots, la pression invisible d'un regard acide ou d'un sourire vénéneux, les blessures infligées par la compétition incessante ou l'estocade portée par l'indifférence. Le cynisme et la médisance meurtrissent et tuent aussi proprement que le ferait une arme de nos jours. Combien de dépressions et de suicides ici et là sont dus à la cruauté et le perversité de quelques-uns ? Au travail, dans les transports et les lieux publics, à l'école... Dans de multiples endroits sévit cette violence qui n'est plus indicible mais bien voyante, évidente, dorénavant.

Mais une forme de cette réalité m'effraie particulièrement et surtout m'interroge : la violence qui provient des plus jeunes d'entre nous, les enfants et les adolescents. C'est là que je me rends compte de la monstruosité dont a accouché notre société où l'individualisme s'est confondu avec l'égoïsme, la liberté avec la permissivité. A force de refuser la nécessité de cadres moraux basiques, une éthique dévoyée s'est installée durablement dans les relations humaines. Tout le monde parle à tout va de respect et d'écoute, mais on en parle d'autant plus justement que ces deux composantes essentielles de l'échange humain sont plutôt rares actuellement. Et chacun en parle en pensant souvent qu'on les lui doit sans même envisager que peut-être, ce serait à lui de les donner autour de lui. Au lieu de penser de n'être qu'un centre récepteur, mieux vaudrait inverser le mouvement et devenir un centre EMETTEUR. Distribuer, partager, offrir : voilà un belle et noble attitude humaine. Mais la plupart d'entre nous préférons nous enfermer dans l'échange calculé : je vais vers les autres SI j'ai un retour immédiat... ou qui ne tarde pas trop.

Evidemment, un tel esprit a été transmis aux jeunes générations au fur et à mesure du temps. L'individualisme est désormais une forteresse quasi-indestructible. L'obtention de droits est devenue en France particulièrement une activité sociale permanente : c'est un dû. Par contre, le respect des obligations est moins populaire. Pourtant que ne parle-t-on de justice et d'amour ! Bien sûr, c'est aux autres, ceux qu'on suppose être ses adversaires sinon ses ennemis, de changer d'abord : les obligations, c'est surtout pour eux. Et leur premier devoir est de me respecter MOI celui qui le demande, ou l'exige plutôt. Dans ce cas, il est stupide de s'étonner de la dérive comportementale dans laquelle sont emportés nombre de jeunes autour de nous : ils sont notre reflet. Ils sont avec les autres comme nous le leur avons appris. Depuis les années 1970, nous leur avons transmis des valeurs centrées principalement autour de l'ego et de l'intérêt. Eh bien, ils les vivent maintenant... et nous le font payer indirectement : émancipation anticipée, résistance fréquente voire systématique à toute forme d'autorité ou de cadre, inflation égotique et égocentrique, consumérisme exacerbé et forts attachements matériels.

 

L'IDEOLOGIE DU NARCISSISME

Je voulais au départ écrire un article sur les causes socioculturelles et philosophiques d'une telle dérive sociétale. J'ai même passé plusieurs heures à écrire et me documenter. Mais en relisant encore et encore la citation de Platon, j'ai compris que je faisais fausse route. En effet, l'illustre philosophe constatait déjà à son époque les faits auxquels nous sommes confrontés de nos jours. Ce qui signifie que ce que nous vivons n'est en rien nouveau. Expliquer un comportement humain capable de traverser les siècles uniquement à l'aune d'évènements sociétaux contemporains aurait relevé de l'inexactitude historique au mieux ou de la malhonnêteté intellectuelle au pire. Au bout du compte, mieux valait arrêter ma démarche. En outre, je n'ai absolument pas le temps de me lancer dans une recherche comparative des liens de causalité entre des mouvements sociétaux et leurs résultats d'une époque à l'autre de l'histoire humaine. C'est un travail titanesque que je ne peux fournir actuellement. Ce n'est pas prioritaire dans ma vie. Par conséquent, je ne peux que me borner au constat neutre et un rien inquiet. Toutefois, je peux vous donner des pistes explicatives et des références.

Je vais vous laisser un lien qui vous permettra d'écouter en postcast une émission de radio diffusée le 22 mai 2012 sur RTL et traitant des enfants tyrans : vous y entendrez le psychologue clinicien Didier Pleux expliquer les racines socioculturelles de cette déviance dangereuse de l'éducation ou plutôt de la non-éducation (link). L'émission dure environ 36 minutes. Prenez vraiment le temps d'écouter : tout ce que je pensais y est en fait résumé. Sans condamner, Didier Pleux appuie sur le fait que la psychologisation de l'éducation au cours des années 1970 par l'intermédiaire de pédopsychiatres comme Françoise Dolto par exemple a trop mis l'accent sur la personne en tant qu'INDIVIDU au détriment de la personne EN RELATION avec les AUTRES. S'il était important de revoir certains fondements éducatifs aliénants, quelques principes d'autorité essentiels étaient à conserver toutefois. A trop axer l'éducation sur le moi, des milliers de familles, sans le savoir, ont créé des indvidus profondément et durablement immatures et dont le passage à l'âge adulte sera problématique. C'est la société de l'ego roi. La psychanalyste Claude Halmos rappelle ainsi comment on peut expliquer la cause principale de la mise en place d'une telle déviance éducative :

"Pour y parvenir, il faut probablement interroger le rôle que jouent les idéologies en vigueur. En premier lieu, nous semble-t-il, ce que l'historien et philosophe américain Christopher Lasch a nommé la 'culture du narcissisme'. C'est-à-dire la tendance qu'a notre époque à privilégier l'individu aux dépens du social. A rejeter les combats et le collectif pour prôner le 'vivre pour soi'. A rechercher non plus, comme au XVIIIè siècle, le bonheur mais ce qu'on nomme aujourd'hui l''épanouissement personnel' et que l'on pourrait définir (si l'on voulait se montrer quelque peu acerbe) comme une volonté de mettre au centre du monde son nombril tout en tentant d'en étirer indéfiniment les contours afin qu'il occupe la plus grande surface possible." (Pourquoi l'amour ne suffit pas - Claude Halmos)

La même auteure rajoute plus loin :

"Mais le repli sur le cocon familial n'est pas la seule donnée qui permette de comprendre le recul éducatif car, cocon familial ou pas, l'éducation ne peut faire que très mauvais ménage avec la 'culture du narcissisme'. La préoccupation exclusive pour soi-même implique, en effet, quelques mises à distance. En premier lieu celle de toute question d'un 'au-delà de soi' (...). Si l'on est centré sur soi-même, on ne peut se préoccuper ni de ce qui se passe autour de soi ni de ce qui se passera après soi. 'Autre', 'étranger' et 'postérité' sont des notions qui, dans un tel contexte, n'ont pas cours. Cette exclusion de tout 'ce qui n'est pas soi' a pour un psychanalyste d'étranges échos car elle n'est pas sans évoquer pour lui une tentative de retour à une sorte de 'principe du plaisir' généralisé.

