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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 23:55

Jeudi 18 juillet. 13h45. Le déjeuner s'achève dans l'institut pour handicapés mentaux lourds où je travaille. L'atmosphère est plutôt légère. C'est agréable car ce n'est pas souvent le cas : le manque de personnel induit que chaque absence de salarié fait porter son poids quand elle intervient. Du coup, l'ambiance est en général plus souvent pesante que le contraire. En plus, aujourd'hui, je me suis trouvé à une table avec des résidents plutôt faciles à faire manger. Donc, je suis détendu.

Je suis également content. Ce matin, j'ai reçu un gentil texto de la part de Laure, une amie chère, pour mon anniversaire. En effet, ce 18 juillet, j'ai 49 ans. Je n'en parle pas trop sur mon lieu de travail. Quelques collègues sont au courant mais personne ne m'a souhaité ses voeux directement. Ca me va : je n'ai plus trop l'occasion de fêter mon anniversaire même si j'aimerais parfois. Mes meilleurs amis sont éparpillés. J'ai déjà voulu rassembler les uns et les autres dans le passé pour un pique-nique autour de Paris ou carrément avec invitation chez mes parents en Bretagne mais impossible de réunir tout le monde et d'avoir surtout pour l'évènement deux de mes meilleures amies trop éloignées géographiquement. Du coup, j'ai abandonné. En outre, comme je ne me suis jamais senti à l'aise en région parisienne et que je vis dans un quartier très laid, que beaucoup d'habitants ne respectent pas et salissent, je n'ai jamais eu très envie d'inviter les gens chez moi même si mon (petit) appartement reste assez sympa.

Je me sens en "échec locatif" depuis que je suis à Bagnolet, la ville où j'habite : je n'ai jamais réussi à avoir un logement me permettant de vivre épanoui après que j'ai quitté la chambre que je louais dans une petite résidence municipale à Brunoy dans l'Essonne de 2002 à 2004. En fait, j'ai perdu le coeur à vouloir organiser quelque chose pour l'occasion maintenant. Par conséquent, J'apprends à me détacher de cette date et de ce qu'elle signifie pour moi et d'autres. Mais c'est surtout pour moi que j'ai entrepris cette démarche. Je "désaffective" les 18 juillet ; je les désinvestis intérieurement depuis 2010. Sans doute pour ne pas souffrir : les belles années d'amitié soudée que j'ai vécues à Nantes ne sont plus désormais. Paris et sa région m'ont interdit de retrouver cette qualité de rapport humain. La capitale m'a toujours exclu et en retour, je la rejette viscéralement. Je n'aime pas Paris.

Mes pensées à propos de ce jour spécial pour moi vont et viennent mais sans que j'y prête plus d'importance que ça : je suis d'abord au travail. J'accompagne Yannick, un résident aveugle, aux toilettes puis je ramène d'autres personnes dans leurs chambres respectives. Pour alléger le labeur de mes collègues aides-soignantes, je décide comme souvent de faire un ou deux "changes" après le déjeuner, c'est-à-dire de faire des toilettes uro-génitales dans le jargon professionnel officiel. Ce jour-là, je n'en ferai qu'une : je suis en effet attendu bien vite en réunion à 14h : aujourd'hui, nous faisons le bilan annuel du projet éducatif d'Aurélie, une jeune femme qui vit à l'étage dont je suis le référent, puis nous réajustons la synthèse qui en est tirée, d'autant plus que c'est moi qui devra plus tard comme toujours rédiger le document final envoyé à la famille et aux administrations de tutelle. Ma présence est donc obligatoire. Je me dépêche non sans essayer d'être le moins brusque possible avec la résidente dont je m'occupe. Finalement, je termine vite mais il est déjà l'heure d'aller en salle de réunion. Je descends comme une flèche au sous-sol où est mon bureau pour attraper au vol ma copie du dossier d'Aurélie puis je monte quatre à quatre les escaliers.

