Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 20:35

Partout, les physiques sans défaut s'étalent, impudiques et culpabilisants, sur papier glacé, sur affiches géantes ou dans des spots aseptisés. Ils constituent clairement une des expressions les plus insidieuses et surtout les plus abouties de la violence psychologique. Nul besoin d'être torturé par un pouvoir extérieur : l'immense majorité d'entre nous nous blessons nous-mêmes tous seuls sans aucune intervention externe directe. C'est le fin du fin côté emprisonnement de l'esprit : la victime est son propre bourreau à l'infini. Et même si nous nous en rendons compte plus ou moins confusément, nous nous faisons nous-mêmes du mal... jusqu'à en mourir parfois lorsque le désamour de soi est devenu dégoût et qu'un sentiment d'échec domine la relation avec soi et les autres. Notre miroir intérieur est alors complètement déformé et le reflet que nous voyons de nous-mêmes n'est pas la réalité mais nous sommes alors impuissants pour modifier seuls le cours des choses : une aide extérieure est souvent nécessaire... si bien sûr, nous l'acceptons. L'orgueil est en effet un des principaux obstacles à l'investissement ou au réinvestissement de sa propre image corporelle et de son identité sociale. La vanité est une conseillère toxique et nuisible, nous le savons, mais l'aveu de notre propre faiblesse nous semble encore plus "bas", si médiocre, alors que nous n'avons échoué qu'à être nous-mêmes emportés que nous étions par le tourbillon fou des modèles sociaux et des schémas consuméristes obligatoires. Nous avons le droit à l'erreur vis-à-vis de nous-mêmes : nous ne sommes que des êtres humains. Mais c'est peut-être là que le bât blesse justement : nous ne sommes que des humains... et nous ne l'acceptons plus.

 

 

Notre nature humaine ne nous suffit plus : nous voudrions être comme des machines ultra-performantes, pouvant fonctionner, avancer, sans fatigue et ainsi agir sans perte de temps. Tomber, échouer, se tromper, ne nous serait plus aussi intolérable puisque nous pourrions nous relever aussitôt et repartir sans même un regret, avec aplomb et une énergie retrouvée de suite. Que ce soit physiquement ou moralement, nous voulons être... PARFAITS et qu'on ne regarde que nous : l'enfermement égotique dans toute sa splendeur. Au fil du temps, nous aliénons notre liberté d'être QUI nous sommes RÉELLEMENT au profit d'un être social souvent insignifiant qui a besoin d'être entouré d'un tas d'objets inutiles et d'amis d'apparat ou de vivre des situations flatteuses juste pour légitimer une valeur dont nous devinons toute la fausseté. Beaucoup constatent et dénoncent les règles d'un jeu truqué d'avance mais peu font vraiment l'effort de questionner honnêtement ce cadre pervers toujours admis par le plus grand nombre.

 

Les femmes ont été pendant longtemps largement les plus concernées par une avalanche de règles sociales coercitives. Mais de nos jours, à cause d'un féminisme très agressif et radical en vogue depuis la fin des années 1960, un féminisme très masculin et revanchard plutôt que constructif et vraiment féminin paradoxalement, les hommes sont aussi touchés par de multiples comportements déviants et irrespectueux à l'encontre de leur personne et en particulier de leur corps. Aussi, voir certains, ou plutôt certaines assez nombreuses, élever ce fait comme une avancée vers l'égalité de reconnaissance sociale des deux sexes est d'un cynisme sinon une preuve d'authentique sottise... et même de franche connerie ! C'est surtout du totalitarisme idéologique, et juste idéologique car entre les faits et leur interprétation, les mouvements féministes et leurs portes-paroles sont passés experts en tromperies et manipulations de toutes sortes afin d'amener là où bon leur semblait la société : un monde où l'égalité des sexes ne se fonde pas sur la valeur humaine individuelle intrinsèque mais sur la sexualité grâce à une sexualisation de plus en plus outrancière des corps. L'individu n'est pas mis en avant en tant qu'être/sujet mais en tant que corps/objet essentiellement. C'est là toute la différence : l'autonomie particulière a dû céder la place à l'assujettissement globalisé. Celui qui réfléchit et se perçoit comme conscience créatrice est écarté au profit de celui qui base toute relation avec l'extérieur sur son apparence physique et la possession de biens matériels d'abord. Bien sûr, l'importance accordée au statut social sur la valeur réelle d'une personne n'est pas nouvelle mais force est de constater qu'elle atteint des sommets à notre époque où la nature des objets possédés et les apparences dictent à qui doit être accordé tel ou tel degré de reconnaissance par la collectivité.

 

Les faits le prouvent : l'inhumanité assumée devient désormais une option crédible pour notre société occidentale. C'est si concret... et tout simplement effrayant. Cher George Orwell (1), cher Aldous Huxley (1), mon dieu, nous marchons vers le cauchemar que vous avez décrit ! L'unique paravent devant un changement aussi préjudiciable reste plus que jamais l'éducation... parentale. Exit, l'éducation formatée dispensée dans les établissements publics d'état où sont relayées toutes les théories, réflexions, réformes et autres expériences les plus fumeuses, inutiles et parfois dangereuses pour le bien-être collectif : l'école publique n'a jamais été un lieu où l'ouverture d'esprit et le respect de l'autre étaient des priorités, son objectif principal étant de former les esprits à rentrer dans le moule social déjà apprêté pour chaque écolier. D'ailleurs, le rejet de la différence est tel que la triste réalité du harcèlement scolaire existe depuis des lustres même si on feint en France de ne la découvrir que depuis peu en toute hypocrisie.

De nos jours, le conformisme n'a jamais été aussi fort sous des dehors trompeurs de tolérance et d'acceptation de la différence : les filles pré-pubères s'habillent maintenant comme des femmes à 12 ans et aguichent les garçons comme le ferait une prostituée avec parfois la complicité ou le laxisme de beaucoup d'adultes alentour. En effet, aujourd'hui, laisser une adolescente ne plus s'accepter telle qu'elle est pour se conformer aux canons arbitraires dictés par d'autres dans un but essentiellement consumériste est perçu comme "in". Les concours de mini-miss qui se multiplient à travers le monde reflètent cette tendance et leurs règles sont peu différentes des concours pour adultes : parader en robe de soirée ou en bikini avec des déhanchés suggestifs reste la coutume. Les gens en arrivent à confondre émancipation et permissivité, liberté légitime et laisser-aller égoïste. Aussi, les réactions officielles contre la pédo-pornographie en hausse sur le Net me semblent bien hypocrites tant ce fait suit le mouvement sociétal en cours. On pousse des cris d'orfraie, on prend des postures indignées de façade mais au fond, on ne remet rien en cause réellement.

 

Mais laisser un jeune esprit dans l'illusion que la liberté est l'absence de limites au lieu de lui enseigner la vraie nature de la liberté qui se fonde en partie sur le contrôle de soi est tout simplement irresponsable : c'est bien mal aimer son enfant ou ne pas respecter la jeune personne dont a la charge professionnellement. Eduquer, c'est avant tout guider, soutenir, aider à discerner. Ce n'est pas flatter l'ego et ses plus bas instincts ; ce n'est pas faire ami-ami avec le jeune. Eduquer, c'est mettre des limites et montrer que chacun a sa place bien définie : l'adulte se tient aux côtés du jeune mais dans son rôle cadrant et protecteur.

L'éducation est un lien d'échange et de transmission qui prend source au sein de la cellule familiale d'abord : l'enfant agit essentiellement par imitation et prend en exemple immédiat les adultes qui l'accueillent en tout premier, à savoir ses parents qu'ils soient biologiques ou adoptifs. C'est un réflexe d'adaptation et de survie élémentaire. Ce n'est qu'ensuite que l'enfant se trouve confronté à d'autres adultes qui lui enseignent une éthique qui infirme ou confirme plus ou moins celle des parents. C'est alors une continuité dans la complémentarité ou au contraire, c'est l'opposition qui peut être parfois frontale et violente. Certains décident alors de retirer leurs enfants de tout circuit éducatif officiel, public ou privé, afin de les protéger de toute influence qu'ils jugent néfaste et contraire à leurs valeurs les plus intimes : l'enseignement obligatoire et l'éducation se font à domicile. Cette démarche absolue se voit particulièrement dans les familles ayant adopté un mode de vie alternatif basé sur une approche très écologique et spirituelle du monde. D'autres continuent à placer leur progéniture dans un établissement public mais veillent à contrecarrer l'influence absolue et totalitaire de l'Education Nationale dès le retour des enfants au domicile par la transmission de valeurs plus traditionnelles (souvent avec un fond religieux) voire opposées afin de permettre un équilibre éducatif et éthique. Puis enfin, des familles placent leurs enfants dans des établissements privés confessionnels ou dispensant une éducation alternative souvent réputée (méthodes Montessori ou Steiner par exemple) en relation directe avec les valeurs parentales.

L'éducation devient plurielle en France et en Occident. Toutefois, cette tendance à choisir pour ses enfants des méthodes d'apprentissage originales ou de nature confessionnelle exclusivement ne s'implante que très progressivement malgré l'existence de nombreuses propositions pédagogiques parallèles depuis des décennies, ce qui montre l'importance de la force de persuasion de l'appareil étatique afin d'imposer ses idées de pseudo-égalité et son formatage agressif des consciences. Même si elles ne sont guère encouragées et fréquemment sujettes à caution par les instances publiques, surtout en France, ces méthodes pédagogiques différentes s'implantent de plus en plus, lentement mais sûrement, qu'elles soient laïques ou basées sur un substrat religieux. L'éducation s'autonomise. Certains citoyens veulent reprendre la main sur les valeurs qu'ils veulent transmettre à leurs enfants. Les demandes de création d'écoles coraniques dans notre pays sont le reflet évident de ce mouvement de réappropriation du lien éducatif et d'une défience claire envers l'appareil d'état accusé de niveler les différences culturelles et de déshumaniser l'homme. Les profonds désaccords qui existent autour des questions du genre et de la laïcité en sont une claire expression.

 

Bien entendu, dans ce mouvement d'interrogation régulier et déterminé de l'enseignement public à qui des comptes sont à juste titre demandés (tout contribuable le finance y compris contre son gré et ses valeurs), l'éducation dispensée à domicile doit elle-même éviter certains écueils notables dont celui du repli identitaire. Elle ne doit pas être le prétexte à exclure les cultures et autres façons de vivre différentes des siennes. C'est d'ailleurs là tout l'enjeu d'une véritable éducation à l'humanité et à un humanisme éclairé : éveiller intérieurement, semer des graines d'indépendance et susciter la curiosité mais sans se soumettre aux influences extérieures de manière irréfléchie, gratuite, docile. De plus en plus de familles s'engagent sur la voie d'une réforme éducative interne tant telles ont compris combien l'école ne servait que la matrice et ses créateurs. Ces familles sont d'obédience chrétienne, juive, musulmane, bouddhiste, adeptes de spiritualités alternatives, athées ou autres, mais toutes ont en commun de vouloir RESISTER face au rouleau compresseur de l'uniformisation culturelle et de proposer une issue plus respectueuse des différences qui contituent la richesse même de l'humanité et plus respectueuse de la personne humaine même. Ces familles ont décidé de replacer l'individu dans un système où liberté ne rime pas avec agir comme je veux quand je veux sans rien devoir mais avec agir comme je veux quand je veux en tenant compte des autres et de leurs désirs propres. L'éducation donnée par ces familles est loin d'être parfaite, c'est vrai, et peut porter à réfléchir mais elle a au moins le mérite d'exister, et c'est bien là ce qui compte. Car ne proposer comme horizon de développement personnel à des jeunes que le recours au régime minceur, au fitness et à la musculation voire à la chirurgie esthétique, c'est à coup sûr bâtir le cadre restreint d'un monde barbare sous un vernis de civilisation. Et en ce qui me concerne, je refuse une structure sociale aussi décadente et violente. Je veux seulement que la Terre reste peuplée d'humains et non d'êtres déshumanisés... et inhumains, fussent-ils les plus beaux du monde et de l'histoire de l'humanité.