L'évocation est d'autant plus forte que cette mise à distance s'accompagne d'une autre : celle de toute idée de travail, de devoir, de transmission. Si mon bien-être est mon unique finalité, il ne peut être aussi que mon seul guide et me conduire à rejeter toute exigence extérieure (morale, politique ou autre) qui m'obligerait à  des réflexions ou à des actes qui pourraient venir le troubler." (Pourquoi l'amour ne suffit pas - Claude Halmos)


ego 

LE NARCISSISME POLITIQUEMENT RECONNU 

Lorsque je lis les mots de Claude Halmos, je ne peux m'empêcher de penser à l'issue de la dernière élection présidentielle française. J'ai trouvé la citation de Platon sur un blog "par hasard". L'auteur l'avait postée telle quelle le soir du 6 mai dernier. Il avait pris le soin de rajouter dessous "à méditer" en faisant le lien implicitement entre le fond du propos de Platon et la nouvelle réalité politique française. Et la citation du grand philosophe a fait echo à l'inquiétude que je ressentais également au fond de moi face à l'élection de François Hollande à la présidence de la France.

Claude Halmos parle de l'importance des idéologies dans l'instauration de modes éducatifs déviants dans la société ; j'ai effectivement observé ce fait. La gauche porte manifestement dans ce cas une plus grande responsabilité que la droite à qui on reproche constamment son excès de cadre et son attachement à une morale perçue comme éculée (les catholiques en savent quelque chose !). Depuis que j'ai quitté le domicile familial en 1984 et que j'ai dû subvenir seul à mes besoins matériels, j'ai toujours constaté que la gauche française préférait beaucoup plus que la droite mettre en place des politiques sociales qui encourageaient dans la population en général, et encore plus chez les jeunes, la partie supposée la plus dynamique, la médiocrité, l'autocomplaisance et la mesquinerie au lieu de l'initiative, de l'autonomie et de la créativité personnelles. Evidemment, cette modification dans la psychologie collective ne se fait jamais d'un coup mais progressivement, insidieusement. C'est au fil du temps, à force d'avoir accès à un droit que les mentalités changent et acquièrent un nouveau mode de pensée. Chaque nouvelle loi, chaque nouvelle mesure politique, fonctionne tel un symbole, un repère moral, au fond de chacun d'entre eux pour la masse des citoyens. Ce qui est voté est permis. Et si c'est permis, c'est que c'est bien de pouvoir le faire : équation certes facile et imparable à très court terme mais pas si juste avec le temps.

Ainsi, les fameux emplois-jeunes mis en oeuvre en 1997 ont permis alors de circonscrire comme chasse gardée tout un ensemble d'emplois, les plaçant automatiquement hors du circuit classique de recherche d'un travail. Avoir une activité professionnelle ne devenait plus un droit mais un DÛ pour les jeunes du pays, un privilège. A l'époque où la mesure a été adoptée, je vivais à Rezé, commune de la banlieue nantaise. J'étais chômeur. J'en ai immédiatement vu, comme tout le personnel de l'ANPE de la ville, les conséquences concrètes sur le terrain. De nombreux emplois très intéressants du secteur médico-social dans lequel je travaille aujourd'hui et pour lesquels, je me sentais des affinités et certaines compétences naturelles se trouvaient exclus d'office de mon champ de perspective professionnelle parce que j'avais plus de 30 ans.

La mesure offrait des salariés aux revenus et charges subventionnés par l'Etat. Inutile de vous dire que les employeurs du secteur, souvent sous pression financière plus forte qu'ailleurs, n'ont pas hésité dès la promulgation de la loi : ils se sont alors largement détourné des chômeurs lambdas pour ne se concentrer que sur les jeunes. Pour le personnel de l'ANPE de Rezé, c'était un déplacement du problème : toutes les catégories de chômeurs plus âgés, et en particulier les femmes, ont vu de suite leurs effectifs augmenter. Mon conseiller de l'époque, consterné, ne pouvait plus que me diriger vers des contrats aidés de seconde zone (les fameux CES payés une misère, loin des salaires de certains emplois-jeunes !). Et je pouvais difficilement compter sur l'obtention d'un diplôme social pour trouver un emploi puisque de toute manière, les employeurs exigeaient des jeunes ces mêmes diplômes !

Les emplois-jeunes avaient été créés pour aider les jeunes adultes déscolarisés et ceux des quartiers dits défavorisés au départ, ce qui en faisait toute la valeur et la noblesse. Idéologiquement, la mesure telle qu'elle vait été énoncée au départ avait mon assentiment : elle concernait uniquement les jeunes les plus en difficulté. Mais devant l'incompétence du gouvernement Jospin à endiguer le chômage des jeunes en général, elle a été ouverte de manière très dicrète, et ça se comprend, à tous les jeunes en âge de travailler. J'ai donc vu des étudiants pour qui la recherche d'un travail n'était certainement plus la tâche la plus difficile se retrouver sur des postes du secteur associatif et privé non marchand manifestement surdiplômés pour la fonction qu'ils occupaient. Leur présence écartait du même coup d'office tout autre personne, jeune ou non, mais avec le diplôme adéquat, de l'accès à ce poste. Comment un animateur technique spécialisé en pisciculture ou arboriculture pouvait-il rivaliser avec un étudiant possédant un DUT ou une licence en biologie ? Et les employeurs n'hésitaient pas à payer ces salariés "de qualité supérieure" plus cher qu'un employé possédant le diplôme correspondant intialement prévu pour la fonction. J'ai vu plusieurs fois des annonces où les rémunérations proposées n'étaient manifestement pas celles de leur secteur en temps normal. Evidemment, comme plus de 80 % du salaire était payé par l'Etat, l'effort était moindre pour l'employeur !