J'arrive enfin dans la salle où le directeur de l'établissement et les collègues concernés (ou plus exactement concernéEs : il n'y a que des femmes !) sont déjà assis autour de la grande table rectangulaire. Je m'asseois à mon tour. Tout à coup, Delphine, la psychomotricienne, me dit avec une expression un rien figée : "Avant de commencer la réunion, nous avons quelque chose d'important à te transmettre." Je pense en secret "Ohlala, qu'est-ce qui est encore arrivé, quel pépin ?". Mais je réponds "Ah ? Et quoi donc ?" Et tout à coup, Delphine se retourne vers mes autres collègues et leur fait un signe de la tête. Et c'est alors qu'en choeur, la petite assemblée entonne à pleine voix (et sans fausse note !) l'air du Joyeux anniversaire. Les yeux écarquillés, j'écoute surpris, ému, le chant, joli cadeau venu tout droit du coeur. Que dire ? Je suis muet tandis que les applaudissements résonnent dans la salle. Je n'en reviens pas. Tout ça pour moi. Je suis très touché et dissimule mon visage cramoisi derrière mon grand cahier de notes, ce qui fait rire tout le monde. Je remercie l'assemblée pour cette attention délicate. Solidaire, le directeur semble très content de son coup. C'est aussi ça l'esprit d'équipe. LOL ! Quelques minutes plus tard, la réunion commence et cette fois, c'est Aurélie qui est au programme. L'intermède musical et informel laisse place à la rigueur professionnelle. La journée continue.

Plus tard dans l'après-midi, au moment de quitter mon travail, je reçois un second texto envoyé par David, un ami de coeur, qui m'envoie à son tour ses meilleurs voeux pour mon anniversaire. Et quand enfin, je rentre chez moi, je trouve dans ma boîte mail le courriel d'un ami américain avec une carte virtuelle. En moi, c'est la fête. Le cadeau, il est là : toutes ces marques d'attention reçues en cette journée ! Joie !  Soleil intérieur en echo au beau soleil qui brille depuis plusieurs jours.

Je peux le dire : le 18 juillet 2013 restera inoubliable, tout simplement. Merci à tous ceux qui m'ont témoigné leur affection ce jour-là. Oui, merci du fond du coeur.

 

joyeux anniversaire b

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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 00:16

14 MARS : Le détritus

Métro ligne 3. Direction Galliéni. 19h environ. Je rentre du travail. Je suis assis sur un strapontin en bout de voiture. J'aime avoir une vue dégagée. La rame n'est qu'à moitié pleine. Je suis monté à Saint-Lazare. Le rythme et le balancement du train me bercent. Havre-Caumartin... puis à nouveau bercement. Opéra. Je somnole. Quelques voyageurs descendent. Je tourne les yeux vers la gauche regardant négligemment le quai opposé. Tout à coup, des cris aigus et des rires brisent l'atmosphère de quiétude un peu lasse. Trois jeunes filles aux cheveux longs, deux brunes et une blonde, d'une quinzaine d'années environ font une entrée tonitruante et remarquée dans le wagon. Elles s'assoient non loin de moi tout près de la porte en bout de rame où je me trouve. Deux se placent perpendiculairement à moi sur les deux sièges les plus proches d'une série de cinq placés en parallèle les uns des autres. La troisième est face à moi, dos aux autres passagers, et tournée vers ses deux amies.

Les trois adolescentes sont agitées, pleines de vie. Leurs rires clairs, sonores, continuent de cisailler le calme qui régnait il y a quelques minutes à peine ; ils rythment leurs bavardages sur tout et rien. Surtout sur rien. Tout à coup, l'une des filles, celle aux cheveux blonds, sort d'un sac à dos une barre chocolatée dans son emballage en plastique encore scellé. Elle déchire le paquet et le tend aux deux autres pour leur proposer de se régaler avec elle. L'une refuse, l'autre accepte avec plaisir et casse la barre en deux. Puis l'adolescente blonde retire l'autre partie de son emballage et commence à la savourer tout en continuant à bavarder.