 

 

(1) : George Orwell (1903-1950) et Aldous Huxley (1894-1963) sont deux auteurs américains de science-fiction. Chacun est célèbre pour avoir écrit un roman où il décrit une société futuriste complètement déshumanisée, assujettie à un consumérisme généralisé devenu la culture collectiive et soumise à la domination d'un pouvoir politico-médiatique totalitaire sous une apparence illusoire de liberté individuelle. Ces deux romans sont :

- 1984 (de George Orwell) paru initialement en 1949

- Le meilleur des mondes (d'Aldous Huxley) paru initialement en 1932

Lorsqu'on voit les années de parution, l'étonnement est de mise. Ces deux livres sont complètement visionnaires, presque prophétiques, tant les situations qu'ils décrivent se mettent en place de nos jours. Ils sont on ne peut plus actuels. L'expression "Big Brother" qui désigne désigne désormais un pouvoir politique intrusif auprès des citoyens d'un pays est tirée de 1984.

George Orwell a aussi écrit un livre La ferme des animaux (1945) où il décrit à travers une allégorie animalière les rouages de la politique : la démagogie, la manipulation et la confiscation systématique du pouvoir par une minorité qui a pu être différente voire ennemie de la précedente à la direction d'un état. L'auteur insiste sur la corruption des valeurs et des esprits apportée par l'attrait du pouvoir et que souvent les anciens opprimés qui accèdent aux plus hautes fonctions deviennent eux-mêmes de nouveaux bourreaux sans pitié envers leurs anciens congénères.

J'ai lu ces trois livres : ils sont d'un réalisme glaçant tant le fond qu'ils décrivent est malheureusement avéré. Après leur lecture, notre vision de la politique et de ce qui constitue la structure de nos sociétés occidentales est certainement plus juste et plus réelle. Que ce soit dans une monarchie ou une république, personne en Occident n'a jamais concrètement vécu dans une authentique démocratie, avec une mention spéciale pour les USA qui sont sûrement le plus grand totalitarisme expansionniste existant actuellement sur terre... sous couvert d'un vernis libertaire et humaniste (très superficiel) toutefois).

Published by ELLYPSO WARATAHS - dans FAITS DE SOCIETE
commenter cet article
5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 01:13

"... Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants,

lorsque les fils ne tiennent plus compte de leur parole,

lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves 

et préfèrent les flatter,

lorssque finalement les jeunes méprisent les lois

parce qu'ils ne reconnaissent plus au-dessus d'eux

l'autorité de rien ni de personne,

Alors c'est là en toute beauté et en toute jeunesse

le début de la tyrannie..."

(La République, Platon)

 Platon

Platon (427 av. JC - env. 347 av. JC)

 

Ces mots de Platon ci-dessus écrits il y a pourtant des siècles se passent de commentaire. Ces propos de l'un des plus célèbres philosophes de l'humanité rappellent une réalité sociale que nous affrontons aujourd'hui : une jeunesse qui s'impose d'office à une place dominante qui n'est pas la sienne dans sa relation avec la collectivité. Mais ils sous-entendent aussi une évidence que l'Histoire a toujours confirmé : la décadence d'une société signe toujours tôt ou tard le retour de régimes politiques autoritaires voire de dictatures. Et nous y sommes.

 

UN CONSTAT

Oui, nous y sommes... Je regarde autour de moi et ce que je vois me déplaît. Toute cette violence qui s'étale et s'immisce partout. Une violence essentiellement psychologique qui pollue l'ensemble des rapports humains. Dans les livres d'histoire, il est des époques qualifiées de "barbares" mais quand j'observe la nôtre, je trouve que rien n'a fondamentalement changé dans le fond. Au bruit des armes qui se cognent les unes aux autres et meurtrissent la chair se sont substitués le choc des mots, la pression invisible d'un regard acide ou d'un sourire vénéneux, les blessures infligées par la compétition incessante ou l'estocade portée par l'indifférence. Le cynisme et la médisance meurtrissent et tuent aussi proprement que le ferait une arme de nos jours. Combien de dépressions et de suicides ici et là sont dus à la cruauté et le perversité de quelques-uns ? Au travail, dans les transports et les lieux publics, à l'école... Dans de multiples endroits sévit cette violence qui n'est plus indicible mais bien voyante, évidente, dorénavant.

Mais une forme de cette réalité m'effraie particulièrement et surtout m'interroge : la violence qui provient des plus jeunes d'entre nous, les enfants et les adolescents. C'est là que je me rends compte de la monstruosité dont a accouché notre société où l'individualisme s'est confondu avec l'égoïsme, la liberté avec la permissivité. A force de refuser la nécessité de cadres moraux basiques, une éthique dévoyée s'est installée durablement dans les relations humaines. Tout le monde parle à tout va de respect et d'écoute, mais on en parle d'autant plus justement que ces deux composantes essentielles de l'échange humain sont plutôt rares actuellement. Et chacun en parle en pensant souvent qu'on les lui doit sans même envisager que peut-être, ce serait à lui de les donner autour de lui. Au lieu de penser de n'être qu'un centre récepteur, mieux vaudrait inverser le mouvement et devenir un centre EMETTEUR. Distribuer, partager, offrir : voilà un belle et noble attitude humaine. Mais la plupart d'entre nous préférons nous enfermer dans l'échange calculé : je vais vers les autres SI j'ai un retour immédiat... ou qui ne tarde pas trop.

Evidemment, un tel esprit a été transmis aux jeunes générations au fur et à mesure du temps. L'individualisme est désormais une forteresse quasi-indestructible. L'obtention de droits est devenue en France particulièrement une activité sociale permanente : c'est un dû. Par contre, le respect des obligations est moins populaire. Pourtant que ne parle-t-on de justice et d'amour ! Bien sûr, c'est aux autres, ceux qu'on suppose être ses adversaires sinon ses ennemis, de changer d'abord : les obligations, c'est surtout pour eux. Et leur premier devoir est de me respecter MOI celui qui le demande, ou l'exige plutôt. Dans ce cas, il est stupide de s'étonner de la dérive comportementale dans laquelle sont emportés nombre de jeunes autour de nous : ils sont notre reflet. Ils sont avec les autres comme nous le leur avons appris. Depuis les années 1970, nous leur avons transmis des valeurs centrées principalement autour de l'ego et de l'intérêt. Eh bien, ils les vivent maintenant... et nous le font payer indirectement : émancipation anticipée, résistance fréquente voire systématique à toute forme d'autorité ou de cadre, inflation égotique et égocentrique, consumérisme exacerbé et forts attachements matériels.

 

L'IDEOLOGIE DU NARCISSISME

Je voulais au départ écrire un article sur les causes socioculturelles et philosophiques d'une telle dérive sociétale. J'ai même passé plusieurs heures à écrire et me documenter. Mais en relisant encore et encore la citation de Platon, j'ai compris que je faisais fausse route. En effet, l'illustre philosophe constatait déjà à son époque les faits auxquels nous sommes confrontés de nos jours. Ce qui signifie que ce que nous vivons n'est en rien nouveau. Expliquer un comportement humain capable de traverser les siècles uniquement à l'aune d'évènements sociétaux contemporains aurait relevé de l'inexactitude historique au mieux ou de la malhonnêteté intellectuelle au pire. Au bout du compte, mieux valait arrêter ma démarche. En outre, je n'ai absolument pas le temps de me lancer dans une recherche comparative des liens de causalité entre des mouvements sociétaux et leurs résultats d'une époque à l'autre de l'histoire humaine. C'est un travail titanesque que je ne peux fournir actuellement. Ce n'est pas prioritaire dans ma vie. Par conséquent, je ne peux que me borner au constat neutre et un rien inquiet. Toutefois, je peux vous donner des pistes explicatives et des références.

Je vais vous laisser un lien qui vous permettra d'écouter en postcast une émission de radio diffusée le 22 mai 2012 sur RTL et traitant des enfants tyrans : vous y entendrez le psychologue clinicien Didier Pleux expliquer les racines socioculturelles de cette déviance dangereuse de l'éducation ou plutôt de la non-éducation (link). L'émission dure environ 36 minutes. Prenez vraiment le temps d'écouter : tout ce que je pensais y est en fait résumé. Sans condamner, Didier Pleux appuie sur le fait que la psychologisation de l'éducation au cours des années 1970 par l'intermédiaire de pédopsychiatres comme Françoise Dolto par exemple a trop mis l'accent sur la personne en tant qu'INDIVIDU au détriment de la personne EN RELATION avec les AUTRES. S'il était important de revoir certains fondements éducatifs aliénants, quelques principes d'autorité essentiels étaient à conserver toutefois. A trop axer l'éducation sur le moi, des milliers de familles, sans le savoir, ont créé des indvidus profondément et durablement immatures et dont le passage à l'âge adulte sera problématique. C'est la société de l'ego roi. La psychanalyste Claude Halmos rappelle ainsi comment on peut expliquer la cause principale de la mise en place d'une telle déviance éducative :

"Pour y parvenir, il faut probablement interroger le rôle que jouent les idéologies en vigueur. En premier lieu, nous semble-t-il, ce que l'historien et philosophe américain Christopher Lasch a nommé la 'culture du narcissisme'. C'est-à-dire la tendance qu'a notre époque à privilégier l'individu aux dépens du social. A rejeter les combats et le collectif pour prôner le 'vivre pour soi'. A rechercher non plus, comme au XVIIIè siècle, le bonheur mais ce qu'on nomme aujourd'hui l''épanouissement personnel' et que l'on pourrait définir (si l'on voulait se montrer quelque peu acerbe) comme une volonté de mettre au centre du monde son nombril tout en tentant d'en étirer indéfiniment les contours afin qu'il occupe la plus grande surface possible." (Pourquoi l'amour ne suffit pas - Claude Halmos)

La même auteure rajoute plus loin :

"Mais le repli sur le cocon familial n'est pas la seule donnée qui permette de comprendre le recul éducatif car, cocon familial ou pas, l'éducation ne peut faire que très mauvais ménage avec la 'culture du narcissisme'. La préoccupation exclusive pour soi-même implique, en effet, quelques mises à distance. En premier lieu celle de toute question d'un 'au-delà de soi' (...). Si l'on est centré sur soi-même, on ne peut se préoccuper ni de ce qui se passe autour de soi ni de ce qui se passera après soi. 'Autre', 'étranger' et 'postérité' sont des notions qui, dans un tel contexte, n'ont pas cours. Cette exclusion de tout 'ce qui n'est pas soi' a pour un psychanalyste d'étranges échos car elle n'est pas sans évoquer pour lui une tentative de retour à une sorte de 'principe du plaisir' généralisé.

L'évocation est d'autant plus forte que cette mise à distance s'accompagne d'une autre : celle de toute idée de travail, de devoir, de transmission. Si mon bien-être est mon unique finalité, il ne peut être aussi que mon seul guide et me conduire à rejeter toute exigence extérieure (morale, politique ou autre) qui m'obligerait à  des réflexions ou à des actes qui pourraient venir le troubler." (Pourquoi l'amour ne suffit pas - Claude Halmos)


ego 

LE NARCISSISME POLITIQUEMENT RECONNU 

Lorsque je lis les mots de Claude Halmos, je ne peux m'empêcher de penser à l'issue de la dernière élection présidentielle française. J'ai trouvé la citation de Platon sur un blog "par hasard". L'auteur l'avait postée telle quelle le soir du 6 mai dernier. Il avait pris le soin de rajouter dessous "à méditer" en faisant le lien implicitement entre le fond du propos de Platon et la nouvelle réalité politique française. Et la citation du grand philosophe a fait echo à l'inquiétude que je ressentais également au fond de moi face à l'élection de François Hollande à la présidence de la France.

Claude Halmos parle de l'importance des idéologies dans l'instauration de modes éducatifs déviants dans la société ; j'ai effectivement observé ce fait. La gauche porte manifestement dans ce cas une plus grande responsabilité que la droite à qui on reproche constamment son excès de cadre et son attachement à une morale perçue comme éculée (les catholiques en savent quelque chose !). Depuis que j'ai quitté le domicile familial en 1984 et que j'ai dû subvenir seul à mes besoins matériels, j'ai toujours constaté que la gauche française préférait beaucoup plus que la droite mettre en place des politiques sociales qui encourageaient dans la population en général, et encore plus chez les jeunes, la partie supposée la plus dynamique, la médiocrité, l'autocomplaisance et la mesquinerie au lieu de l'initiative, de l'autonomie et de la créativité personnelles. Evidemment, cette modification dans la psychologie collective ne se fait jamais d'un coup mais progressivement, insidieusement. C'est au fil du temps, à force d'avoir accès à un droit que les mentalités changent et acquièrent un nouveau mode de pensée. Chaque nouvelle loi, chaque nouvelle mesure politique, fonctionne tel un symbole, un repère moral, au fond de chacun d'entre eux pour la masse des citoyens. Ce qui est voté est permis. Et si c'est permis, c'est que c'est bien de pouvoir le faire : équation certes facile et imparable à très court terme mais pas si juste avec le temps.