Avec les années, sur le terrain, très vite, une mauvaise mentalité basée sur l'assistance perpétuelle de l'Etat et la confiscation naturelle d'emplois sociaux et du secteur associatif s'est mise en place durablement dans la population jeune diplômée autour de moi. Pour beaucoup, Il était devenu normal et logique que de nombreux emplois leur soient devenus réservés et surtout aux plus diplômés d'entre eux : c'était un moyen comme un autre d'accéder à l'expérience professionnelle. Et pendant ce temps, les jeunes adultes Copie de place-aux-jeunesdéscolarisés ou diplômés sans emploi issus de l'immigration, restaient relégués en touche. A Rezé et dans certains quartiers de Nantes, c'était manifeste comme en témoigne cet article du blog Lulu.com (link). On ne pouvait vraiment pas dire que trouver un emploi ait été bien compliqué pour beaucoup de jeunes non défavorisés à l'époque grâce à l'Etat "maman". Je me suis toujours demandé comment la plupart de ces jeunes citoyens si aidés professionnellement pouvaient tenir en toute incohérence, et avec un aplomb digne des plus grands imbéciles, leur discours si social et surtout socialiste. Quand on n'a pas eu à lutter durement pour avoir son travail, que celui-ci vous a pratiquement été mis dans les mains grâce à des mesures exclusives rejetant dans l'ombre ceux à qui normalement l'emploi qu'on occupe avait été promis et qui vivent une réalité personnelle autrement plus difficile, l'expression de la pudeur et d'une certaine décence aurait été la bienvenue. Mais l'asservissement idéologique n'appartient pas qu'aux politiques et aux militants des partis. La soumission aux idéaux d'une pensée politique est aussi l'affaire du citoyen ordinaire dès lors particulièrement qu'il peut tirer profit d'une mesure spécifique, peu importe qu'elle se fasse au détriment d'une autre partie de la population. Ah, l'increvable égoïsme humain ! Le socialisme sait très bien l'entretenir, exactement comme le capitalisme dont il dénonce pourtant la promotion de l'intérêt privé. Mais que fait donc le socialisme sinon la même chose mais sous une forme différente ?

Autrement dit, il est très facile d'être pour une société de partage prétendu équitable quand soi-même, on a eu à suivre un chemin balisé, peu ou en tout cas bien moins exposé au risque. C'est l'expression de cette mentalité détestable et si condescendante qui veut toujours faire porter l'effort de solidarité par les autres essentiellement plutôt que par soi tout en affichant publiquement la main sur le coeur un idéal humaniste... qui n'est qu'un idéal : la mentalité de la si célèbre gauche "bobo". Il n'est pas du tout sûr que les hommes et les femmes qui ont vécu ou vivent toujours dans un pays à solidarité imposée, donc de type socialiste, soient aussi disposés à être ouverts à cette idéologie qui définit le partage matériel comme élément principal des relations humaines. En effet, à partir du moment où ce partage n'est qu'un déplacement de richesses (en argent, biens ou services) de certains perçus comme plus avantagés matériellement vers d'autres vus comme défavorisés, appauvrissant les premiers au profit exclusif des seconds qui ne le leur rendent pas, il ne s'agit clairement plus de justice sociale. Au lieu d'apprendre à l'affamé à pêcher, on prend des poissons dans la besace d'un autre qui a passé des heures à attendre des prises sans lui demander son avis. C'est tout simplement une escroquerie morale. C'est le règne de la subjectivité institutionnalisée qui n'a que l'apparence de l'objectivité. Tous les grand régimes socialistes ont toujours fonctionné en promouvant cette fausse image de justice comme LA justice : le mythe de la solidarité érigée en dictature philosophique puis politique. Le PS suit clairement ce chemin éthique depuis des années grâce à une habile propagande.

Par ailleurs, est-il juste éthiquement de favoriser une catégorie de la population sans problèmes particuliers graves au détriment d'une autre sur un sujet aussi fondamental que le travail, le domaine de notre vie qui nous met à manger dans notre assiette ? Sur le plan économique, ne serait-il pas plus judicieux, efficace et égalitaire de revoir entièrement la structure du pays dans ce cas et de remettre tout à plat dans le secteur de l'emploi : taxe professionnelle, impôt sur les sociétés, charges sociales, rémunérations des heures supplémentaires, procédure de licenciement, etc... avec une révision du Code du Travail si nécessaire. En fait, la seule exception que je trouve justifiée en matière de discrimination imposée par l'Etat dans le secteur de l'emploi est celle liée au handicap, cause la plus grande d'exclusion professionnelle, et dont la durée est de fait imprescriptible. Il s'agit là d'un cas de force majeure. Une personne valide peut s'en sortir à force de courage et de ténacité, une personne handicapée, elle, ne le peut pas : elle dépend aussi et surtout plus ou moins des autres. La première a grandement le choix de ses décisions et de ses actes, la seconde non.