Bourse. Les portes automatiques s'ouvrent. Quelques nouveaux voyageurs rentrent dans la rame. La jeune fille blonde enfourne le dernier morceau de sa demi-barre dans sa bouche, laisse quelques secondes ses deux amies et leur conversation. Elle se tourne sans me voir vers les portes ouvertes, se penche, regarde à peine autour d'elle, puis d'un élan de la main jette l'emballage de plastique sur le quai désert. Je regarde, interdit. Le déchet chiffonné est si minuscule dans son immense poubelle improvisée aux murs à carreaux blancs où s'affichent des publicités géantes. L'attention de l'adolescente revient ensuite vers ses deux amies et le plus naturellement du monde, elle rejoint leur bavardage. Le signal retentit. Les portes se referment. Le train redémarre.

Indifférence légère et bruyante. Présent concentré rempli de futilités et entrecoupé de rires. Ici et maintenant égoïstement intense et amical. Moi tout près, je n'existe pas, ou qu'un peu telle une forme diffuse. Je ne suis pas, ou si peu. Je ne suis rien qu'un être-objet , une chose humanoïde perdu dans le brouillard narcissique de trois adolescentes. Et les autres voyageurs, plus éloignés, ne sont que des copies d'hologrammes, un faux décor pour le spectacle vivant et si banal que nous donnent ces trois jeunes filles.

Réaumur-Sébastopol. Les adolescentes se lèvent, ouvrent les portes, sautent sur le quai et disparaissent de ma vue.

 

 sunflower 1

 

16 MARS : Le messager du printemps

Assis sur mon strapontin, je ne le vois pas encore, le violoniste qui tout à coup lance sans prévenir dans la rame presque remplie les premières notes joyeuses du Printemps de ce cher Antonio Vivaldi. Seule la musique me parvient aux oreilles et colore la réalité grise d'un quotidien morne, sans réelle beauté. Je suis happé, nous sommes happés, nous les voyageurs obligatoires, par le son virevoltant de l'instrument. Peu à peu, les sons se glissent furtivement dans les conversations, investissent d'autorité les oreilles, arrêtent dans leur élan les mains qui tapotent claviers numériques et écrans tactiles puis entraînent les regards des uns et des autres vers le troubadour moderne qui enchante et sublime une atmosphère lourde de fatigue, de résignation et de conventions.

Quelques voyageurs continuent à lire ou à converser sans se détourner mais quelque chose flotte maintenant dans l'air, lentement tel un ballon invisible au-dessus des têtes, et pénètrent les coeurs. Je vois soudain un peu plus de sourires se dessiner ici ou là sur les lèvres. Moi-même, je suis emporté. J'adore ce premier mouvement du célèbre concerto de Vivaldi : tube classique éternel. J'ai dans la tête des champs d'herbe au vert tendre où pâquerettes et primevères sauvages s'en donnent à coeur joie. Les murs sombres et crasseux du tunnel de métro s'estompent dans ma tête. Je suis libéré de Paris que je n'ai jamais aimée et de ma prison professionnelle. Je finis par apercevoir de loin le violoniste qui nous offre ce moment de pur bonheur : un homme entre 35 et 45 ans, blond foncé, de taille moyenne. Notre ménestrel du soir lutte âprement pour conserver son équilibre bien malmené par les secousses du train et les gens qui entrent ou sortent aux arrêts. Mais bravement, déterminé, il continue. Il veut nous offrir le mouvement entier et non pas un simple extrait comme le font tant d'autres musiciens. Je l'observe attentivement désormais. L'homme est emporté. Il sent, il sait qu'il nous tient tous, qu'il a réussi à nous charmer... et qu'il fera une bonne récolte de pièces et de compliments (mérités). J'ai déjà mon portefeuilles ouvert quand quelques minutes plus tard, sous de discrets applaudissements, il tend aux passagers une petite boîte métallique ronde pour recevoir notre obole. Quand il s'approche de moi, je lui donne une pièce de deux euros et constate que quelques rares billets de 5 euros sont venus s'ajouter à sa récompense. Je le complimente à mon tour et nous échangeons un bref sourire. Certains voyageurs lui tapent sur l'épaule pour lui donner des pièces. Le train arrive en station, les portes s'ouvrent. L'homme a déjà disparu. Mais moi, je suis bien. Et je me rappelle soudain que nous sommes à 5 jours du 21 mars prochain, date officielle de l'arrivée du printemps. Eh bien, le message  a été reçu. Bienvenue en 2012 Printemps !

