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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 16:03

NOTE : Cet article est dédié tout spécialement à Anne-Béatrice. 

 

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Il y a quelques jours, Anneb, une amie de longue date, m'a avoué ne pas avoir beaucoup apprécié mon article précédent  38. UNE REFLEXION PAS TRES CATHOLIQUE - La religion loin de la spiritualité. Elle l'a jugé après lecture anti-catholique. Grosse surprise de ma part car évidemment, telle n'était pas mon intention première de publier un texte à charge contre l'Eglise, son clergé et ses ouailles. Aussi, l'envie d'écrire un nouvel article où j'éclaircis ma position vis à vis du catholicisme m'a pris soudainement. A mes yeux, c'est important que je m'explique car je suis en lien avec des personnes catholiques, pratiquantes ou non-pratiquantes, auxquelles je tiens beaucoup (clin d'oeil à Laurence et Vincent entre autres) et qui ont peut-être mal pris mes propos. De plus, pour moi, le terme "catholique" n'est absolument pas un gros mot. 


Le catholicisme : conscience morale collective incontournable

Dans le très long texte qui constitue le 38è article publié sur ce blog , je fais une critique sans concession mais ouverte et respecteuse de la religion en général lorsqu'elle s'égare sur les routes toutes tracées et bien dessinées du dogme qui l'éloignent du même coup du chemin tortueux et exigeant mais si beau de la spiritualité. J'évoque dans cet article l'écueil principal des religions, surtout les grands monothéismes, qui se sont enfermés depuis longtemps dans le formalisme oubliant l'aspect essentiel et fondateur de toute foi authentique : l'individualité. Car croire est avant tout un choix, et en ce sens un acte éminemment personnel, autonome.

Un véritable croyant quelle que soit son obédience ne se contente pas de suivre un courant philosophique, il l'interroge, le met à l'épreuve, à un moment donné. En somme, il exerce son libre-arbitre, exprime sa liberté inaliénable d'être et de vivre avec l'exigence d'être respecté pour ce qu'il est et non ce qu'on voudrait qu'il soit. C'est TOUTE la différence avec le croyant dogmatique qui est l'exact opposé : un suiveur, un paresseux de la réflexion, un consommateur d'idées (et de rites) qui se contente de se soumettre à l'usage parce que c'est comme ça, préférant les facilités du conformisme à la rigueur de la recherche personnelle et à l'exigence du questionnement légitime. Le croyant formaliste choisit délibérément l'ignorance et l'illusion à la lucidité et la clarté ; il atrophie sa curiosité et aliène complètement son intelligence pour au final étouffer sa créativité, pourtant nourriture fondamentale de toute démarche interrogative vis à vis de la vie et de tout mouvement vers l'avant, l'expression même du désir de vivre et d'être. La créativité est certainement l'une des plus belles aptitudes humaines. Et une foi créative est une foi qui se réinvente sans cesse, questionne, échange, s'oppose, s'accorde mais ne juge ni ne se ferme jamais. Une telle foi ne se sclérose pas et demeure vivifiante : elle oblige le croyant à rester vigilant et droit non pas à partir de principes mais en se basant sur le concret c'est-à-dire l'attitude en société qui place l'accueil et le respect de l'autre quel qu'il soit comme aussi important que le respect envers soi-même. Une foi spirituelle véritable conçoit NATURELLEMENT le doute comme élément moteur et dynamisant et ne le craint pas le moins du monde : c'est un simple fait, rien de plus, qui montre que la vie n'est que rarement voire jamais linéaire et prévisible.

Dans mon texte, j'ai évoqué ma propre attitude au sein du mouvement bouddhiste auquel j'appartiens et de mon refus du formalisme religieux à travers un exemple concret de réforme du rituel quotidien dans lequel je m'étais engagé sur un plan très intime. J'ai également rappelé en fin d'article que ce danger de la sclérose pouvait toucher tout croyant de toute confession. Je l'ai fait à dessein afin de rester objectif. Cependant, mon discours s'est davantage fondé sur une critique du catholicisme. C'est logique : cette religion demeure encore la première de France et certainement celle qui de nos jours reste à l'origine des fondements culturels et psychologiques de la majorité des Français, y compris ceux qui se disent laïcs et très à gauche politiquement. En effet, des siècles de conditionnement socioculturels ne s'effacent pas ainsi : ils appartiennent comme nos traits de caractère particuliers à notre psyché et fondent comme ces derniers certaines de nos attitudes de vie. C'est un héritage commun à un groupe d'individus qui en signe les croyances et les valeurs les plus fondamentales, ce que Carl Jung désignait fort justement par l'appellation d'"inconscient collectif". Ainsi, quelles que soient les idées des uns et des autres, que l'on soit de droite ou de gauche, d'esprit religieux ou laïc, les fondements du judéo-christianisme ont modelé l'identité collective de la France qu'on l'admette ou non. De ce fait, le catholicisme demeure encore aujourd'hui la religion de référence du pays des Lumières. Et son statut de guide éthique, que ce titre soit dans les faits adéquat ou non objectivement, n'est pas usurpé : il a été construit par l'Histoire.

D'ailleurs, même à gauche de l'échiquier politique, les valeurs catholiques sont souvent à la source de grands choix éthiques comme l'aide aux plus démunis ou aux plus faibles comme les personnes handicapées. En outre, question morale, le débat houleux sur le mariage dit pour tous a montré que même à gauche, la morale catholique restait un fondement solide de l'opinion de beaucoup. Ainsi, le catholicisme détient toujours une grande responsabilité vis à vis de la collectivité nationale. Cette caractéristique peut être contestée, honnie, il n'en demeure pas moins qu'elle est réelle. Et l'ensemble des croyants catholiques les plus actifs, traditionnalistes ou plus modernes, savent bien marquer leur territoire et se faire entendre. Là encore, l'actualité l'a clairement montré.

Fort de cette position morale dominante, pour le moment encore du moins tant l'islam commence à lui faire concurrence, le catholicisme est INCONTOURNABLELes partisans d'une laïcité absolue prouvent souvent en brandissant leur argumentation anticléricale et antireligieuse qu'ils sont ignorants des fondements culturels et sociologiques qui ont créé l'Histoire de France et que leur réflexion sur les faits est ainsi rendue gravement infirme. Mais il est évident que si on écoute la seule parole distillée par l'Education Nationale et dans les médias majoritairement à gauche, la vision que l'on a de l'Histoire est forcément biaisée, édulcorée voire mensongère. En réalité, la contribution du catholicisme au patrimoine national français qu'il soit idéologique ou matériel demeure largement plus imposante que celle de la laïcité, ne serait-ce qu'en raison du temps : le christianisme a implanté sa marque sur la Gaule puis sur le royaume des Francs bien avant que n'apparaisse la moindre idée prônant des valeurs laïques. Cette position de lointain aîné joue forcément en faveur du catholicisme. Ce que je veux dire, c'est qu'on ne peut se contenter de dire aux millions de catholiques français de se taire parce qu'on se trouve dans un état laïc. C'est trop facile et c'est infondé au regard de l'Histoire. Ceux-ci sont des citoyens à part entière comme chacun et ont droit à la parole. Les partisans du mariage homosexuel et les esprits anticléricaux doivent souffrir d'entendre s'élever la voix catholique. C'est le jeu démocratique. C'est aussi la justice... et l'égalité de traitement des opinions. Ne sommes-nous pas dans revendications égalitaires actuellement ? Alors, accordons ce principe à tous, y compris nos adversaires. Et c'est justement parce ce que je reconnais le catholicisme dans ce rôle de guide et de conscience morale de la nation française que je me suis permis dans mon article 38 de le secouer un peu et de lui demander des comptes avec raison.

En effet, après des mois de discussion où chacun s'étripait à coup de mots et de concepts contradictoires, le ton a brusquement monté en janvier dernier, et la parole homophobe et raciste s'est brusquement libérée. L'extrême-droite et surtout sa frange catholique se sont affichées au grand jour, sans gêne aucune, profitant de la liberté des débats pour jeter toute une catégorie de la population, les homosexuels, leurs familles et leurs proches, en pâture à l'opprobre public. Et c'est en voyant la clémence voire l'absence de rappel à la mesure de la part de l'épiscopat catholique face à tant de haine décomplexée que j'ai fini par être dérangé. Un tel laxisme m'a profondément choqué. A quoi sert de se revendiquer comme disciple du Christ si dans les faits, notre action contredit ouvertement l'essence même de son message ? Ne supportant plus cette complaisance et pour tout dire cette connivence d'idée, j'ai alors commencé à rédiger Une réflexion pas très catholique, le texte incriminé par mon amie Anneb. J'ai mis de longues semaines à l'écrire, le retouchant encore et encore, essayant de me documenter au mieux. Cet article a fini par être le plus long jamais publié sur L'Observatoire du Coeur et celui qui m'a certainement demandé le plus de recherches et de réflexion, exception faite de mon article  24. QUELQUES MOTS DE PLATON... EN ECHO qui lui aussi m'avait obligé à adopter une grande rigueur rédactionnelle.


Une conscience morale incontournable... mais discutable

Le coeur de mon texte Une réflexion pas très catholique est bien la différence essentielle entre spiritualité et religion. Rien d'autre. Pour ceux qui auraient compris autre chose, c'est-à-dire la défense du mariage gay ou une attaque en règle contre les dogmes catholiques ou toute autre question, vous êtes hors-sujet. Vous avez confondu les thèmes annexes qui servent d'illustrations et de support avec le thème principal voire vous avez même oublié ce dernier. Au vu des réactions que j'ai pu glâner ici et là, j'ai constaté que beaucoup de lecteurs n'ont finalement perçu le texte qu'à travers les problématiques qui les concernaient personnellement et leur propre opinion, négligeant de LIRE et D'INTEGRER mon point de vue particulier éminemment consensuel malgré sa sévérité. Si vous lisez ou relisez mon article 38 avec soin, vous verrez que j'y dénonce principalement comment le dogmatisme a tué toute spontanéité et fraîcheur dans la foi de nombreux chrétiens. Et j'y rappelle que le formalisme religieux écarte malgré lui le croyant du chemin exigeant et épanouissant d'une authentique spiritualité. Je mets en exergue l'abus idéologique ou l'ignorance qui mettent d'emblée côte à côte deux concepts exprimant chacun une idée bien précise et particulière, concepts que je fusionne ensuite. Je montre que religion et spiritualité peuvent se rejoindre mais aussi s'opposer et se contredire au sein d'une pratique religieuse personnelle. L'union concrète des deux concepts dans la vie d'un croyant est bien loin d'être systématique. Prétendre l'inverse est vraiment un signe d'illusion et de grande confusion. Par conséquent, je ne vois aucun mal à rétablir une vérité aisément vérifiable.

J'ai ensuite largement concentré mon analyse sur les catholiques parce qu'ils sont comme je l'ai dit plus haut les héritiers des grands principes moraux qui ont fondé l'éthique des lois et règlements nationaux qui régissent la France. En outre, ils le revendiquent et pas toujours sur un ton poli et respectueux. De plus en plus de croyants de l'Eglise romaine mûs par un sentiment de légitimité historique et morale ont manifestement débordés verbalement et laissé leur coeur se remplir de haine depuis la fin 2012. Au cours des discussions parlementaires interminables autour du mariage étendu à tous, beaucoup d'entre eux n'ont cessé de juger les citoyens homosexuels comme perdus, déviants et suppôts de Satan, déniant à l'amour lesbien ou gay la même valeur humaine universelle que l'amour hétérosexuel afin de le réléguer au rang d'unique satisfaction sexuelle. C'est alors que je me suis levé pacifiquement... mais fermement en prenant l'écriture pour défendre une dignité commune à tous les gays et lesbiennes et remettre quelques pendules à l'heure.

Et oui, j'ai écrit mes propres mots et manifestés mon sentiment... au risque de déplaire. Face à tous les propos éructés un peu partout sur la Toile ou dans les médias, je n'ai pu que constater ma blessure et beaucoup d'injustice. S'opposer à une loi qu'on juge inique ou injuste pour nombre de motifs personnels est fondé mais la manière de le faire, elle, ne l'est pas d'emblée : tout dépend comment cette expression va exister. Or, l'indécence a fini par se substituer à la mesure et la justesse de ton pour clairement aller vers l'outrance. L'objectif était bien de rabaisser, stigmatiser, dénigrer, la population lesbienne-gay-bi-transexuelle (LGBT) et de la rendre illégitime dans ses prétentions d'accéder à un droit qu'il soit réel ou autoproclamé. Tous les catholiques qui n'ont eu de cesse depuis des mois (et continuent encore d'ailleurs) de salir l'amour homosexuel et sa sexualité belle et naturelle comme l'est l'hétérosexualité ont-ils une seule fois réfléchi au mal qu'ils faisaient à ceux qu'ils visaient dans leurs propos désobligeants ? Certainement pas ! Car derrière les attaques envers le président Hollande et ses ministres, c'est bien le public LGBT qui a été constamment visé et maintenu dans une position de citoyen hors-normes, en marge de la société. Assez d'hypocrisie !

N'en déplaise à Anneb, l'amie qui m'a objecté son désaccord sur l'esprit de mon 38è article, le respect que je me dois et que je dois à mes propres valeurs m'a obligé à un moment donné à intervenir et à participer afin de rétablir à l'instar d'autres personnes un équilibre de justice. Quitte à parler des turpitudes vraies ou imaginées des personnes LGBT mille fois dénoncées par quantité d'homophobes, j'ai répondu en me concentrant sur toute la partie corrompue et bien nauséabonde de l'héritage catholique. Mais au lieu de fantasmes, j'ai pris soin de mettre en avant des faits avérés qui interpellent : position morale douteuse des hautes instances de l'Eglise face au viol, rôle trouble de l'Opus Dei, force occulte des autorités vaticanes, dans le monde et son soutien constant à des régimes politiques dictatoriaux ou corrompus, oppression morale et culpabilisation des plus pauvres ou des citoyens appartenant à des minorités. Et encore, j'ai choisi d'éviter la facilité : j'ai tu volontairement tout rappel aux scandales pédophiles liés à plusieurs prêtres. Depuis des siècles les autorités ecclésiastiques catholiques se réclament être les détentrices de la seule morale valable en France, en Europe et ailleurs dans le monde. Il me semblait donc intéressant de montrer que dès lors qu'on tient un rôle éthique majeur surtout si on prend comme référence la parole du Christ et qu'en plus, on prétend suivre le seul chemin vers une vérité absolue, LA Vérité universelle, on se doit d'être COMPLETEMENT IRREPROCHABLE sur le plan de l'honnêteté qui est, je le rappelle, une VERTU CARDINALE. Lorsqu'on livre à la vindicte publique (souvent implicitement par allusions et images) toute une partie de la population dont la seule faute est d'avoir un mode de vie différent de sa propre norme (en dehors des questions d'éthique sur l'adoption et les méthodes de procréation artificielle), on détient une haute responsabilité morale sur toutes les conséquences négatives qui en découlent : la parole vaut modèle. C'est cette incohérence profonde et injuste que j'ai aussi pointée du doigt dans mon 38è article.

En outre, un tel rôle de guide des consciences n'implique pas que la justesse et la justice existent absolument dans le dogme et le discours délivrés par le catholicisme : le nombre des années s'il instaure progressivement une autorité sur les esprits dans la société ne fait cependant pas la valeur d'une idéologie ou d'une théorie. Seuls les faits le peuvent. J'ai rappelé très brièvement cette vérité dans Une réflexion pas très catholique. Mais aujourd'hui, je développe. C'est exactement la même équation que les relations entre une majorité et une ou quelques minorités au sein d'un groupe commun : ce n'est pas parce qu'un nombre plus important d'individus croient en la véracité de quelque chose que c'est forcément vrai. Une erreur, une aberration scientifique ou philosophique, peut très bien être partagée et entretenue au cours des siècles en dépit du bon sens et d'une réflexion rigoureuse. C'est la logique du rapport de force : celui qui est majoritaire en nombre impose sa vision des choses à celui qui appartient à la minorité et tolère très mal en retour que ce dernier puisse contester l'opinion dominante, c'est-à-dire la sienne évidemment, et encore plus lorsqu'elle semble validée par le temps. C'est ce qui se passe actuellement sur l'épineuse question du mariage étendu à tous lorsque des associations et des croyants catholiques désignent par le terme "lobby" devenu péjoratif en français l'ensemble des associations qui défendent les droits des homosexuels, bisexuels et transexuels à être respectés en tant que citoyens ordinaires. Représentant une minorité, elles n'ont à leurs yeux aucune valeur et surtout aucun bien-fondé dans leur action de réforme sociétale. Ce déni de légitimité renforcé par le poids des ans explique aussi pourquoi l'opposition est aussi violente et surtout durable en France. Or, je réfute justement les liens autodéclarés entre le temps et la validité d'un discours ou d'une théorie. Admettre une telle relation est contraire à tout esprit scientifique et n'est vraiment pas sérieux. Alors, oui, en pensant ainsi, je rue dans les brancards et bouscule quelque peu mes liens amicaux. Mais qu'y puis-je ? L'amitié est par définition un rapport entre deux personnes fondé sur l'authenticité et l'honnêteté. Tout peut être échangé ou presque, tant que le respect y est. Or, selon moi, et après relecture de mon 38è article, je n'ai pas du tout dérogé aux règles si fondamentales dans ma vie de l'amitié véritable. 

Certains, y compris également dans mes amis catholiques pratiquants ou non auront sans doute été dérangés par mes idées (pourtant exprimées avec contenance) mais ils auront alors été aussi indisposés que j'ai pu l'être face au déferlement homophobe qui a pollué la Toile particulièrement sans que cela n'émeuve le moins du monde les autorités morales de ce pays. Alors que tout propos ouvertement raciste, antisémite ou xénophobe, aurait été sanctionné par les modérateurs des divers sites concernés, ces derniers se sont révélés bien timorés face à l'avalanche verbale qui vouait les citoyens LGBT aux gémonies.