En allant encore plus en avant dans le temps, je me souviens également d'une autre mesure qui encouragea peu l'exigence à l'égard de soi chez les jeunes. Grâce à Lionel Jospin alors ministre de L'Education, la loi d'orientation du 10 juillet 1989 instituait la mise en place d'une politique très démagogique : faire accéder 80% d'une classe d'âge au bac. Cette mesure n'a guère aidé à promouvoir l'effort soutenu comme une donnée essentielle à l'obtention d'un diplôme de manière générale. Au lieu de monter le niveau des élèves à celui de l'objectif à atteindre, à l'inverse, on a abaissé le niveau d'exigence pour l'obtention du baccalauréat à celui des candidats. Lorsque je travaillais dans l'Education Nationale, certains professeurs gonflaient arbitrairement les notes pour avoir plus de passages en classe supérieure sinon le taux d'échec aurait immédiatement attiré l'attention de l'Inspection d'Académie ou du rectorat. La ligne éthique du ministère est d'ailleurs toujours clairement identique aujourd'hui : entretenir l'illusion que tout le monde se vaut et possède les capacités pour être là où il veut et presque quand il veut. Mon propre frère, professeur certifié en physique et souvent correcteur au bac, m'avait une année rapporté que des consignes officielles avaient alors été passées afin de ne pas donner de notes sous un seuil minimum qui n'était pas 3 ou 4 sur 20, loin s'en faut, mais plutôt égal ou supérieur à 8 sur 20 ! Ce n'est jamais un enseignant qui décide seul car il y a une double correction. Et si un professeur se montre un peu trop sévère dans sa notation, la concertation EN Notesentre professionnels lors de la commission d'harmonisation fait que de toute manière la plupart du temps, les élèves s'en sortent très avantagés. Il faut vraiment que ces derniers aient rendu une copie quasi vide ou très mauvaise pour ne pas être repêchés par la notation harmonisée. Cette tolérance face à la qualité moindre du savoir de beaucoup d'élèves permet par exemple d'obtenir son bac sans maîtrise correcte du français, sa langue maternelle, en tout cas d'échange de base en France. J'ai connu et connais trop de bâcheliers dans ce cas pour accepter qu'on me soutienne que le bac est toujours au même niveau qu'autrefois : le bac, ce n'est pas que les maths (seule matière où le niveau reste élevé d'après ce que je sais) ! Plusieurs professeurs autour de moi ou entendus sur les médias ont critiqué le système administratif entourant le baccalauréat. Mais Ils ne sont pas majoritaires. En outre, un tabou existe autour de cette réalité. Les gardiens du temple, c'est-à-dire les enseignants syndiqués et inféodés à l'idéologie socialiste ou communiste, prennent grand soin de remettre en place les contrevenants à la règle du silence ou de la désinformation. Mon frère pourtant avec des idées de gauche considère que beaucoup de ses collègues de la même couleur politique en font vraiment trop sur le plan idéologique. 

Là aussi, cette mesure a inscrit durablement dans l'inconscient collectif l'idée d'un état tout-puissant et maternant qui intervient et agit à la place de soi-même pour créer sa vie. Elle a aussi du coup placé le baccalauréat au même rang que le permis de conduire : un incontournable que l'on se DOIT d'avoir... selon l'idée du retour obligatoire sur investissement. Comme l'auto-école qui fait tout son possible pour qu'il ait son permis puisqu'il a versé une somme d'argent, le jeune conçoit naturellement que l'Etat fasse tout son possible pour qu'il obtienne le précieux diplôme en échange de temps passé en classe et de paiement d'impôts et de frais de scolarité par ses parents. C'est normal... et l'obtention du bac est FORCEMENT l'issue inévitable, obligée, prévue. C'est un point remarquable que j'ai constaté depuis longtemps maintenant en particulier chez les jeunes venant des quartiers dits populaires à qui cette mesure était adressée en priorité. A chaque fois que j'en vois, y compris dans mon travail, je suis toujours surpris et un rien gêné de la manière dont ils parlent de l'obtention de leur bac : beaucoup n'ont à l'évidence pas fourni le travail adéquat en rapport avec l'objectif et ont plus compté sur les facilités administratives accordées par l'ensemble du système scolaire à ce sujet. Et si par malheur, un ajournement était intervenu, plusieurs ne se sont pas privés de dire qu'ils avaient essayé de contester la décision soutenus par leurs parents le plus souvent.

Ce type d'action politique sous couvert d'humanisme et de justice sociale interprète en fait de manière purement idéologue le concept de justice et aboutit à placer la population concernée, ici les jeunes, dans un état de consommateur de mesures... et des nouveaux droits qui y sont rattachés ! Certains sont placés à part des autres et se voient attribués des avantages spécifiques comme le ferait toute enseigne de magasin envers sa clientèle afin de s'assurer de sa fidélité. C'est devenu le B.A.BA du jeu politique de favoriser un type d'électeurs plutôt sensible à ses idées. Mais quand on se targue d'être du côté de la justice sociale, certains errements philosophiques sont à éviter sous peine de paraître incohérent, et surtout aussi partial que malhonnête intellectuellement. Rien que le fait d'avantager artificiellement une partie des citoyens s'oppose frontalement au principe d'égalité pourtant si cher aux ténors et militants socialistes. Et cette incohérence criante ne semble pas sauter aux yeux des intéressés... à moins qu'ils préfèrent ne pas la voir par simple clientélisme électoral et confort idéologique.

 dessin Nicolaz

 

LE NARCISSISME FONDU DANS LE COLLECTIF

Je trouve que concrètement la gauche française enferme plus que la droite les gens et encore plus les jeunes dans une attitude attentiste et passive face à la vie. Elle entretient dans l'esprit populaire une mentalité de victime perpétuelle et une vision manichéiste, erronée, de la société : d'un côté, eux-là, les "méchants" riches, de l'autre, nous, les "gentils" pauvres... et bien au loin, dans le flou, la classe moyenne, la partie la plus importante des citoyens français. La gauche oppose aussi les jeunes contres leurs aînés ou les citoyens dits inactifs contre les travailleurs par des tas de mesures spécifiques et toujours en entretenant cette mentalité si caractéristique du discours socialo-communiste français de victime d'un système général. La droite le fait aussi mais plus souvent par les mots qui blessent et choquent : Nicolas Sarkozy et Claude guéant, son dernier ministre de l'intérieur, ont eu nombre de formules retentissantes divisant l'opinion publique. La gauche, elle, peut plus facilement mettre en place concrètement des mesures discriminatoires, fortement encouragée par cette même opinion publique. En effet, une part importante de la population est persuadée que gauche égale forcément progrès même si cette affirmation est gratuite, excessive, et tient évidemment plus de la posture idéologique que de la réalité objective.