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 01:01

Je sors de la bouche de métro Galliéni, terminus de la ligne 3. La nuit est presque tombée. Je m'apprête à marcher une dizaine de minutes avant d'être chez moi. Soudain, je vois qu'arrive à son arrêt un bus de la ligne 76 qui passe au pied de mon immeuble. Comme ce soir, je suis un peu fatigué, je décide de monter dans le véhicule. J'entends non loin de là quelques cris auxquels je ne prête aucune attention. Je me dépêche. Ca y est, je suis dans le bus et j'attends son départ. Le conducteur reste à l'arrêt encore quelques minutes afin de permettre à d'autres personnes de monter.

Puis tout à coup, tous les voyageurs et les gens alentour voient déferler dans la gare de bus à toute vitesse et en braillant une bande de jeunes hommes qui se réunit non loin des bureaux de la RATP, la société publique qui gère les transports parisiens. Le groupe se disperse, se regroupe, et répète ce manège deux ou trois fois très bruyamment. Des cris, des injures fusent. Deux jeunes hommes entre 15 et 17 ans se séparent du groupe comme s'ils tentaient d'en échapper. Je ne distingue que leurs silhouettes en raison de l'obscurité grandissante. Les deux adolescents sont vite rejoints par le reste du groupe qui les entoure et se jette sur eux comme des fauves sur des proies. L'un tombe à terre et est roué de coups de pied et de coups de poing : ses agresseurs en veulent clairement à son sac à dos. L'autre lutte debout, seul contre deux adversaires puis est tenu à distance par ces derniers. Je vois enfin son visage illuminé par un lampadaire tout proche : c'est un garçon à la peau blanche aux cheveux châtain foncé ou bruns courts et aux traits fins. Des insultes sont lancées de part et d'autre puis le jeune homme est de nouveau attaqué par ses deux adversaires rapidement rejoints par des renforts. Le lampadaire éclaire nettement la scène maintenant : l'adolescent doit dorénavant se battre contre 5 individus de type maghrébin et africain qui tournent autour de lui en courant et en lui assènant des coups de pied dans les jambes et le dos à pleine volée. Les jeunes hommes noirs sont de loin les plus agressifs. C'est un déferlement de violence. Je suis personnellement atterré, tétanisé. D'autres passagers du bus aussi. Par contre, certaines personnes regardent la scène avec une sorte d'indifférence, de détachement extrêmement dérangeant, voire détournent le regard et font comme si de rien n'était, lisant leur journal ou écoutant leur lecteur mp3. Deux jeunes femmes noires assisent en face de moi, sourient, quant à elles, tout excitées, se réjouissant manifestement d'un tel spectacle : enfin de l'action dans un quotidien si morne. Puis très vite, elles se lassent et se concentrent sur leurs téléphones portables échangeant leurs bavardages.

Pendant ce temps, le garçon qui était à terre a réussi à se dégager de la meute jetée sur lui et s'est approché du bureau de la RATP tout près de là encore occupé par du personnel en service. Il se tient debout avec son sac à dos qu'il pose à terre à côté de lui. La lumière s'échappant du bureau et celle du lampadaire révèlent que le jeune homme est blanc également comme son compagnon d'infortune. Il est cependant plus petit avec les cheveux plus longs et plus clairs. Quelques-uns de ses adversaires eux aussi maghrébins ou africains essaient de lui dérober son sac, d'autres l'invectivent. Le jeune garçon se défend et parvient à faire fuir ses attaquants qu'il poursuit pendant quelques secondes. Le temps de retouner vers son sac près du bureau de la RATP, un de ses agresseurs revient par derrière le frapper à la tête et s'éloigne aussitôt. Le second adolescent blanc plus grand qui a réussi à ne pas tomber sous les coups de ses adversaires vient lui prêter main forte. Autour d'eux, la foule éparse ne réagit pas. Les badauds les plus proches regardent simplement la scène, attendent leur bus aux différents arrêts ou vont et viennent sans même jeter un regard à ce qui se passe. Les agents de la RATP présents observent sans réagir la scène au premier rang.