Oui, effectivement, je me suis senti BLESSE et DEPOUILLE du droit élémentaire à conserver ma dignité humaine, pourtant qualité intrinsèque de ma condition d'homme, par d'autres qui estimaient que ce qu'ils percevaient comme le bien-fondé de leur colère justifiait à lui seul tout moyen de parvenir à leurs fins au mépris de la morale la plus fondamentale, d'autres qui estimaient qu'en fait leur opinion valait plus que celle de leurs opposants parce qu'ils se voyaient systématiquement, et en toute subjectivité, du côté du "bon droit" et de la norme, une norme vue comme la seule acceptable. Alors que je ne voyais que tensions exacerbées et violence verbale, je me suis résolument posé du côté de l'équilibre et du consensus FERME et HABITE. Je n'ai fait en cela que suivre mon caractère empathique et entier. La rédaction de mon 38è article s'est faite A JUSTE TITRE.

 

Une position personnelle complexe : entre opposition et référence

Je ne renierai jamais Une réflexion pas très catholique. Au contraire, je suis fier de ce texte : il est clair, profond, humain et porté par une intention pacifique. Je l'ai publié pour éclaircir ce que je ressentais mais aussi par respect envers moi-même : simplement rester digne face à tant d'ignominies jetées comme autant de pierres sur certains parce qu'ils ne sont que ce qu'ils sont, des citoyens homosexuels qui en ont assez d'être relégués sur le bas-côté et qui disent "Maintenant, ça suffit ! Nous ne voulons plus cacher nos amours et voulons les vivre comme vous, au grand jour !". Parce qu'au fond, tout au fond, je le dit et le répète, le code civil et les enfants ne sont que des alibis trompeurs pour la plupart (et je dis bien la plupart, pas tous, ok ?) des opposants au texte de loi socialiste. Le véritable enjeu est ailleurs : le rejet pur et simple de l'homosexualité comme comportement social admissible. Sinon aucun débordement n'aurait eu lieu : on en serait resté aux effets de manche, aux tournures ampoulées devant les caméras ou dans la presse et quelques échanges vifs pour amuser la galerie et donner un peu de piquant pour les médias. En fait, le débat autour du mariage homosexuel est, autant pour les opposants que pour leurs adversaires qui eux-mêmes ont bien manié la langue de bois et usé de la manipulation, un gigantesque bal des hypocrites qui a laissé se libérer les forces les plus négatives de l'âme humaine, celles de la volonté de destruire l'autre parce qu'il est autre justement ou pense différemment. Le pire en somme. L'Histoire a toujours montré ce que donnait une telle attitude : l'oppression, la guerre et des massacres gratuits selon les seules normes des dominants évidemment, selon le "bon droit" en vigueur. Et ce "bon droit" officiel, l'exemple à suivre, demeure essentiellement fondé sur la morale catholique, ce qui explique pourquoi l'opposition à une redéfinition de la famille nucléaire traditionnelle est aussi importante en France. Comme je l'ai dit plus haut le catholicisme est aux sources de notre culture et de notre droit malgré toutes les oppositions laïques ou les dénis athées qui ont tenté de lui faire barrage depuis le XXè siècle notamment. Et cet état de fait n'est au demeurant ni bien, ni mal en soi.

Mon 38è article m'a permis de reprocher à une partie du monde catholique français certaines prises de position pour le coup iniques même si je les comprenais. Toutefois, la critique de mon amie Anneb m'a vraiment étonné. Au tout début de son argumentation, elle a employé l'adjectif "anti-catholique" à l'égard de mon texte. J'avoue être resté un peu interloqué tant j'étais loin d'imaginer qu'un tel ressenti aux antipodes de ma démarche de fond puisse surgir chez mes lecteurs d'obédience catholique. Et encore plus quand ceux-ci sont non pratiquants comme Anneb. Mais au moment d'écrire mon texte, j'avais complètement oublié combien le dogme catholique avait imprégné notre propre psyché. Qu'on me reprochât d'y être allé un peu fort ou d'exagérer, je l'aurais compris tout de suite mais qu'on m'accuse (même gentiment) d'avoir signé un écrit s'opposant au catholicisme ou le dénigrant, là, je suis moins d'accord. D'où, ce nouvel article qui est une sorte de droit de réponse indirect si on veut.

Ce n'est pas parce qu'on désavoue et rejette certains aspects d'une doctrine qu'on la refuse complètement. Au contraire, j'admets tout à fait que le catholicisme a influé et influe toujours sur ma psyché et ma spirituallité. Je le rappelle d'ailleurs avec tendresse dans mon article 27. Ô ROUANEZ KARET AN ARVOR où je célèbre ma région natale, la Bretagne, sa culture si imprégnée du catholicisme et mon enfance où le souvenir de ma mère chantant des cantiques bretons dont un en particulier dédié à Sainte-Anne reste prégnant. Je dois en plus y être convaincant et émouvant car cet article caracole en tête des visites sur Google sur le thème des chants bretons catholiques. Il a été recommandé par plusieurs lecteurs. Ce texte éminemment intime est sans doute mon préféré de tous ceux que j'ai publiés jusqu'à présent sur mon blog. Alors, anti-catholique, moi ? Oh, la bonne blague ! Je rejette effectivement de toutes mes forces un certain comportement extrémiste montré par des croyants zélés et la toute-puissance dogmatique mais reste ouvert à l'esprit chrétien fondamental qui transcende les différentes écoles de la pensée catholique comme réformée. Certaines valeurs prônées par le Christ sont miennes indissolublement. Et ce n'est pas parce que je remets en cause l'authenticité factuelle et la valeur morale de la Bible que j'exclus toute l'éthique chrétienne. Ma foi personnelle est toute en nuances, très complexe, et s'appuie sans problème sur des gens de valeur venus d'horizons très différents, certains bouddhistes, chrétiens, athées, etc... Je me sers de modèles humains qui ont fondé leur existence sur des valeurs et des objectifs de vie que je partage. Ces personnes m'inspirent chaque jour, me portent. Je pense à elles très souvent. C'est pourquoi j'ai autant parlé de Soeur Emmanuelle dans Une réflexion pas très catholique : la religieuse franco-belge représente à mes yeux sans doute le mieux la quintessence du comportement authentiquement chrétien. Ni plus, ni moins. En tant que bouddhiste, j'ai toujours vu cette femme de conviction à la foi forte et solide comme un véritable boddhisattva, terme sanskrit qui désigne une personne intègre et d'une immense compassion. C'est un très grand compliment qui reconnaît la valeur profonde de cette femme extraordinaire qui a laissé derrière elle une empreinte durable avec beaucoup d'efficacité. Je ne pouvais imaginer meilleur modèle pour m'aider à avancer dans la vie. Elle a donc toute sa place dans mon panthéon spirituel.

En parlant de Soeur Emmanuelle comme de l'abbé Pierre d'ailleurs, j'ai voulu montrer justement que je n'étais nullement en opposition avec le catholicisme puisque je prenais deux de ses icônes comme modèles. J'ai même pleinement reconnu la valeur de coeur et d'âme d'un homme catholique, Vincent, rencontré sur Facebook. Je n'en ai parlé qu'en positif, rappelant son érudition et son extrême attention à mon égard, bien que nous soyons lui et moi en grand désaccord sur la reconnaissance sociale de l'homosexualité et que certains de ses propos concernant le sujet laissés sur son blog m'aient heurté. C'était un moyen de montrer que tout en critiquant des aspects négatifs que je rejetais dans le catholicisme officiel, j'en acceptais concrètement d'autres tout à fait positifs, qu'en somme, j'étais capable de faire la part des choses, de rester dans la nuance sans condamner. Je pensais en tout cas avoir réussi à faire passer mon intention clairement. Je croyais que ma pleine conscience de la diversité de manières de penser et pratiquer le catholicisme au quotidien paraissait évidente. Force est de constater que non. Ceci dit, Anneb m'a tout de même avoué qu'au moment où elle a pris connaissance de mon texte, elle traversait un moment très difficile, la mort de son père, et que l'enterrement a eu lieu selon le rite catholique. Or, ces derniers instants passés avec le défunt est aussi solemnel qu'affectif. La cérémonie sert aussi de catharsis aux proches pour évacuer une partie de leur chagrin et accepter de laisser partir la personne aimée vers le monde des mort. C'est le temps de la séparation définitive, du point zéro avant d'entamer son deuil. Un tel moment n'est jamais neutre et confère au rite et donc à la religion dont il est tiré une aura particulière, ineffaçable, tel un parfum entêtant qui nous suivrait partout. C'est en quelque sorte la dernière empreinte visible (le cercueil) qui nous restera du défunt. Aussi, je saisis mieux en quoi mon amie a mal réagi face à mon texte ; elle a d'ailleurs admis que le souvenir de cet enterrement avait joué un rôle dans son malaise.

Quant aux autres catholiques pratiquants ou non qui auront inévitablement été dérangés par mes propos, qu'ils ne m'en veuillent pas : je ne l'ai pas fait exprès. Et si c'est le cas, j'en suis navré. Mais sans doute, n'avez-vous lu mon texte qu'à travers votre propre prisme sans pouvoir vous mettre réellement à la portée de mon discours à l'instar de mon amie Anneb ? Avec l'ambiance surchauffée qui plane en France depuis janvier, ça ne m'étonnerait pas. Après tout, une lecture est un point de rencontre entre un état de vie ponctuel livré par l'auteur et celui du lecteur au moment où il prend connaissance du texte. Parfois, le message passe cinq sur cinq car le lecteur est dans un état suffisamment calme et élevé pour recevoir les informations de manière claire et neutre. Et d'autres fois, c'est l'inverse : une émotion négative ou positive trop intense rend l'absorption du message difficile voire impossible. Et le lecteur comprend surtout ce qu'il veut et interprète le propos de l'auteur avec partialité. Rassurez-vous, ça m'arrive aussi ! Surtout ce qui m'amuse un peu, c'est de voir que parallèlement à ce procès d'intention anti-catholique qui m'a été fait, d'autres internautes ont pris mon texte comme étant essentiellement un écrit d'indignation avec dénonciation des abus de croyants catholiques et promotion du mariage pour tous : je n'étais plus anti-catho mais pro-mariage gay ! Là aussi erreur de compréhension et interprétation. Dans mon texte, je rappelle que j'étais plus pour un contrat d'union civile revalorisé à l'égal du mariage (avec adoption simple uniquement) que le mariage lui-même. Mon soutien final très tardif au projet de loi socialiste n'est intervenu que lorsque j'ai vu la déferlante homophobe se lever et tout balayer sur son passage sans aucune résistance institutionnelle, médiatique ou juridique ou si peu. J'ai suivi plus par réaction que choisi par conviction. Mais là, vraiment, je n'en pouvais plus de voir une intolérance aussi violente s'afficher et salir l'image de mon pays natal à l'étranger.


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Voilà, j'arrive à la fin de ce 39è article qui je l'espère vous aura éclairci sur ma position morale et intellectuelle à l'égard du catholicisme. Et au moment où j'achève ce nouveau texte, je repense tout à coup à certains mots qui sont revenus sans cesse dans la bouche ou sous la plume de croyants catholiques homophobes au sujet des homosexuels : "êtres en souffrance", "l'homosexualité est une souffrance"... Tout un baratin condescendant, culpabilisateur et surtout pathogène. Je n'ai jamais souffert à cause de mon identité homosexuelle à laquelle je dois sans doute mes plus belles qualités. Par contre, j'ai beaucoup souffert du poids de la culpabilité posée sur mes épaules par la morale catholique pendant mon adolescence. Et j'en ai bavé, je vous assure. Là réside la source principale de la souffrance intérieure qui m'a miné pendant tant d'années et de mes échecs amoureux. Comment créer des relations affectives équlibrées et normales lorsque vous-mêmes, vous ne vous êtes pas trouvé parce que vous en avez été empêché ? C'est là aussi qu'est née cette douce et fidèle mélancolie qui me caractérise. Et c'est parce que j'accepte désormais ce vécu difficile que je peux voir ce que le catholicisme m'a apporté en positif également. J'ai intégré la leçon. Mon coeur ne condamne plus mais il n'est pas non plus naïf. Si je ne renie pas les valeurs catholiques qui fondent ma personnalité, je ne suis pas du tout disposé à tout recevoir. J'essaie de bâtir un équilibre intérieur et d'incarner une complémentarité entre ma foi bouddhique et mon héritage chrétien. C'est ce qui explique la rédaction de mon article 38. Et si c'était à refaire, j'agirai exactement pareil, sans regret. Par respect pour ma vie. Et c'est ce qui importe D'ABORD.

Published by ELLYPSO WARATAHS - dans QUESTIONS D'ETHIQUE
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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 00:22

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En voyant les derniers évènements qui ont illustré l'actualité sociétale en France où certains catholiques ont montré une opposition virulente sinon violente contre le projet de loi socialiste instituant la reconnaissance par l'Etat du mariage homosexuel à l'égal du mariage hétérosexuel, le souvenir de Soeur Emmanuelle, la religieuse catholique au fort tempérament starifiée par les médias, m'est revenu en mémoire. Je ne sais pourquoi, subrepticement, l'image de l'alerte nonne franco-belge nonagénaire est venue s'implanter dans mon cerveau alors même que je ne cessais d'entendre de (trop) nombreux discours tous plus homophobes les uns que les autres venant du milieu catholique français. C'est surtout en voyant les très égocentriques Frigide Barjot et Philippe Ariño ou encore l'intraitable Christine Boutin, tous trois très médiatisés, avec quelques autres, distribuant leur "bonne parole", une conception très personnelle de la vérité, entre certitude arrogante et verve outrancière, avec parfois pour certains intervenants une parfaite mauvaise foi, à longueur de lignes ou de phrases dans les médias, que j'ai pris conscience malgré moi d'une réalité des plus objectives : le monde catholique est divers et intimement contradictoire. J'ai vu concrètement combien les notions de religion et de spiritualité étaient différentes et pouvaient ne pas se rejoindre voire s'opposer. J'ai vu ce qui pour moi est le Mal à l'oeuvre dans les consciences, le Mal dans ce qu'il a de plus redoutable : l'apparence de la légitimité, l'apparence de la vertu et du Bien, la dictature du dogmatisme uniquement soutenue par la majorité et le poids des ans alors qu'un individu peut avoir raison seul contre tous et que toute idéologie même admise pendant des siècles peut se révéler erronées en quelques minutes d'une observation neutre de la réalité. Copernic et Galilée qui ont tous deux subi les foudres de l'église catholique en leur temps me semblent de parfaits exemples de l'obscurantisme religieux remis en cause par de simples faits scientifiques constatés puis avérés depuis lors.

En quelques semaines, en ce début de XXIè siècle, je n'aurais jamais imaginé voir autant d'égoïsme, d'aveuglement, de conservatisme, de rejet de l'autre s'exprimer aussi ouvertement. Non, je n'aurais jamais imaginé être forcé de constater que la peur de la différence et la ségrégation entre humains sur de simples critères subjectifs et arbitraires continuent à avoir autant d'impact dans le coeur d'une multitude de gens. Je n'aurais jamais imaginé voir les germes de la haine et de la guerre aussi vivaces dans les coeurs de tant de personnes qui pourtant se proclament des disciples du Christ, des messagers de paix. Le refus de ce que l'on est par tant d'autres blesse et fait inévitablement s'interroger sur ce qui se passe, d'autant plus quand ça dure. Cependant ma réflexion ne s'est pas opérée du côté événementiel, très superficiel en soi et simple conséquence d'une réalité plus profonde, mais sur un plan plus essentiel : le plan de nos croyances, le plan de l"éthique et plus intimement le plan de la foi que nous plaçons en la vie quel que soit le médiateur, Dieu ou tout autre divinité, l'Homme, l'univers ou rien.

 

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Sister Emmanuelle 1A une journaliste de l’Express qui, en juin 1995, l’interrogeait sur sa vocation religieuse, Soeur Emmanuelle avait répondu :

 « Je n'ai jamais choisi la voie de l'Eglise, jamais de la vie! J'ai choisi Dieu, ce n'est pas pareil ! Les structures de l'Eglise ne m'intéressent absolument pas. Lorsque j'avais 20 ans, il n'y avait qu'une voie pour servir Dieu totalement: la vie religieuse. (…) aujourd'hui, je n'aurais probablement pas suivi la voie que vous appelez l'Eglise, j'aurais choisi une cause et je m'y serais dévouée. Je voulais faire de ma vie quelque chose qui ne meure pas, quelque chose d'absolu, parce que j'avais le sentiment que tout passe, tout coule, et qu'au milieu il y a un être qui ne coule pas, c'est Dieu. J'ai voulu entrer dans ce fleuve très limpide qui va droit à l'essentiel : l'Homme.»

Je trouve très intéressant qu'une chrétienne authentique et dont on pourra difficilement contester la pureté et la profondeur de la foi fasse bien la DIFFERENCE entre Dieu, la croyance en lui qu'il entraîne et les institutions CENSEES les représenter tous deux. L'adjectif "censées" prend vraiment tout son sens. Qu'y a-t-il de commun effectivement entre une femme qui a prouvé par son action prolongée et constante qu'elle était du côté des plus souffrants et des plus nécessiteux, et par conséquent du Bien, et une haute hiérarchie catholique enfermée dans ses murs entre beaux parquets cirés, livres et meubles précieux, dorures et tentures de velours, en tout cas toujours bien loin des lignes de front. Et pourtant, ces prélats protégés par des couches de préjugés et de certitudes ont toujours un avis à donner sur les questions qui concernent des milliers ou des millions de personnes dont ils ne connaissent ABSOLUMENT RIEN de la réalité quotidienne. Si ce n'est pas le summum de l'outrecuidance, qu'est-ce donc ? 