Il est plus simple effectivement de voir les choses sous cet angle déformant exclusivement. Mais c'est tellement plus simple... que ça en devient simpliste ! Les discours politiques manichéens connus pour être efficaces dans la manipulation des consciences entretiennent facilement la frutration face à des situations jugées enviables, et dès lors enviées, vécues par d'autres. Ils répandent une idéologie fondamentalement de division. Il s'agit d'enfermer celui qui la partage dans un schéma où il est persuadé qu'il lui manque quelque chose d'essentiel tant qu'il ne l'a pas lui-même. C'est exactement la même logique que celle appliquée dans le commerce : créer artificiellement un besoin et l'entretenir afin d'induire un manque constant. Et ce manque confine hypocritement à la jalousie en se basant sur la crainte de ne pas posséder soi-même ce qu'un autre jugé plus avantagé détient souvent légitimement. Les fondements de l'égalité socialiste, et particulièrement de l'égalitarisme, sa forme extrêmiste et dictatoriale actuelle, ne sont guère reluisants. Ils sentent mauvais car ils s'appuient sur la partie la plus sombre du coeur humain et véhiculent l'un des sentiments les plus vils : l'envie. On est à des années lumière de la justice et de la dignité humaine.

la-pensee-uniqueAvec de telles bases éthiques entretenues sans cesse par un discours officiel orienté à gauche, y compris lorsque des gouvernements de droite sont au pouvoir, il n'est guère étonnant qu'une pensée uniformisatrice intolérante envers la contradiction, le fameux politiquement correct, se soit développée et bien implantée dans les esprits. Il n'est pas non plus surprenant que cette pensée enferme du coup les gens et surtout les jeunes dans une logique de consommateurs de droits amplifiée par les changements sociétaux importants de ces dernières années : l'individu-roi doit pouvoir obtenir comme il l'entend toute option politique (existante ou promise) qui lui plaît comme un droit selon le principe martelé et marketé d'égalité sociale. Or personne ne se demande jamais si l'égalité est un élément vraiment indispensable à l'existence de la justice. Il serait sans doute plus sage et logique de commencer par là, non ? C'est tout de même LA question fondamentale à se poser.

Concrètement, nous baignons, et les jeunes encore plus, dans une atmosphère qui glorifie notre ego, nous rappelant sans cesse que nous sommes des personnes fantastiques à qui tout est permis ou presque, et à qui rien ne peut être interdit hormis en cas de grave atteinte aux Droits de l'Homme selon la définition officielle bien entendu. Le chemin éthique qui est clairement montré par nos politiques, et surtout ceux de gauche, est que le collectif doit et devra de toute manière se plier coûte que coûte au particulier. Je rejoins ainsi le constat relaté plus haut établi par Claude Halmos. La sphère publique doit devenir une extension de la sphère privée : la première n'étant que le miroir de la seconde. Tout est peu à peu mis sur le même plan de valeur et de perspective : la détente et l'effort, l'objet et la personne, le mysticisme égotique et la spiritualité, le sexe et l'amour, l'amitié et le simple contact, la vulgarisation et l'approfondissement, l'information et le savoir, l'autre et soi, l'adulte et l'enfant, l'immédiat et le différé, le temporaire et le permanent, le futile comme l'essentiel, l'être comme le paraître, le mensonge comme la vérité... Toute hiérarchie des besoins tend à s'estomper. Et l'indispensable se fond dans l'accessoire. Par conséquent, on veut tout d'un coup tout de suite ou en tout cas, dans un délai rapide. Ce qui développe le sentiment de frustration que j'ai évoqué plus haut. Et ce sentiment entretenu par la pensée politique socialiste, renforcé par la dure réalité de terrain, se combine doucement à d'autres facteurs sociétaux et sociaux dont le jeunisme et la culture de l'enfant roi sont les principaux, ce qui explique l'irrespect et l'agressivité que nous constatons chez nombre de jeunes. Ces derniers emmagazinent en eux une violence palpable qui sonne comme une remise en cause du monde que les adultes leur ont construit.

Nous le constatons tous, beaucoup de jeunes n'hésitent plus en place publique à tenir tête à leurs aînés, qu'ils soient leurs parents, de simples particuliers ou des représentants d'institutions (professeurs ou policiers notamment) : ça peut se confiner à de l'insolence arrogante mais ça peut aussi devenir beaucoup plus grave. De nombreux faits divers s'en sont faits l'echo depuis plusieurs années. Et le problème est que ces incidents commencent de plus en plus tôt. En 2002, j'ai déjà vu moi-même des garçons de 8 à 9 ans jeter en riant des bouteilles de bière vides en verre sur l'équipe éducative du centre social dont je faisais partie en Île-de-France. J'ai vu des enseignants ou des parents devoir composer avec difficulté avec des enfants ou des adolescents qui ne voulaient rien entendre au point de hurler devant un auditoire médusé... ou parfois complice. C'est l'avènement d'une tyrannie sociale qui ne dit pas son nom et qu'on excuse parce qu'elle vient des jeunes qui ainsi prennent un pouvoir sur les adultes.

Les limites s'effacent en raison de mouvements de fond sociétaux : l'influence de la révolution sexuelle et culturelle des années 1970 n'est plus à démontrer sur le changement de la prise en charge des jeunes dans la famille. Le problème est que des partis politiques, très majoritairement de gauche, surfent sur cette vague jugée libératrice pour l'individu. Mais ils prennent un risque énorme dont ils ne mesurent absolument pas les conséquences. A force de toujours donner plus de pouvoir à l'individu et de faire que l'appareil d'état lui soit soumis à travers des mesures qui satisfont ou encouragent des segments de population au détriment d'autres le plus souvent, ils désintègrent le tissu social : ils finissent par faire s'opposer des groupes humains. Ce qui entretient des contentieux sociaux qui prennent deux formes principales. La frustration et la jalousie citées plus haut sont les plus fréquentes (cf. les questions liées au divers financements sociaux ou fiscaux comme les versements d'allocation ou l'instauration d'un bouclier fiscal par exemple) et se manifestent à travers toutes les moyens d'opposition à un octroi ou un refus de droit à une partie des citoyens (grèves, défilés de rue...). L'autre forme est le sentiment de dépersonnalisation sociale par une perte de repères jugés fondamentaux (cf. les questions liées à la reconnaissance du mariage homosexuel, à l'avortement, à l'euthanasie ou la dépénalisationd du cannabis comme autres exemples). Elle se matérialisera par des grands défilés ou des campagnes d'opposition via Internet ou la presse particulièrement. Mais toutes ces attaques contre le tissu social finissent par l'affaiblir. A un moment donné, les forces individuelles vont l'emporter à force d'être écoutées et entendues. Le collectif étant de plus en plus soumis au particulier et aux particularismes parfois, faire la loi, établir une morale commune à tous, ne sera plus possible. Le législateur sera affaibli et déconsidéré laissant encore plus de place à des revendications individuelles de plus en plus virulentes voire agressives. Du coup, lassé, le citoyen lambda sera légitimement tenté de mettre au pouvoir un régime très coercitif et autoritaire de type dictatorial. Face aux multiples petits tyrans sociaux se lèvera alors un autre tyran porté par la vox populi... ou pire, par un coup d'état. C'est ce qui se passe depuis les années 1980 où le parti socialiste français à force d'entretenir un discours fortement culpabilisateur sur quiconque émettant une opinion différente sur le thème de l'immigration afin de masquer son incapacité à gérer la question. Ce faisant, il a fini par créer le terreau propice à l'expansion des idées d'extrême-droite tout en déniant en être responsable évidemment. Pendant ce temps, la droite classique n'ose même plus être elle-même sur nombre de thèmes : elle saupoudre son action de socialisme parce qu'elle a compris que les idées de responsabilisation, de morale, d'émulation, d'engagement, d'obligation, d'effort, d'autonomie n'étaient plus vraiment appréciées du grand public. Ou qu'elles pouvaient l'être mais uniquement avec une éthique simpliste. Du coup, il faut trouver un équilibre avec les idées classiques de droite afin de pouvoir être rééélu tout en étant pas trop impopulaire. C'est désormais tout le dilemme de la droite française : vivre dans un environnement social capté par une oligarchie politico-médiatique ancrée majoritairement à gauche.