Au bout de quelques minutes, les deux garçons sont enfin laissés tranquilles par leurs attaquants. Quelques insultes s'échangent de-ci de-là et un ou deux agresseurs tentent de s'approcher mais la tension retombe. Un cri retentit et en quelques secondes, le groupe détale laissant ses deux victimes à l'évidence choquées. La bagarre est finie. C'est à ce moment que mon bus redémarre. J'ai juste le temps de voir les adolescents agressés se parler, arranger leurs vêtements, récupérer leurs sacs à dos, passer leurs mains sur leurs meurtrissures et se diriger vers la bouche de métro.

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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 21:29

Ce 10è article inaugure une nouvelle rubrique intitulée J'observe en direct où je vais poster des écrits brefs relatant des petites scènes du quotidien prises sur le vif par mes yeux bien sûr mais décortiquées à 100 à l'heure par mon coeur afin d'en retirer l'essentiel pur et dur. Souvent, l'objectivité permet de bien mieux traduire la réalité intrinsèque d'une situation que la subjectivité qui entraîne l'interprétation des faits selon les convictions de celui qui décrit ce qu'il a vu. Les explications de telle ou telle réalité sociale, même si la personne qui les donne s'attelle à rester la plus objective possible, demeure par essence des VISIONS INDIVIDUELLES d'évènements. Et les citations, chiffres et autres diagrammes cités en renfort n'y changeront RIEN. On peut faire dire tout et son contraire à bien des données quelle que soit leur nature, scientifique, économique ou autre. Après tout, on peut très bien amalgamer ensemble plusieurs faits distincts rattachés à une même problématique sociale ou sociétale pour entraîner son interlocuteur dans une direction prédéterminée. L'objectivité d'un fait n'en interdit pas la réinterprétation ultérieure.

C'est pourquoi je choisis la voie difficile et exigeante de la description NEUTRE mais précise . Et vous allez voir que loin des grands discours et laïus au service d'une pensée voire d'une idéologie particulière, la simple et modeste réalité en dit toujours beaucoup plus que les justifications fleuves des politiques, des philosophes, des sociologues et autres soit-disant spécialistes trop souvent déconnectés du quotidien de Monsieur Tout-le-Monde. Si on a un esprit qui va d'emblée au coeur des choses, relater un fait objectivement avec profondeur, c'est à dire en faisant ressortir l'essence même de la situation (là où se niche la problématique), se fera naturellement. La question de fond sera induite d'elle-même et sautera alors aux yeux. C'est TOUJOURS le cas si on observe l'extérieur avec son coeur et non avec des idées préconçues, si on sort des limites de l'ego, construction psychosociale qui altère si grandement notre vision du réel. Toutefois, je pourrai de temps à autre introduire une pensée subjective exprimée par moi ou un tiers présent si elle est en relation avec le fait observé comme une remarque quelconque qui surgit face à la situation. La subjectivité brute peut devenir un élément objectif dans le déroulement de l'action. C'est la subjectivité ultérieure, l'analyse avec sa thèse, que je refuse dans cette rubrique.

Les scènes que je relaterai seront interrogatives voire dérangeantes et peut-être choquantes mais aussi drôles et certainement cocasses pour certaines. Et parfois d'autres revêteront une apparence des plus banales. Ce sera selon... C'est la vie qui décidera.