Ainsi, les fameux emplois-jeunes mis en oeuvre en 1997 ont permis alors de circonscrire comme chasse gardée tout un ensemble d'emplois, les plaçant automatiquement hors du circuit classique de recherche d'un travail. Avoir une activité professionnelle ne devenait plus un droit mais un DÛ pour les jeunes du pays, un privilège. A l'époque où la mesure a été adoptée, je vivais à Rezé, commune de la banlieue nantaise. J'étais chômeur. J'en ai immédiatement vu, comme tout le personnel de l'ANPE de la ville, les conséquences concrètes sur le terrain. De nombreux emplois très intéressants du secteur médico-social dans lequel je travaille aujourd'hui et pour lesquels, je me sentais des affinités et certaines compétences naturelles se trouvaient exclus d'office de mon champ de perspective professionnelle parce que j'avais plus de 30 ans.

La mesure offrait des salariés aux revenus et charges subventionnés par l'Etat. Inutile de vous dire que les employeurs du secteur, souvent sous pression financière plus forte qu'ailleurs, n'ont pas hésité dès la promulgation de la loi : ils se sont alors largement détourné des chômeurs lambdas pour ne se concentrer que sur les jeunes. Pour le personnel de l'ANPE de Rezé, c'était un déplacement du problème : toutes les catégories de chômeurs plus âgés, et en particulier les femmes, ont vu de suite leurs effectifs augmenter. Mon conseiller de l'époque, consterné, ne pouvait plus que me diriger vers des contrats aidés de seconde zone (les fameux CES payés une misère, loin des salaires de certains emplois-jeunes !). Et je pouvais difficilement compter sur l'obtention d'un diplôme social pour trouver un emploi puisque de toute manière, les employeurs exigeaient des jeunes ces mêmes diplômes !

Les emplois-jeunes avaient été créés pour aider les jeunes adultes déscolarisés et ceux des quartiers dits défavorisés au départ, ce qui en faisait toute la valeur et la noblesse. Idéologiquement, la mesure telle qu'elle vait été énoncée au départ avait mon assentiment : elle concernait uniquement les jeunes les plus en difficulté. Mais devant l'incompétence du gouvernement Jospin à endiguer le chômage des jeunes en général, elle a été ouverte de manière très dicrète, et ça se comprend, à tous les jeunes en âge de travailler. J'ai donc vu des étudiants pour qui la recherche d'un travail n'était certainement plus la tâche la plus difficile se retrouver sur des postes du secteur associatif et privé non marchand manifestement surdiplômés pour la fonction qu'ils occupaient. Leur présence écartait du même coup d'office tout autre personne, jeune ou non, mais avec le diplôme adéquat, de l'accès à ce poste. Comment un animateur technique spécialisé en pisciculture ou arboriculture pouvait-il rivaliser avec un étudiant possédant un DUT ou une licence en biologie ? Et les employeurs n'hésitaient pas à payer ces salariés "de qualité supérieure" plus cher qu'un employé possédant le diplôme correspondant intialement prévu pour la fonction. J'ai vu plusieurs fois des annonces où les rémunérations proposées n'étaient manifestement pas celles de leur secteur en temps normal. Evidemment, comme plus de 80 % du salaire était payé par l'Etat, l'effort était moindre pour l'employeur !

Avec les années, sur le terrain, très vite, une mauvaise mentalité basée sur l'assistance perpétuelle de l'Etat et la confiscation naturelle d'emplois sociaux et du secteur associatif s'est mise en place durablement dans la population jeune diplômée autour de moi. Pour beaucoup, Il était devenu normal et logique que de nombreux emplois leur soient devenus réservés et surtout aux plus diplômés d'entre eux : c'était un moyen comme un autre d'accéder à l'expérience professionnelle. Et pendant ce temps, les jeunes adultes Copie de place-aux-jeunesdéscolarisés ou diplômés sans emploi issus de l'immigration, restaient relégués en touche. A Rezé et dans certains quartiers de Nantes, c'était manifeste comme en témoigne cet article du blog Lulu.com (link). On ne pouvait vraiment pas dire que trouver un emploi ait été bien compliqué pour beaucoup de jeunes non défavorisés à l'époque grâce à l'Etat "maman". Je me suis toujours demandé comment la plupart de ces jeunes citoyens si aidés professionnellement pouvaient tenir en toute incohérence, et avec un aplomb digne des plus grands imbéciles, leur discours si social et surtout socialiste. Quand on n'a pas eu à lutter durement pour avoir son travail, que celui-ci vous a pratiquement été mis dans les mains grâce à des mesures exclusives rejetant dans l'ombre ceux à qui normalement l'emploi qu'on occupe avait été promis et qui vivent une réalité personnelle autrement plus difficile, l'expression de la pudeur et d'une certaine décence aurait été la bienvenue. Mais l'asservissement idéologique n'appartient pas qu'aux politiques et aux militants des partis. La soumission aux idéaux d'une pensée politique est aussi l'affaire du citoyen ordinaire dès lors particulièrement qu'il peut tirer profit d'une mesure spécifique, peu importe qu'elle se fasse au détriment d'une autre partie de la population. Ah, l'increvable égoïsme humain ! Le socialisme sait très bien l'entretenir, exactement comme le capitalisme dont il dénonce pourtant la promotion de l'intérêt privé. Mais que fait donc le socialisme sinon la même chose mais sous une forme différente ?

Autrement dit, il est très facile d'être pour une société de partage prétendu équitable quand soi-même, on a eu à suivre un chemin balisé, peu ou en tout cas bien moins exposé au risque. C'est l'expression de cette mentalité détestable et si condescendante qui veut toujours faire porter l'effort de solidarité par les autres essentiellement plutôt que par soi tout en affichant publiquement la main sur le coeur un idéal humaniste... qui n'est qu'un idéal : la mentalité de la si célèbre gauche "bobo". Il n'est pas du tout sûr que les hommes et les femmes qui ont vécu ou vivent toujours dans un pays à solidarité imposée, donc de type socialiste, soient aussi disposés à être ouverts à cette idéologie qui définit le partage matériel comme élément principal des relations humaines. En effet, à partir du moment où ce partage n'est qu'un déplacement de richesses (en argent, biens ou services) de certains perçus comme plus avantagés matériellement vers d'autres vus comme défavorisés, appauvrissant les premiers au profit exclusif des seconds qui ne le leur rendent pas, il ne s'agit clairement plus de justice sociale. Au lieu d'apprendre à l'affamé à pêcher, on prend des poissons dans la besace d'un autre qui a passé des heures à attendre des prises sans lui demander son avis. C'est tout simplement une escroquerie morale. C'est le règne de la subjectivité institutionnalisée qui n'a que l'apparence de l'objectivité. Tous les grand régimes socialistes ont toujours fonctionné en promouvant cette fausse image de justice comme LA justice : le mythe de la solidarité érigée en dictature philosophique puis politique. Le PS suit clairement ce chemin éthique depuis des années grâce à une habile propagande.

Par ailleurs, est-il juste éthiquement de favoriser une catégorie de la population sans problèmes particuliers graves au détriment d'une autre sur un sujet aussi fondamental que le travail, le domaine de notre vie qui nous met à manger dans notre assiette ? Sur le plan économique, ne serait-il pas plus judicieux, efficace et égalitaire de revoir entièrement la structure du pays dans ce cas et de remettre tout à plat dans le secteur de l'emploi : taxe professionnelle, impôt sur les sociétés, charges sociales, rémunérations des heures supplémentaires, procédure de licenciement, etc... avec une révision du Code du Travail si nécessaire. En fait, la seule exception que je trouve justifiée en matière de discrimination imposée par l'Etat dans le secteur de l'emploi est celle liée au handicap, cause la plus grande d'exclusion professionnelle, et dont la durée est de fait imprescriptible. Il s'agit là d'un cas de force majeure. Une personne valide peut s'en sortir à force de courage et de ténacité, une personne handicapée, elle, ne le peut pas : elle dépend aussi et surtout plus ou moins des autres. La première a grandement le choix de ses décisions et de ses actes, la seconde non.

En allant encore plus en avant dans le temps, je me souviens également d'une autre mesure qui encouragea peu l'exigence à l'égard de soi chez les jeunes. Grâce à Lionel Jospin alors ministre de L'Education, la loi d'orientation du 10 juillet 1989 instituait la mise en place d'une politique très démagogique : faire accéder 80% d'une classe d'âge au bac. Cette mesure n'a guère aidé à promouvoir l'effort soutenu comme une donnée essentielle à l'obtention d'un diplôme de manière générale. Au lieu de monter le niveau des élèves à celui de l'objectif à atteindre, à l'inverse, on a abaissé le niveau d'exigence pour l'obtention du baccalauréat à celui des candidats. Lorsque je travaillais dans l'Education Nationale, certains professeurs gonflaient arbitrairement les notes pour avoir plus de passages en classe supérieure sinon le taux d'échec aurait immédiatement attiré l'attention de l'Inspection d'Académie ou du rectorat. La ligne éthique du ministère est d'ailleurs toujours clairement identique aujourd'hui : entretenir l'illusion que tout le monde se vaut et possède les capacités pour être là où il veut et presque quand il veut. Mon propre frère, professeur certifié en physique et souvent correcteur au bac, m'avait une année rapporté que des consignes officielles avaient alors été passées afin de ne pas donner de notes sous un seuil minimum qui n'était pas 3 ou 4 sur 20, loin s'en faut, mais plutôt égal ou supérieur à 8 sur 20 ! Ce n'est jamais un enseignant qui décide seul car il y a une double correction. Et si un professeur se montre un peu trop sévère dans sa notation, la concertation EN Notesentre professionnels lors de la commission d'harmonisation fait que de toute manière la plupart du temps, les élèves s'en sortent très avantagés. Il faut vraiment que ces derniers aient rendu une copie quasi vide ou très mauvaise pour ne pas être repêchés par la notation harmonisée. Cette tolérance face à la qualité moindre du savoir de beaucoup d'élèves permet par exemple d'obtenir son bac sans maîtrise correcte du français, sa langue maternelle, en tout cas d'échange de base en France. J'ai connu et connais trop de bâcheliers dans ce cas pour accepter qu'on me soutienne que le bac est toujours au même niveau qu'autrefois : le bac, ce n'est pas que les maths (seule matière où le niveau reste élevé d'après ce que je sais) ! Plusieurs professeurs autour de moi ou entendus sur les médias ont critiqué le système administratif entourant le baccalauréat. Mais Ils ne sont pas majoritaires. En outre, un tabou existe autour de cette réalité. Les gardiens du temple, c'est-à-dire les enseignants syndiqués et inféodés à l'idéologie socialiste ou communiste, prennent grand soin de remettre en place les contrevenants à la règle du silence ou de la désinformation. Mon frère pourtant avec des idées de gauche considère que beaucoup de ses collègues de la même couleur politique en font vraiment trop sur le plan idéologique. 

Là aussi, cette mesure a inscrit durablement dans l'inconscient collectif l'idée d'un état tout-puissant et maternant qui intervient et agit à la place de soi-même pour créer sa vie. Elle a aussi du coup placé le baccalauréat au même rang que le permis de conduire : un incontournable que l'on se DOIT d'avoir... selon l'idée du retour obligatoire sur investissement. Comme l'auto-école qui fait tout son possible pour qu'il ait son permis puisqu'il a versé une somme d'argent, le jeune conçoit naturellement que l'Etat fasse tout son possible pour qu'il obtienne le précieux diplôme en échange de temps passé en classe et de paiement d'impôts et de frais de scolarité par ses parents. C'est normal... et l'obtention du bac est FORCEMENT l'issue inévitable, obligée, prévue. C'est un point remarquable que j'ai constaté depuis longtemps maintenant en particulier chez les jeunes venant des quartiers dits populaires à qui cette mesure était adressée en priorité. A chaque fois que j'en vois, y compris dans mon travail, je suis toujours surpris et un rien gêné de la manière dont ils parlent de l'obtention de leur bac : beaucoup n'ont à l'évidence pas fourni le travail adéquat en rapport avec l'objectif et ont plus compté sur les facilités administratives accordées par l'ensemble du système scolaire à ce sujet. Et si par malheur, un ajournement était intervenu, plusieurs ne se sont pas privés de dire qu'ils avaient essayé de contester la décision soutenus par leurs parents le plus souvent.