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MA POSITION ETHIQUE PERSONNELLE    

Personnellement, je suis bouddhiste et je conçois l'auto-responsabilisation qui place l'individu au centre de sa vie en tant que décideur et acteur. Ce qu'on obtient au cours de son existence doit venir principalement du fruit sinon de son talent, du moins de son travail. Ce qui implique que l'on enseigne aux jeunes le goût de l'effort et de la persévérance, l'aptitude à rechercher l'excellence et un sens profond de l'altérité. En somme, le bouddhisme tend à former un humanisme de qualité où l'homme se prend en charge d'abord et ne compte sur l'extérieur qu'ensuite. La démarche bouddhique se résume en en une seule attitude : se changer soi-même dedans pour changer son environnement extérieur. "Sois le changement que tu veux voir dans le monde." a dit Gandhi. C'est l'unique moyen concret de créer une humanité forte sinon nous resterons avec une population mondiale composée essentiellement d'ego surdimensionnés et d'une incroyable fragilité intérieure. La création d'un monde de paix exige de la rigueur et de la détermination, une authentique compassion et non un sentimentalisme larmoyant. Bref, pour inverser un tant soit peu le mouvement général de décadence psychologique et spirituelle observable dans la société et ramener des conduites plus constructives, l'autodiscipline et l'institution de cadres légaux clairs et fermes sont nécessaires. La souplesse n'est pas à rejeter mais désormais, elle confine à la complaisance et encourage plutôt la paresse ou la triche : elle n'est certainement pas la caractéristique humaine la plus utile à notre époque pour dissiper l'atmosphère trouble qui pèse sur notre société.

En tant que bouddhiste, je développe de manière très active un humanisme au quotidien. Or, l'humanisme authentique ne peut se satisfaire du mensonge et des omissions : c'est une éthique exigeante. Et je trouve que sur ce terrain, notre époque a atteint des sommets de mauvaise foi grâce à une désinformation très active et efficace due principalement à l'expansion des idées de gauche dans les esprits. A mes yeux, c'est une faute morale grave. Je ne suis pas un homme aux convictions politiques très affirmées. Si des idées m'intéressent plus à droite, il est vrai, je ne suis pas non plus sourd au discours de gauche cependant, et je ne me définis pas du tout par ma couleur politique qui est très nuancée. J'ai surtout MES propres convictions éthiques fondées sur mon expérience de vie, le terrain. Par conséquent, je n'admets pas que l'on qualifie systématiquement certaines valeurs et qualités humaines comme étant uniquement de gauche. On attache toujours aux idéologies socialiste ou communiste la solidarité, l'assistance, la justice, l'empathie et la compassion notamment. A l'inverse, la compétition agressive, l'injustice, l'égoïsme, l'arrogance, le mépris sont de suite rattachés aux idéologies de droite. C'est abusif. La justice sociale est aussi une valeur de droite mais c'est son application concrète qui est différente. Prétendre que la justice équivaut à l'égalité n'est qu'une interprétation du concept, en rien une vérité absolue. Je pense personnellement que les différences appartiennent à la vie quel que soit le domaine : finance, statut social, physique, intellect... Celles-ci peuvent être amenuisées si elles déservent trop certains citoyens mais elles ne disparaîtront jamais à moins que nous ne changions radicalement de société. Ce qui signifie l'avènement d'un monde nouveau sans lien avec celui dans lequel les idées même de capitalisme etd e socialisme seront caduques. Car le socialisme n'existe que parce que le capitalisme existe : il s'est construit en OPPOSITION à ce dernier. Toute la critique sociale de Marx s'est faite en attaquant l'économie de marché, sorte de grand diable aux poches remplies d'argent. Si le capitalisme meurt, le socialisme mourra également : il n'aura plus de raison d'être. Le socialisme ne peut vivre qu'en opposant systématiquement comme je l'ai montré plus haut un groupe d'individus à un autre : c'est le manichéisme social promu et entretenu depuis des décennies. Le fond de la pensée de gauche sur le thème de la justice devient dès lors tendancieux : il véhicule de forts relents de conservatisme de la part des parties de la population avantagées par des mesures socialistes mises en place et développe un esprit d'opposition constante entre des groupes d'individus. Exactement ce qui est constamment reproché à la droite républicaine.