Je débuterai cette nouvelle rubrique avec 2 scènes observées cet été. Elles m'ont sauté aux yeux et ont interpellé mon coeur... comme le feront toutes les scènes qui viendront plus tard. Les voici :

 

Scène 1 : début août 2011

Une fin d'après-midi au mois d'août en région parisienne : un air lourd, étouffant avec un soleil dont on apprécie les rares apparitions. Il est un peu plus de 18 heures. Je quitte mon travail en retard comme souvent. Je me dirige vers le carrefour dit "des 4 routes" qui est un croisement utilisé comme limite cadastrale entre les villes de Bois-Colombes (où je travaille), Colombes et Asnières-sur-Seine. Ce carrefour est tout près de la Maison d'Accueil Spécialisé (MAS) où je suis employé. Il est situé dans une zone fortement urbanisée très populaire et à forte population d'origine immigrée. Cette zone est partagée entre les 3 communes précitées. On ne voit absolument plus les délimitations géographiques : on a l'impression d'être dans une seule et même ville. 

Alors même que j'atteins le carrefour, je constate une effervescence à son comble. Le Ramadan vient de commencer il y a quelques jours. Autour des boutiques toutes rachetées et tenues par des musulmans désormais, la foule se presse pour les achats destinés à préparer le dîner qui va rompre le jeûn quotidien durant un mois. A chaque fois, je souris quand j'entends les cris, les gens qui parlent haut et fort : je me sens ailleurs. Les terrasses des 2 cafés avoisinants sont bondées. Je me faufile avec agilité parmi la foule des clients du Café des 4 Routes attablés dehors. J'aime beaucoup ce bar : le patron maghrébin montre toujours un grand respect et une extrême courtoisie envers les résidents handicapés que mes collégues ou moi accompagnont lorsqu'ils viennent parfois dans ce lieu. Et la clientèle n'est pas en reste : même attitude générale, aucun rejet, aucun regard scrutateur et malsain qui dévisage les personnes handicapées. Ces dernières sont pleinement acceptées et respectées. Un jour, je ne pourrai jamais l'oublier, un client a même payé les consommations des 2 résidents que j'accompagnais et la mienne... discrètement, sans rien dire à personne. C'est le patron qui m'a désigné de la tête l'homme qui avait eu ce geste de bonté. J'ai voulu remercier l'inconnu qui d'un geste de la main m'a fait sobrement comprendre que c'était inutile tout en poursuivant sa conversation avec d'autres clients assis à la même table. Oui, j'aime toujours passer près du Café des 4 Routes pour cette raison.

Je dépasse la terrasse et sa foule dense. J'arrive près d'un taxiphone en face d'un passage pour piétons. Le feu passe au vert pour moi et j'avance sur la chaussée. Je vois alors un homme à la barbe fournie au volant d'une voiture moyenne. Il est vêtu à la mode orientale. Il attend quelqu'un (sa femme ?) parti faire des courses à l'évidence. Son auto est garée en double file en plein virage au risque de provoquer un accident grave. Je suis sur le trottoir opposé du même côté que le conducteur imprudent. L'homme au volant regarde devant lui, attend. C'est tout. Les voitures et les 2 roues motorisés qui viennent de droite sont obligés de faire un léger écart pour éviter son véhicule. Certains conducteurs qui arrivent par le virage doivent ralentir brusquement pour éviter une collision. Je regarde encore un bref instant cet homme qui à l'évidence montre les signes extérieurs d'une pratique religieuse assidue et très codifiée. Plusieurs collègues de travail musulmans m'ont encore décrit le matin même le Ramadan comme un temps de purification du coeur et d'attention apportée autant à soi qu'aux autres. Je finis par tourner la tête et je continue mon chemin vers la station de métro la plus proche à 8 mn de marche. Je reste perplexe et un rien mal à l'aise.

 