Personnellement, je pense comme Soeur Emmanuelle et j'ai adopté la même conduite qu'elle vis à vis de ma propre religion, le bouddhisme, où là aussi, organisations diverses dont celle par laquelle je reçois un enseignement bouddhique et institutions plus ou moins officielles, incluant les plus célèbres comme celles du Tibet, tendent à se présenter comme les seuls garantes d'une foi authentique en lien avec les enseignements du bouddha historique Shakyamuni. Or, ce dernier a pourtant dit : "Suivez la Loi, pas la personne !" Il faisait là nettement la distinction entre l'engagement personnel du croyant et l'enseignement donné par un maître ou une institution, un clergé quelconque. En ce qui me concerne, j'ai pris acte de cette phrase et l'applique chaque jour dans ma vie.  Au sein de mon mouvement, j'ai souvent été vu comme le trouble-fête, l'empêcheur de tourner en rond. Mais je ne regrette rien puisque ma foi, elle, est toujours bien présente. Et nombre de choses que je critiquais ont été revues dans mon sens : les instances dirigeantes ont bien compris à la longue que moi et les gens qui partageaient mon opinion sur certains thèmes ne contestions pas par égoïsme mais bien parce que certains points soulevaient des interrogations légitimes. Ainsi, dès la fin des années 1990, j'ai commencé à discuter le fait d'avoir matin et soir des pratiques méditatives longues qui obligeaient les gens à se lever fort tôt et à ne plus vivre que pour la pratique bouddhique. C'était épuisant et pas forcément toujours très efficace. De plus, ça faisait "esprit de secte". Mais n'obtenant aucune réponse sur une possible réforme du gongyo (nom japonais pour la méditation bouddhique), je décidai d'appliquer à la lettre la phrase de Shakyamuni. En fin de compte, ma propre foi comptait plus que les conservatismes officiels. J'ai alors décidé seul, au lieu des deux gongyo longs habituels (surtout le matin), de faire en début et fin de journée un gongyo court appelé gongyo de cérémonie et récité lors d'occasions particulières (mariages, enterrements, réceptions diverses). Ce n'était pas l'esprit de facilité qui me menait mais bien le respect authentique de ma foi. J'ai voulu tester... et bien m'en a pris car trois ans plus tard, les deux méditations quotidiennes ont été réformées dans mon sens, sans même que j'intervienne. Ce sont des croyantes japonaises qui ont longuement défendu une révision de la pratique afin de l'adapter à la vie moderne. Elles ont été entendues et dorénavant, les deux méditations journalières sont deux gongyo de cérémonie avec autant de temps de récitation du mantra essentiel (daimoku) qu'on veut. C'est plus simple mais surtout plus efficace. La foi se nourrit aussi de la liberté accordée à l'individu, et c'est vrai pour toute religion.

Il est, à mes yeux, absolument nécessaire que les institutions de tout mouvement spirituel fassent leur autocritique et adoptent une véritable attitude d'humilité envers leurs croyants. C'est incontournable sinon c'est le règne du dogmatisme et de la dictature extrémiste... qui peut prendre un visage très tolérant, du moins en surface. Tout adepte d'une religion est alors amené à s'adapter à un cadre précis et à adopter les mêmes idées que les autres croyants de manière plus ou moins rigide. C'est tout simplement un nivellement des consciences et l'institution de la médiocrité spirituelle. Je dirais même que c'est le degré zéro de la foi authentique. Croire librement et fidèlement n'a que fort peu à voir avec les carcans idéologiques, et en particulier religieux. La foi authentique est rarement celle de celui qui adopte le prêt à croire, ce que personnellement, j'appelle la "take-away faith" (la foi à emporter), à l'instar de celui qui consomme régulièrement les plats tout prêts à ramener chez soi au lieu de faire l'effort de cuisiner lui-même. La véritable foi doute, questionne toute autorité spirituelle voire s'y oppose, diminue, remonte, peut même partir pour mieux revenir. Une telle foi VIT tout simplement et n'est JAMAIS linéaire. La véritable foi est essentiellement, incomparablement, vicéralement HUMAINE... même si elle est mise au service d'une supposée divinité. Et c'est très bien ainsi.

 

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En ce qui concerne les catholiques en France, les derniers évènements sociétaux ont largement montré qu'il existait deux sortes de croyants, ceux qui prétendent que c'est en ne suivant que l'Eglise qu'on demeure dans le chemin de la parole de Dieu, et ceux qui affirment que les intitutions peuvent être interrogées voire contestées sur certains sujets donnant par là plus d'importance au lien personnel avec le Créateur qu'à l'intermédiaire obligatoire que personnalise le clergé. Pendant un moment, ça m'a troublé mais en fait, j'avais oublié que de très grands chrétiens tels Soeur Emmanuelle ou l'abbé Pierre avaient aidé le plus les gens en s'opposant parfois avec raison tout de même à leur autorité de tutelle. Ainsi, Soeur Emmanuelle, si elle a obéi à contre-coeur à l'ordre de quitter les chiffonniers du Caire, n'en a pas moins dans certains livres mais aussi propos tenus à la télévision, comme ceux cités plus haut, discuté le bien-fondé de certaines attitudes de l'Eglise romaine.

Soeur Emmanuelle et son homologue français dans la lutte contre la misère et la pauvreté, l'abbé Pierre, n'étaient pas des révolutionnaires mais ils ont demandé au clergé, et surtout le haut clergé, de questionner leur rapport avec le monde de temps à autre, en particulier au sujet de la justice sociale, les moeurs et la condition féminine. Ces deux personnes étaient bonnes. A l'inverse, de nombreux catholiques qui se sont enfermés dans le dogmatisme du principe de vérité (cf.  29. PENSEES DU NOUVEL HOMME - VI ) n'ont que des jugements de valeur dans le coeur ou une tolérance, juste une simple tolérance, remplie de condescendance, cette horrible attitude si hypocrite et tellement bourgeoise. Ce n'est pas un hasard si beaucoup de catholiques parmi les plus coincés et obtus appartiennent à la bourgeoisie : le respect des convenances plutôt que le respect de la vie avec cette vision étriquée et duelle du monde si caractéristique en permanence. La réalité n'est envisagée que sous un angle d'opposition et de pouvoir : dominants/dominés, employeurs/employés, riches/pauvres, méritants (comprendre "bien nés")/tous ces autres-là (la plèbe quoi !), etc... Cette vision duelle du réel se marie à merveille avec le manichéisme fondamental du judéo-christianisme qui divise le monde en deux groupes essentiels : les vertueux et les pécheurs. Il est assez aisé de comprendre pourquoi la bourgeoisie et un certain catholicisme très traditionnel voire ultra se fondent si bien ensemble depuis longtemps : ils partagent une vision du monde exclusive et extrêmement hiérarchisée qui se formalise peu de l'injustice sociale environnante. Si l'injustice est considérée, c'est sous l'angle moral essentiellement avec des thèmes vedettes tels que l'avortement, la moralisation des moeurs ou l'euthanasie, et vus bien sûr selon une interprétation toute arbitraire et très convenue.

 

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Trad : " La vérité" -

Quand est appelée vérité l'obligation de tous à en revenir

à une vision unicentriste de l'univers et de la vie

 

Avec de telles références, l'ouverture à l'autre est évidemment soit rendue impossible, soit soumise à conditions, avec un contrat moral plus ou moins avoué dont le fond est "je t'accepte si tu modifies ce qui est hors du discours de l'Eglise." (sous-entendu "ce qui me déplaît."). C'est toute la subtile distinction qui existe entre tolérance et acceptation. La première est limitée et partiale, la seconde est inconditionnelle dès lors qu'il s'agit d'humanité. La première est intellectuelle, morale, la seconde est l'acte d'amour par excellence dès qu'on s'ouvre à l'autre si différent et qui heurte pourtant nos convictions. Et à bien y regarder, je constate que si la tolérance est répandue (et encore, on pourrait mieux faire !) parmi les chrétiens, l'acceptation, elle, est rarissime. Ce qui signifie tout bonnement que nombre de croyants chrétiens et surtout catholiques ignorent complètement ce qu'est l'Amour, celui avec un grand A, sans conditions, éminemment empathique, altruiste, qui n'établit aucune échelle de valeur spécifique, un état d'esprit élevé bien différent du sentiment duel entre deux êtres amoureux, puisqu'ils ne le vivent jamais. Par contre, ils en parlent ! Mais c'est connu : revenir sans cesse sur un sujet signifie qu'il nous attire parce qu'il brille par son absence concrète dans notre propre vie. Quand on vit les choses, on n'en parle même plus : ça se voit. Ca devient banal et naturel. Tous ces croyants hors du chemin de l'Amour vivent et suivent scrupuleusement le dogme, vont à la messe et autres activités paroissiales, mais demeurent loin intérieurement de ceux qu'ils jugent trop différents d'eux, surtout quand ça concerne les moeurs. Réalité plutôt glaçante, non ? Du coup, les débordements verbaux ou écrits constatés lors des dernières manifestations contre l'ouverture du mariage aux couples homosexuels et sur de multiples plateformes sur le Net opposées au projet de loi du même nom s'expliquent parfaitement. Et évidemment, cette homophobie ouvertement exprimée que tentent de réguler dorénavant les institutions religieuses chrétiennes françaises afin de moins choquer et de montrer un visage plus avenant a déclenché l'ire et la violence verbale dans l'autre camp. Classique : on récolte toujours ce qu'on sème. Nous sommes bien loin de la grandeur de coeur de Soeur Emmanuelle ou de l'abbé Pierre.

Ces dernières semaines, J'ai souvent pensé à la religieuse franco-belge ainsi qu'à un vieux couple de catholiques français que je fréquentais épisodiquement lorsque je vivais près à Nantes. En pensant à ces personnes, je me suis souvenu de valeurs humaines fondées d'abord sur l'expérience de terrain et non l'idéologie religieuse. Ce que je voyais alors était l'accueil simple de l'autre TEL qu'il était SANS CONTREPARTIE, sans attente d'un changement, loin de l'étouffante et hypocrite gentillesse remplie de condescendance prête à se muer en rejet froid et méprisant si aucune modification de l'attitude considérée comme mauvaise n'intervient. Quand je pense à Soeur Emmanuelle ou à ce couple de vieux croyants, je revois aussitôt ce qu'est le vrai message du Christ : la gratuité, L'INCONDITIONNALITE... et c'est tout ! Ni plus, ni moins ! Ah c'est sûr, ça nous change ! On se situe à un niveau de spiritualité bien plus élevé que chez la plupart des croyants catholiques lambdas.

Cette multiplicité si contrastée voire contradictoire de vivre une foi à la base identique questionne la raison. Sans remettre en cause le message de fond initial,  elle interroge toutefois sur l'interprétation et toutes ses variantes qui en ont été dispensées au cours des siècles. Par conséquent, l'argument rebattu qui place la prétendue universalité de la Bible comme source de référence absolue et sans tache pour promouvoir une idéologie planétaire fondée sur l'Amour devient difficilement recevable : il est tout bonnement improuvable ! Se croire guidé par la pensée de Dieu et être effectivement guidé par elle lors de la rédaction de textes dits sacrés sont deux choses bien différentes qui se rejoignent cependant sur un point : elles sont invérifiables concrètement. Tout repose sur l'explication très personnelle que fait le rédacteur de son action d'écriture. Nous sommes donc bien dans le domaine du postulat et de la simple affirmation. Tout n'y est que pure subjectivité. Autant dire que l'on peut écrire tout et son contraire en pensant ainsi.

La Bible, comme tous les textes religieux, est avant tout une construction HUMAINE avec tout ce que ça sous-entend d'interprétations, de manipulation, d'erreurs et d'influences culturelles au moment de la rédaction de certaines parties. Je l'avais déjà constaté à l'université alors que le Saint Livre était au programme de ma seconde année de lettres modernes. Récemment, j'ai entendu sur la radio alternative Ici et Maintenant un chrétien non catholique qui contestait fortement la fiabilité de la Bible sur nombre de points : le poids de l'Ancien Testament lui-même calqué en grande partie sur la Torah et rempli d'influences culturelles juives (on parle bien de judéo-christianisme dans nos sociétés occidentales) était trop important pour rendre le fond du message biblique aussi universel et inclusif que le prétendent depuis des siècles les autorités ecclésiastiques du Vatican. En son temps, le Christ s'était frontalement opposé aux pouvoirs en vigueur dans son pays, les désignant sous le terme fortement péjoratif de "pharisiens". L'homme expliquait qu'est resté de ce passage de Jésus sur Terre le Nouveau Testament dont l'esprit a été toutefois complètement dénaturé par les interprétations personnelles des différents rédacteurs, Saint Paul en tête, en raison de leur culture juive et des conditionnements sociaux contemporains : ils ne pouvaient être neutres, tout disciples qu'ils étaient pour la plupart. Et si on rajoute les traductions ultérieures, où là aussi influences diverses et interprétations individuelles ont corrompu le fond des paroles du Christ et certainement déformé les faits, taisant tout ce qui dérangeait la pensée officielle ou les convictions des rédacteurs successifs, je pense qu'effectivement l'authenticité de la Bible qu'on lit de nos jours et surtout sa valeur morale sont de nature hautement douteuse

 

Interdit

Trad : "Ne le faites pas !"

 

Quand je discute avec des catholiques mais aussi des protestants attachés au formalisme dogmatique, le détail qui me frappe à chaque fois est cette affiliation quasi inconsciente à l'interdit sous ses multiples formes, l'attachement vicéral aux préjugés (même édulcorés par des bribes de tolérance) et à la condamnation gratuite sur l'apparence des faits et non les faits eux-mêmes. C'est le règne absolu de la subjectivité ayant usurpé la place de l'objectivité et qui a édicté depuis plus de 2000 ans sous le masque de celle-ci un code moral séculaire violent, agressif intérieurement pour l'individu. Et tous les thèmes reliés à la sexualité sont ceux où l'opprobre et l'exclusion se font toujours le plus sentir. Ce qui est logique car c'est le domaine où l'être humain est sans doute le plus en contact avec sa liberté fondamentale d'être et d'agir et donc le plus apte à exprimer une force créative qui peut se révéler rebelle voire opposante. Ce que les religions exècrent par-dessus tout. En tant qu'homosexuel anciennement catholique, je sais de quoi je parle. Ce qui prouve que le christianisme n'a pas du tout évacué ses démons mortifères d'annihilation de la différence dès lors qu'elle est opposante et surtout revendicatrice d'une pleine liberté d'expression ET D'ACTION. L'attitude de l'Eglise de Rome est sans appel sur ce sujet : là encore, l'actuel débat sur le mariage pour tous le montre clairement. Mais d'autres questions comme l'avortement, la procréation médicalement assistée (PMA), l'adoption par des couples gays ou la simple reconnaissance de l'homosexualité ont cristallisé ou cristallisent toujours beaucoup d'opposition chez les chrétiens mais surtout les catholiques. Seule la pression sociale a permis ou permettra certains changements nécessaires pour plus de respect humain.

 

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Lorsque je vois l'état présent de la société occidentale, je reste perplexe, pris dans la contradiction. D'un côté, des évolutions sont intervenues afin d'offrir à l'individu plus de liberté et de respect de lui-même et en même temps, l'égoïsme n'a jamais été aussi fort. C'est comme si nous détruisions d'une main ce que nous avons eu tant de mal à bâtir de l'autre. Je ne cautionne pas tous les changements sociaux qui sont intervenus depuis les années 1970 en occident les yeux fermés : un tri est indispensable. Je m'en suis longuement expliqué dans mon article  24. QUELQUES MOTS DE PLATON... EN ECHO. Je pense que la gauche politique a une énorme responsabilité dans le dévoiement de certaines valeurs qui ont été très mal interprétées mais je ne soutiens par pour autant l'attitude ultraconservatrice de toute une frange des politiques et électeurs de droite dont nombre de catholiques. Si à gauche, l'individu a pris trop d'importance et est désormais systématiquement placé CONTRE le groupe, à droite, la notion de morale collective demeure encore et toujours la dimension sociale principale OPPOSEE sans cesse à la personne, et particulièrement la personne qui veut s'émanciper psychologiquement et philosophiquement. D'un côté comme de l'autre, aucun équilibre n'existe. Et la raison en est simple : le dogmatisme qu'il soit politique, philosophique ou religieux, règne en maître absolu. Consternant : c'est le signe le plus évident de la dictature de l'Ego sur l'esprit humain. Partout, l'égoïsme s'étale tout-puissant. Et surtout dans le monde des idées. C'est la corruption des valeurs à laquelle l'Eglise et de nombreux catholiques participent également tout en pensant bien évidemment faire l'inverse. Le "progrès" social effréné de la gauche socialiste est aussi mauvais que le conservatisme souvent nauséabond de la droite. La sagesse dicte comme à l'accoutumée que le meilleur réside dans une solution médiane. Mais l'homme est ainsi fait : chacun croit et veut avoir raison et le dialogue est plus souvent apparent que réel. Si les bouches s'ouvrent facilement, les coeurs demeurent fermés. Chacun campe sur ses positions. Exit l'échange et l'empathie. Dehors l'humilité ! Les débats sont frelatés et ennuyeux. Et là, en ce moment, avec le projet de loi relatif au mariage homosexuel, nous sommes servis en matière de discussions aussi tonitruantes qu'inutiles ! Mais les thèmes de l'avortement ou de l'euthanasie entraînent aussi la même radicalité de parole rendant tout débat improductif.

Abbé PierreAlors que j'écris ces mots, j'ai soudain dans les oreilles la célèbre aria de la Suite n° 3 en ré majeur de Bach, un summum d'élégance et de raffinement. J'écoute la playlist en ligne sur mon blog. Et je ne peux m'empêcher de penser à ce que serait l'esprit humain s'il daignait laisser la beauté l'habiter plus souvent et être le terreau de ses idées. Et je repense à Soeur Emmanuelle et à l'abbé Pierre qui n'ont pas hésité à se lever contre l'ordre établi, avec clarté, courtoisie et parfois, pour le second, véhémence, afin de faire bouger les institutions politiques et religieuses quand la situation l'exigeait. L'appel de l'abbé Pierre pour obtenir des logements pour les plus démunis lors du terrible hiver 1954 reste une référence en la matière mais le curé des pauvres n'a jamais trop mâché ses mots pour parler de l'attitude des pouvoirs publics comme des autorités religieuses qu'il jugeait constamment beaucoup trop en retrait ou figée par rapport aux grandes questions socio-économiques et sociétales. C'est cette noblesse de coeur, cette exigence d'une spiritualité élevée parce que COHERENTE, mettant réellement en action un coeur et un esprit aimants, respectueux des autres intrinsèquement, qui manque cruellement à tant de croyants catholiques et plus largement chrétiens à travers le monde. Avec Soeur Emmanuelle et l'abbé Pierre, tout était sujet à discussion, jamais à rejet et jugement de valeur, et surtout, l'autre était vu en tant qu'être autonome avec SON éthique propre et donc les conduites qui en découlaient. Et il n'y avait rien à redire. Quand on voit à l'opposé autant de catholiques crispés sur toute question en lien avec la sexualité, une leçon d'humanité et d'humanisme a été donnée par l'intermédiaire de ces deux grandes âmes. C'est malheureusement une leçon que beaucoup se contentent de constater en encensant nos deux religieux d'exception mais en se gardant bien d'en appliquer l'enseignement dans leurs propres vies tant elle exige d'aller contre ses tabous, ses certitudes et surtout ses préjugés. Du coup, beaucoup sont incapables d'opérer un examen de conscience approfondi et s'enlisent dans le statu quo jusqu'à défendre leurs valeurs avec fermeté voire violence en place publique et à vouloir les imposer à tous. La foule compacte majoritairement catholique qui a défilé lors de la dernière manifestation contre le projet de loi socialiste sur l'égalité conjugale homo/hétéro ou les commandos anti-avortement qui mènent des actions très agressives contre les lieux et leur personnel pratiquant l'IVG sont de parfaits symboles de ce conservatisme très dur et intransigeant.