Ce type d'action politique sous couvert d'humanisme et de justice sociale interprète en fait de manière purement idéologue le concept de justice et aboutit à placer la population concernée, ici les jeunes, dans un état de consommateur de mesures... et des nouveaux droits qui y sont rattachés ! Certains sont placés à part des autres et se voient attribués des avantages spécifiques comme le ferait toute enseigne de magasin envers sa clientèle afin de s'assurer de sa fidélité. C'est devenu le B.A.BA du jeu politique de favoriser un type d'électeurs plutôt sensible à ses idées. Mais quand on se targue d'être du côté de la justice sociale, certains errements philosophiques sont à éviter sous peine de paraître incohérent, et surtout aussi partial que malhonnête intellectuellement. Rien que le fait d'avantager artificiellement une partie des citoyens s'oppose frontalement au principe d'égalité pourtant si cher aux ténors et militants socialistes. Et cette incohérence criante ne semble pas sauter aux yeux des intéressés... à moins qu'ils préfèrent ne pas la voir par simple clientélisme électoral et confort idéologique.

 dessin Nicolaz

 

LE NARCISSISME FONDU DANS LE COLLECTIF

Je trouve que concrètement la gauche française enferme plus que la droite les gens et encore plus les jeunes dans une attitude attentiste et passive face à la vie. Elle entretient dans l'esprit populaire une mentalité de victime perpétuelle et une vision manichéiste, erronée, de la société : d'un côté, eux-là, les "méchants" riches, de l'autre, nous, les "gentils" pauvres... et bien au loin, dans le flou, la classe moyenne, la partie la plus importante des citoyens français. La gauche oppose aussi les jeunes contres leurs aînés ou les citoyens dits inactifs contre les travailleurs par des tas de mesures spécifiques et toujours en entretenant cette mentalité si caractéristique du discours socialo-communiste français de victime d'un système général. La droite le fait aussi mais plus souvent par les mots qui blessent et choquent : Nicolas Sarkozy et Claude guéant, son dernier ministre de l'intérieur, ont eu nombre de formules retentissantes divisant l'opinion publique. La gauche, elle, peut plus facilement mettre en place concrètement des mesures discriminatoires, fortement encouragée par cette même opinion publique. En effet, une part importante de la population est persuadée que gauche égale forcément progrès même si cette affirmation est gratuite, excessive, et tient évidemment plus de la posture idéologique que de la réalité objective.

Il est plus simple effectivement de voir les choses sous cet angle déformant exclusivement. Mais c'est tellement plus simple... que ça en devient simpliste ! Les discours politiques manichéens connus pour être efficaces dans la manipulation des consciences entretiennent facilement la frutration face à des situations jugées enviables, et dès lors enviées, vécues par d'autres. Ils répandent une idéologie fondamentalement de division. Il s'agit d'enfermer celui qui la partage dans un schéma où il est persuadé qu'il lui manque quelque chose d'essentiel tant qu'il ne l'a pas lui-même. C'est exactement la même logique que celle appliquée dans le commerce : créer artificiellement un besoin et l'entretenir afin d'induire un manque constant. Et ce manque confine hypocritement à la jalousie en se basant sur la crainte de ne pas posséder soi-même ce qu'un autre jugé plus avantagé détient souvent légitimement. Les fondements de l'égalité socialiste, et particulièrement de l'égalitarisme, sa forme extrêmiste et dictatoriale actuelle, ne sont guère reluisants. Ils sentent mauvais car ils s'appuient sur la partie la plus sombre du coeur humain et véhiculent l'un des sentiments les plus vils : l'envie. On est à des années lumière de la justice et de la dignité humaine.

la-pensee-uniqueAvec de telles bases éthiques entretenues sans cesse par un discours officiel orienté à gauche, y compris lorsque des gouvernements de droite sont au pouvoir, il n'est guère étonnant qu'une pensée uniformisatrice intolérante envers la contradiction, le fameux politiquement correct, se soit développée et bien implantée dans les esprits. Il n'est pas non plus surprenant que cette pensée enferme du coup les gens et surtout les jeunes dans une logique de consommateurs de droits amplifiée par les changements sociétaux importants de ces dernières années : l'individu-roi doit pouvoir obtenir comme il l'entend toute option politique (existante ou promise) qui lui plaît comme un droit selon le principe martelé et marketé d'égalité sociale. Or personne ne se demande jamais si l'égalité est un élément vraiment indispensable à l'existence de la justice. Il serait sans doute plus sage et logique de commencer par là, non ? C'est tout de même LA question fondamentale à se poser.

Concrètement, nous baignons, et les jeunes encore plus, dans une atmosphère qui glorifie notre ego, nous rappelant sans cesse que nous sommes des personnes fantastiques à qui tout est permis ou presque, et à qui rien ne peut être interdit hormis en cas de grave atteinte aux Droits de l'Homme selon la définition officielle bien entendu. Le chemin éthique qui est clairement montré par nos politiques, et surtout ceux de gauche, est que le collectif doit et devra de toute manière se plier coûte que coûte au particulier. Je rejoins ainsi le constat relaté plus haut établi par Claude Halmos. La sphère publique doit devenir une extension de la sphère privée : la première n'étant que le miroir de la seconde. Tout est peu à peu mis sur le même plan de valeur et de perspective : la détente et l'effort, l'objet et la personne, le mysticisme égotique et la spiritualité, le sexe et l'amour, l'amitié et le simple contact, la vulgarisation et l'approfondissement, l'information et le savoir, l'autre et soi, l'adulte et l'enfant, l'immédiat et le différé, le temporaire et le permanent, le futile comme l'essentiel, l'être comme le paraître, le mensonge comme la vérité... Toute hiérarchie des besoins tend à s'estomper. Et l'indispensable se fond dans l'accessoire. Par conséquent, on veut tout d'un coup tout de suite ou en tout cas, dans un délai rapide. Ce qui développe le sentiment de frustration que j'ai évoqué plus haut. Et ce sentiment entretenu par la pensée politique socialiste, renforcé par la dure réalité de terrain, se combine doucement à d'autres facteurs sociétaux et sociaux dont le jeunisme et la culture de l'enfant roi sont les principaux, ce qui explique l'irrespect et l'agressivité que nous constatons chez nombre de jeunes. Ces derniers emmagazinent en eux une violence palpable qui sonne comme une remise en cause du monde que les adultes leur ont construit.

Nous le constatons tous, beaucoup de jeunes n'hésitent plus en place publique à tenir tête à leurs aînés, qu'ils soient leurs parents, de simples particuliers ou des représentants d'institutions (professeurs ou policiers notamment) : ça peut se confiner à de l'insolence arrogante mais ça peut aussi devenir beaucoup plus grave. De nombreux faits divers s'en sont faits l'echo depuis plusieurs années. Et le problème est que ces incidents commencent de plus en plus tôt. En 2002, j'ai déjà vu moi-même des garçons de 8 à 9 ans jeter en riant des bouteilles de bière vides en verre sur l'équipe éducative du centre social dont je faisais partie en Île-de-France. J'ai vu des enseignants ou des parents devoir composer avec difficulté avec des enfants ou des adolescents qui ne voulaient rien entendre au point de hurler devant un auditoire médusé... ou parfois complice. C'est l'avènement d'une tyrannie sociale qui ne dit pas son nom et qu'on excuse parce qu'elle vient des jeunes qui ainsi prennent un pouvoir sur les adultes.

Les limites s'effacent en raison de mouvements de fond sociétaux : l'influence de la révolution sexuelle et culturelle des années 1970 n'est plus à démontrer sur le changement de la prise en charge des jeunes dans la famille. Le problème est que des partis politiques, très majoritairement de gauche, surfent sur cette vague jugée libératrice pour l'individu. Mais ils prennent un risque énorme dont ils ne mesurent absolument pas les conséquences. A force de toujours donner plus de pouvoir à l'individu et de faire que l'appareil d'état lui soit soumis à travers des mesures qui satisfont ou encouragent des segments de population au détriment d'autres le plus souvent, ils désintègrent le tissu social : ils finissent par faire s'opposer des groupes humains. Ce qui entretient des contentieux sociaux qui prennent deux formes principales. La frustration et la jalousie citées plus haut sont les plus fréquentes (cf. les questions liées au divers financements sociaux ou fiscaux comme les versements d'allocation ou l'instauration d'un bouclier fiscal par exemple) et se manifestent à travers toutes les moyens d'opposition à un octroi ou un refus de droit à une partie des citoyens (grèves, défilés de rue...). L'autre forme est le sentiment de dépersonnalisation sociale par une perte de repères jugés fondamentaux (cf. les questions liées à la reconnaissance du mariage homosexuel, à l'avortement, à l'euthanasie ou la dépénalisationd du cannabis comme autres exemples). Elle se matérialisera par des grands défilés ou des campagnes d'opposition via Internet ou la presse particulièrement. Mais toutes ces attaques contre le tissu social finissent par l'affaiblir. A un moment donné, les forces individuelles vont l'emporter à force d'être écoutées et entendues. Le collectif étant de plus en plus soumis au particulier et aux particularismes parfois, faire la loi, établir une morale commune à tous, ne sera plus possible. Le législateur sera affaibli et déconsidéré laissant encore plus de place à des revendications individuelles de plus en plus virulentes voire agressives. Du coup, lassé, le citoyen lambda sera légitimement tenté de mettre au pouvoir un régime très coercitif et autoritaire de type dictatorial. Face aux multiples petits tyrans sociaux se lèvera alors un autre tyran porté par la vox populi... ou pire, par un coup d'état. C'est ce qui se passe depuis les années 1980 où le parti socialiste français à force d'entretenir un discours fortement culpabilisateur sur quiconque émettant une opinion différente sur le thème de l'immigration afin de masquer son incapacité à gérer la question. Ce faisant, il a fini par créer le terreau propice à l'expansion des idées d'extrême-droite tout en déniant en être responsable évidemment. Pendant ce temps, la droite classique n'ose même plus être elle-même sur nombre de thèmes : elle saupoudre son action de socialisme parce qu'elle a compris que les idées de responsabilisation, de morale, d'émulation, d'engagement, d'obligation, d'effort, d'autonomie n'étaient plus vraiment appréciées du grand public. Ou qu'elles pouvaient l'être mais uniquement avec une éthique simpliste. Du coup, il faut trouver un équilibre avec les idées classiques de droite afin de pouvoir être rééélu tout en étant pas trop impopulaire. C'est désormais tout le dilemme de la droite française : vivre dans un environnement social capté par une oligarchie politico-médiatique ancrée majoritairement à gauche.


la-vague-die-welle-les-mécanismes-de-la-dictature-dennis-g

 

MA POSITION ETHIQUE PERSONNELLE    

Personnellement, je suis bouddhiste et je conçois l'auto-responsabilisation qui place l'individu au centre de sa vie en tant que décideur et acteur. Ce qu'on obtient au cours de son existence doit venir principalement du fruit sinon de son talent, du moins de son travail. Ce qui implique que l'on enseigne aux jeunes le goût de l'effort et de la persévérance, l'aptitude à rechercher l'excellence et un sens profond de l'altérité. En somme, le bouddhisme tend à former un humanisme de qualité où l'homme se prend en charge d'abord et ne compte sur l'extérieur qu'ensuite. La démarche bouddhique se résume en en une seule attitude : se changer soi-même dedans pour changer son environnement extérieur. "Sois le changement que tu veux voir dans le monde." a dit Gandhi. C'est l'unique moyen concret de créer une humanité forte sinon nous resterons avec une population mondiale composée essentiellement d'ego surdimensionnés et d'une incroyable fragilité intérieure. La création d'un monde de paix exige de la rigueur et de la détermination, une authentique compassion et non un sentimentalisme larmoyant. Bref, pour inverser un tant soit peu le mouvement général de décadence psychologique et spirituelle observable dans la société et ramener des conduites plus constructives, l'autodiscipline et l'institution de cadres légaux clairs et fermes sont nécessaires. La souplesse n'est pas à rejeter mais désormais, elle confine à la complaisance et encourage plutôt la paresse ou la triche : elle n'est certainement pas la caractéristique humaine la plus utile à notre époque pour dissiper l'atmosphère trouble qui pèse sur notre société.