Scène 2 : 12 août 2011

Un après-midi de semaine, début août, je vais au magasin Baboo de ma ville pour acheter un petit vase type soliflore. Arrivé sur place, je monte à l'étage où se trouve le rayon que je recherche. La foule des clients est clairsemée. Pourtant l'étage est bruyant. Une petite fille noire d'environ 3 ou 4 ans court dans les rayons, crie, chamboule tout ce qu'elle touche et tente d'interpeller son père en boubou coloré concentré sur ses achats. Ce dernier lui fait signe de se calmer. Elle obtempère pendant quelques minutes puis reprend de plus belle sa course et ses cris dans les rayons. Autour les gens ne semblent pas trop dérangés hormis une ou 2 personnes. Personnellement, je suis pris dans ma recherche d'un petit vase et j'ai du mal à le trouver. Alors, je ne prête pas trop attention à la fillette... sauf quand elle hausse vraiment le niveau sonore et se rue comme un bolide dans le rayon où je me trouve au risque de casser quelque chose. Je m'éloigne un peu. La petite fille continue de courir dans les travées, glisse plusieurs fois, tombe, cogne et recogne contre les rayonnages les plus près du sol : tasses, soucoupes, théières, assiettes, plats, vases, bougeoirs et bougies tremblent tous de bas en haut sous les assauts répétés de cette boule d'énergie. A un moment donné, le père intervient : l'enfant crie tellement fort qu'il sent que les autres clients commencent à être indisposés et les observent. Les regards aux alentours sont soit simplement étonnés ou carrément effarés. Mais peine perdue, la fillette ne se calme que quelques secondes. Dès lors, le père n'intervient plus et se désintéresse complètement de ce qui se passe. La petite fille continue alors sa course, ses rires et ses cris librement. Ce manège dure encore un bon quart d'heure. Puis, plus rien. Mais je ne m'en suis pas aperçu trop concentré à rechercher ma perle rare... que je trouve au rayon salle de bain ! J'ai déniché un porte-brosse à dents vert anis joli et sobre qui peut très bien faire office de soliflore.

Muni de mon produit, je redescends au rez-de-chaussée vers la ligne de caisses. Tout à coup, je m'aperçois que dans la file où je suis le père avec sa bruyante petite fille sont à 3 places devant moi. Il y a une femme devant eux qui passe en caisse. L'homme fouille dans son panier, il se prépare à poser ses achats sur le tapis roulant. Il ne regarde presque jamais son enfant et tourne plutôt son regard vers la caisse limitrophe située à sa gauche. Pendant ce temps, la fillette échappe à la surveillance de l'adulte et se dirige vers la caisse d'à côté, à droite, qui est fermée. Elle commence à fouiller dans la multitude de produits exposé en gondole : confiseries diverses et petits jouets de toutes sortes (mini-poupées, hélicoptères riquiquis et autres babioles). En caisse, le père vide son panier devant l'hôtesse : la cliente précédente est partie et c'est son tour. Devant moi, il y a 4 femmes toutes perdues dans leurs conversations. Aucune ne remarque que quelque chose se passe à côté. La fillette à genoux est en train d'admirer un oeuf creux en plastique d'environ 12 cm de hauteur en partie rose et en partie transparent rempli de minuscules figurines. Le jouet est emballé dans une boîte en carton au rose vif décoré de fleurs au jaune criard et avec une fenêtre en plastique fin. Doucement, l'enfant ouvre l'emballage et en retire l'oeuf. Manifestement, elle est captivée par le jouet : elle le tourne et le retourne délicatement avec ses 2 mains, l'admire longuement. Puis soudain, un coup d'oeil à droite, un coup d'oeil à gauche, subrepticement, la fillette glisse l'oeuf dans la poche de son pantalon et l'enfonce le plus possible au fond. Elle n'a pas remarqué que je la regardais. Et personne d'autre n'a vu le vol.

Entretemps, le papa termine son passage en caisse. Il paie puis commence à ranger ses achats dans un grand sac à provisions. La fillette se rapproche alors de lui, silencieuse, se faisant tout sourire et enjôleuse. Une fois que le père a fini de remplir son sac, il prend la main de sa fille et tous deux quittent le magasin tranquillement, l'enfant bien droite et assurée noyant l'adulte qui se tait sous un flot de paroles insignifiantes. Les portes coulissantes automatiques se referment. Le duo disparaît de ma vue.

 

Voilà ! C'étaient les 2 faits qui débutent la rubrique J'observe en direct. J'espère que vous avez pris plaisir à les lire. Nhésitez pas à commenter. 

 

 

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L'auteur Du Blog : Ellypso Waratahs

  • ELLYPSO WARATAHS

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