Soeur Emmanuelle et l'abbé Pierre étaient authentiquement, profondément, humains. Et du coup, très naturellement, ils mettaient l'homme au centre de leurs préoccupations. Dieu, la divinité du dogme, n'était que la référence à laquelle tous deux revenaient sans cesse certes, mais leur lien avec lui était bien différent de celui qu'ont nombre de croyants catholiques avec lui en général où le formalisme et le conformisme dominent. Soeur Emmanuelle et l'abbé Pierre se donnaient à leurs causes, vivaient leurs convictions et surtout ACCEPTAIENT l'autre même très différent dans son mode de vie voire opposé aux principes de leur foi catholique SANS CONDITIONS. Jamais ils ne leur serait venu à l'esprit d'exiger de l'autre qu'il change afin de convenir à leurs propres valeurs, à l'image idéale qu'ils se faisaient du monde tout simplement parce qu'ils respectaient la vie dans toute sa diversité d'expression, la vie telle qu'elle est au-delà des notions extrêmement arbitraires de Bien et de Mal. Ce que la plupart des catholiques aujourd'hui sont incapables de faire. Et c'est là, TOUTE la différence entre ces deux vrais chrétiens et les autres plus attachés au décorum et aux textes qu'à sonder la pureté même de leur foi, ces autres qui confondent qualité de l'engagement spirituel avec suivi scrupuleux de règles au risque de tuer toute spontanéité, toute nuance personnelle fut-elle en désaccord avec l'autorité ecclésiastique mais toujours en harmonie avec Dieu. Soeur Emmanuelle et l'abbé Pierre ont su différencier l'existence de leur Créateur de celle des institutions censées représenter ce dernier sur Terre. Ce qui nous ramène aux propos prononcés par Soeur Emmanuelle et que je cite en tout début de mon article : suivre la voie de Dieu et non celle de l'Eglise. C'est en fait deux façons de vivre sa foi chrétienne très différentes... et qui peuvent s'opposer frontalement. Pour la célèbre religieuse franco-belge, l'acte suprême d'amour est de reconnaître l'homme dans sa valeur la plus essentielle qui ne peut exister que par une acceptation totale de ce qu'il est puisque son existence même résulte de la volonté de Dieu. C'est ce qui explique pourquoi Soeur Emmanuelle s'est toujours montré plus ouverte sur les questions de moeurs que sa hiérarchie catholique :

"Pour beaucoup, Sœur Emmanuelle a su réconcilier les gens avec l’Église. Patrick Poivre d’Arvor a mentionné qu’elle donnait l’envie à tout le monde de croire et de se convertir. Elle était pour la contraception, elle ne condamnait pas le mariage homosexuel, ni l’avortement. En Égypte, alors qu’elle avait vu des enfants mourir, elle avait envoyé une lettre au Pape lui demandant l’autorisation de faire venir des femmes gynécologues pour prescrire la pilule aux femmes chiffonnières. Le Pape ne lui avait jamais répondu. Ce fut pour elle une réponse positive.

Elle était une religieuse extrêmement moderne qui avait aussi su choquer et provoquer. Elle avait suscité des controverses lorsqu’elle avait révélé dans ses mémoires posthumes le plus vif de son intimité.

Oui, elle ne désirait sûrement pas être trop louée et idéalisée après sa mort. Dans ses confessions, Sœur Emmanuelle avait raconté comment elle succombait au plaisir en étant enfant : « Soudain, à l’âge où l’enfant n’a pas encore la conscience de la force brutale de la sexualité, éclata en moi la première manifestation d’un des instincts les plus violents de l’homme et de l’animal. Comment et à quelle occasion ai-je commencé à me masturber, je ne m’en souviens pas.»(www.feminix.com)

Je me souviens d'avoir entendu ou lu les réactions interloquées de croyants catholiques face à la liberté avec laquelle la célèbre nonne parlait avec honnêteté et simplicité des plaisirs de l'onanisme qu'elle avait beaucoup pratiqué dans sa jeunesse. En outre, elle n'y mettait absolument aucune dose de culpabilité. Evidemment, ça a fait tout de suite tache dans le monde feutré et un rien empesé du catholicisme bourgeois : l'image de la Soeur que beaucoup auraient voulu idéale selon des préceptes particuliers en a pâti. Comment ça ! Une religieuse qui affirme que s'envoyer en l'air seule n'est en rien un péché mais juste un acte normal et simple, aussi naturel que de respirer, boire ou manger. Je peux vous dire que l'auréole de la religieuse est tombée dans le coeur de certains croyants catholiques qui sans même chercher à comprendre le cheminement spirituel de cette femme ont préféré restés accrochés à leurs illusions et leur représentation du réel au lieu d'aller à la rencontre de l'autre, au lieu d'aimer l'autre tel que le Christ, le Bouddha et divers êtres éveillés l'ont enseigné.

Pour de très nombreux croyants, la réalité par essence instable de la vie est tout simplement intolérable : ils lui préfèrent une interprétation, un ersatz, qu'ils prétendent légitime parce qu'elle existe depuis plus 2000 ans... sauf que ce n'est pas la quantité d'années et de siècles qui fait la validité d'une théorie fut-elle religieuse et même scientifique ! La remise en cause de ce qu'on croyait vrai un temps existe et permet de rectifier certains errements, même anciens, de l'esprit humain. En dehors de la naissance, de la maladie, du vieillissement et de la mort, peu de choses sont réellement aussi confirmées naturellement. Les dogmes sont institués afin de créer une image de la vie en tant que phénomène stable aux repères intangibles, un faux la plupart du temps qu'on affirme vrai et qu'on impose avec une violence le plus souvent sourde car répétée un nombre incalculable de fois doucement, sans en avoir l'air. C'est la manière la plus efficace d'enfermer durablement le coeur humain dans une prison où l'Amour n'a pas sa place tout en affirmant bien sûr que chacun est libre et l'objet du respect le plus absolu. C'est également la manière la plus sûre de créer la division à l'intérieur d'un individu et de l'amener à rejeter des parties entières de lui-même qu'il finira par exclure chez les autres ensuite. On ne condamne jamais mieux chez autrui que ce qu'on refuse inconsciemment chez soi. C'est connu. Au-delà du simple désaccord idéologique exprimé actuellement sur le mariage gay, la plupart des catholiques ne ressentent en général aucune réelle empathie envers les personnes homosexuelles puisque la promesse d'une possible rémission de leur "mal" (comprendre leurs tendances sexuelles) est implicitement envisagée si un lien est entamé avec l'une d'elles. C'est l'élément principal qui soutient toute la relation entre nombre de catholiques formalistes et ces autres aux moeurs par trop dérangeantes. Les bons vieux clichés sur l'homosexualité ont la vie dure : ils rassurent. Au mieux, les personnes "Lesbiennes-Gays-Bi-Transgenres" (LGBT) peuvent-elles espérer une écoeurante condescendance, cette commisération opportuniste si confortable pour se racheter une conscience à peu de frais, même si bien sûr, parmi les catholiques et y compris parmi le clergé, quelques vrais chrétiens de coeur sont capables de les accueillir sans attendre une contrepartie morale et sans plaindre leurs pauvres âmes "perdues".

Et vous pouvez décliner ce schéma de pensée pour l'avortement ou d'autres questions sociétales où le manque d'empathie rend la victime coupable aux yeux de nombreux catholiques d'agir d'une manière supposée incorrecte et fait se focaliser l'attention du croyant sur un sujet annexe ou lié : la vie du foetus est ainsi perçue comme prioritaire par rapport à celle de sa mère enceinte par défaut et prête à avorter. Le message sous-entendu est clair : la femme est responsable de ce qui lui arrive et n'avait qu'à savoir se contrôler si elle ne voulait pas se retrouver dans un tel embarras. Et même des situations dramatiques comme une grossesse issue d'un viol ne trouve aucune compassion aux yeux de ces croyants à la foi dogmatique et inflexible : la vie du bébé importera toujours plus que celle de sa mère. Les médias se sont fait le relais de quelques cas tragiques dont celui, en 2009, d'une fillette brésilienne de 9 ans enceinte de son beau-père qui l'avait violée plusieurs fois. Malgré l'acte pédophile évident, la décision de l'Eglise du pays avait alors été sans appel : le bébé devait naître coûte que coûte au prix de la vie de l'enfant-mère le cas échéant. Je n'ose imaginer comment une femme, et encore plus lorsque c'est une enfant ou une adolescente, peut recevoir en elle un être qui symbolisera toute sa vie durant l'outrageant calvaire qu'elle aura subi. La posture psychologique doit être intenable tant elle est contradictoire... et IMMORALE ! Imposer une telle obligation à un individu meurtri dans sa chair et son esprit est tout simplement cynique et tellement cruel. Mais le chemin de l'absolutisme moral et dogmatique n'est pas, loin s'en faut, la voie de l'Amour. C'est même son opposé. Et à mes yeux, c'est carrément un sentier qui rejoint l'autoroute du Mal.


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Et pourtant, s'ils savaient, les croyants catholiques, que la foi belle et authentique est essentiellement inclusive et NON DIRIGISTE. Mais encore faut-il qu'elle soit juste et intelligente, en un mot SAGE et éclairée. C'est tout cela que personnalisaient les deux célèbres personnes pratiquantes que j'ai pris en référence dans cet article. C'est de manière tout à fait inattendue que j'ai beaucoup pensé et repensé à Soeur Emmanuelle dont l'attitude générale constitue pour moi une base vers laquelle j'aime me retourner lorsque je perds pied confronté aux aléas de la vie. En effet, ces derniers temps, j'ai entendu et lu tellement de propos clairement homophobes, d'une incroyable violence, dignes du fascisme le plus dur, et dits par des gens se proclamant dans la droite ligne du Christ côté foi (Ah, Civitas et son horrible leader, Alain Escada, au discours rempli de suffisance et de mépris haineux !), que je n'ai pu m'empêcher de faire la comparaison. Et très honnêtement, très concrètement, qu'y-a-t-il de commun entre une religieuse dévouée aux plus pauvres et empreinte d'un véritable amour de son prochain, vivant authentiquement sa foi chrétienne, et ceux qui ne font que l'affirmer tout en lisant les textes officiels et suivant les rites, qui confondent compassion et condescendance et laissent s'exprimer leur dégoût sinon leur haine de l'autre lorsque ce dernier s'oppose malgré lui à leurs valeurs ? Oui, quel lien concret commun existe entre ces deux pôles de la foi catholique, et de la foi tout court ? Car bien évidemment, bien que je me sois focalisé sur le catholicisme, mes propos auraient pu prendre en compte les musulmans, les juifs et certains courants bouddhiques ainsi que ceux d'autres religions.

C'est toute la différence cruciale, essentielle, fondamentale, qui existe entre religion et spiritualité. Si beaucoup confondent ces deux concepts, par inculture ou paresse intellectuelle, ces derniers décrivent chacun pourtant deux réalités bien spécifiques qui peuvent se rejoindre, certes, dans le meilleur des cas, mais aussi s'opposer, et parfois frontalement. Et c'est tout le fond implicite de ce 38ème article de l'Observatoire du Coeur.

 

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La religion est un ensemble de rites qui s'appuie sur un dogme central pour fonder sa véracité et sa légitimité. Elle a parfois un clergé, souvent quelques gourous : elle a toujours des intermédiares qui sont censés représenter le lien entre les fidèles et une réalité ésotérique donnée comme incompréhensible au commun des mortels. L'idée de religion est toujours rattachée aux notions de hiérarchie et de structure. Le Petit Robert en donne d'ailleurs une définition très claire : "système de croyances et de pratiques, impliquant des relations avec un principe supérieur et propre à un groupe social." La religion est une discipline de vie, une attitude morale, qui est considérée comme vous mettant en contact via un suivi scrupuleux de rites particuliers à chaque confession avec une ou plusieurs divinités. Et bien entendu, elle peut être appliquée au quotidien avec plus ou moins de sérieux, de motivation... et d'ouverture tant du coeur que de l'esprit.

Et là, j'en arrive à la notion de spiritualité qui est beaucoup plus difficile à déterminer. Plus floue, elle ramène à une dimension plus individuelle de la relation avec le divin pour ceux qui y croient ou en tout cas du lien avec l'extérieur. Et qui dit individualité dit bien sûr plus de liberté, d'ouverture : c'est le droit de croire de manière personnalisée. Le croyant ne se contente plus de s'adapter au dogme qui l'attire mais il adapte également ce dernier à la réalité de sa vie. La foi devient ainsi beaucoup plus transcendante : elle nourrit concrètement le quotidien de la personne. Ce qui est sûr, c'est que la notion de spiritualité se centre autour de l'existence de l'esprit, notre esprit, et se fonde sur la notion de l'immatérialité. Le Petit Robert la définit d'ailleurs comme le caractère de ce qui est "indépendant de la matière". Le célèbre dictionnaire lui donne aussi le sens d'un "ensemble de croyances", ce qui la fait être une simple émanation d'un système religieux dans ce cas. Cette signification provient du fait qu'autrefois, la spiritualité était l'apanage des religions institutionnalisées tel le christianisme en Occident. Et c'est sans doute là que se trouve l'origine de la confusion sémantique courante entre les mots "spiritualité" et "religion" qui sont souvent assimilés à tort comme synonymes. Or, la notion de spiritualité retrouve graduellement à notre époque son sens plein et entier :

"L'ouverture à la spiritualité à grande échelle en dehors des structures religieuses est un phénomène entièrement nouveau. Autrefois, cela n'aurait pas pu se concevoir, surtout en Occident, la culture la plus dominée de toutes par le mental, culture où l'EgIise chrétienne avait une franchise virtuelle sur la spiritualité. II etait foncièrement impossible de discourir sur la spiritualité ou de publier des livres dans ce domaine à moins d'avoir été approuvé par l'Eglise. Si vous ne l'étiez pas, on vous réduisait illico presto au silence. Mais de nos jours, il y a des signes de changemenrs, même dans certaines confessions et religions. (...).

En partie à cause des enseignements spirituels issus des religions établies, mais aussi grâce à l' arrivée des anciens enseignements orientaux, un nombre croissant d'adeptes des religions traditionnelles peuvent désormais se détacher de leur identification à la forme, au dogme et aux systèmes de croyances rigides pour découvrir la profondeur cachée originale propre à leur tradition spirituelle. Par la même occasion, ils découvrent cette profondeur en eux. Ces adeptes réalisent ainsi que le degré de spiritualité n'a rien à voir avec ce que vous croyez, mais tout à voir avec votre état de conscience. Et cette prise de conscience détermine la façon dont vous agissez dans le monde et avec autrui." (Nouvelle Terre - Eckhart Tolle)

En somme, l'attitude authentiquement spirituelle se caractérise avant tout par un esprit de recherche aux aguets et entretenu. C'est une démarche qui place celui qui la suit dans une RECHERCHE CONSTANTE, un TRAVAIL INTERIEUR PERMANENT, même sous des dehors détendus. C'est personnellement ce qui nourrit ma propre foi bouddhique qui si elle se réfère à des écrits religieux précis n'en est pas moins libre. Je ne cautionne pas tout et ne suis pas toujours d'accord avec ce qui est dit ou rapporté. Ma foi est complètement AUTONOME, VIVANTE, LIBRE... et du coup, BELLE autant que PROFONDE. Elle est surtout le reflet exact de ce que je suis : un homme qui cultive du mieux qu'il peut ses qualités et tente de contrôler ses défauts. J'essaie en tout cas de placer pensées, paroles et actes dans une dynamique de coordination et de cohérence. Et doucement, avec le temps, les choses se mettent en place. Je deviens l'homme que je suis au fond de moi : mes qualités ressortent (les gens les remarquent davantage) et j'attire à moi des personnes avec une éthique de vie plus élevée. Marcher sur un chemin spirituel signifie principalement que l'on est dans une attitude introspective mais pas inactive. C'est une démarche qui est résolument liée à la notion d'engagement. Pour être authentique, un vécu spirituel doit être mené avec implication : on ne se contente pas d'accroître sa connaissance de nouveaux savoirs sur la réalité et sur soi, on agit également en cohérence avec ce qu'on pense et dit.

Mais s'impliquer ne suffit pas, encore faut-il discerner. Et cette claivoyance passe par une attitude d'ouverture vis à vis du monde qui nous entoure. Pénétrer dans le monde sans limite de la spiritualité vous oblige à accepter un fait indiscutable : la réalité qui vous entoure n'est que le fruit de vos perceptions et de vos croyances. Ce qui est autour de vous n'est que le résultat de ce que vous êtes au fond de vous. Et il est fort probable que le mal (supposé) que vous voyez chez d'autres non criminels ou non coupables d'atrocités objectivement vérifiables n'est que le reflet de ce que vous jugez mal en vous et que vous refusez de reconnaître. L'éthique spirituelle n'établit aucune hiérarchie entre vous et les autres, ni aucun être vivant non humain. Tout a sa valeur. Et cette valeur est équivalente quelle que soit la manière dont chaque être ou chose s'incarne sur terre. Les fonctions peuvent différer, mais au fond, tout a son importance dans l'étonnant processus de la vie universelle. Le minuscule colibri vaut autant que l'imposant aigle royal, la tortue autant qu'un guépard et ainsi de suite. Les animaux ou les plantes sont les égaux des humains sur le plan cosmique. La célèbrissime phrase de Gandhi nous invitant à devenir chacun le changement  que l'on veut voir dans le monde n'est ni plus ni moins que l'application concrète de ce principe intangible. En tant que bouddhiste, la relation d'inséparabilité entre soi et l'environnement est un pilier de ma croyance. Je l'expérimente chaque jour. Notre environnement social nous renvoie à chaque seconde la valeur que non seulement nous nous accordons mais que nous lui acccordons également. Si vous avez une relation difficile avec des aspects de la vie constatables autour de vous, regardez d'abord en vous : il est fort probable que ces mêmes aspects vous posent problème au plus intime de vous même si vous le déniez. Respecter l'autre tel qu'il est même dans les parties de sa personnalité qui nous déplaisent, c'est simplement se respecter soi-même. Et c'est aussi la même chose quand on respecte le règne animal, végétal ou minéral. Ce que nous envoyons à la Terre nous sera renvoyé avec la même intensité à travers ce lien d'inséparabilité qui réunit tous les phénomènes et les êtres vivants animés ou non.