Mon avis d'aujourdhui peut se modifier et être sûrement complété. Mais il ne s'infirmera pas et ne pourra que se confirmer davantage : les faits existent déjà et sont vérifiables pour tout esprit objectif. Nous sommes face à un enjeu majeur de notre société : donner aux jeunes la place naturelle mais ADEQUATE qui leur revient auprès des adultes et des institutions. Un texte a fait echo à mon vécu. Il a été le vecteur me permettant de livrer publiquement un constat quotidien partagé par beaucoup d'autres personnes. Ma démarche n'a été conduite que par mon interrogation face à au traitement très incomplet d'un problème de société devenu essentiel de nos jours : l'influence excessive voire agressive des jeunes dans la sphère publique. Alors que les implications socioculturelles et philosophiques de cette réalité sociétale sont largement couvertes par de nombreuse études, les implications politiques demeurent encore régulièrement exclues des champs de recherche en raison notamment d'un fort consensus idéologique autour des valeurs dites de gauche. 

On relate souvent des modifications ou des nouveautés législatives intervenues sous la pression sociale mais on ignore bien souvent l'inverse : l'idéologie strictement politique qui enferme les esprits dans un moule de pensée et les fait rêver à un modèle de société (de droite ou de gauche) conforme à un ensemble de conceptions toutes prêtes. Ces conceptions sont ensuite intégrées intérieurement et semblent tout à fait personnelles. Le rôle du conditionnement politique des consciences n'est en fait que très rarement évoqué dans la mise en place de certains dérèglements sociétaux. D'ailleurs, le résultat de l'élection du 6 mai 2012 reflète cette soumission des esprits au politique : alors que plusieurs solutions alternatives leur étaient proposées, la majorité des électeurs français ont immédiatement mis au pouvoir un homme et une idéologie des plus classiques, un pur élément d'un système déjà ancien qui verrouille la pensée. Le refus (inconscient) d'un changement profond de société était manifeste. Et n'en déplaise aux électeurs de M. Hollande, ce dernier leur a menti sur l'essentiel et n'a aucune intention de modifier fondamentalement la structure sociale : il ne peut aller contre l'existence d'un monde capitaliste dont lui et son parti ont tant besoin pour justifier leur existence et leur action. Comme je l'ai dit auparavant, le socialisme ne peut exister sans l'économie de marché. Et s'il existe bien deux idéologies politiques traditionnelles relativement antagonistes, aucune d'elles ne peut légitimement être avancées comme étant plus moderne ou progressiste que l'autre. Tout n'est qu'affaire d'interprétation et de point de vue.


cerveau et conscience

 

CONCLUSION

Parvenu à ce point de mon article, j'aurai peut-être entretemps dérangé certainement voire choqué peut-être des amis et des lecteurs qui sont de sensibilité politique de gauche. C'est bien entendu involontaire. Mon intention n'était pas non plus de prouver que la droite valait mieux que la gauche en politique. J'ai simplement livré mon sentiment que j'ai tenté d'expliquer par des faits et une analyse personnelle. Et vous me connaissez maintenant, chez moi, la qualité reine est l'authenticité. Tant que je demeure correct et mesuré dans mes propos, aucun problème n'existe réellement : je n'exprime que mon opinion librement et courtoisement, avec recherche de style et d'arguments. Je voulais aussi et surtout mettre en lumière un fait notable en France si on accepte de voir les choses plus objectivement, avec recul : la positivisation quasi automatique des partis politiques de gauche au détriment des partis de droite. Et comme en France, une pléthore de documents (écrits ou vidéos) disponibles en librairie ou sur Internet vilipendent ou ridiculisent les concepts politiques de droite facilement jugés conservateurs, je trouvais intéressant d'en prendre le contre-pied.

J'ai choisi volontairement la voie du politiquement INCORRECT. Car effectivement, il est très mal vu dans notre pays de critiquer la gauche alors qu'on peut s'en donner à coeur joie sur la droite. Ce qui est parfaitement injuste. Et cet avantage donné à la pensée de gauche a pour conséquence que les gens qui la partagent se sentent inattaquables, justifiés sur le fond et du coup tout permis. Les élections présidentielles l'ont montré. Jean-Luc Mélenchon et certains de ces lieutenants ont tenu des propos très violents appelant au tabassage voire au meurtre (si cela avait été possible pour reprendre le fond de la pensée de ces messieurs) de militants de droite. Ces mots ont été accueillis avec une tolérance générale aussi surprenante qu'écoeurante. Si une personnalité de droite avait tenu le même discours à l'encontre de personnalités socialistes, communistes ou anticapitalistes, l'indignation des médias et bien entendu de la nébuleuse politique de gauche aurait été immédiate et intense à n'en pas douter. Idem sur les réseaux sociaux, les forums, les blogs ou dans certains journeaux : les sympathisants de gauche sont de très loin les plus virulents et les plus agressifs dans leurs propos, et souvent bien plus que ceux du Front National. Ils montrent fort peu de respect pour les valeurs de tolérance dont ils affirment pourtant être des défenseurs absolus. C'est ce "deux poids deux mesures" que je refuse au nom de l'honnêteté intellectuelle et d'une morale basique.

Mes tout derniers mots iront pour dire qu'en dehors de mes questions légitimes face une situation sociétale incomplètement étudiée, je suis toujours étonné de voir qu'un écrit remontant à plus de 300 ans avant JC puisse évoquer un fait toujours de brûlante actualité. Finalement, nous ne vivons rien de complètement nouveau. C'est l'éternel recommencement qui appelle un certain pessimisme : l'humanité à l'évidence ne retient aucune leçon du passé.

Published by ELLYPSO WARATAHS - dans FAITS DE SOCIETE
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commentaires

pasteline 21/06/2012 10:29

Bonjour,
je viens de prendre connaissance de votre blog qui me parait très intéressant et qui va dans ma façon de penser; vous faites désormais parti de la communauté réflexion; je laisse libre cours pour
publier tant que toutes pensées n'atteignent pas la dignité de l'Homme;
Je vous souhaite la bienvenue;
dans l'attente de vous lire et relire
Pasteline

ELLYPSO WARATAHS 21/06/2012 14:22



Merci Pasteline de votre confiance ! Je m'en montrerai digne. Je ne suis guère polémiste en général. J'aime le débat certes mais il doit être essentiellement
constructif et équilibré. Je ne cherche pas à avoir raison et qu'on m'impose son point de vue en retour. La vérité absolue, surtout en politique ou sur des sujets sociétaux, n'existe pas.