En tant que bouddhiste, je développe de manière très active un humanisme au quotidien. Or, l'humanisme authentique ne peut se satisfaire du mensonge et des omissions : c'est une éthique exigeante. Et je trouve que sur ce terrain, notre époque a atteint des sommets de mauvaise foi grâce à une désinformation très active et efficace due principalement à l'expansion des idées de gauche dans les esprits. A mes yeux, c'est une faute morale grave. Je ne suis pas un homme aux convictions politiques très affirmées. Si des idées m'intéressent plus à droite, il est vrai, je ne suis pas non plus sourd au discours de gauche cependant, et je ne me définis pas du tout par ma couleur politique qui est très nuancée. J'ai surtout MES propres convictions éthiques fondées sur mon expérience de vie, le terrain. Par conséquent, je n'admets pas que l'on qualifie systématiquement certaines valeurs et qualités humaines comme étant uniquement de gauche. On attache toujours aux idéologies socialiste ou communiste la solidarité, l'assistance, la justice, l'empathie et la compassion notamment. A l'inverse, la compétition agressive, l'injustice, l'égoïsme, l'arrogance, le mépris sont de suite rattachés aux idéologies de droite. C'est abusif. La justice sociale est aussi une valeur de droite mais c'est son application concrète qui est différente. Prétendre que la justice équivaut à l'égalité n'est qu'une interprétation du concept, en rien une vérité absolue. Je pense personnellement que les différences appartiennent à la vie quel que soit le domaine : finance, statut social, physique, intellect... Celles-ci peuvent être amenuisées si elles déservent trop certains citoyens mais elles ne disparaîtront jamais à moins que nous ne changions radicalement de société. Ce qui signifie l'avènement d'un monde nouveau sans lien avec celui dans lequel les idées même de capitalisme etd e socialisme seront caduques. Car le socialisme n'existe que parce que le capitalisme existe : il s'est construit en OPPOSITION à ce dernier. Toute la critique sociale de Marx s'est faite en attaquant l'économie de marché, sorte de grand diable aux poches remplies d'argent. Si le capitalisme meurt, le socialisme mourra également : il n'aura plus de raison d'être. Le socialisme ne peut vivre qu'en opposant systématiquement comme je l'ai montré plus haut un groupe d'individus à un autre : c'est le manichéisme social promu et entretenu depuis des décennies. Le fond de la pensée de gauche sur le thème de la justice devient dès lors tendancieux : il véhicule de forts relents de conservatisme de la part des parties de la population avantagées par des mesures socialistes mises en place et développe un esprit d'opposition constante entre des groupes d'individus. Exactement ce qui est constamment reproché à la droite républicaine.

Mon avis d'aujourdhui peut se modifier et être sûrement complété. Mais il ne s'infirmera pas et ne pourra que se confirmer davantage : les faits existent déjà et sont vérifiables pour tout esprit objectif. Nous sommes face à un enjeu majeur de notre société : donner aux jeunes la place naturelle mais ADEQUATE qui leur revient auprès des adultes et des institutions. Un texte a fait echo à mon vécu. Il a été le vecteur me permettant de livrer publiquement un constat quotidien partagé par beaucoup d'autres personnes. Ma démarche n'a été conduite que par mon interrogation face à au traitement très incomplet d'un problème de société devenu essentiel de nos jours : l'influence excessive voire agressive des jeunes dans la sphère publique. Alors que les implications socioculturelles et philosophiques de cette réalité sociétale sont largement couvertes par de nombreuse études, les implications politiques demeurent encore régulièrement exclues des champs de recherche en raison notamment d'un fort consensus idéologique autour des valeurs dites de gauche. 

On relate souvent des modifications ou des nouveautés législatives intervenues sous la pression sociale mais on ignore bien souvent l'inverse : l'idéologie strictement politique qui enferme les esprits dans un moule de pensée et les fait rêver à un modèle de société (de droite ou de gauche) conforme à un ensemble de conceptions toutes prêtes. Ces conceptions sont ensuite intégrées intérieurement et semblent tout à fait personnelles. Le rôle du conditionnement politique des consciences n'est en fait que très rarement évoqué dans la mise en place de certains dérèglements sociétaux. D'ailleurs, le résultat de l'élection du 6 mai 2012 reflète cette soumission des esprits au politique : alors que plusieurs solutions alternatives leur étaient proposées, la majorité des électeurs français ont immédiatement mis au pouvoir un homme et une idéologie des plus classiques, un pur élément d'un système déjà ancien qui verrouille la pensée. Le refus (inconscient) d'un changement profond de société était manifeste. Et n'en déplaise aux électeurs de M. Hollande, ce dernier leur a menti sur l'essentiel et n'a aucune intention de modifier fondamentalement la structure sociale : il ne peut aller contre l'existence d'un monde capitaliste dont lui et son parti ont tant besoin pour justifier leur existence et leur action. Comme je l'ai dit auparavant, le socialisme ne peut exister sans l'économie de marché. Et s'il existe bien deux idéologies politiques traditionnelles relativement antagonistes, aucune d'elles ne peut légitimement être avancées comme étant plus moderne ou progressiste que l'autre. Tout n'est qu'affaire d'interprétation et de point de vue.


cerveau et conscience

 

CONCLUSION

Parvenu à ce point de mon article, j'aurai peut-être entretemps dérangé certainement voire choqué peut-être des amis et des lecteurs qui sont de sensibilité politique de gauche. C'est bien entendu involontaire. Mon intention n'était pas non plus de prouver que la droite valait mieux que la gauche en politique. J'ai simplement livré mon sentiment que j'ai tenté d'expliquer par des faits et une analyse personnelle. Et vous me connaissez maintenant, chez moi, la qualité reine est l'authenticité. Tant que je demeure correct et mesuré dans mes propos, aucun problème n'existe réellement : je n'exprime que mon opinion librement et courtoisement, avec recherche de style et d'arguments. Je voulais aussi et surtout mettre en lumière un fait notable en France si on accepte de voir les choses plus objectivement, avec recul : la positivisation quasi automatique des partis politiques de gauche au détriment des partis de droite. Et comme en France, une pléthore de documents (écrits ou vidéos) disponibles en librairie ou sur Internet vilipendent ou ridiculisent les concepts politiques de droite facilement jugés conservateurs, je trouvais intéressant d'en prendre le contre-pied.

J'ai choisi volontairement la voie du politiquement INCORRECT. Car effectivement, il est très mal vu dans notre pays de critiquer la gauche alors qu'on peut s'en donner à coeur joie sur la droite. Ce qui est parfaitement injuste. Et cet avantage donné à la pensée de gauche a pour conséquence que les gens qui la partagent se sentent inattaquables, justifiés sur le fond et du coup tout permis. Les élections présidentielles l'ont montré. Jean-Luc Mélenchon et certains de ces lieutenants ont tenu des propos très violents appelant au tabassage voire au meurtre (si cela avait été possible pour reprendre le fond de la pensée de ces messieurs) de militants de droite. Ces mots ont été accueillis avec une tolérance générale aussi surprenante qu'écoeurante. Si une personnalité de droite avait tenu le même discours à l'encontre de personnalités socialistes, communistes ou anticapitalistes, l'indignation des médias et bien entendu de la nébuleuse politique de gauche aurait été immédiate et intense à n'en pas douter. Idem sur les réseaux sociaux, les forums, les blogs ou dans certains journeaux : les sympathisants de gauche sont de très loin les plus virulents et les plus agressifs dans leurs propos, et souvent bien plus que ceux du Front National. Ils montrent fort peu de respect pour les valeurs de tolérance dont ils affirment pourtant être des défenseurs absolus. C'est ce "deux poids deux mesures" que je refuse au nom de l'honnêteté intellectuelle et d'une morale basique.

Mes tout derniers mots iront pour dire qu'en dehors de mes questions légitimes face une situation sociétale incomplètement étudiée, je suis toujours étonné de voir qu'un écrit remontant à plus de 300 ans avant JC puisse évoquer un fait toujours de brûlante actualité. Finalement, nous ne vivons rien de complètement nouveau. C'est l'éternel recommencement qui appelle un certain pessimisme : l'humanité à l'évidence ne retient aucune leçon du passé.

Published by ELLYPSO WARATAHS - dans FAITS DE SOCIETE
commenter cet article
20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 03:00

Copie de discrimination - ageRécemment, alors que je regardais le film de Jacques Audiard, Sur mes lèvres, tourné en 2001 et diffusé sur Direct 8, une scène m'a frappé car elle m'a ramené vers mon vécu actuel. L'héroïne, Carla, une jeune femme sourde a besoin de se faire seconder dans son travail de secrétariat au sein d'une grande entreprise de BTP. Elle se rend donc dans une agence ANPE pour faire paraître une offre d'emploi. Et au cours de l'entretien entre Carla et l'employée qui la reçoit, la jeune femme précise qu'elle préfèrerait un homme. Elle est aussitôt coupée sèchement par son interlocutrice qui lui répond que c'est impossible : "C'est de la discrimination !" Puis immédiatement, l'employée enchaîne : "Quel âge ?" Carla bafouille un peu puis finit par dire qu'elle souhaiterait une personne dans les 25/30 ans. "Tiens, tiens ! pensai-je, voici une authentique discrimination qui est quant à elle parfaitement légitimée. Et ouvertement en plus !" 

Bon, c'est une fiction car dans la réalité, la discrimination sur l'âge est officiellement très réglementée en France : elle est toléréee si elle est vraiment nécessaire à la fonction exercée dans une entreprise ou si elle répond à une politique menée par les pouvoirs publics en faveur d'une catégorie de la population (ex : jeunes, travailleurs âgés...). Dans tout autre cas, elle est strictement interdite et aucun critère d'âge ne doit figurer sur le texte officiel de l'offre d'emploi quel que soit le moyen de communication utilisé (Pôle Emploi, presse, Internet, radio, TV...). L'article L122-45 du Code du Travail français le spécifie clairement à travers l'exclusion de différents types de discrimination :

Aucune personne ne peut être écartée d'une procédure de recrutement (...) en raison de son origine, de son sexe, de ses moeurs, de son orientations sexuelle, de son âge, de sa situation de famille ou de sa grossesse, de ses caractéristiques génétiques, de son appartenance  ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une race, de ses opinions politiques, de ses activités syndicales ou mutualistes, de ses convictions religieuses, de son apparence physique, de son patronyme ou (...) en raison de son état de santé ou de son handicap."

Le rappel aux candidats d'origine immigrée ou carrément immigrés est ici clairement mentionné. Ceux-ci sont placés dans notre pays, en tout cas officiellement, sur le même plan que les citoyens français de souche... à la différence de l'Australie qui discrimine ouvertement les prétendants migrants sur l'âge sans qu'un lien objectif de causalité professionnelle ait jamais été démontré.

Cependant, malgré ces garde-fous législatifs en France, nous savons tous qu'officieusement des discriminations ont lieu surtout si une photo est exigée au préalable avec le CV ou après un entretien quand votre âge vous est demandé... et que vous avez soigneusement évité de le mentionner dans votre candidature écrite. J'ai connu quelques personnes qui travaillaient dans le secteur commercial (toutes activités confondues) et qui avaient parfois recruté seules ou collectivement et qui ne m'avaient pas caché qu'elles préféraient un nouveau collaborateur plus jeune et/ou plus avenant voire beau dans leur équipe à compétences égales... ou à peu près ! Car parfois, le "bon" âge ou le "bon" physique peut faire oublier à certains recruteurs les manques et faiblesses d'une candidature. Pas très moral, ni honnête, ni légal mais comme rien n'est écrit, tout est finalement possible. Personnellement, j'ai fini par ne plus dire mon âge après que j'aie eu 35 ans sachant la ségrégation hypocrite qui s'opérait avec le temps. J'ai toujours pu compter jusqu'à présent sur mon physique paraissant un peu plus jeune que mon âge réel et mon argumentation étayée (j'ai une solide expérience professionnelle). Et si je devais révéler mon âge, le recruteur pouvait alors le mettre en balance avec tout ce que je lui avais dit auparavant sur ma connaissance du terrain. Cette ruse m'a souvent servi en bien. Mais son action est toutefois limitée : même si je fais plus jeune que mon âge, je vieillis, et à un moment, je finirai par paraître physiquement comme un senior bien conservé mais un senior tout de même. J'ai cependant la chance de travailler dans un secteur d'activité qui ne discrimine pas trop sur l'âge même si ça se fait sans doute de-ci de-là bien entendu.

 discrimination - age


Dans cet article, je voulais mettre l'accent sur ce "racisme" anti-âge, appelé âgisme, si présent dans les sociétés occidentales depuis des années maintenant, en particulier depuis la révolution sociétale et sociale de la fin des années 1960. Cette dernière période de l'Histoire humaine s'est caractérisée par un formidable désir de liberté tous azimuts porté par la jeunesse et un rejet des conventions sociales alors symbolisées par les gens plus âgés et surtout ceux de 40 ans et plus.