 

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Trad : "La religion est pour les gens qui craignent d'aller en enfer,

la spiritualité est pour les gens qui s'y sont déjà rendus."

 

Cette relation d'interconnexion entre tous les êtres et leur environnement rappelle aussi une évidence : l'instabilité des convictions et des systèmes de croyance humains. En somme, la plupart des vérités auxquelles nous nous référons sont partielles et nous enferment dans une vision erronée du réel : elles nous maintiennent éloignés d'une vision globale, universelle et juste du monde qui nous entoure. Qu'elles soient issues de conditionnements sociaux et sociétaux divers ou de notre expérience personnelle, ces vérités devenues croyances nous poussent à n'interpréter la réalité qu'à l'aune de nos convictions et propres certitudes, ce que nous avons vécu et éprouvé. Nous voyons alors, comme on le dit communément, midi à notre porte. Et du coup, nous nous enfermons dans une vision étroite, parcellisée, du monde. La religion est coutumière du fait en montrant qu'il existe en son sein autant de vérités autoproclamées que de courants qui la constituent. Et c'est bien là, le problème, la question essentielle. Au fil des siècles, les religions se sont écartées, et parfois, sans espoir de retour, de la dimension spirituelle : elles ne sont plus qu'un empilage de dogmes et de rituels automatiques auxquels on se réfère parce que "c'est comme ça". La spiritualité est alors plus un simple emballage au lieu d'être le fondement de la croyance individuelle. Mais cette manière de croire est sans conteste la plus répandue. La sécularisation a tué toute spontanéité et personnalisation chez nombre de fidèles avec le temps. Mais il faut aussi reconnaître que les religions se sont montées en système avec une forte influence sociale et sociétale : des pouvoirs personnels étaient également en jeu. N'oublions pas qu'au cours de l'Histoire humaine, beaucoup de membres du clergé chrétien, bouddhique, juif ou musulman se sont souvent acoquinés avec les autorités politiques en place pour raffermir de façon inique leur stature sociale face au peuple. Mazarin et Richelieu sont des exemples connus en France mais il en existe bien d'autres ailleurs.

Et puis l'état du Vatican où réside le pape est devenu sans doute plus un lieu de force politique que de réelle spiritualité, tant au cours des siècles les Saints Pères se sont bien souvent compromis dans des jeux de pouvoir où l'ambition la plus démesurée, la manipulation et la mauvaise foi corrompent les coeurs. En outre, l'Eglise de Rome a aussi un bras armé philosophique autant que politique qui pèse grandement sur les instances publiques de beaucoup de pays, en particulier ceux du continent sud-américain, tel le Brésil par exemple : l'Opus Dei. Cette organisation créée par le Vatican en 1950 est surtout connue pour son message ultraconservateur et ses pratiques occultes peu enclines à promouvoir la démocratie, l'épanouissement individuel de l'homme et la justice sociale. Je n'oublierai jamais cet ancien reportage de la télé publique (quelle chaîne, quelle émission, j'ai malheureusement oublié tant c'est vieux) tourné au Brésil et centré sur un prêtre qui tel un abbé Pierre local tentait de redonner dignité et respect aux plus pauvres de sa paroisse. Et la pauvreté en Amérique du sud n'est pas celle en France : le tampon de la sécurité sociale n'existe pas, en tout cas pas aussi fortement qu'en Europe de l'Ouest. Je ne sais plus quels moyens cet homme bon et courageux utilisait pour redonner espoir à ses ouailles les plus faibles mais en tout cas, il a fini par fortement déplaire aux autorités politiques locales autant qu'aux autorités ecclésiastiques, et surtout le Vatican dirigé alors par Jean-Paul II. En effet, par son discours novateur et humaniste, le curé en question apprenait à ses fidèles les moins fortunés à penser, réfléchir et à prendre en main leur destin, en un mot à être autonomes et à moins dépendre de puissances extérieures dont celles des notables de la région et de l'Eglise. Ces deux puissances ne trouvaient une légitimité à exister que parce que d'autres étaient maintenus dans la souffrance et le dénuement matériel ainsi que l'ignorance, ce qui les rendaient malléables et particulièrement dociles. Quoi qu'il en soit, le prêtre réformateur au grand coeur a été rapidement évincé de sa chaire et sa paroisse a été confiée à un prêtre au message plus conservateur prônant à chacun de se prendre en charge et de ne pas chercher à évacuer sa condition sociale. En gros, le nouveau venu disait aux plus pauvres : "Vous êtes nés ainsi. Il n'appartient qu'à vous de vous en sortir sans l'aide de quiconque sinon celle de Dieu par vos prières." Le fond du propos était limpide : chacun à sa place, celle que le Créateur lui a allouée et faites avec. Très encourageant quand on n'a pas de quoi manger chaque jour, ni de lieu décent pour vivre et dormir ! Dans ce cas, les solutions concrètes en restent la plupart du temps sinon toujours au stade de l'espoir.

La recherche du Bien n'est clairement pas l'intérêt principal de l'Opus Dei : il s'agit seulement de garder à tous prix un certain ordre social qui permette à l'Eglise de conserver sa prééminence morale sur les esprits. D'où les liens si profonds et privilégiés que la curie, et surtout le haut clergé, a toujours entretenus avec les hautes classes sociales, aristocratiques ou bourgeoises, à travers les siècles... Ceci explique cela. Ce qui en dit long sur l'état de corruption morale des autorités vaticanes et catholiques en général. Le cas que j'ai relaté plus haut montre la collusion évidente entre les autorités catholiques et les instances politiques en place quelque part dès lors qu'elles servent une certaine vision du monde, même si la justice au sens noble et absolu du terme doit en pâtir : l'Opus Dei n'a d'ailleurs jamais hésité à soutenir les pires régimes politiques dès lors qu'ils servaient ses intérêts comme le rappelle en détails cet article du Monde Diplomatique (link). Le nazisme, le franquisme mais aussi d'autres juntes d'Amérique Latine ont toutes dû leur exceptionnelle influence grâce à l'aide précieuse et toujours occulte de l'organisation secrète catholique.  Dans ce cas, comment parler de sagesse et de spiritualité ? Ce n'est pas parce qu'on croit être sur le bon chemin que l'on y est effectivement. De plus, les apparences de la vertu sont trompeuses, particulièrement quand elles sont parées d'or et croulent sous les honneurs. Nous le savons. La richesse matérielle et l'authenticité morale sont très rarement conciliables en ce monde.

 

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Voilà où j'en arrive de mon observation sur la réalité catholique en France de nos jours. Les croyants de cette religion qui a fondé pour une large part l'inconscient collectif du pays où je vis actuellement forment un ensemble pas si uniforme, diversifié et complexe. Cependant, je trouve qu'on entend finalement toujours les mêmes parmi eux : ceux à la conscience asservie aux dogmes du Vatican, qui ne les discute plus ou jamais, et qui se font le relais inflexible voire impitoyable d'une certaine interprétation de la Bible (il en existe tant !). Heureusement, je connais aussi des catholiques plus enclins à l'ouverture et à un authentique accueil de l'autre sans contrepartie. J'ai ainsi rencontré dans un lointain passé le vieux couple d'instituteurs vivant à Vertou près de Nantes et que je citais plus haut mais aussi, plus récemment, quelques autres (rarissimes) dont la foi est réellement respectueuse de la différence et plus dans la lignée d'une Soeur Emmanuelle ou d'un abbé Pierre. En fait, je suis vraiment dérangé par le fait que la parole ne soit systématiquement donnée qu'à la frange la plus conservatrice des catholiques, celle qui dans son esprit divise et hiérarchise tout, les êtres, les choses, sans réellement tenir compte de leur vraie valeur sinon celle qu'elle leur attribue selon certains critères arbitraires sinon fallacieux. Je ne suis pas contre la hiérarchisation, bien que je conçois qu'elle ne soit qu'une architecture mentale due à l'ego destinée à se rassurer et à légitimer une pseudo-supériorité humaine dans l'ordre des choses, mais encore faut-il qu'elle se fonde exclusivement sur la réalité et non des a priori. Or, ce n'est pas le cas.

Les questions de moeurs sont évidemment comme à chaque fois les plus sujettes aux interprétations et réflexions les plus intolérantes, étroites, où toute sagesse et compassion sont évacuées. Et ce n'est pas les argumentations qui soutiennent les opinions qui y changent quelque chose. En effet, comme je le répète souvent, les idées développées ne sont illustrées que par des exemples qui vont dans leur sens (logique !). De cette manière, chacun trouve surtout midi à sa porte. C'est pourquoi je n'accorde qu'un crédit très limité aux "fameuses" études qui semblent prouver ou infirmer la légitimité de tel ou tel fait sociétal. Tout ce qui concerne le comportement humain et l'anthropologie est hautement discutable tant les données impermanentes liées aux différences de culture, de périodes historiques, de lieux, rendent les exposés peu fiables sinon caducs au fil du temps parce que les sociétés humaines changent. Ce qui était vrai ou faux hier ne l'est plus forcément aujourd'hui.

Tout ce que je demande, c'est que même en cas de désaccord, au minimum, le respect soit de mise et que l'empathie soit la base de l'échange. Beaucoup de choses peuvent être alors dites sans blesser l'autre. Voici comment l'abbé Pierre réagissait lorsqu'il était vivant face à la question devenue épineuse du mariage homosexuel :

"L'abbé dit "comprendre" le désir de ces couples de se faire reconnaître par la société et rappelle que son secrétaire, le père Péretti, a contribué à fonder l'association d'homosexuels chrétiens David et Jonathan. La personnalité préférée des Français, qui a aujourd'hui 93 ans, n'est en revanche pas favorable à l'ouverture du mariage aux couples de même sexe. Il suggère plutôt de parler d'"alliance" car le terme "mariage [...] créerait un traumatisme et une déstabilisation sociale forte". Sur l'adoption d'enfants par des homosexuels, l'abbé Pierre souhaite s'assurer que les enfants ne subissent pas de préjudice psychologique ou social: "ce serait à mes yeux la meilleure raison qui pourrait interdire l'homoparentalité. Car pour le reste, on sait tous qu'un modèle parental classique n'est pas nécessairement gage de bonheur et d'équilibre pour l'enfant." (www.tetu.com 25/10/ 05)

L'expression pondérée d'une telle pensée me met soudainement en mémoire un ami catholique récent que j'apprécie beaucoup et avec lequel j'ai eu l'occasion d'avoir de beaux échanges d'idées il y a quelques temps sur des thèmes socioéconomiques comme sociétaux. Nous nous rejoignions sur beaucoup de sujets. Bien qu'il voue une dévotion sans bornes aux enseignements les plus traditionnels de l'Eglise catholique, et que finalement, nous pourrions nous révéler des adversaires vu ce que je viens d'écrire ci-dessus, je le tiens en grande estime. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'avec moi, ses propos ont toujours été mesurés : il a touj

ours pris soin tout en défendant ses convictions réelles, authentiques, de ne pas me blesser. Bien sûr, j'ai été froissé par certaines de ses opinions, surtout lorsqu'il m'a avancé que l'homosexualité était obligatoirement issue d'une souffrance, d'un manque, d'une carence, dans le développement psycho-affectif d'une personne homosexuelle. Je sais que nous serons toujours en désaccord sur ce thème et que j'ai trouvé un peu "gonflé" de ne voir toute une part de mon identité que perçue comme un résultat d'un dysfonctionnement psychologique. Mais je ne lui en veux pas. Et même par ailleurs, il me manque parfois. Vincent est un homme absolument charmant, érudit et, je le sens, avec du coeur. Il sera certainement déçu de ne jamais me voir épouser la même foi que lui mais nous pourrons trouver de multiples terrains d'entente autres que le mariage gay. Vincent n'est d'ailleurs pas opposé à une reconnaissance officielle des couples homos : un contrat spécifique avec beaucoup de droits, sans procréation médicalement assistée (PMA) ni grossesse pour autrui (GPA) et ni adoption. Ca peut sembler un peu sec mais ça a été longtemps ma propre position également.

J'ai évolué parce que ma foi n'est pas catholique et parce que j'ai écouté les personnes LGBT qui voulaient se marier et fonder une famille. Mais ce qui m'a fait vraiment basculer du côté des "pro-mariage" est l'expression croissante et aussi dégoûtante que révoltante d'une homophobie exacerbée, décomplexée et très violente. Ce rejet vicéral de l'autre dans sa particularité provient avant tout de nombreux catholiques qui forment le gros du bataillon des adversaires au projet de loi sur l'égalité maritale homo/hétéro. J'ai donc fini à la longue par me lever non pas pour le mariage gay en tant que tel mais plutôt CONTRE l'expression de la haine de la différence et de la diversité qui est devenue récurrente depuis des mois maintenant. Personnellement, que les unions homosexuelles soient reconnues officiellement via le mariage ou un autre type de contrat civil plus développé que l’actuel PACS m’importe peu. Cependant, si l’attribution du mariage aux personnes LGBT peut devenir un moyen de faire la nique à tous les homophobes de service qui s’expriment désormais ouvertement et sans aucune gêne sous couvert d’échange démocratique, eh bien j’avoue, je ne serai pas contre.  Ce ne serait que justice. Ce serait une manière de montrer à beaucoup les limites de l’indécence et qu’à un moment donné, l’Amour impose sa voie avec ses règles et un engagement éthique de qualité fondé sur l’honnêteté et la compassion, loin des sentiers obscurs de la peur, de l’orgueil, de la mauvaise foi et de l’opportunisme.

Il est vrai que des propos aussi mensongers qu'humiliants et blessants mille fois rebattus ont été tenus. La désinformation et la propagande marchent à plein régime côté droite fasciste avec les catholiques intégristes en première ligne ! Hier encore, lors de la manifestation du 27 janvier soutenant le projet de loi socialiste, j'ai vu s'afficher le pire en toutes lettres à la télé.  Juste avant d'être délogés par les CRS, de très jeunes adultes montés sur le toit du presbytère de l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnay, fief très connu du pire du dogmatisme chrétien et de l'endoctrinement idéologique, ont longuement brandi une grande banderole aux termes volontairement offensants : "Et demain, j'épouse ma chèvre ? Révolte contre le monde moderne - Renouveau français."  Comparer au final l'amour homosexuel dont on nie l'existence pour le rabaisser au rang du coït animal est bien entendu un raccourci abusif et une pure escroquerie morale. Et ici, le lien se fait d'emblée avec le régime collaborationniste de Vichy qui sur les mêmes bases (im)morales mêlant catholicisme rigide et patriotisme exalté a mené l’une des politiques sociales les plus dures envers les homosexuels en son temps : ceux qu'on qualifiait d'invertis et les autres accusés de subversion politique se retrouvaient souvent dans le même panier, réquisitionnés pour le Service du Travail Obligatoire (le fameux STO !) dont beaucoup ne revenaient pas car tués (au sens propre) à la tâche.  Eh bien, la Bête, le fameux Satan, n'est pas du tout du côté qu'on croit : elle s'exhibe dans le rang des opposants à ce projet de loi du mariage gay parce que beaucoup parmi eux mentent depuis le début. Le bonheur des enfants, la conservation du Code Civil ne sont que des leurres, un alibi : le fond du problème, la vraie raison du rejet de la future loi par ceux qui n’hésitent pas à déformer la réalité et à exagérer les conséquences négatives éventuelles voire à en inventer, est le refus de voir reconnaître la relation amoureuse homosexuelle comme pleine et entière socialement. On est bien dans un langage de haine pure et de mépris appuyé même s'il se pare des apparences du dialogue.

 

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Trad : "Prenez garde aux dogmes !"

 

Ce qui ressort nettement de l'incident de la banderole pendant la manifestation du 27 janvier 2013 est le refus d'avancer et le refus de se mettre en phase avec un mouvement de rencontre de la diversité d'expression de la vie. C'est aussi l'expression du rejet de donner le droit à l'individu à disposer de sa vie y compris quand ce droit ne nuit à personne. C'est proclamer que certains peuvent être libres de s'accomplir tandis que d'autres non, et uniquement parce que les premiers font prévaloir des critères définis par leurs seules valeurs. Ce qui est non seulement le summum de l'injustice mais également de l'arrogance. Car il en faut une sacré dose d'orgueil (pourtant péché capital, il me semble) pour se prétendre supérieur à d'autres sur la seule base d'une différence dans leur mode de vie amoureux. C'est carrément l'antithèse parfaite de l'Amour universel, y compris divin, si on le conçoit comme tel. J'ai toujours su que la France était un pays extrêmement conservateur, plus centré sur le passé que le présent et l'avenir (l'Hexagone est d'ailleurs un vrai musée en plein air ou dans les médias et on y est toujours plus prompt à mettre en valeur les traditions séculaires et les châteaux plutôt que de déterminer de futurs objectifs socioculturels ou économiques sérieux). Oui, c'est vraiment là que réside une énorme part de la différence entre des croyants catholiques de la trempe de Soeur Emmanuelle ou de l'abbé Pierre et des croyants ordinaires, y compris dans le haut clergé, à la foi aussi étroite et appliquée que déviante dans le coeur. Et c'est un abîme qui sépare ces deux types de fidèles. Les premiers sont honnêtes, empathiques, pragmatiques et.... VISIONNAIRES ! Les seconds sont souvent de mauvaise foi (l'hypocrisie qui permet de s'arranger avec sa conscience et le regard de l'entourage), EGOÏSTES, perdus dans un idéal suranné et HERMETIQUES au changement en général. Ce sont deux vécus de la foi, et du coup, de la foi catholique, qui s'opposent et même se contredisent. Soeur Emmanuelle et l'abbé Pierre sont des esprits spirituels parce qu'ils incluent l'humanité telle qu'elle est dans leur conception de la foi. Les autres ne sont, quant à eux, que de bons petits exécutants, de parfaits soldats religieux, des croisés des temps modernes. Rien de plus. C'est comme comparer un diamant blanc à un cristal ordinaire : les deux brillent de mille feux certes et semblent avoir la même clarté mais le premier scintille davantage et est surtout d'une solidité et d'une pureté à toute épreuve.