J'étais très inquiet lorsque j'ai mis cet article en ligne. Dans mes contacts chers, certains ont à l'évidence des idées socialistes exclusivement. Ca va... ma
courtoisie et ma mesure naturelles m'ont aidé à faire passer mon point de vue qui est d'abord le constat d'un fait de société : la violence plus présente des jeunes vis à vis des autres.
L'explication politique est secondaire quoique importante. D'ailleurs, mon article est classé dans la catégorie "Faits de société" de mon blog : c'est d'abord et surtout un écrit SOCIOLOGIQUE et
non politique.





Je craignais également les réactions vives et injustes de certains internautes anonymes qui cachés derrière leur écran s'adonnent à une conduite que je réprouve :
l'injure, la critique agressive juste pour avoir raison et sans remise en question de son point de vue, le refus du dialogue et de l'échange posé et fructueux. Mais là aussi, nul signe négatif
d'une désapprobation violente et gratuite : je l'ai tellement vu ailleurs de la part des sympathisants de gauche qui supportent très difficilement la contradiction que je l'appréhendais vraiment.
De toute manière, j'aurais modéré si quelqu'un avait dépassé les bornes. Et le je le ferai si c'est le cas. Tant que la politesse, les respect de l'autre et la réflexion ARGUMENTEE y sont, je
laisse publier le commentaire sinon c'est la poubelle.





Avant de finir, une question sur votre nom. Pasteline me fait penser à pastel... et donc à la peinture, en tout cas aux arts plastiques ? Peignez-vous des toiles ?
C'est un joli nom en tout cas.





Bien à vous ! 



Anne 14/06/2012 01:15

Ce texte de Platon, que tu cites en préambule dans cet article de qualité(comme d'habitude ;) est affiché dans mon salon, depuis des années. Qu'ajouter ? Tu as admirablement développé tes
arguments, et je partage parfaitement ton point de vue. La partie « éducation nationale » me touche particulièrement, ayant pu constater de visu, les ravages de ces dernières années, et
ayant beaucoup cherché à comprendre le pourquoi , me refusant à accepter que mes enfants subissent ce système faussement égalitaire! J'ai également refusé le nivellement par le bas qui est une
réalité, mais c'est un combat épuisant, et sans solution. Sur tous les autres points, tu as parfaitement développé ta pensée, et il n'y a rien à ajouter. Il me plait de lire enfin un
article « politiquement incorrect » . Nous qui te suivons depuis un moment savons combien tu es objectif(c'est très important). Oui, ton authenticité, ta tolérance, et ta courtoisie
irréprochable servent ton propos. Oui, cette société me fait peur, et oui, tu as raison de dénoncer ce système … L'éducation est la clé de tout, et nous avons le devoir « d'élever » nos
enfants, ce que nous ne faisons plus , de leur enseigner le respect, et leurs devoirs… Tu poses les mots, de façon extrêmement intelligente et aboutie, sur ce que nous constatons tous les jours. Ce
système est totalement perverti, et mensonger. Quant à la fin de ton texte, j'ai été atterrée au lendemain des élections, certains statuts fb, de gens se revendiquant ostensiblement à gauche
utilisaient le terme « épuration » par exemple, concernant leurs « amis » électeurs de droite ( je n 'ai pas dit « extrême droite » ! ;))N'est ce pas profondément
choquant, de la part de gens se posant justement en donneurs de leçons de tolérance? Il est facile d'asséner des jugements à l'emporte pièce, et de culpabiliser tous ceux qui ne pensent pas comme
soi, c'est une autre affaire, de rédiger sa vision, en la développant avec des analyses objectives. C'est aussi beaucoup d'énergie, et de travail! C'est en tout cas tellement plus constructif!

Je reprends ta phrase « Les idéologies promouvant la liberté font souvent le lit des dictatures à la longue car elles dissolvent certains repères fondamentaux pour vivre en paix »

Merci de ton courage, et tes écrits nous poussent encore, et toujours à la réflexion. Je partage bien sûr, et longue vie à ton blog! Belle journée, et plein de choses à toi.♥

ELLYPSO WARATAHS 14/06/2012 01:31



Enfin LE commentaire tant attendu !  Je n'ai moi-même rien à y ajouter de plus :
il reflète mon point de vue et du coup le complète. Comme je l'ai dit en réponse à ton précédent commentaire, je suis content de voir (mais je le savais) que mon article reflète la position de
nombreux citoyens qui se taisent muselés par l'injuste pensée unique de gauche qui dénie la réalité au profit d'une société qui n'existe pas. Comment dans ce cas, la gauche française
pourrait-elle incarner un changement de civilisation authentique ? On ne peut apporter des solutions quand on pose mal la question dès le départ, quand on reste volontairement centré sur une
vision autant erronée de la société que bâtie sur des dogmes restrictifs et injustes pour le + grand nombre. Mais c'est la problématique générale de la politique dans tous les pays
malheureusement : l'incapacité à proposer souvent des solutions qui satisfassent réellement le bien commun à long terme.



Anne 06/06/2012 12:42

Merci! Impossible de poser un long commentaire ici, dommage! Je te fais passer mes impressions par un autre biais !! Cet article de qualité est absolument passionnant ...Continue encore et toujours
à nous interpeller...Très belle journée à toi ♥

ELLYPSO WARATAHS 06/06/2012 20:42



Merci Anne ! J'ai pris connaissance de ton commentaire intégral sur Facebook. Je contacterai l'équipe webmaster d'Over-blog pour lui demander ce qui s'est passé,
pourquoi ton long commentaire n'a pu être publié ici. Et si j'ai une réponse technique claire, je te la transmettrai : ton commentaire version longue sur FB serait vraiment intéressant sur mon
blog. Il participe aussi à la réflexion, et en plus, tu l'as rédigé dans l'esprit de l'article et de L'observatoire du coeur : avec courtoisie et respect. Les commentaires des lecteurs
sont essentiels, je trouve : ils illustrent un blog, lui donnent encore plus de vie et de lien avec la réalité.


Pour le reste, oui, je pense que bien qu'imparfait (y a toujours des p'tits trucs à améliorer), mon texte est de bonne facture. C'est sans conteste l'article qui m'a
pour le moment demandé le plus grand travail de réflexion, de recherche et d'écriture. Mais j'en suis bien récompensé.



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