Cependant, le positif apporté par un gain important de liberté individuelle a paradoxalement fait croître un égoïsme qui n'a cessé de durcir l'environnement social au fil du temps. L'épanouissement personnel a fini année après année par se vautrer dans un matérialisme capitaliste exacerbé et indécent qui sacrifie sans pitié tous ceux qui ne peuvent le satisfaire immédiatement. Il n'y a effectivement pas d'opposition entre la recherche d'un accomplissement individuel et l'économie de marché : combien d'anciens babas cool sur le chemin d'une pleine expression de soi sont devenus de riches hommes d'affaires ? Beaucoup, et quelques-uns sont célèbres. Ainsi, Larry Brilliant est à la tête de Google.org, filiale du géant Google, qui se présente comme une fondation philanthropique destinée à financer des projets à but humanitaire et altruiste. Cet alerte sexagénaire conserve encore un lien avec l'éthique de partage et de bonheur un rien fleur bleue de sa jeunesse. Mais d'autres gèrent désormais ou ont gérés des activités bien éloignées du bien-être collectif et de celui de l'environnement. C'est le cas de Richard Branson le créateur et patron de l'entreprise Virgin et de sa principale filiale Virgin Airways. C'était aussi le cas de Steve Jobs, le créateur superstar d'Apple. Ces exemples montrent que la notion de liberté individuelle est très idéalisée et se fonde sur un certain égoïsme qui désire obtenir de la vie un retour sur gage... de confiance et de dynamisme : c'est la fameuse notion de profit personnel à laquelle on peut donner toutes les nuances possibles. Et à partir de l'idée de profiter de la vie, un lien direct a été créé vers celle d'épanouissement personnel, ce dernier se résumant pour nombre de citoyens des pays occidentaux à consommer le plaisir où il peut être trouvé.

Copie de discrimination - ageEt la quête de la plénitude personnelle passe forcément pour une grande majorité de gens par les expériences sexuelles avec son corollaire "seventies", l'hédonisme. D'où ce culte de la jeunesse que nous subissons tous ! Qu'est-ce qui est surtout beau et désirable aux yeux de la plupart d'entre nous : le corps humain jeune et attirant, jugé sexuellement plus désirable. Parallèlement, le tabou sur la sexualité des vieux et l'ostracisation de la vieillesse autant que de la mort se sont mis en place très vite. De nos jours, en Occident, la vision de la fin de vie est essentiellement négative parce que notre condition mortelle est dépréciée.

Appartenant à une génération intermédiaire née dans les années 1960, les premiers post-babyboomers, j'ai pu voir la manière dont la mort était appréhendée changer autour de moi. Lorsque j'étais enfant, celle-ci appartenait à ma vie sociale : la Bretagne est une région paysanne et pieuse. Les anciennes générations ont souvent eu un lien simple et sacré, parfois un rien susperstitieux, avec l'environnement au sens large : la Bretagne est aussi une terre fertile en légendes où druides, fées et magiciens mais aussi Dieu et ses saints usent de leurs pouvoirs sur les humains. Et la mort n'était jamais vue comme quelque chose de sale, de dégoûtant : elle était incluse dans la vie. Je me souviens d'avoir embrassé à 8 ans le front glacial de mon grand-père paternel sur son lit de deuil. J'étais interrogé, intimidé, mais en rien terrorisé. Mes parents et le reste des adultes alors me présentaient la chose comme allant de soi même si elle était douloureuse moralement. C'était la coutume, un adieu rendu au défunt avant d'être mis dans le cercueil puis enterré. J'avais trouvé le contact avec la peau glacé de mon grand-père un peu désagréable mais pas répugnant du tout : Pépé était parti... ailleurs. Mais le corps était là. Je ne comprenais pas. Cependant, je n'avais pas peur. A l'époque, j'étais un jeune catholique pratiquant. Je pouvais accepter naturellement la mort comme élément d'un processus de vie global dont je ne maîtrisais ni les tenants, ni les aboutissants. C'était comme ça. Et c'était un mystère SACRE. Et je pense très profondément que c'est la perte du sacré religieux et plus généralement spirituel qui nous a fait oublier la nature profonde, unique, si particulière de la vie... et de sa soeur cadette, la mort. L'une et l'autre ont été arbitrairement séparées puis opposées frontalement dans les esprits à mesure que ceux-ci se soumettaient au culte du matérialisme. L'accent étant mis sur le corps seul, la mort est logiquement devenue plus menaçante : elle sonne pour beaucoup d'entre nous la fin irrémédiable de toute chose et symbolise le néant parfait.

Pour ma part, je ne sépare plus la vie de la mort. La première inclut la seconde qui en est de fait une partie. Ma spiritualité se fonde en grande partie sur le bouddhisme depuis de nombreuses années. Je vois la vie comme un processus global où se succèdent éternellement états d'incarnation et de disparition physiques. La mort est une période de latence dans notre existence : elle est la désagrégation de notre corps mais elle ne signifie pas pour moi ou tout bouddhiste que notre énergie vitale n'est plus. Celle-ci existe toujours au contraire mais sous une forme différente, immatérielle et invisible. Et ce n'est pas parce qu'on ne voit, n'entend ou ne sent pas quelque chose qu'il n'existe pas : l'air ou d'autres gaz comme le redoutable monoxyde de carbone en sont les plus parfaits exemples. Aux yeux d'un bouddhiste, la mort est une sorte de sommeil d'où toute conscience a disparu ; l'identité sociale que nous avions, notre ego, elle, est bien détruite au cours du trépas mais notre essence de vie, notre VRAI moi, pur et détaché de toute chose, NEUTRE, lui demeure vivant, comme endormi, en attente d'une renaissance physique. C'est aussi pourquoi, nous oublions nos incarnations précédentes : seul l'essentiel, notre force vitale, reste et perdure de vie en vie. En résumé, selon ma croyance, la vie est le fonctionnement intrinsèque de la réalité cosmique qui intercale pour les être vivants, vécu et mort physiques, et pour les choses inanimées, agglomération et désagrégation :

"Les cycles de la vie et de la mort peuvent être comparés à l'alternance du sommeil et de l'état de veille. A l'instar du sommeil qui nous prépare à l'activité du lendemain, la mort peut être vue comme un état dans lequel nous nous reposons et nous ressourçons avant d'entreprendre une nouvelle vie. (...)" (Le cycle de la vie, Daisaku Ikeda)

Copie de Copie de discrimination - ageLa vie n'est qu'énergie, force vive, qui selon les lois chimiques et physiques de l'univers, permet parfois à certaines sources d'énergie de se réunir sous la forme d'une entité solide vivante et mouvante. Bien sûr, tout ça n'implique pas qu'il existe forcément une équivalence de durée entre période incarnée et période désincarnée de l'être intime. Une vie physique longue, moyenne ou courte peut être suivie d'un temps de disparition bref, moyen ou long du plan d'incarnation sans exacte correspondance de durée et vice-versa. Après, à l'échelle universelle, que veulent dire les mots "court", "moyen" ou "long" ?

En ce qui me concerne, la mort conserve une nature sacrée. Autour de nous, on entend souvent évoquer le côté "sacré" de la vie mais rarement voire jamais de la mort. On peut même dire que cette dernière est perçue par beaucoup comme une attaque au côté sacré de la vie. Le rejet de l'avortement ou du suicide par les catholiques appartient à cet ordre d'idée par exemple mais il a un sens : c'est la mort non-naturelle, non fortuite, qui est condamnée moralement. Le décès naturel est quant à lui entouré d'une aura plus mystérieuse et du coup sacrée puisque Dieu a rappelé l'un des siens auprès de lui : "Les voies du Seigneur sont impénétrables." Pour tous les autres qui ne pratiquent pas une religion ou la pratiquent sans réel sens spirituel, le côté sacré de la vie est devenue une notion très vague, sans réel contenu, tant le respect de la vie physique et morale est bafoué sur terre. Si nous nous respections vraiment les uns les autres, nombre de nos problèmes relationnels disparaîtraient et notre existence en serait bien simplifiée. Non, à l'inverse et conformément à l'implantation de l'idéologie matérialiste dans les esprits, le côté sacré de la vie est envisagé par beaucoup d'entre nous de manière sentimentale et du point de vue strictement physique : la vie est sacrée parce qu'on peut en jouir, tirer profit des opportunités qu'elle nous offre tant que notre corps est vivant. Rien de plus. C'est évidemment extrêmement superficiel : c'est rabaisser l'essence même du mot et de l'idée de sacré à un niveau très bas, presque nul. Dans ce cas, il n'est pas surprenant que tout ce qui nous rappelle que nous ne sommes là que temporairement, la vieillesse (donc l'âge), la maladie et la mort, soit déprécié et dénié en Occident. 

Lorsque j'étais à Uluru, en Australie, fin 2010, je m'étais aperçu à quel point pour les Aborigènes, la vie dans son sens global, vie/mort, était SACREE. Intimement, viscéralement. A travers leur cosmogonie, leurs légendes, les primo-Australiens imposaient à moi le visiteur de l'un des hauts lieux de leur culture leur vision du monde et de l'univers de manière forte, puissante, complète. Je n'aurais même pas eu l'idée de transgresser les multiples interdits qui entouraient le grand rocher sacré dont j'ai pris tant de photos. De plus, l'état du Territoire-du-Nord qui gère ce lieu punit sévèrement toute personne qui ne respecte pas ces limites imposées par les Aborigènes. Par la suite, après mon retour en France, j'ai observé d'une manière différente les lieux religieux du monde soit près de chez moi, soit plus loin à travers des documentaires à la télévision. Et j'ai alors vu combien nos sociétés occidentales méprisaient le fait religieux et corrompaient la notion de spiritualité.

Nos églises sont des endroits où des milliers de touristes vont et viennent sans aucun respect du lieu et des rites qui y sont célébrés. De nombreuses personnes viennent vers les "nouvelles" spiritualités qui ne sont souvent que des réinterprétations d'anciennes religions avec comme but unique leur SEUL épanouissement et avec une vision très idyllique de la communion universelle, très Peace and love, irréaliste, superficielle, erronée. Où pourrait donc se nicher le sacré là-dedans quand l'égoïsme le plus pur s'exprime à longueur de séminaires, d'interviews, de vidéos ou d'écrits complaisants ? C'est toujours ce que je perçois chez de (trop) nombreux adeptes des nouvelles formes de spiritualité, c'est d'oublier L'AUTRE, le tiers adversaire ou ami en fait : toujours ramener la couverture à soi semblerait être leur mot d'ordre, officieux bien sûr. C'est bien beau de parler d'Amour (avec un grand A) et d'harmonie mais encore faut-il le montrer soi-même autrement qu'en suivant principalement les conseils et enseignements donnés par d'autres : ne pas juger, être attentionné... C'est simple et concret. Et les effets sont rapides voire immédiats. Personnellement, bien que dans ce blog, je parle de mon expérience, j'essaie de rester vigilant à ne pas parler que de moi : j'ai inclus des rubriques plus tournées vers les autres et des thèmes plus collectifs. Parallèlement, j'essaie de rester en lien avec ma famille et quelques amis proches et d'être un agréable interlocuteur pour ceux qui me rencontrent. J'y parviens avec plus ou moins de bonheur selon les jours et les moments. Mon objectif est de toujours garder ouvert le pont dressé entre moi et les autres et de le consolider. Sans les autres, je ne suis rien : je n'ai aucune reconnaissance valable de qui je suis. Le lien sacré de la vie est d'abord là, en fait, dans notre être puis dans l'échange entre ce dernier et autrui ; la vie est communication d'abord et parfois ensuite, elles peut devenir communion.