Le plus amusant dans cette histoire idéologique et morale autour du mariage homosexuel est que des croyants convaincus s'affrontent face à face. Selon un lecteur du site homosexuel Tetu.com, "Christiane Taubira est d'autant plus remarquable qu'elle est catholique pratiquante." Or, l'actuelle Garde des Sceaux est opposée à d'autres comme elle tout aussi assidus pour fréquenter les églises mais qui tirent un tout autre enseignement de la Bible et de ses dogmes. Et si en plus, vous ajoutez les quelques cathos de droite favorables au texte et ceux de gauche qui le rejettent, la situation devient très complexe, limite ridicule. Ce qui achève de démontrer que la foi est d'abord une affaire des plus intimes et qu'ensuite la pratique d'une religion peut totalement se vivre hors d'un authentique esprit spirituel qui naît de l'union de la liberté et de l'autonomie. Je le rappelle encore une fois, la spiritualité se caractérise essentiellement par une profonde attitude de recherche personnelle intérieure et un détachement face aux dogmes qu'elle peut ou non questionner à la différence de la religion qui se bâtit autour d'un cadre qui devient préétabli et s'impose à tous.

 

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J’arrive à la fin de ce très long article qui m’a demandé  beaucoup de réflexion et de rigueur. Je voulais au départ ne me centrer que sur la personnalité de Sœur Emmanuelle, personne publique très célèbre dont la foi catholique m’a toujours inspiré un profond respect en raison de l’unité entre son discours et ses actes. Mais inévitablement la comparaison avec les catholiques ordinaires n’a pu s’empêcher de se faire en moi : il est aussi évident que l’actualité autour de la reconnaissance du mariage homosexuel par l’Etat français a joué un rôle dans ce parallèle qui n’était pas voulu au départ. Mais j’aime laisser s’exprimer mon être intime et être mené par lui sur des chemins que je n’ai pas forcément prévus d’emprunter. Chacun de mes articles ici a de toute manière une part de spontanéité qui se mêle à la part de contenu issue de la réflexion pure. Et cette partie spontanée est bienvenue car elle permet à mon écriture de rester vivante. En laissant s’élargir mon idée de départ, je me retrouve avec un texte dont les thèmes principaux sont la différence entre religion et spiritualité et la qualité de la foi de chaque croyant de tout mouvement spirituel ou religieux avec les dangers du dogmatisme tournant au formalisme.

J’espère que les lecteurs catholiques qui auront lu mon article jusqu’au bout ne me tiendront rigueur de rien car je n’ai voulu froisser personne. J’ai simplement mis en exergue un contraste saisissant inhérent à la pratique religieuse de nos jours mais sans doute établi depuis fort longtemps dans le coeur de nombreux croyants de toutes obédiences : des idéaux hautement spirituels constamment contredits par une foi recluse dans l'antre si confortable du dogmatisme. Bien sûr, cette opposition perpétuelle entre l'esprit originel et l'esprit acquis au fil du temps a rendu de plus en plus inaudible le discours des religions, et en particulier celles dites du Livre, pour une majorité de gens en Occident. Ma démarche m'a mené de suite à prendre naturellement en référence le vécu spirituel d’une femme exceptionnelle. Et c'est ainsi que j'ai pu exprimer mon opinion sur la foi en général puis établir une comparaison inévitable avec la manière dont la plupart des catholiques vivent leurs convictions religieuses, en tout cas autour de moi.

Cependant, même si je parle davantage des catholiques, tout ce qui est dit plus haut peut tout à fait convenir à d’autres religions y compris le bouddhisme qui semble souvent intouchable pour nombre d’occidentaux qui le sacralisent un peu trop à mon goût. Et vraiment, je peux vous dire en tant que bouddhiste que le clergé de ma religion n’est absolument pas exempt de pensées viciées et d’usages très discutables, et quels que soit le courant… même chez les Tibétains, sans doute les plus idéalisés en Occident. En fait, l’intérêt d’insister sur les croyants catholiques est indéniablement qu’ils sont en relation avec l’actualité de mon pays natal, du pays où je vis actuellement, la France. Les évènements sociétaux qui secouent fortement l’Hexagone en ce moment révèlent à eux seuls mieux que n’importe quel autre exemple combien la foi dogmatique et formaliste est dangereuse car pernicieuse. Totalement implantée dans les esprits, elle n’est même plus discutée. Elle est appliquée sans réflexion. Elle est devenue certitude absolue. Et comme tout absolutisme, elle est intransigeante, violente, coercitive, intolérante. Son rôle est juste d’annihiler tout ce qui ne la reconnaît pas et s’oppose à elle. D’où cette explosion de postures et d’attitudes parfois caricaturales, souvent excessives et extrêmement blessantes pour la population LGBT et leurs familles. La foi dogmatique et formaliste est un rouleau compresseur qui veut juste niveler les esprits : la seule liberté autorisée est celle de penser et d’agir à l’intérieur du cadre moral fourni.

 

Copie de compassion (1)

A quand l'expression d'une authentique compassion

pour cet autre si différent mais également si proche

dans les coeurs de millions de catholiques ?

 

Evidemment, les idéologies non religieuses type dogmes politiques sont également concernées par la problématique que j'ai soulevée. Car les partis les plus connus comme le PS, l’UMP, le FN ou encore d’autres formations (écologistes, centre droit, etc.) ont une forte tendance à façonner les esprits selon des schémas bien établis et difficilement contestables en leur sein. Il est évident que nous touchons à l’une des conduites humaines les plus profondes : la  tendance à se conformer à des règles y compris les plus aliénantes qui soient. C’est bien sûr l’un des multiples avatars de notre nature humaine. L’homme est un animal social, ne l’oublions pas.

Mais l’homme est aussi une créature éminemment contradictoire. S’il apprécie d’avoir un cadre partagé et d’en accepter les contraintes consécutives, il aime sans doute encore plus la liberté, et surtout la liberté d’être. C’est ce qui explique ce balancement permanent entre le besoin d’avoir un espace délimité et aliénant et la nécessité de conserver une partie de sa vie hors du contrôle de règles données. C’est en fait tout ce que décrit mon article dans le fond : la merveilleuse et si singulière caractéristique qui fait que l’être humain est ce qu’il est, c’est la contradiction. C’est sans doute la raison à tant de malentendus et de quiproquos. L’homme ne pourra jamais s’empêcher de détruire aujourd'hui ce qu’il a mis tant de temps à bâtir dans le passé et de supprimer demain les fruits si durement acquis de ses efforts présents parce que c'est sa logique comportementale intrinsèque. Il est créatif et destructeur simultanément. Et cette opposition fondamentale s’exprime dans tous les domaines de la vie humaine bien entendu.

En conclusion, l’homme aura toujours besoin de règles pour se construire et se rassurer mais également d’espaces intérieurs et extérieurs pour laisser libre cours à sa créativité. La question essentielle sera sans doute qu’il puisse enfin un jour trouver l’équilibre entre ces deux instances de sa personnalité qui lui sont aussi nécessaires l’une que l’autre, particulièrement dans le domaine des idées et encore plus quand il concerne la religion et la politique. C’est une problématique fondamentale : l’homme devra bien un jour s’y intéresser en profondeur s’il veut éviter que réapparaissent certains conflits susceptibles de tendre les rapports sociaux et de scinder la société en parties adverses prêtes à en découdre coûte que coûte à l’instar de ce que nous vivons en ce moment.

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 01:40

NOTE : Ce 32è article est spécialement dédicacé à Laurence W., une amie, qui comme moi en a assez des procès d'intention et jugements d'opinion gratuits qui s'étalent actuellement partout et sur tout sujet un peu sensible. Solidaires ensemble pour des échanges de haut vol et de qualité ! Non mais... où va-t-on ?

 

J'interviens aujourd'hui de manière très spontanée sur mon blog, ce qui est rare. Je  crée d'emblée un lien vers mon article  29. PENSEES DU NOUVEL HOMME - VI paru très récemment et qui est une suite de trois textes. S'il vous plaît, lisez d'abord ces écrits mais concentrez-vous plus particulièrement sur le troisième traitant de ce que j'appelle le PRINCIPE DE VERITE tant la réalité me donne raison à 100 %. Puis revenez au présent article. 

En effet, j'observe actuellement avec recul, beaucoup de recul, la comédie humaine dans tout ce qu'elle a de plus minable, médiocre, INDECENT et profondément IRRESPECTUEUX envers la vie et sa richesse au sujet de la "fameuse" question du mariage gay. Je me tiens volontairement éloigné de ce débat où l'abject le dispute à la condescendance ou le mépris, c'est selon. Le pire est quand l'orgueil et la bêtise revêtent les atours du savoir et jettent à qui veut bien le lire ou l'écouter des lignes de références bibliques, philosophiques ou scientifiques. Là, je dis "Stop !". Stop à l'immodestie, la suffisance, apportée par la certitude d'avoir raison. Assez ! Je lis ou écoute ce qui se dit ici et là. Mais afin de me préserver (j'ai un vécu homosexuel) et de garder une paix intérieure, je participe volontairement peu à ces échanges qui n'en sont pas. Et si j'écris aujourd'hui sur le thème devenu archimédiatique du mariage homosexuel, ce n'est pas sur le fond mais uniquement sur la forme... qui est à vomir ! Un vrai repoussoir ! C'est à vous dégoûter des relations humaines et à vous rendre candidat au statut d'ermite pour longtemps !

 

Un constat difficilement contestable s'impose dans la tenue du débat public qui s'affiche désormais partout : PERSONNE N'ECOUTE PERSONNE ! C'est le degré zéro du dialogue. C'est nul et c'est d'un ennui ! On a des textes fleuves, des flopées d'arguments pour ou contre, sans nuances, sans observations neutres. Tous les discours des uns et des autres sont influencés par une intention de prouver la véracité "forcément absolue" ou presque de leurs propos. Bref, tout le monde s'étripe à qui mieux mieux parce que croit, seulement croit, sans preuve authentique bien entendu (ou uniquement celles plus ou moins légitimes qui vont dans le sens de sa pensée), détenir la vérité infuse, pleine et entière, INCONTESTABLE. Or, hormis la naissance, la vie incarnée et la mort physique, je ne vois guère ce qu'on ne peut contester dans notre modeste univers en trois dimensions. ON TROUVERA TOUJOURS MIDI A SA PORTE : toutes les études, même celles dites sérieuses, avec une caution scientifique (ça fait forcément mieux pour impressionner le citoyen lambda), et qui vont systématiquement dans un sens ou dans l'autre, ne proposant JAMAIS une voie alternative (ce qui est amplement suspect et devrait éveiller les soupçons de tout esprit honnête et éclairé), le confirment, et dans tout domaine. Encore que celui de la santé soit sans doute le seul à fournir au bout d'un moment des preuves tangibles à tout débat ou toute recherche : le concret pur et dur , NEUTRE, qui échappe à la réinterprétation des faits. Quand un symptôme physique ou un fait sanitaire sérieux apparaît, il n'y a plus de place pour les croyances envers ceci ou cela. Ce qui compte, c'est le diagnostic OBJECTIF et l'action. Plus aucune place pour le discours. 

 

Pour le reste, surtout en matière de psychologie sociale, de sociologie et même d'anthropologie (et encore plus quand les trois sont mâtinées de religion ou d'une pensée libertaire), on demeure dans la traduction des faits selon un angle de vision très personnel ou formaté selon une idéologie religieuse ou athée puisqu'on parle de choses non quantifiables. Les sciences sociales sont par définition INEXACTES. Et il est toujours très facile dans les disciplines concernées de faire adhérer la réalité à notre hypothèse de départ, nos préjugés en somme, au lieu de l'inverse, en raison même de la nature fondamentalement imprécise, constamment mouvante, de la psyché humaine. Je suis travailleur social et ma formation comme mon travail me l'ont montré de manière insistante : vouloir quantifier, rationaliser, le comportement humain est impossible. Tous les psychologues et psychiatres autour de moi me l'ont dit. On ne peut en rester qu'à une ébauche, plus ou moins affinée, au mieux à des postulats ou des assertions qui seront vite contredites par d'autres de toute manière. En fait, les sciences sociales, et je le dis en tant que professionnel expérimenté, reposent davantage sur des CONSENSUS fermement implantés dans la plupart des consciences que sur des vérifications unanimement reconnues. Ceux qui prétendent pouvoir dresser des stastistiques indiscutables et déterminer avec exactitude certaines conduites humaines frisent l'imposture intellectuelle quand ils n'y sont pas carrément. S'ils écrivent un livre mais disent que leur pensée et observation sont contestables et n'engagent qu'eux, ça va. L'abus et pour tout dire la MALHONNÊTETÉ surviennent quand on affirme être dans la vérité toute puissante, absolue.... sous-entendant que les autres doivent surtout se taire ou faire profil bas devant l'évidence, enfin... NOTRE évidence et celle partagée par ceux qui pensent comme nous.

 

C'est tous ces excès que je rejette avec dégoût : ces excès dans le langage, tout ce baratin enflammé, dans l'intention, toute cette véhémence qui blesse, dans la relation, toute cette impolitesse gratuite... La maturité semble avoir disparu des esprits : les adultes sont partout revenus aux alliances et oppositions de bac à sable. C'est insupportable... et consternant. Vraiment cette importante question sociétale du mariage accordé aux couples homosexuels mériterait bien mieux que tous ces échanges dignes du caniveau. Beurk ! 

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 03:00

Copie de discrimination - ageRécemment, alors que je regardais le film de Jacques Audiard, Sur mes lèvres, tourné en 2001 et diffusé sur Direct 8, une scène m'a frappé car elle m'a ramené vers mon vécu actuel. L'héroïne, Carla, une jeune femme sourde a besoin de se faire seconder dans son travail de secrétariat au sein d'une grande entreprise de BTP. Elle se rend donc dans une agence ANPE pour faire paraître une offre d'emploi. Et au cours de l'entretien entre Carla et l'employée qui la reçoit, la jeune femme précise qu'elle préfèrerait un homme. Elle est aussitôt coupée sèchement par son interlocutrice qui lui répond que c'est impossible : "C'est de la discrimination !" Puis immédiatement, l'employée enchaîne : "Quel âge ?" Carla bafouille un peu puis finit par dire qu'elle souhaiterait une personne dans les 25/30 ans. "Tiens, tiens ! pensai-je, voici une authentique discrimination qui est quant à elle parfaitement légitimée. Et ouvertement en plus !" 

Bon, c'est une fiction car dans la réalité, la discrimination sur l'âge est officiellement très réglementée en France : elle est toléréee si elle est vraiment nécessaire à la fonction exercée dans une entreprise ou si elle répond à une politique menée par les pouvoirs publics en faveur d'une catégorie de la population (ex : jeunes, travailleurs âgés...). Dans tout autre cas, elle est strictement interdite et aucun critère d'âge ne doit figurer sur le texte officiel de l'offre d'emploi quel que soit le moyen de communication utilisé (Pôle Emploi, presse, Internet, radio, TV...). L'article L122-45 du Code du Travail français le spécifie clairement à travers l'exclusion de différents types de discrimination :

Aucune personne ne peut être écartée d'une procédure de recrutement (...) en raison de son origine, de son sexe, de ses moeurs, de son orientations sexuelle, de son âge, de sa situation de famille ou de sa grossesse, de ses caractéristiques génétiques, de son appartenance  ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une race, de ses opinions politiques, de ses activités syndicales ou mutualistes, de ses convictions religieuses, de son apparence physique, de son patronyme ou (...) en raison de son état de santé ou de son handicap."

Le rappel aux candidats d'origine immigrée ou carrément immigrés est ici clairement mentionné. Ceux-ci sont placés dans notre pays, en tout cas officiellement, sur le même plan que les citoyens français de souche... à la différence de l'Australie qui discrimine ouvertement les prétendants migrants sur l'âge sans qu'un lien objectif de causalité professionnelle ait jamais été démontré.

Cependant, malgré ces garde-fous législatifs en France, nous savons tous qu'officieusement des discriminations ont lieu surtout si une photo est exigée au préalable avec le CV ou après un entretien quand votre âge vous est demandé... et que vous avez soigneusement évité de le mentionner dans votre candidature écrite. J'ai connu quelques personnes qui travaillaient dans le secteur commercial (toutes activités confondues) et qui avaient parfois recruté seules ou collectivement et qui ne m'avaient pas caché qu'elles préféraient un nouveau collaborateur plus jeune et/ou plus avenant voire beau dans leur équipe à compétences égales... ou à peu près ! Car parfois, le "bon" âge ou le "bon" physique peut faire oublier à certains recruteurs les manques et faiblesses d'une candidature. Pas très moral, ni honnête, ni légal mais comme rien n'est écrit, tout est finalement possible. Personnellement, j'ai fini par ne plus dire mon âge après que j'aie eu 35 ans sachant la ségrégation hypocrite qui s'opérait avec le temps. J'ai toujours pu compter jusqu'à présent sur mon physique paraissant un peu plus jeune que mon âge réel et mon argumentation étayée (j'ai une solide expérience professionnelle). Et si je devais révéler mon âge, le recruteur pouvait alors le mettre en balance avec tout ce que je lui avais dit auparavant sur ma connaissance du terrain. Cette ruse m'a souvent servi en bien. Mais son action est toutefois limitée : même si je fais plus jeune que mon âge, je vieillis, et à un moment, je finirai par paraître physiquement comme un senior bien conservé mais un senior tout de même. J'ai cependant la chance de travailler dans un secteur d'activité qui ne discrimine pas trop sur l'âge même si ça se fait sans doute de-ci de-là bien entendu.

 discrimination - age


Dans cet article, je voulais mettre l'accent sur ce "racisme" anti-âge, appelé âgisme, si présent dans les sociétés occidentales depuis des années maintenant, en particulier depuis la révolution sociétale et sociale de la fin des années 1960. Cette dernière période de l'Histoire humaine s'est caractérisée par un formidable désir de liberté tous azimuts porté par la jeunesse et un rejet des conventions sociales alors symbolisées par les gens plus âgés et surtout ceux de 40 ans et plus.

Cependant, le positif apporté par un gain important de liberté individuelle a paradoxalement fait croître un égoïsme qui n'a cessé de durcir l'environnement social au fil du temps. L'épanouissement personnel a fini année après année par se vautrer dans un matérialisme capitaliste exacerbé et indécent qui sacrifie sans pitié tous ceux qui ne peuvent le satisfaire immédiatement. Il n'y a effectivement pas d'opposition entre la recherche d'un accomplissement individuel et l'économie de marché : combien d'anciens babas cool sur le chemin d'une pleine expression de soi sont devenus de riches hommes d'affaires ? Beaucoup, et quelques-uns sont célèbres. Ainsi, Larry Brilliant est à la tête de Google.org, filiale du géant Google, qui se présente comme une fondation philanthropique destinée à financer des projets à but humanitaire et altruiste. Cet alerte sexagénaire conserve encore un lien avec l'éthique de partage et de bonheur un rien fleur bleue de sa jeunesse. Mais d'autres gèrent désormais ou ont gérés des activités bien éloignées du bien-être collectif et de celui de l'environnement. C'est le cas de Richard Branson le créateur et patron de l'entreprise Virgin et de sa principale filiale Virgin Airways. C'était aussi le cas de Steve Jobs, le créateur superstar d'Apple. Ces exemples montrent que la notion de liberté individuelle est très idéalisée et se fonde sur un certain égoïsme qui désire obtenir de la vie un retour sur gage... de confiance et de dynamisme : c'est la fameuse notion de profit personnel à laquelle on peut donner toutes les nuances possibles. Et à partir de l'idée de profiter de la vie, un lien direct a été créé vers celle d'épanouissement personnel, ce dernier se résumant pour nombre de citoyens des pays occidentaux à consommer le plaisir où il peut être trouvé.

Copie de discrimination - ageEt la quête de la plénitude personnelle passe forcément pour une grande majorité de gens par les expériences sexuelles avec son corollaire "seventies", l'hédonisme. D'où ce culte de la jeunesse que nous subissons tous ! Qu'est-ce qui est surtout beau et désirable aux yeux de la plupart d'entre nous : le corps humain jeune et attirant, jugé sexuellement plus désirable. Parallèlement, le tabou sur la sexualité des vieux et l'ostracisation de la vieillesse autant que de la mort se sont mis en place très vite. De nos jours, en Occident, la vision de la fin de vie est essentiellement négative parce que notre condition mortelle est dépréciée.

Appartenant à une génération intermédiaire née dans les années 1960, les premiers post-babyboomers, j'ai pu voir la manière dont la mort était appréhendée changer autour de moi. Lorsque j'étais enfant, celle-ci appartenait à ma vie sociale : la Bretagne est une région paysanne et pieuse. Les anciennes générations ont souvent eu un lien simple et sacré, parfois un rien susperstitieux, avec l'environnement au sens large : la Bretagne est aussi une terre fertile en légendes où druides, fées et magiciens mais aussi Dieu et ses saints usent de leurs pouvoirs sur les humains. Et la mort n'était jamais vue comme quelque chose de sale, de dégoûtant : elle était incluse dans la vie. Je me souviens d'avoir embrassé à 8 ans le front glacial de mon grand-père paternel sur son lit de deuil. J'étais interrogé, intimidé, mais en rien terrorisé. Mes parents et le reste des adultes alors me présentaient la chose comme allant de soi même si elle était douloureuse moralement. C'était la coutume, un adieu rendu au défunt avant d'être mis dans le cercueil puis enterré. J'avais trouvé le contact avec la peau glacé de mon grand-père un peu désagréable mais pas répugnant du tout : Pépé était parti... ailleurs. Mais le corps était là. Je ne comprenais pas. Cependant, je n'avais pas peur. A l'époque, j'étais un jeune catholique pratiquant. Je pouvais accepter naturellement la mort comme élément d'un processus de vie global dont je ne maîtrisais ni les tenants, ni les aboutissants. C'était comme ça. Et c'était un mystère SACRE. Et je pense très profondément que c'est la perte du sacré religieux et plus généralement spirituel qui nous a fait oublier la nature profonde, unique, si particulière de la vie... et de sa soeur cadette, la mort. L'une et l'autre ont été arbitrairement séparées puis opposées frontalement dans les esprits à mesure que ceux-ci se soumettaient au culte du matérialisme. L'accent étant mis sur le corps seul, la mort est logiquement devenue plus menaçante : elle sonne pour beaucoup d'entre nous la fin irrémédiable de toute chose et symbolise le néant parfait.

Pour ma part, je ne sépare plus la vie de la mort. La première inclut la seconde qui en est de fait une partie. Ma spiritualité se fonde en grande partie sur le bouddhisme depuis de nombreuses années. Je vois la vie comme un processus global où se succèdent éternellement états d'incarnation et de disparition physiques. La mort est une période de latence dans notre existence : elle est la désagrégation de notre corps mais elle ne signifie pas pour moi ou tout bouddhiste que notre énergie vitale n'est plus. Celle-ci existe toujours au contraire mais sous une forme différente, immatérielle et invisible. Et ce n'est pas parce qu'on ne voit, n'entend ou ne sent pas quelque chose qu'il n'existe pas : l'air ou d'autres gaz comme le redoutable monoxyde de carbone en sont les plus parfaits exemples. Aux yeux d'un bouddhiste, la mort est une sorte de sommeil d'où toute conscience a disparu ; l'identité sociale que nous avions, notre ego, elle, est bien détruite au cours du trépas mais notre essence de vie, notre VRAI moi, pur et détaché de toute chose, NEUTRE, lui demeure vivant, comme endormi, en attente d'une renaissance physique. C'est aussi pourquoi, nous oublions nos incarnations précédentes : seul l'essentiel, notre force vitale, reste et perdure de vie en vie. En résumé, selon ma croyance, la vie est le fonctionnement intrinsèque de la réalité cosmique qui intercale pour les être vivants, vécu et mort physiques, et pour les choses inanimées, agglomération et désagrégation :

"Les cycles de la vie et de la mort peuvent être comparés à l'alternance du sommeil et de l'état de veille. A l'instar du sommeil qui nous prépare à l'activité du lendemain, la mort peut être vue comme un état dans lequel nous nous reposons et nous ressourçons avant d'entreprendre une nouvelle vie. (...)" (Le cycle de la vie, Daisaku Ikeda)

Copie de Copie de discrimination - ageLa vie n'est qu'énergie, force vive, qui selon les lois chimiques et physiques de l'univers, permet parfois à certaines sources d'énergie de se réunir sous la forme d'une entité solide vivante et mouvante. Bien sûr, tout ça n'implique pas qu'il existe forcément une équivalence de durée entre période incarnée et période désincarnée de l'être intime. Une vie physique longue, moyenne ou courte peut être suivie d'un temps de disparition bref, moyen ou long du plan d'incarnation sans exacte correspondance de durée et vice-versa. Après, à l'échelle universelle, que veulent dire les mots "court", "moyen" ou "long" ?

En ce qui me concerne, la mort conserve une nature sacrée. Autour de nous, on entend souvent évoquer le côté "sacré" de la vie mais rarement voire jamais de la mort. On peut même dire que cette dernière est perçue par beaucoup comme une attaque au côté sacré de la vie. Le rejet de l'avortement ou du suicide par les catholiques appartient à cet ordre d'idée par exemple mais il a un sens : c'est la mort non-naturelle, non fortuite, qui est condamnée moralement. Le décès naturel est quant à lui entouré d'une aura plus mystérieuse et du coup sacrée puisque Dieu a rappelé l'un des siens auprès de lui : "Les voies du Seigneur sont impénétrables." Pour tous les autres qui ne pratiquent pas une religion ou la pratiquent sans réel sens spirituel, le côté sacré de la vie est devenue une notion très vague, sans réel contenu, tant le respect de la vie physique et morale est bafoué sur terre. Si nous nous respections vraiment les uns les autres, nombre de nos problèmes relationnels disparaîtraient et notre existence en serait bien simplifiée. Non, à l'inverse et conformément à l'implantation de l'idéologie matérialiste dans les esprits, le côté sacré de la vie est envisagé par beaucoup d'entre nous de manière sentimentale et du point de vue strictement physique : la vie est sacrée parce qu'on peut en jouir, tirer profit des opportunités qu'elle nous offre tant que notre corps est vivant. Rien de plus. C'est évidemment extrêmement superficiel : c'est rabaisser l'essence même du mot et de l'idée de sacré à un niveau très bas, presque nul. Dans ce cas, il n'est pas surprenant que tout ce qui nous rappelle que nous ne sommes là que temporairement, la vieillesse (donc l'âge), la maladie et la mort, soit déprécié et dénié en Occident. 

Lorsque j'étais à Uluru, en Australie, fin 2010, je m'étais aperçu à quel point pour les Aborigènes, la vie dans son sens global, vie/mort, était SACREE. Intimement, viscéralement. A travers leur cosmogonie, leurs légendes, les primo-Australiens imposaient à moi le visiteur de l'un des hauts lieux de leur culture leur vision du monde et de l'univers de manière forte, puissante, complète. Je n'aurais même pas eu l'idée de transgresser les multiples interdits qui entouraient le grand rocher sacré dont j'ai pris tant de photos. De plus, l'état du Territoire-du-Nord qui gère ce lieu punit sévèrement toute personne qui ne respecte pas ces limites imposées par les Aborigènes. Par la suite, après mon retour en France, j'ai observé d'une manière différente les lieux religieux du monde soit près de chez moi, soit plus loin à travers des documentaires à la télévision. Et j'ai alors vu combien nos sociétés occidentales méprisaient le fait religieux et corrompaient la notion de spiritualité.

Nos églises sont des endroits où des milliers de touristes vont et viennent sans aucun respect du lieu et des rites qui y sont célébrés. De nombreuses personnes viennent vers les "nouvelles" spiritualités qui ne sont souvent que des réinterprétations d'anciennes religions avec comme but unique leur SEUL épanouissement et avec une vision très idyllique de la communion universelle, très Peace and love, irréaliste, superficielle, erronée. Où pourrait donc se nicher le sacré là-dedans quand l'égoïsme le plus pur s'exprime à longueur de séminaires, d'interviews, de vidéos ou d'écrits complaisants ? C'est toujours ce que je perçois chez de (trop) nombreux adeptes des nouvelles formes de spiritualité, c'est d'oublier L'AUTRE, le tiers adversaire ou ami en fait : toujours ramener la couverture à soi semblerait être leur mot d'ordre, officieux bien sûr. C'est bien beau de parler d'Amour (avec un grand A) et d'harmonie mais encore faut-il le montrer soi-même autrement qu'en suivant principalement les conseils et enseignements donnés par d'autres : ne pas juger, être attentionné... C'est simple et concret. Et les effets sont rapides voire immédiats. Personnellement, bien que dans ce blog, je parle de mon expérience, j'essaie de rester vigilant à ne pas parler que de moi : j'ai inclus des rubriques plus tournées vers les autres et des thèmes plus collectifs. Parallèlement, j'essaie de rester en lien avec ma famille et quelques amis proches et d'être un agréable interlocuteur pour ceux qui me rencontrent. J'y parviens avec plus ou moins de bonheur selon les jours et les moments. Mon objectif est de toujours garder ouvert le pont dressé entre moi et les autres et de le consolider. Sans les autres, je ne suis rien : je n'ai aucune reconnaissance valable de qui je suis. Le lien sacré de la vie est d'abord là, en fait, dans notre être puis dans l'échange entre ce dernier et autrui ; la vie est communication d'abord et parfois ensuite, elles peut devenir communion.

Communiquer... ce mot est à l'opposé de ce que nous voyons en Occident où le capitalisme triomphant, largement aidé par l'idéologie soixante-huitarde, a détruit les solidarités sociales et isolé les anciennes générations. L'individualisme roi impose son diktat à tous et son avatar maléfique, l'égoïsme, en profite pour s'exprimer pleinement en ruinant nos fragiles équilibres sociaux. Dans ces conditions, le sacré ne peut exister AUTHENTIQUEMENT. Seuls des ersatz prennent le relais. Et bien sûr, l'idée même de religion est rabaissée, ridiculisée, quand elle n'est pas tout simplement vilipendée, haïe. Au lieu de questionner l'idée religieuse, on l'a purement et simplement condamnée comme étant néfaste. Sauf que la liberté que nous pensions avoir gagnée ainsi a enfanté un monstre : une société décadente et d'une violence inouïe envers les plus faibles (handicapés, personnes âgées, malades ou chômeurs de longue durée...) et tous ceux un peu trop différents ou décalés par rapport aux normes en vigueur (personnes grosses ou avec des traits physiques très particuliers, personnes ayant un mode de vie ascétique, personnes asexuelles...). La fameuse révolution beatnik, c'est aussi ÇA : une réalité irrespectueuse de la vie et de son fonctionnement global. La vieillesse, la maladie et la mort sont rendues terrifiantes alors qu'elles appartiennent à la réalité humaine depuis toujours. Il est tout de même paradoxal de voir combien les mouvements spirituels humanistes ont le vent en poupe tandis que simultanément, leurs adeptes sont terrorisés à l'idée de vieillir et de mourir. A la limite, je pousse le bouchon à peine plus loin en disant : "Mais comment peut-on manger bio, se prétendre écolo et proche de la nature quand le simple fait de mourir nous effraie à ce point ?" Logiquement, nous devrions accepter cette réalité en totale concordance avec le processus naturel sans problème, sans fatalisme ni peur, et avec neutralité. La mort est aussi noble que la vie puisqu'elle en découle.

irish graveyard NB 7.6CMDe tous temps, on a craint la mort : on perd ses proches, ses biens, un statut et on n'ignore ce qu'il y a après le trépas. On sait juste que le corps se putréfie et se désagrège. Et nous ne conservons de l'absence de vie que cette vision digne des films d'horreur. Mais il vaudrait mieux se réconcilier avec la mort. Ainsi, nous pourrions vraiment construire une société plus juste : l'équilibre générationnel serait rétabli en considérant davantage nos anciens auxquels nous prêterions l'attention et le respect auxquels ils ont droit. Nous éviterions ainsi de placer par anticipation ces derniers dans l'antichambre de la mort alors même que certains ont encore bon pied bon oeil. L'ironie du sort actuellement est de voir d'alertes quinquagénaires ou sexagénaires se plaindre de l'irrespect dont les jeunes les gratifient alors même que c'est eux qui ont bâti cette société ultra matérialiste où la jeunesse triomphante s'étale à grands coups d'images agressives. La leçon est claire : aller vers ce que l'on CONSIDERE comme le progrès social ne justifie pas que l'on jette tout ce qui existait avant. Un TRI est nécessaire. Force est de constater que nos aînés les plus jeunes, ceux qui avaient 20 ans vers 1970, ne l'ont pas fait et qu'ils récoltent en partie ce qu'ils ont semé. Causalité implacable.

Dans son film La plage (2000), l'américain Danny Boyle, a fait une métaphore terrible et fort juste du fonctionnement de la société occidentale. Les 3 héros, Richard, Etienne et Françoise interprétés par Leonardo Di Caprio, Guillaume Canet et Virginie Ledoyen découvrent sur une île lointaine une micro-société humaine autarcique fondée par une jeune femme, Sal, et son compagnon quelques années auparavant. Au cours de leur séjour dans ce lieu aux allures paradisiaques, les 3 jeunes gens vont vite s'apercevoir que sous les apparences idylliques une réalité plus sombre entretient la cohésion du groupe : le déni et l'exclusion. La société créée autour du leadership de Sal n'accueille de par son éloignement que des jeunes et est fermée à toute nouvelle introduction. Les 3 héros sont acceptés par défaut au départ. Puis les rapports se détendent. Richard, Etienne et Françoise sont séduits par l'atmosphère enchanteresse qui semble régner sur place. Et l'idéologie du groupe centrée autour d'une vie plus proche de la nature (alimentation bio, absence de pollution, refus de la technologie) et d'un temps libre important est également attirante. Alors que tout va pour le mieux, un accident grave va révéler la nature cruelle de l'éthique qui structure le groupe : 2 jeunes hommes suédois, un couple gay, sont attaqués par un requin et sont gravement blessés. Au lieu de leur prêter secours et assistance, leurs congénères les laissent agoniser dans d'atroces souffrances. Quand l'un meurt, il est inhumé avec maladresse et détresse : on voit alors que la mort n'avait même pas été envisagée comme évènement possible. Quant à l'autre blessé, il est déposé dans la forêt tropicale loin du village, sans soins, afin de trépasser hors de la vue de tous. Les 3 héros sont terrifiés et profondément choqués, surtout les 2 garçons. Ils découvrent alors le vrai visage de Sal. La maladie et la déchéance physique sont exclues de la société qu'elle a créée. Tant que chacun n'a aucun problème grave de santé et garde secrète l'existence du groupe, tout va bien sinon c'est le rejet pur et simple. Ce film est une merveilleuse fable qui en dit long sur l'Occident : tout est beau et merveilleux, plus facile en tout cas, quand on est jeune, beau, en bonne santé et qu'on respecte les codes imposés. Commencez à vieillir, à être de plus en plus malade ou à être un peu trop différent, vous vous verrez vite montrer que vous devenez de trop. Mieux vaut vous éloigner du regard de tous. Evidemment, l'exclusion sociale est plus hypocrite dans la réalité. Ce qui est aussi très intéressant dans La plage, c'est le fait de placer l'essentiel de l'action au sein d'un groupe qui rappelle les communautés hyppies des années 60/70. Ce rapprochement n'est certainement pas dû au hasard ; il confirme que la relation causale entre la pseudo-liberté invoquée par l'idéologie beatnik et la nature inhumaine de notre société actuelle n'a pas échappé à d'autres que moi.

 discrimination - age

 

Derrière la ségrégation sur l'âge, c'est la peur de mourir qui est tapie et qui nous rend aussi durs et intransigeants avec tout ce qui peut nous rappeler notre état mortel. Sauf qu'en agissant ainsi, nous n'avons rien gagné ou si peu. Nous considérons les gens comme interchangeables, comme des objets. Nous consommons les relations amicales ou amoureuses comme des services : nous zappons, nous éliminons, nous remplaçons d'un clic ou d'un mot bien envoyé ou plus lâchement sans rien dire les individus autour de nous quand nous ne trouvons plus de profit suffisant à notre lien avec eux. C'est aussi la logique du travail : considérer que tout employé peut être remplacé par un autre... ou une machine. Nous voudrions être performants tout le temps. Je ne peux même pas dire jusqu'à notre mort puisque nous refusons de mourir.