Communiquer... ce mot est à l'opposé de ce que nous voyons en Occident où le capitalisme triomphant, largement aidé par l'idéologie soixante-huitarde, a détruit les solidarités sociales et isolé les anciennes générations. L'individualisme roi impose son diktat à tous et son avatar maléfique, l'égoïsme, en profite pour s'exprimer pleinement en ruinant nos fragiles équilibres sociaux. Dans ces conditions, le sacré ne peut exister AUTHENTIQUEMENT. Seuls des ersatz prennent le relais. Et bien sûr, l'idée même de religion est rabaissée, ridiculisée, quand elle n'est pas tout simplement vilipendée, haïe. Au lieu de questionner l'idée religieuse, on l'a purement et simplement condamnée comme étant néfaste. Sauf que la liberté que nous pensions avoir gagnée ainsi a enfanté un monstre : une société décadente et d'une violence inouïe envers les plus faibles (handicapés, personnes âgées, malades ou chômeurs de longue durée...) et tous ceux un peu trop différents ou décalés par rapport aux normes en vigueur (personnes grosses ou avec des traits physiques très particuliers, personnes ayant un mode de vie ascétique, personnes asexuelles...). La fameuse révolution beatnik, c'est aussi ÇA : une réalité irrespectueuse de la vie et de son fonctionnement global. La vieillesse, la maladie et la mort sont rendues terrifiantes alors qu'elles appartiennent à la réalité humaine depuis toujours. Il est tout de même paradoxal de voir combien les mouvements spirituels humanistes ont le vent en poupe tandis que simultanément, leurs adeptes sont terrorisés à l'idée de vieillir et de mourir. A la limite, je pousse le bouchon à peine plus loin en disant : "Mais comment peut-on manger bio, se prétendre écolo et proche de la nature quand le simple fait de mourir nous effraie à ce point ?" Logiquement, nous devrions accepter cette réalité en totale concordance avec le processus naturel sans problème, sans fatalisme ni peur, et avec neutralité. La mort est aussi noble que la vie puisqu'elle en découle.

irish graveyard NB 7.6CMDe tous temps, on a craint la mort : on perd ses proches, ses biens, un statut et on n'ignore ce qu'il y a après le trépas. On sait juste que le corps se putréfie et se désagrège. Et nous ne conservons de l'absence de vie que cette vision digne des films d'horreur. Mais il vaudrait mieux se réconcilier avec la mort. Ainsi, nous pourrions vraiment construire une société plus juste : l'équilibre générationnel serait rétabli en considérant davantage nos anciens auxquels nous prêterions l'attention et le respect auxquels ils ont droit. Nous éviterions ainsi de placer par anticipation ces derniers dans l'antichambre de la mort alors même que certains ont encore bon pied bon oeil. L'ironie du sort actuellement est de voir d'alertes quinquagénaires ou sexagénaires se plaindre de l'irrespect dont les jeunes les gratifient alors même que c'est eux qui ont bâti cette société ultra matérialiste où la jeunesse triomphante s'étale à grands coups d'images agressives. La leçon est claire : aller vers ce que l'on CONSIDERE comme le progrès social ne justifie pas que l'on jette tout ce qui existait avant. Un TRI est nécessaire. Force est de constater que nos aînés les plus jeunes, ceux qui avaient 20 ans vers 1970, ne l'ont pas fait et qu'ils récoltent en partie ce qu'ils ont semé. Causalité implacable.

Dans son film La plage (2000), l'américain Danny Boyle, a fait une métaphore terrible et fort juste du fonctionnement de la société occidentale. Les 3 héros, Richard, Etienne et Françoise interprétés par Leonardo Di Caprio, Guillaume Canet et Virginie Ledoyen découvrent sur une île lointaine une micro-société humaine autarcique fondée par une jeune femme, Sal, et son compagnon quelques années auparavant. Au cours de leur séjour dans ce lieu aux allures paradisiaques, les 3 jeunes gens vont vite s'apercevoir que sous les apparences idylliques une réalité plus sombre entretient la cohésion du groupe : le déni et l'exclusion. La société créée autour du leadership de Sal n'accueille de par son éloignement que des jeunes et est fermée à toute nouvelle introduction. Les 3 héros sont acceptés par défaut au départ. Puis les rapports se détendent. Richard, Etienne et Françoise sont séduits par l'atmosphère enchanteresse qui semble régner sur place. Et l'idéologie du groupe centrée autour d'une vie plus proche de la nature (alimentation bio, absence de pollution, refus de la technologie) et d'un temps libre important est également attirante. Alors que tout va pour le mieux, un accident grave va révéler la nature cruelle de l'éthique qui structure le groupe : 2 jeunes hommes suédois, un couple gay, sont attaqués par un requin et sont gravement blessés. Au lieu de leur prêter secours et assistance, leurs congénères les laissent agoniser dans d'atroces souffrances. Quand l'un meurt, il est inhumé avec maladresse et détresse : on voit alors que la mort n'avait même pas été envisagée comme évènement possible. Quant à l'autre blessé, il est déposé dans la forêt tropicale loin du village, sans soins, afin de trépasser hors de la vue de tous. Les 3 héros sont terrifiés et profondément choqués, surtout les 2 garçons. Ils découvrent alors le vrai visage de Sal. La maladie et la déchéance physique sont exclues de la société qu'elle a créée. Tant que chacun n'a aucun problème grave de santé et garde secrète l'existence du groupe, tout va bien sinon c'est le rejet pur et simple. Ce film est une merveilleuse fable qui en dit long sur l'Occident : tout est beau et merveilleux, plus facile en tout cas, quand on est jeune, beau, en bonne santé et qu'on respecte les codes imposés. Commencez à vieillir, à être de plus en plus malade ou à être un peu trop différent, vous vous verrez vite montrer que vous devenez de trop. Mieux vaut vous éloigner du regard de tous. Evidemment, l'exclusion sociale est plus hypocrite dans la réalité. Ce qui est aussi très intéressant dans La plage, c'est le fait de placer l'essentiel de l'action au sein d'un groupe qui rappelle les communautés hyppies des années 60/70. Ce rapprochement n'est certainement pas dû au hasard ; il confirme que la relation causale entre la pseudo-liberté invoquée par l'idéologie beatnik et la nature inhumaine de notre société actuelle n'a pas échappé à d'autres que moi.

 discrimination - age

 

Derrière la ségrégation sur l'âge, c'est la peur de mourir qui est tapie et qui nous rend aussi durs et intransigeants avec tout ce qui peut nous rappeler notre état mortel. Sauf qu'en agissant ainsi, nous n'avons rien gagné ou si peu. Nous considérons les gens comme interchangeables, comme des objets. Nous consommons les relations amicales ou amoureuses comme des services : nous zappons, nous éliminons, nous remplaçons d'un clic ou d'un mot bien envoyé ou plus lâchement sans rien dire les individus autour de nous quand nous ne trouvons plus de profit suffisant à notre lien avec eux. C'est aussi la logique du travail : considérer que tout employé peut être remplacé par un autre... ou une machine. Nous voudrions être performants tout le temps. Je ne peux même pas dire jusqu'à notre mort puisque nous refusons de mourir.

La très grande majorité d'entre nous rêvent d'une vie éternelle tout au fond d'eux-mêmes. Ce qui est un non-sens évident : on ne respecte pas la vie ainsi car elle ne fonctionne pas de cette façon. La vie INCLUT la mort, qu'on le veuille ou non : dès la naissance, notre corps commence sa marche inéluctable vers sa fin programmée. Si la vie avait conservé un authentique caractère sacré, nous craignerions certainement toujours la mort mais nous la rendrions plus proche, plus banale, moins "plombante"... et moins terrifiante. 

Mais notre société occidentale a choisi une autre voie depuis 40 ans : la culture du déni qu'elle fait payer à tous dès que la maturité arrive. La conséquence brutale pour tout un chacun est une survalorisation constante de la jeunesse perçue abusivement comme plus performante en général. N'oubliez pas qu'à un moment donné, nous serons tous des seniors. Nous aussi, nous nous retrouverons hypocritement mis de côté parfois ou souvent. Il ne tient qu'à nous de changer individuellement cet état de chose en modifiant nos conceptions sur la vieillesse et la mort. Ce n'est qu'ainsi que nous respecterons de manière profonde le processus complexe qu'est la vie. C'est l'unique façon de contrer la décadence humaine qui corrompt notre société : réunifier notre ego avec l'idée de la mort, retrouver les fondements de notre personnalité, le basique, l'essentiel, hors du temps et des conventions sociales. Réinstaurer un meilleur dialogue entre notre identité temporaire et celle plus intime, intouchable par les vicissitudes de la vie matérielle, notre véritable "Je". C'est un mode de penser et d'action philosophique puis spirituel et enfin psychologique. L'écueil absolu à éviter est l'égocentrisme qui dégénère à la longue en égoïsme. Ce qui exige un véritable travail sur soi. Dans un monde où la facilité est le chemin valorisé, c'est un vrai défi à relever. Je dirais même que c'est une révolution intérieure. Mais sans une telle évolution personnelle, n'espérez aucun progrès extérieur autour de vous ou alors en surface. Et le bonheur de vivre est aussi à ce prix : l'équilibre entre son accomplissement et celui des autres... détaché de l'angoisse de la mort.


Buddhist cemetery 7.6CM NB 

Je vous quitte avec ces mots merveilleux d'André Baechler, enseignant suisse en Reiki, qui sont à méditer tant ils sont empreints d'humanité et de compassion. Ces propos reflètent avec précision des situations que j'ai vécues et des faits que je constate chaque jour :

"La véritable jeunesse est l'émanation de ce qui brille au plus profond de nous. J'ai vu des gens de 20 ans extrêmement vieux et aigris, ainsi que d'autres de 80 ans en "pleine adolescence". (...) Une personne refusant son âge dégage quelque chose de faux, émanant cette lutte acharnée de chaque instant à refuser son aspect naturel. Elle n'est pas authentique. Celle qui malgré le poids des années brille et rayonne de l'intérieur est infiniment plus riche de la beauté qu'elle émane. (...).

L'âge est sans importance, il est juste une mesure terrestre, un repère qui peut nous être utile s'il est bien utilisé. Nous ne sommes pas forcément nés pour mourir vieux. Faire durer la vie le plus longtemps possible n'est pas un but absolu. Une fois de plus, pourquoi ne pas privilégier la qualité plutôt que la quantité ? (...).

Bien sûr, notre société basée sur la compétition est un mode de valeurs faussées excluant les personnes au fil de leur âge plutôt que de les intégrer en complémentarité aux plus jeunes. Dans notre jeune âge, il est facile de se valoriser (fictivement) par notre profession, mais les années passant, il devient vital d'exister pour soi, notre société nous gratifiant de moins en moins. Alors n'attendons pas ce rejet programmé pour savoir ce que nous valons et pour découvrir toutes les richesses ignorées qui nous habitent... bien au-delà de notre âge. (...).

La feuille naît au printemps et meurt en automne, mais l'arbre persiste et rayonne sa beauté au-delà des saisons. Et quand l'arbre meurt, la forêt se renouvelle... A cette image, nous existons, tout simplement, au-delà du temps, sans début ni fin. La vie se transforme mais ne meurt jamais." (www.reiki-formation.ch, André Baechler)

N'est-ce pas au fond cette réalité qui nous dérange le plus dans l'inexorabilité du sort fatal qui nous attend : que la vie puisse continuer tranquillement sans nous, comme si nous n'avions jamais existé ? Réaction futile de notre ego révolté par son impuissance face au cours des choses mais maintenu complaisamment par la société dans l'illusion d'une éventuelle rémission temporelle. Nous voudrions être à chaque instant l'unique centre de toutes les attentions, et l'être à jamais ! Peine perdue : la vie, elle, s'en fout ! 

3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 01:13

Je viens de passer 2 semaines de vacances qui ont été reposantes physiquement et moralement. Cette parenthèse professionnelle m'a permis de me concentrer sur mon objectif d'émigration. Mais j'ai dû et dois encore affronter une appréhension incroyable. Et pour cause ! La réalité administrative avec laquelle je dois composer est tout simplement inhumaine et met sérieusement en péril mon histoire d'amour avec mon ami. L'Australie fait une ségrégation importante sur l'âge et à un degré moindre selon les origines sociales. Le pays a bâti tout un système législatif de contrôle de l'immigration qui est l'un des plus durs au monde et qui est régulièrement mis à jour et raffermi sur ces bases. L'éthique affichée est très simple et très brutale : après 44 ans, une vie humaine n'a plus de valeur économique, donc elle n'a plus de valeur tout court. D'un point de vue moral et humain, c'est un raisonnement assez simpliste, choquant et très contestable voire douteux. En effet, en rejetant l'âge civil d'une personne, on rejette aussi son âge physique et par conséquent son corps comme on le ferait si on recalait toute personne selon la couleur de sa peau ou de ses yeux. L'âge est à l'inverse des qualifications et des compétences une qualité non choisie, qui s'impose naturellement comme le fait d'avoir telle ou telle caractéristique physique : sexe, taille, couleur de cheveux, morphologie générale, etc... On est tout de même assez proche d'idéologies de type eugéniste ou raciste et très coercitives peu conformes aux droits de l'Homme. D'ailleurs, les rubriques en lien avec la santé exigent par exemple de si sérieuses garanties qu'elles en deviennent moralement discutables. Ce n'est pas pour rien que des associations australiennes aident les personnes étrangères séropositives ou ayant des pathologies sérieuses et incurables (diabète, asthme sévère...) mais n'affectant en rien leur vécu social et leurs capacités de travail dans leur parcours pour émigrer au pays des kangourous. Si ces acteurs sociaux existent, c'est que l'admininistration fédérale australienne a tendance à privilégier une attitude systématique de suspicion voire de rejet à l'égard des individus concernés. C'est évidemment une affaire de préjugés, particulièrement pour les migrants séropositifs. La raison en est bien sûr claire : l'argent et encore une fois la rentabilité. La personne avec une pathologie chronique est d'emblée perçue comme une charge financière éventuelle : elle peut potentiellement coûter plus qu'elle ne rapporte au pays accueillant sur un plan économique. Ce qui est inacceptable pour une nation ultra-capitaliste comme l'Australie. Un tel mode de pensée est bien sûr erroné : à travers le monde, de nombreux citoyens séropositifs ou souffrant de pathologies chroniques plus ou moins graves sont des employés aussi compétents que tout autre et qui demeurent compétitifs dans leur rapport de rentabilité sociale, puisqu'il s'agit bien de ça ! C'est plutôt horrible, non, d'envisager une société où l'homme du quotidien n'est plus qu'une donnée quantifiable de productivité au service de la collectivité. Mais c'est la logique essentielle du capitalisme.