La très grande majorité d'entre nous rêvent d'une vie éternelle tout au fond d'eux-mêmes. Ce qui est un non-sens évident : on ne respecte pas la vie ainsi car elle ne fonctionne pas de cette façon. La vie INCLUT la mort, qu'on le veuille ou non : dès la naissance, notre corps commence sa marche inéluctable vers sa fin programmée. Si la vie avait conservé un authentique caractère sacré, nous craignerions certainement toujours la mort mais nous la rendrions plus proche, plus banale, moins "plombante"... et moins terrifiante. 

Mais notre société occidentale a choisi une autre voie depuis 40 ans : la culture du déni qu'elle fait payer à tous dès que la maturité arrive. La conséquence brutale pour tout un chacun est une survalorisation constante de la jeunesse perçue abusivement comme plus performante en général. N'oubliez pas qu'à un moment donné, nous serons tous des seniors. Nous aussi, nous nous retrouverons hypocritement mis de côté parfois ou souvent. Il ne tient qu'à nous de changer individuellement cet état de chose en modifiant nos conceptions sur la vieillesse et la mort. Ce n'est qu'ainsi que nous respecterons de manière profonde le processus complexe qu'est la vie. C'est l'unique façon de contrer la décadence humaine qui corrompt notre société : réunifier notre ego avec l'idée de la mort, retrouver les fondements de notre personnalité, le basique, l'essentiel, hors du temps et des conventions sociales. Réinstaurer un meilleur dialogue entre notre identité temporaire et celle plus intime, intouchable par les vicissitudes de la vie matérielle, notre véritable "Je". C'est un mode de penser et d'action philosophique puis spirituel et enfin psychologique. L'écueil absolu à éviter est l'égocentrisme qui dégénère à la longue en égoïsme. Ce qui exige un véritable travail sur soi. Dans un monde où la facilité est le chemin valorisé, c'est un vrai défi à relever. Je dirais même que c'est une révolution intérieure. Mais sans une telle évolution personnelle, n'espérez aucun progrès extérieur autour de vous ou alors en surface. Et le bonheur de vivre est aussi à ce prix : l'équilibre entre son accomplissement et celui des autres... détaché de l'angoisse de la mort.


Buddhist cemetery 7.6CM NB 

Je vous quitte avec ces mots merveilleux d'André Baechler, enseignant suisse en Reiki, qui sont à méditer tant ils sont empreints d'humanité et de compassion. Ces propos reflètent avec précision des situations que j'ai vécues et des faits que je constate chaque jour :

"La véritable jeunesse est l'émanation de ce qui brille au plus profond de nous. J'ai vu des gens de 20 ans extrêmement vieux et aigris, ainsi que d'autres de 80 ans en "pleine adolescence". (...) Une personne refusant son âge dégage quelque chose de faux, émanant cette lutte acharnée de chaque instant à refuser son aspect naturel. Elle n'est pas authentique. Celle qui malgré le poids des années brille et rayonne de l'intérieur est infiniment plus riche de la beauté qu'elle émane. (...).

L'âge est sans importance, il est juste une mesure terrestre, un repère qui peut nous être utile s'il est bien utilisé. Nous ne sommes pas forcément nés pour mourir vieux. Faire durer la vie le plus longtemps possible n'est pas un but absolu. Une fois de plus, pourquoi ne pas privilégier la qualité plutôt que la quantité ? (...).

Bien sûr, notre société basée sur la compétition est un mode de valeurs faussées excluant les personnes au fil de leur âge plutôt que de les intégrer en complémentarité aux plus jeunes. Dans notre jeune âge, il est facile de se valoriser (fictivement) par notre profession, mais les années passant, il devient vital d'exister pour soi, notre société nous gratifiant de moins en moins. Alors n'attendons pas ce rejet programmé pour savoir ce que nous valons et pour découvrir toutes les richesses ignorées qui nous habitent... bien au-delà de notre âge. (...).

La feuille naît au printemps et meurt en automne, mais l'arbre persiste et rayonne sa beauté au-delà des saisons. Et quand l'arbre meurt, la forêt se renouvelle... A cette image, nous existons, tout simplement, au-delà du temps, sans début ni fin. La vie se transforme mais ne meurt jamais." (www.reiki-formation.ch, André Baechler)

N'est-ce pas au fond cette réalité qui nous dérange le plus dans l'inexorabilité du sort fatal qui nous attend : que la vie puisse continuer tranquillement sans nous, comme si nous n'avions jamais existé ? Réaction futile de notre ego révolté par son impuissance face au cours des choses mais maintenu complaisamment par la société dans l'illusion d'une éventuelle rémission temporelle. Nous voudrions être à chaque instant l'unique centre de toutes les attentions, et l'être à jamais ! Peine perdue : la vie, elle, s'en fout ! 

3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 01:13

Je viens de passer 2 semaines de vacances qui ont été reposantes physiquement et moralement. Cette parenthèse professionnelle m'a permis de me concentrer sur mon objectif d'émigration. Mais j'ai dû et dois encore affronter une appréhension incroyable. Et pour cause ! La réalité administrative avec laquelle je dois composer est tout simplement inhumaine et met sérieusement en péril mon histoire d'amour avec mon ami. L'Australie fait une ségrégation importante sur l'âge et à un degré moindre selon les origines sociales. Le pays a bâti tout un système législatif de contrôle de l'immigration qui est l'un des plus durs au monde et qui est régulièrement mis à jour et raffermi sur ces bases. L'éthique affichée est très simple et très brutale : après 44 ans, une vie humaine n'a plus de valeur économique, donc elle n'a plus de valeur tout court. D'un point de vue moral et humain, c'est un raisonnement assez simpliste, choquant et très contestable voire douteux. En effet, en rejetant l'âge civil d'une personne, on rejette aussi son âge physique et par conséquent son corps comme on le ferait si on recalait toute personne selon la couleur de sa peau ou de ses yeux. L'âge est à l'inverse des qualifications et des compétences une qualité non choisie, qui s'impose naturellement comme le fait d'avoir telle ou telle caractéristique physique : sexe, taille, couleur de cheveux, morphologie générale, etc... On est tout de même assez proche d'idéologies de type eugéniste ou raciste et très coercitives peu conformes aux droits de l'Homme. D'ailleurs, les rubriques en lien avec la santé exigent par exemple de si sérieuses garanties qu'elles en deviennent moralement discutables. Ce n'est pas pour rien que des associations australiennes aident les personnes étrangères séropositives ou ayant des pathologies sérieuses et incurables (diabète, asthme sévère...) mais n'affectant en rien leur vécu social et leurs capacités de travail dans leur parcours pour émigrer au pays des kangourous. Si ces acteurs sociaux existent, c'est que l'admininistration fédérale australienne a tendance à privilégier une attitude systématique de suspicion voire de rejet à l'égard des individus concernés. C'est évidemment une affaire de préjugés, particulièrement pour les migrants séropositifs. La raison en est bien sûr claire : l'argent et encore une fois la rentabilité. La personne avec une pathologie chronique est d'emblée perçue comme une charge financière éventuelle : elle peut potentiellement coûter plus qu'elle ne rapporte au pays accueillant sur un plan économique. Ce qui est inacceptable pour une nation ultra-capitaliste comme l'Australie. Un tel mode de pensée est bien sûr erroné : à travers le monde, de nombreux citoyens séropositifs ou souffrant de pathologies chroniques plus ou moins graves sont des employés aussi compétents que tout autre et qui demeurent compétitifs dans leur rapport de rentabilité sociale, puisqu'il s'agit bien de ça ! C'est plutôt horrible, non, d'envisager une société où l'homme du quotidien n'est plus qu'une donnée quantifiable de productivité au service de la collectivité. Mais c'est la logique essentielle du capitalisme.

Nous sommes dans l'entretien d'une philosophie violente et la consolidation d'une idéologie sociale profondément discriminatoire. il s'agit d'exclure radicalement certains et d'accueillir d'autres tout en les rendant conformes à un groupe dont on décrète ARBITRAIREMENT quels seront les points forts principaux à imposer à tous. C'est la fabrication artificielle, utilitaire, d'une identité sociale autour de laquelle la population d'un pays doit se retrouver toute entière. Les notions de jeunesse et de productivité appartiennent désormais aux fondements soutenant la mise en place d'une idéologie collective en Australie. Les préjugés envers certains décrétés moins acceptables que d'autres demeurent toutefois à la base de la construction de cette identité nationale. Après, restent à choisir et à désigner ceux qui seront dorénavant les moins acceptables... en concevant et en renforçant un système de sélection des individus selon des critères et un schéma de société préétablis. La notion de CHOIX de valeurs par les autorités publiques compétentes est donc prééminante. Et dans le domaine de l'éthique sociale, l'importance donnée à l'argent via la productivité économique individuelle est cruciale en Australie.

Cette question financière va d'ailleurs hanter rapidement tout le parcours de l'émigrant, en particulier pour simplement obtenir l'un des nombreux visas temporaires ou permanents dont la grande majorité sont payants... et souvent très chers. Si le candidat migrant est de condition modeste, la privatisation presque totale du processus de traitement des dossiers de demande de visas le dissuadera également très vite de continuer ou le mènera inévitablement à bien peser sa décision avant de persévérer : les agents agréés par l'Etat australien sont à 80 % des avocats et des juristes spécialisés dans les questions migratoires. Et la plupart officient dans des cabinets juridiques. Peu sont à leur compte. Autant dire que les tarifs s'envolent et que tout un commerce très lucratif s'est développé autour des flux de migrants en demande de visas. Des agents aux services gratuits existent parallèlement mais ils sont soit bénévoles, soit employés par des associations et se tournent vers des populations ciblées : réfugiés, personnes en situation humanitaires ou très particulières (ex : population musulmane, séropositivité ou les questions de partenariat homosexuel avéré depuis longtemps). L'administration australienne, quant à elle, n'intervient qu'en tout dernier ressort pour honorer ou rejeter les candidatures à l'expatriation. Merveilleux exemple du capitalisme tout-puissant qui s'enrichit sur l'espoir et parfois la détresse des gens.

Tout le monde ne décide pas d'émigrer aux antipodes pour le soleil et les paysages de l'Australie. Ce qui est mon cas. Ma motivation principale est ma relation avec Derek, mon ami. Je l'ai souvent dit : ce pays ne m'avait jamais attiré auparavant. C'est mon amitié devenue amour qui a créé un pont vers lui. Je suis blessé, sincèrement, profondément. Je vois une nation qui prétend afficher des valeurs humanistes mais dont une partie de son système administratif est conçue de telle sorte qu'elle rabaisse la vie humaine : on tente de quantifier la valeur d'un individu par des tests à points soit-disant objectifs mais toujours dirigés dans la même direction : EXCLURE. Les tests une fois bâtis sont neutres effectivement dans leur fonctionnement mais ils ne le sont pas du tout quant aux motifs qui les ont fait naître et dans leur conception. Les critères de sélection sont bien issus d'une réflexion subjective puis normalisée, ce qui ne la rend pas plus objective pour autant. En tout cas, le but ultime est toujours le même : séparer les prétendus "meilleurs", comprendre "les plus rentables"... ou "plus malléables" aussi. Un jeune accepte plus facilement d'autres les nouvelles idées surtout quand elles revêtent des apparences flatteuses. Une personne d'âge mûr a une expérience de vie plus longue, des opinions et des arguments plus appuyés, un esprit critique plus développé. Le formatage des esprits est une donnée à prendre en compte dans la conception du processus qui mène à l'obtention d'un visa australien. En effet, les gens ayant pu faire une formation diplômante en Australie sont privilégiés. Pour les autres, s'ils ont fait des études conséquentes à l'étranger, mieux vaut qu'elles aient été dispensées en anglais et qu'ils échappent à la limite d'êge qui finit toujours par vous rattrapper à un moment ou un autre ! Eh oui ! Même si certains visas temporaires me sont accessibles avec une limite d'âge plus élevées (49 ans) ou sans, s'ils peuvent m'amener vers un visa permanent, ce dernier est assujetti aussitôt à la limite d'âge la plus basse (44 ans) ou à des conditions d'études EN Australie largement privilégiées par rapport aux autres (même en milieu anglophone). Ces critères s'imposeront à moi bien que j'aurais déjà travaillé un ou 2 ans dans le pays. Ce qui revient à dire que malgré une expérience professionnelle conséquente (hors du et sur le territoire), un niveau d'anglais devenu très bon, je pourrai me voir obligé de quitter mon travail et le pays pour laisser la place à quelqu'un d'autre de plus jeune même s'il est beaucoup moins expérimenté.

En fait, et contrairement au discours affiché, les autorités australiennes cherchent d'abord des gens jeunes et ensuite seulement des gens vraiment très compétents. La preuve en est que pour les tests de sélection à points, pour une personne de 20 à 35 ans, le critère de l'âge rapporte à lui seul en général plus de points (en plafonnant à 30) que celui des niveaux de langue, de qualification ou de compétences réelles qui au maximum plafonnent chacun soit à 20 ou 25 points. Il y a sans doute une adaptation aux exigences du marché de l'emploi local mais ça ne peut être l'unique motif sans quoi, le critère d'âge ne serait pas autant valorisé par rapport à tous les autres dont aucun n'atteint un maximum de points identique. On est bien comme je le disais plus haut dans la construction d'une société centrée principalement autour de la jeunesse et moins autour de la valeur intrinsèque réelle de chaque individu. On est plus dans l'élaboration d'un fantasme social où jeunesse et contribution effective à la collectivité sont réunies de manière quasi-exclusive, totalement arbitraire autant qu'abusive.

Il y a bien une linéarisation culturelle et sociale : le schéma de civilisation anglo-saxon est imposé sans partage. Mieux vaut être jeune et anglophone ou de pays bien perçus car dociles devant la puissance culturelle anglo-saxonne ou vus comme plus proches culturellement (pays scandinaves et germaniques notamment). Les pays ou régions francophones en raison de leur attachement à leur langue et à leur identité sont très pénalisés. Ainsi pour le Canada, les ressortissants québécois bien que parfaitement bilingues grâce à leur adaptation pragmatique à un environnement anglophone ont parfois une procédure spécifique. Ils doivent pour obtenir certains visas prouver l'acquisition d'un niveau d'anglais suffisant au cours de leurs études surtout s'ils ont choisi de suivre entièrement ou la majeure partie de leur scolarité dans des établissements francophones. Ce qui est plutôt insultant.

Je ne suis pas contre des restrictions dans les processus d'immigration à la condition que la valeur de chaque être humain soit dûment respectée en ne voyant pas sa vie et son expérience rabaissées et que les procédures de sélection évitent de prendre en compte des facteurs involontaires en relation avec son vécu et son corps. On entre là tout de même dans la notion solemnelle du respect de l'intégrité morale personnelle. J'accepte l'existence d'une immigration choisie et très contrôlée si seulement elle prend en compte des critères essentiellement objectifs et liés aux choix individuels : études, emplois occupés, situation maritale... Les principes discriminatoires quels qu'ils soient violent toujours de fait les droits de l'Homme. Et on peut parler de discrimination "positive" ou choisie, ça ne change rien au fait qu'on établit une échelle de valeur SUBJECTIVE parmi les êtres humains : certains sont plus acceptables que d'autres et tout sera fait pour les faire entrer plus facilement sur un territoire et intégrer une communauté donnée. Et puis promouvoir sa culture en privilégiant particulièrement l'héritage anglo-saxon au détriment de l'héritage originel australien aborigène, surtout du point de vue linguistique, m'interroge toujours.


En cherchant à entamer le processus administratif d'immigration australien, je me trouve malgré moi confronté à un rapport de force. Le monde politique et économique anglophone et surtout anglo-saxon impose son poids culturel au reste de la planète aidé en cela par la puissance idéologique et symbolique des Etats-Unis. Par conséquent, il est totalement illusoire de croire que les valeurs humaines et la dignité de la vie soient la base des échanges migratoires pour les pays concernés. L'intérêt est ailleurs : purement économique. C'est froid, calculé, pragmatique.

La réalité du rapport de force que j'évoque n'existe pas qu'à travers l'américanisation plus ou moins rapide de la plupart des pays du globe et par l'imposition de l'anglais comme langue véhiculaire presqu'incontestée dans les échanges internationaux. Elle est également perceptible de manière plus subtile mais tout aussi éloquente : la considération apportée aux cultures non anglophones. L'Australie donne un merveilleux exemple de la vision du monde selon le point de vue anglo-saxon. C'est une vision de la société éminemment capitaliste et conquérante : seules la productivité et la rentabilité comptent, et pour ce faire, mieux vaut des esprits plus immatures car plus aptes à recevoir les valeurs utiles à la pérennisation du système chez soi et ailleurs. Voici 3 faits dont j'ai eu connaissance récemment. Les 2 premiers sont assez cyniques quand on y pense : ils dévoilent un pan de la mentalité australienne, et plus largement anglo-saxonne, vis à vis des pays culturellement différents. Ainsi, le gouvernement fédéral australien actuel pourtant de gauche n'a de cesse de durcir les lois sur l'immigration depuis son avènement au pouvoir en 2008. Qui a dit que la gauche était plus sociale et surtout plus humaine pour le citoyen lambda ? Ensuite, lors d'un reportage en juillet dernier sur LCP la chaîne parlementaire, j'ai pu voir des travailleurs australiens vivant en France depuis quelques temps s'exprimer en anglais face à la jeune journaliste qui les interviewait en français. C'était d'autant plus agaçant vu les règles imposées aux candidats à l'immigration en Australie que ces gens étaient issus de milieu éduqué. Il y avait même une grande journaliste australienne en France depuis... 2 ans ! Ca fait un rien méprisant ou condescendant tout de même à l'égard de la culture francophone. Et enfin, j'ai aussi appris récemment à la télé que l'Australie était l'un des pays sinon le pays qui avait le plus fort contingent d'expatriés à travers le monde proportionnellement à sa population. Faites ce que je dis, pas ce que je fais...


Je finirai mon article en disant que mon expérience actuelle est intéressante par ce qu'elle m'apprend. Mieux vaut éviter les fantasmes ! L'Australie n'est pas un pays de cocagne : derrière la carte postale avec les surfers, les kangourous et l'opéra de Sydney, se cache une autre réalité beaucoup moins idyllique et très contraignante.

L'auteur Du Blog : Ellypso Waratahs

  • ELLYPSO WARATAHS

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