Nous sommes dans l'entretien d'une philosophie violente et la consolidation d'une idéologie sociale profondément discriminatoire. il s'agit d'exclure radicalement certains et d'accueillir d'autres tout en les rendant conformes à un groupe dont on décrète ARBITRAIREMENT quels seront les points forts principaux à imposer à tous. C'est la fabrication artificielle, utilitaire, d'une identité sociale autour de laquelle la population d'un pays doit se retrouver toute entière. Les notions de jeunesse et de productivité appartiennent désormais aux fondements soutenant la mise en place d'une idéologie collective en Australie. Les préjugés envers certains décrétés moins acceptables que d'autres demeurent toutefois à la base de la construction de cette identité nationale. Après, restent à choisir et à désigner ceux qui seront dorénavant les moins acceptables... en concevant et en renforçant un système de sélection des individus selon des critères et un schéma de société préétablis. La notion de CHOIX de valeurs par les autorités publiques compétentes est donc prééminante. Et dans le domaine de l'éthique sociale, l'importance donnée à l'argent via la productivité économique individuelle est cruciale en Australie.

Cette question financière va d'ailleurs hanter rapidement tout le parcours de l'émigrant, en particulier pour simplement obtenir l'un des nombreux visas temporaires ou permanents dont la grande majorité sont payants... et souvent très chers. Si le candidat migrant est de condition modeste, la privatisation presque totale du processus de traitement des dossiers de demande de visas le dissuadera également très vite de continuer ou le mènera inévitablement à bien peser sa décision avant de persévérer : les agents agréés par l'Etat australien sont à 80 % des avocats et des juristes spécialisés dans les questions migratoires. Et la plupart officient dans des cabinets juridiques. Peu sont à leur compte. Autant dire que les tarifs s'envolent et que tout un commerce très lucratif s'est développé autour des flux de migrants en demande de visas. Des agents aux services gratuits existent parallèlement mais ils sont soit bénévoles, soit employés par des associations et se tournent vers des populations ciblées : réfugiés, personnes en situation humanitaires ou très particulières (ex : population musulmane, séropositivité ou les questions de partenariat homosexuel avéré depuis longtemps). L'administration australienne, quant à elle, n'intervient qu'en tout dernier ressort pour honorer ou rejeter les candidatures à l'expatriation. Merveilleux exemple du capitalisme tout-puissant qui s'enrichit sur l'espoir et parfois la détresse des gens.

Tout le monde ne décide pas d'émigrer aux antipodes pour le soleil et les paysages de l'Australie. Ce qui est mon cas. Ma motivation principale est ma relation avec Derek, mon ami. Je l'ai souvent dit : ce pays ne m'avait jamais attiré auparavant. C'est mon amitié devenue amour qui a créé un pont vers lui. Je suis blessé, sincèrement, profondément. Je vois une nation qui prétend afficher des valeurs humanistes mais dont une partie de son système administratif est conçue de telle sorte qu'elle rabaisse la vie humaine : on tente de quantifier la valeur d'un individu par des tests à points soit-disant objectifs mais toujours dirigés dans la même direction : EXCLURE. Les tests une fois bâtis sont neutres effectivement dans leur fonctionnement mais ils ne le sont pas du tout quant aux motifs qui les ont fait naître et dans leur conception. Les critères de sélection sont bien issus d'une réflexion subjective puis normalisée, ce qui ne la rend pas plus objective pour autant. En tout cas, le but ultime est toujours le même : séparer les prétendus "meilleurs", comprendre "les plus rentables"... ou "plus malléables" aussi. Un jeune accepte plus facilement d'autres les nouvelles idées surtout quand elles revêtent des apparences flatteuses. Une personne d'âge mûr a une expérience de vie plus longue, des opinions et des arguments plus appuyés, un esprit critique plus développé. Le formatage des esprits est une donnée à prendre en compte dans la conception du processus qui mène à l'obtention d'un visa australien. En effet, les gens ayant pu faire une formation diplômante en Australie sont privilégiés. Pour les autres, s'ils ont fait des études conséquentes à l'étranger, mieux vaut qu'elles aient été dispensées en anglais et qu'ils échappent à la limite d'êge qui finit toujours par vous rattrapper à un moment ou un autre ! Eh oui ! Même si certains visas temporaires me sont accessibles avec une limite d'âge plus élevées (49 ans) ou sans, s'ils peuvent m'amener vers un visa permanent, ce dernier est assujetti aussitôt à la limite d'âge la plus basse (44 ans) ou à des conditions d'études EN Australie largement privilégiées par rapport aux autres (même en milieu anglophone). Ces critères s'imposeront à moi bien que j'aurais déjà travaillé un ou 2 ans dans le pays. Ce qui revient à dire que malgré une expérience professionnelle conséquente (hors du et sur le territoire), un niveau d'anglais devenu très bon, je pourrai me voir obligé de quitter mon travail et le pays pour laisser la place à quelqu'un d'autre de plus jeune même s'il est beaucoup moins expérimenté.

En fait, et contrairement au discours affiché, les autorités australiennes cherchent d'abord des gens jeunes et ensuite seulement des gens vraiment très compétents. La preuve en est que pour les tests de sélection à points, pour une personne de 20 à 35 ans, le critère de l'âge rapporte à lui seul en général plus de points (en plafonnant à 30) que celui des niveaux de langue, de qualification ou de compétences réelles qui au maximum plafonnent chacun soit à 20 ou 25 points. Il y a sans doute une adaptation aux exigences du marché de l'emploi local mais ça ne peut être l'unique motif sans quoi, le critère d'âge ne serait pas autant valorisé par rapport à tous les autres dont aucun n'atteint un maximum de points identique. On est bien comme je le disais plus haut dans la construction d'une société centrée principalement autour de la jeunesse et moins autour de la valeur intrinsèque réelle de chaque individu. On est plus dans l'élaboration d'un fantasme social où jeunesse et contribution effective à la collectivité sont réunies de manière quasi-exclusive, totalement arbitraire autant qu'abusive.

Il y a bien une linéarisation culturelle et sociale : le schéma de civilisation anglo-saxon est imposé sans partage. Mieux vaut être jeune et anglophone ou de pays bien perçus car dociles devant la puissance culturelle anglo-saxonne ou vus comme plus proches culturellement (pays scandinaves et germaniques notamment). Les pays ou régions francophones en raison de leur attachement à leur langue et à leur identité sont très pénalisés. Ainsi pour le Canada, les ressortissants québécois bien que parfaitement bilingues grâce à leur adaptation pragmatique à un environnement anglophone ont parfois une procédure spécifique. Ils doivent pour obtenir certains visas prouver l'acquisition d'un niveau d'anglais suffisant au cours de leurs études surtout s'ils ont choisi de suivre entièrement ou la majeure partie de leur scolarité dans des établissements francophones. Ce qui est plutôt insultant.

Je ne suis pas contre des restrictions dans les processus d'immigration à la condition que la valeur de chaque être humain soit dûment respectée en ne voyant pas sa vie et son expérience rabaissées et que les procédures de sélection évitent de prendre en compte des facteurs involontaires en relation avec son vécu et son corps. On entre là tout de même dans la notion solemnelle du respect de l'intégrité morale personnelle. J'accepte l'existence d'une immigration choisie et très contrôlée si seulement elle prend en compte des critères essentiellement objectifs et liés aux choix individuels : études, emplois occupés, situation maritale... Les principes discriminatoires quels qu'ils soient violent toujours de fait les droits de l'Homme. Et on peut parler de discrimination "positive" ou choisie, ça ne change rien au fait qu'on établit une échelle de valeur SUBJECTIVE parmi les êtres humains : certains sont plus acceptables que d'autres et tout sera fait pour les faire entrer plus facilement sur un territoire et intégrer une communauté donnée. Et puis promouvoir sa culture en privilégiant particulièrement l'héritage anglo-saxon au détriment de l'héritage originel australien aborigène, surtout du point de vue linguistique, m'interroge toujours.


En cherchant à entamer le processus administratif d'immigration australien, je me trouve malgré moi confronté à un rapport de force. Le monde politique et économique anglophone et surtout anglo-saxon impose son poids culturel au reste de la planète aidé en cela par la puissance idéologique et symbolique des Etats-Unis. Par conséquent, il est totalement illusoire de croire que les valeurs humaines et la dignité de la vie soient la base des échanges migratoires pour les pays concernés. L'intérêt est ailleurs : purement économique. C'est froid, calculé, pragmatique.

La réalité du rapport de force que j'évoque n'existe pas qu'à travers l'américanisation plus ou moins rapide de la plupart des pays du globe et par l'imposition de l'anglais comme langue véhiculaire presqu'incontestée dans les échanges internationaux. Elle est également perceptible de manière plus subtile mais tout aussi éloquente : la considération apportée aux cultures non anglophones. L'Australie donne un merveilleux exemple de la vision du monde selon le point de vue anglo-saxon. C'est une vision de la société éminemment capitaliste et conquérante : seules la productivité et la rentabilité comptent, et pour ce faire, mieux vaut des esprits plus immatures car plus aptes à recevoir les valeurs utiles à la pérennisation du système chez soi et ailleurs. Voici 3 faits dont j'ai eu connaissance récemment. Les 2 premiers sont assez cyniques quand on y pense : ils dévoilent un pan de la mentalité australienne, et plus largement anglo-saxonne, vis à vis des pays culturellement différents. Ainsi, le gouvernement fédéral australien actuel pourtant de gauche n'a de cesse de durcir les lois sur l'immigration depuis son avènement au pouvoir en 2008. Qui a dit que la gauche était plus sociale et surtout plus humaine pour le citoyen lambda ? Ensuite, lors d'un reportage en juillet dernier sur LCP la chaîne parlementaire, j'ai pu voir des travailleurs australiens vivant en France depuis quelques temps s'exprimer en anglais face à la jeune journaliste qui les interviewait en français. C'était d'autant plus agaçant vu les règles imposées aux candidats à l'immigration en Australie que ces gens étaient issus de milieu éduqué. Il y avait même une grande journaliste australienne en France depuis... 2 ans ! Ca fait un rien méprisant ou condescendant tout de même à l'égard de la culture francophone. Et enfin, j'ai aussi appris récemment à la télé que l'Australie était l'un des pays sinon le pays qui avait le plus fort contingent d'expatriés à travers le monde proportionnellement à sa population. Faites ce que je dis, pas ce que je fais...


Je finirai mon article en disant que mon expérience actuelle est intéressante par ce qu'elle m'apprend. Mieux vaut éviter les fantasmes ! L'Australie n'est pas un pays de cocagne : derrière la carte postale avec les surfers, les kangourous et l'opéra de Sydney, se cache une autre réalité beaucoup moins idyllique et très contraignante.

L'auteur Du Blog : Ellypso Waratahs

  • ELLYPSO WARATAHS

Information légale

Le blog L'Observatoire du Coeur et son contenu

sont protégés contre la copie et le plagiat.

Si vous souhaitez utiliser tout ou partie d'un article,

merci de m'en avertir au préalable

afin que je donne ou non mon accord

selon le contexte de publication.

 

sceau blanc

© N° 00051365

Tous droits réservés - 2012 / 2013

Pour Retrouver Une Info Sur Ce Blog